‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 267 sur 346 · C'était un Sicilien nommé Joseph Balsamo · texte numérisé non relu

C'était un Sicilien nommé Joseph Balsamo

L'esprit politique avait déjà pénétré fort avant dans la francmaçonnerie. Les maximes de liberté, d'égalité, de fraternité, que la Révolution allait bientôt consacrer dans la formule impérissable de son ternaire politique, faisaient le fond principal des hauts grades récemment superposés à la vieille hiérarchie maçonnique : cette hiérarchie s'était fortement concentrée, en 1772, par la création du Grand-Orient, d’où relevaient toutes les loges de France et un certain nombre de loges étrangères, et la maçonnerie française, fidèle à son habitude de chercher des points d'appui sur les marches mêmes du trône, avait élu pour grand-maître, après le prince de Conti, le jeune duc de Chartres. Presque tous les hommes qui devaient prendre une part de quelque importance à la Révolution figuraient dans les loges de Paris ou des provinces. Condorcet, membre de la célèbre loge des Neuf-Sœurs, où fut reçu Voltaire, a indiqué, dans son Esquisse des progrès de l'Esprit humain, quels coups l’idolâtrie monarchique et la superstition avaient reçus des sociétés secrètes issues de l’ordre des Templiers. Dans les hauts grades se trouvaient d’ailleurs représentées les tendances diverses, contraires même, dont nous avons parlé, bien qu’on fût uni par les sentiments de philanthropie, de progrès et d’affranchissement.

Cette diversité, qui existait pareillement hors de France, l’Allemand Weishaupt prétendit la faire disparaître, en même temps que transformer la grande association intellectuelle et morale en une conjuration universelle. Cet homme, « un des plus profonds conspirateurs qui aient jamais existé', » imagina de refaire, pour démolir le vieux monde, ce sr fait Loyola pour sauver l’église romaine : il organisa, à côté de la franc-maçonnerie et avec l’espoir de l’absorber, une contre-société de Jésus, avec toutes les maximes et toutes les pratiques des jésuites poussées au delà des jésuites eux-mêmes : l’obéissance passive, l’espionnage universel, le principe que la fin justifie les moyens, etc.?. En quatre ou

1. Louis Blanc, Hist. de la Révolution, t. Il, p. 84. — V. tout le brillant chapitre de M. Louis Blanc sur les révolutionnaires mystiques , sauf réserve et pour la différence de nos points.de vue et particulièrement pour l'interprétation donnée à la pensée de Saint-Martin.

2. Il emprunta en même temps aux gouvernements la pratique de la violation du sccret des lettres.

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