Marie-Thérèse était morte en novembre
2. Sous Marie-Thérèse même, le courant du siècle avait fait quelques brèches aux abus du moyen âge. Défense avait été faite aux ecclésiastiques d'assister à la rédaction des testaments. Le droit d'asile avait été aboli, l’inquisition supprimée en Milanais, ainsi que les prisons monastiques. La noblesse et le clergé avaient été soumis à un impôt foncier, beaucoup plus faible, il est vrai, que celui que payaient les roturiers. Les paysans opprimés par leurs seigneurs avaient été autorisés à porter appel aux tribunaux du souverain. A peine Marie-Thérèse eut -elle fermé les yeux, que Joseph'se donna toute carrière. Il proclama dans son empire un système administratif et judiciaire uniforme, devant lequel devaient disparaître les assemblées nationales et provinciales, les coutumes locales, les juridictions féodales. Il ordonna l'unité d'impôt, la suppression des dimes, des corvées, de toutes redevances personnelles; il abolit le droit d’aînesse. Secondant et poussant à toute extrémité, au profit de l’État, le mouvement qui portait alors les princes ecclésiastiques et le clergé catholique allemand à restreindre l'autorité du pape (le mouvement dont Van- Espen, Hontheim (Febronius), Eybel, étaient les théoriciens), il interdit les recours à Rome pour dispenses et cas réservés, les communications directes des évêques avec Rome; il réduisit les revenus des plus riches évêchés, supprima des évêchés, en créa d’autres, interdit tous rapports aux ordres monastiques avec des chefs étrangers, supprima plus de deux rnille couvents et n’en garda que sept cents, à condition qu’ils se vouassent à l’enseignement ; il augmenta le nombre des curés, supprima les séminaires dirigés par les évêques, prohiba les pèlerinages, diminua le nombre des fêtes , fit composer pour la jeunesse un catéchisme politique et moral, imprima une forte impulsion à l'instruction primaire, institua le mariage civil, autorisa le divorce dans certains cas, établit l'égalité devant la mort par l’uniformité des cérémonies funèbres et des inhumations, créa une multitude d’hôpitaux, d’asiles pour les orphelins et les enfants pauvres, abolit la peine de mort, si ce n’est contre les assassins, établit la conscription militaire régulière et uniforme, institua enfin la liberté des cultes en droit et la liberté de la presse au moins en fait.
Comme on la dit souvent, Joseph tenta d'avance dans les états autrichiens presque tontes les réformes sociales que devait accomplir l’Assemblée Constituante en France; mais il n'eut pas le même succès. La volonté arbitraire d’un seul homme, s’attaquant à la fois aux vieilles libertés et aux abus, ne peut équivaloir à l’action de tout un peuple sur lui-même. La Constituante, d’ailleurs, eut à agir sur une nation dont il s'agissait seulement de consommer l'unité providentielle, préparée par les siècles, Joseph IT, au contraire, voulut imposer une unité artificielle à des peuples divers. Il erut qu'on pouvait faire une nation. Il se brisa contre cette œuvre impossible, — V. le tableau de son règne dans l'Histoire de Joseph II, par M. Fees 26 édit.; 1853,