‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 280 sur 346 · JOSEPH II ET LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

JOSEPH II ET LA HOLLANDE

auquel il attachait avec raison beaucoup d'importance, sentit qu’il fallait à tout prix empêcher les Hollandais de se rejeter dans les bras de l’Angleterre : il décida le roi à signifier à Vienne que la France s’opposerait à toute agression contre les Provinces- Unies {novembre 1784); deux corps d'armée furent rassemblés en Flandre et en Alsace; mais, en même temps, la France fit à l'empereur de nouvelles offres de médiation. Joseph accepta d'assez mauvaise grâce, et, après de longs débats, il se rabattit à demander satisfaction pour l’affront infligé à son pavillon, quelques cessions territoriales peu considérables et une indemnité en argent. Ce dernier article faillit faire rompre les négociations : les Hollandais ne consentaient à donner que 5 millions et demi de florins ; Joseph en exigeait 10 ; le cabinet de Versailles trancha la question en payant les 4 et demi restants. On évita par cet expédient peu héroïque une guerre qui fût probablement devenue générale et eût partagé l’Europe en deux camps.

Le jour même du traité définitif entre l’empereur et la Hollande, un pacte d'alliance défensive fut signé entre‘la Hollande et la France (10 novembre 1785)".

Le public fut très-choqué de voir la France payer encore une fois l'Autriche, et l’impopularité de la reine s’en accrut. Cette négociation n’avait pourtant pas été mal conduite et le succès pouvait justifier le gouvernement de Louis XVI, si l’on savait maintenir avec vigueur et mener à bonne fin l’utile alliance qui venait de rattacher à la France la république hollandaise, si longtemps l'instrument de l'Angleterre. Il n’en devait malheureusement rien être!

Vergennes, qui péchait d'ordinaire par trop de circonspection, en manqua dans une occasion assez grave. Probablement pour gagner la reine, qui se plaignait de le voir toujours contraire à son frère et à sa maison, il se laissa aller à favoriser un nouveau dessein par lequel l’infatigable Joseph IT cherchait à se dédommager de ses échecs successi's. Joseph était revenu à son projet favori de réunir la Bavière à l'Autriche. N'ayant pu s’en emparer de haute lutte, il visait maintenant à l'obtenir par échange. Cathe-

4. V. la négociation dans Garden, Hist. des Trailés de paix, t. V, p. 52-71; — et i lassan, t. VII, p. 399-410.

rine IT, qui comptait bien reprendre l’œuvre de démembrement de la Turquie et qui pensait avoir encore besoin de l’empereur, tâcha, en le secondant avec zèle, de lui faire oublier qu’elle ne lui avait pas donné sa part en Orient. Le 13 janvier 1785, l’électeur palatin, duc de Bavière, s’engagea à céder la Bavière à l’empereur ‘en échange des Pays-Bas autrichiens, moins le duché de Luxembourg et le comté de Namur. Joseph voulait acheter avec ces deux provinces le consentement de la France. L'empereur promit ses bons offices à l'électeur pour lui faire obtenir le. titre de roi de Bourgogne. Un agent russe se chargea de communiquer le traité d'échange à l'héritier présomptif de Bavière, au duc Maximilien de Deux-Ponts (depuis roi de Bavière), en lui signifiant que, s’il refusait son aveu, on s’en passerait. Le duc de Deux-Ponts refusa, comme en 1778, et en appela aux cours de Versailles et de Berlin. Frédéric éclata avec une telle énergie, que le cabinet français désavoua toute participation au desseiu de l’empereur et pria Joseph d'y renoncer. Pour la quatrième fois, Joseph recula devant les résistances soulevées par son ambition et mérita plus que jamais la réputation de « l’homme qui commence tout et n’achève rien ?.» Mais l'affaire n’en resta pas là. Frédéric voulut élever une barrière qui empêchât l'empereur de récidiver, et, fort mécontent de la cour de France, ce fut au roi d'Angleterre qu’il s’adressa comme électeur de Hanovre. Il organisa, le 23 juillet 1785, avec les électeurs de Hanovre, de Saxe, de Mayence, les princes de Mecklenbourg, de Hesse, de Bade, etc., une confédération pour maintenir la constitution de l'Empire, les droits des états, les pactes de famille et de succession. Le rapprochement de l'Angleterre et de la Prusse, qui était au fond de cette ligue germanique, était un fait grave et alarmant pour les intérêts français : on devait en faire bientôt l'épreuve. Jamais le cabinet de Versailles n’eût dû manifester des vues susceptibles de lui aliéner la Prusse, à moins d’être bien décidé à aller jusqu’au bout, ce qui n’était ni dans sa pensée ni dans l’intérèt de la France *.

1. On se rappelle que les Pays-Bas formaient dans l’Empirele Cercle de Bourgogne.

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