‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 259 sur 346 · LAVOISIER · texte numérisé non relu

LAVOISIER

fier, directeurs d’une papeterie‘, l'invitation d’assister à une expérience de physique. Un sac de toile doublé en papier, de trente-cinq pieds de haut, ganflé par un procédé inconnu, s’élance dans les airs, monte à plus de mille toises, et redescend lentement à une demi-lieue de son point de départ. En méditant sur l’ascension des vapeurs dans l’atmosphère et sur la formation des nuages, les frères Montgolfier avaient compris que, pour enlever jusqu'aux nues une machine colossale, il suffisait de renfermer dans un vaisseau léger un fluide moins lourd que l'air atmosphérique, c’est-à-dire un nuage factice. Ils s'étaient procuré, par une combustion entretenue dans le ballon à l’aide d’un réchaud, un gaz moitié plus léger que l'air. L’art merveilleux de faire voyager dans l’espace un corps parti de la terre était trouvé. Il se perfectionne rapidement. Une société d'amateurs de physique, à Paris, substitue au gaz de Montgolfier l'air inflammable, dix fois plus léger que l’air atmosphérique, l’enferme dans une enveloppe imperméable de taffetas gommé, et, par un jour d’orage, lance du Champ de Mars le nouveau ballon aux applaudissements d’une innombrable multitude. Le ballon du Champ de Mars monte bien plus vite et plus haut que celui des Montgolfier; il dépasse ia région des nuages et va retomber à Écouen, à quatre lieues de Paris (27 août 1783).

Le navire aérien inventé, les navigateurs ne sauraient manquer. Ce n’est pas l’audacieux génie du xvur siècle qui reculerait quand il s’agit de conquérir à l’homme un nouvel empire et de prendre possession « du domaine immense de l’air?. »

Joseph de Montgolfier adapta à sa machine un réchaud et une nacelle : le 21 novembre 1783, le physicien Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes se confient à ce formidable véhicule et partent dü jardin de la Muette (bois de Boulogne), en saluant la foule muette d’admiration et de terreur. Ils passent, dans leur nef aérienne, par-dessus tout Paris et descendent volontairement, en cessant d'entretenir le feu, sur la Butte-aux-Cailles, au midi de la

1. Nous rappellerons, à ce propos, que l’industrie des papiers peints, originaire de la Chine, s’introduisit en France vers 1780.

2, Description des expériences de la machine aérostatique, etc., par Faujas de Saint-

Fond, t. IT, p. 2.

grande ville. Quelques jours après, le physicien Charles renouvelle heureusement l’expérience avec le ballon à air inflammable, procédé plus sûr et plus propre aux longs voyages et aux grandes ascensions. Bientôt le mécanicien Blanchard, enchérissant de hardiesse sur ses devanciers, franchit la mer en ballon et vient descendre de Douvres sur les falaises de Calais".

La foule ne doute pas qu’on ne dirige bientôt les navires de l'air comme les navires de l'Océan et qu’on ne circule en toute liberté à travers l'atmosphère. C’est une ivresse inexprimable, à peine un moment attristée par la catastrophe dé Pilâtre de Rozier, qui, nouvel Icare, tombe foudroyé du haut des nues au bord de cette mer qu’a traversée Blanchard?. Est-il une victoire qui n’ait coûté le sacrifice de quelque héros? — Le génie et la puissance de l’homme seraient donc destinés à ne plus connaître de limites! Les éléments vont être ses esclaves dociles! On pressent une foule d’autres applications prodigieuses de ces théories scientifiques qui s’agrandissent tous les jours?. On compte bien que cette puissance croissante que l’homme déploie au dehors de lui, il saura la tourner sur lui-même et faire disparaître ses maux physiques et moraux. Aux rêves de l’orgueil s'associent les rêves non moins illimités de

1. Il était accompagné d’un Anglais, le docteur Jefferies. Chacun des deux avait arboré le pavillon de sa nation. On raconta avec fierté que, les aéronautes ayant été furcés de jeter du lest et jusqu’à leurs habits pour s’alléger et se tenir à une hauteur suffisante, l'Anglais jeta son pavillon; le Français garda le sien, qui flotta seul sur l'Angleterre.

2. Pilâtre avait voulu combiner le réchaud de Montgolfier et l'air inflammable de Charles. C'était, comme le dit celui-ci, placer un réchaud sur un baril de poudre.

3. Il est surprenant que la navigation à vapeur n'ait pas été constituée dès ce temps. En 1775, M. de Jouffroi avait inventé et fait manœuvrer sur la Saône un ba-

telet mû par une machine à vapeur. — V. le rapport fait à l'Académie des Sciences sur la navigation à vapeur, en 1840. — Il y avait eu aussi des tentatives analogues en Lorraine. — V. le Constitutionnel de septembre 1851. Tout éveillés que fussent

les esprits sur les nouveautés scientifiques, on ne comprit point alors la portée de cette magnifique application du principe de Papin, — La télégraphie électrique eut le même sort. Les premiers essais en furent tentés à Genève, en 1774, par un physicien français, Louis Lesage; mais on en resta là pour trois quarts de siècle, bien que la nouvelle forme de l'électricité découverte par Volta en 1800 dût fournir à cette invention merveilleuse des instraments décisifs. — À propos de Volta, il y a lieu de rappeler ici que Duvernei, de l’Académie des sciences, avait exécuté, dès 1700, l'expérience de la grenouille, que Galvani renouvela avce tant d'éclat et qui devint le galvanisme. V. Giornale di Scienze per la Sicilia, n° 41, cité nat Ed. Fournier; Siècr; du 21 décembre 1853.

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