‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 258 sur 346 · BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. LAGRANGE · texte numérisé non relu

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. LAGRANGE

d’Alembert et Lagrange lui-même aient cru parfois le génie de l’homme arrivé au terme. de la carrière. L’astronomie française est dans tout son éclat : Baïlli, Lalande, Messier, poursuivent leurs travaux. Laplace commence de manifester ce puissant esprit qui doit s’immortaliser par la Mécanique céleste. Dans d’autres branches de la science, ont déjà paru Berthollet, Monge, Fourcroi, etc.; groupe imposant que domine une des grandes figures scientifiques du monde moderne, le réformateur, le régulateur, on pourrait dire le créateur de la chimie, LAVoISIER.

Bien des secrets avaient déjà été dérobés à la nature par les chimistes ; mais on opérait encore dans les ténèbres, sans savoir distinguer les uns des autres, par leurs caractères spécifiques, les divers et subtils agents des phénomènes qui nous entourent, c’està-cire les éléments véritables cachés sous les quatre éléments apparents des anciens. Les trois quarts du xvi siècle avaient été employés à l'étude des gaz'. En 1757, l'Anglais Black avait découvert le fluide élastique irrespirable (gaz acide carbonique) et la chaleur latente (que le thermomètre n’accuse pas). En 1771, un autre Anglais, l’illustre Priestley, découvre l'échange des gaz entre le règne animal et le règne végétal. Vers 1774, le Suédois Scheele reconnaît la composition de l'air, mélange de trois fluides élastiques (acide carbonique, azote, oxygène). L'hypothèse de Stahl, l'existence supposée d’une substance qui aurait été le principe de la combustibilité et qu’on croyait sortir du métal quand on le caicine et y rentrer quand on le révivifie (le phlogistique), tyrannise toujours la science et empêche de trouver le lien de ces belles découvertes et de beaucoup d’autres. Lavoisier, après de longues, d’opiniâtres et dispendieuses expériences facilitées par cette lucrative position de fermier-général qu’il n’a recherchée que pour acquérir des moyens d'action scientifiques, et qui lui sera un jour imputée à crime, Lavoisier ose enfin briser le joug du phlogistique et avancer que la calcination des métaux n’est que leur combinaison avec l’air fixe (1772). Il modifie bientôt cette première idée. En 1774, Burger ayant réduit des chaux de mercure sans charbon dans des vases clos, Lavoisier examine l'air chtenu de cette

1. Gaz, de l'allemand gast, geist, esprit. C’est Van-Helmont qui leur donna le pre. mier ce nom.

manière et le trouve respirable. Peu après, Priestley établit que c’est précisément la seule partie respirable de l'atmosphère. Aussitôt Lavoisier conclut que la calcination et toutes les combustions sont le produit de l'union de cet air essentiellement respirable avec les corps, et que l'air fixe, en particulier, est le produit de l'union de l'air respirable avec le charbon. Combinant cette donnée avec les découvertes de Black et de Wilke sur la chaleur latente, il considère la chaleur qui se manifeste dans les combustions comme dégagée de l’air respirable, qu’elle était auparavant employée à maintenir à l’état élastique. De cette double proposition sort la nouvelle théorie chimique (1775-1777), que Lavoisier, secondé directement ou indirectement par Cavendish, par Monge, par Meusnier, par Berthollet, par Guyton de Morveau, par Laplace, applique à toutes les modifications des corps appartenant aux divers règnes, en un mot à la nature entière, et qu’il vulgarise, après l’avoir créée, en trouvant les mots comme les choses. Le vieux et obscur langage de l’alchimie achève de disparaître devant une terminologie Simple, logique et lumineuse!, et le Traité élémentaire de chimie (1789) montre que Lavoisier sait aussi bien exposer qu’accomplir ses conquêtes sur les mystères de la nature. « La chimie est aisée maintenant, » a dit Lagrange; «elle s’apprend comme l’algèbre. » D'un art empirique, Lavoisier a fait une science mathématique.

Les savants étrangers, après quelques efforts pour défendre la tradition de Stahl, sont bien vite obligés de reconnaître l'empire de la théorie nouvelle : la France est fière d’avoir conquis le sceptre de la science qui nous révèle, autant qu’il est permis à l'analyse humaine, les véritables principes du monde matériel, et qui introduit l'homme dans l'éternel laboratoire de l’Isis cachée. Une autre découverte d’une nature moins générale et moins vaste, mais qui manifeste avec un éclat extraordinaire les progrès de la physique, vient, sur ces entrefaites, agir bien plus puissamment sur l'imagination de la foule, en frappant ses yeux d’un spectacle inouï. Le 5 juin 1783, les États particuliers du Vivarais, assemblés dans la petite ville d’Annonai, reçoivent des frères Mentgol-

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