‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 260 sur 346 · MONTGOLFIER. AÉROSTATS · texte numérisé non relu

MONTGOLFIER. AÉROSTATS

la philanthropie'. Plus de guerres! plus d’injustices! plus de tyrannies! Les générations si éclairées et si fortes de l'avenir pourraient-elles connaître encore des malheureux ou des méchants! L'homme civilisé, après avoir réformé et purifié la civilisation, ira, comme un dieu bienfaisant, dicter aux sauvages, du haut de ses chars aériens, les lois de la science et de l’ordre véritable?!

Songes dorés d’une vieille société qui se croit plongée dans la fontaine de Jouvence! Hélas! la renaissance coûte plus cher : on ne peut renaître sans passer par les angoisses de la mort!

La société du xvin siècle se croit une destinée plus facile : tout

1. La philanthropie, comme la science, n'avait des rêves si hardis que parce qu’elle avait de belles réalités. Nous avons déjà mentionné l’ahbé de L'Épée, rouvrant aux malheureux sourds et muets le commerce avec leurs semblables, Son successeur Sicard allait les élever des idées simples que suggèrent les sens aux idées générales et abstraites, et réveiller en eux l’homme spirituel après l’homme matériel. — En 1784, le frère du savant physicien Haüy fonde l’Institut des jeunes aveugles, autres victimes arrachées, autant que l’homme le peut faire, aux rigueurs de Ja nature. — Pendant ce temps, l’excellent et infatigable Parmentier emploie sa vie à chercher les moyens de prévenir les disettes et de multiplier les substances alimentaires. La pomme de terre, apportée du Pérou dès le xvie siècle, cultivée en Italie et dans le midi de la France, n’était considérée que comme une racine bonne pour les animaux domestiques. Turgot l'avait introduite en Limousin et en Auvergne. Parmentier la démontre propre à l'alimentation de l’homme, fait les essais de culture en grand dans les plaines des Sablons et de Grenelle, avec le concours du roi, qui porte à sa boutonnière des fleurs de pomme de terre offertes par Parmentier, et cette racine du Nouveau-Monde, sans égaler en qualités nos céréales, leur devient un supplément d’une immense utilité (1773-1784). Parmentier propage également la culture d’une belle céréale américaine, le maïs, et s’efforce de perfectionner la fabrication du pain.

2. Le même sentiment, sous une forme plus pratique et moins ambitieuse, avait inspiré l'Anglais Cook, victime des sauvages auxquels il offrait les bienfaits de la civilisation, et dicta les instructions données par le directeur de la marine, Fleurieu, et par Louis XVI en personne, au malheureux La Peyrouse, chargé d'exécuter, avec deux frégates, un grand voyage de cireumnavigation, dans un but à la fois politique, commercial, philanthropique et scientifique (1785). Les recommandations faites à La Peyrouse de chercher tous les moyens d’améliorer la condition des sauvages, et d'éviter le recours à la force envers eux sans une nécessité absolue, ont quelque chose de touchant. « Sa Majesté, » est-il dit, « regarderait comme un des succès les plus heureux de l’expédition, qu’elle pût être terminée sans qu’il en eût coûté la vie à un seul homme.»—V. Lacretelle, Hist. de France pendant le xvan® siècle, t. VI, p. 75. — Ce vœu d'humanité ne fut point exaucé. Après trois ans de travaux et de découvertes achetées par des pertes cruelles, La Peyrouse et ses deux navires disparurent entre les archipels de l'Océanie. Après des recherches demeurées inutiles durant bien des aunées, on a fini par retrouver, sur les récifs de Vani-Koro, quelques débris du naufrage où se sont abîmées tant d’existences précieuses. M. P. Margry a réuni les éléments d’une Vie de La Peyrouse, qui offrirait beaucoup d'intérêt.

en célébrant Rousseau, elle rejette bien loin ses réserves sévères et les menaçantes prophéties de quelques esprits méditatifs. Les uns associent les joies que promet la vie présente, si embellie, à l'attente de la vie future; les autres emplissent la terre de tant: d’espérances, qu’elle leur semble suffire au genre humain. L’enthousiasme de l'humanité et de la perfectibilité se personnifie dans un homme qui ferme en quelque sorte l’ère philosophique du xvure siècle, et qui en jettera tout à l'heure les dernières et solennelles paroles au vent des tempêtes révolutionnaires prêtes à l’engloutir. C’est ce Condorcet, volcan couvert de neige, comme l'appelle un de ses contemporains, disciple affectionné de Turgot, héritier de ses sentiments, moins l’idéalisme religieux et la rigidité morale, esprit croisé de Turgot et de Voitaire, successeur de Fontenelle dans les Éloges académiques, «ces oraisons funèbres que la philosophie a enlevées à l’Église!» et où les savants remplacent Les saints, mais bien éloigné de penser comme Fontenelle sur les vérités dangereuses, et résolu de les laisser échapper de sa main quand il devrait lui en coûter la vie; champion inébranlable de la liberté civile, politique, économique et de la liberté individuelle, base de toute liberté? ; un des hérauts de la croisade contre l'esclavage des noirs*, croisade qui prend des proportions croissantes à mesure qu’on approche de 89; trop porté à confondre le monde moral et social avec le monde physique régi par les lois mathématiques, et à tenter d'appliquer aux mouvements variables et passionnés de l’un les règles exactes et fixes de l’autre*;

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