‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 285 sur 346 · DEFICIT · texte numérisé non relu

DEFICIT

sible; on n’était plus assez fort pour faire banqueroute, et la jusice oblige de reconnaître que Louis XVI, quand il en aurait eu la force, n’en aurait pas eu la volonté.

Calonne se décida à faire à Vergennes, puis au roi, l’aveu de la situation réelle.

Depuis le renvoi de Turgot, c’est-à-dire depuis dix ans, le gouvernement avait dévoré 1,600 millions d’extraordinaire, don! 1,338 millions obtenus par voie d'emprunts en rentes', et le reste, par anticipations et créations d’offices. Pendant les trois années de Calonne, en temps de paix, le déficit annuel s’était accru de 35 millions, quoique le revenu public eût augmenté de 140 millions depuis Turgot, moitié par accroissement naturel des recettes, moitié par nouveaux impôts et additions aux anciens. La France payait à la couronne et aux ordres privilégiés environ 880 mil ions par an, en impôts de tout genre, corvées comprises, sans compter une grande partie des droits féodaux, pour lesquels la base d’évaluation nous manque?. Sur ces 880 millions, 510 étaient levés au nom du roi, au lieu de 370 qu’on levait du temps de Turgot; mais, déduction faite de 76 millions pour frais de régie, de 224 pour rentes, gages, intérêts de cautionnements et autres créances privilégiées, de 27 pour la partie des pensions ordonnancée directement sur Le Trésor, il ne restait que 183 millions pour les dépenses de l’état, et ce faible reliquat de tant de tributs allait s’engloutir, pour les trois quarts, dans le gouffre des acquits de comptant?.

Calonne commença donc par laisser entrevoir au roi des nuages à l'horizon : il lui avoua, en termes généraux, un déficit ancien, non mentionné dans le Compte rendu de Necker, et que lui-même avait été obligé d’accroitre; puis, dans un mémoire écrit, après avoir rappelé l’affreuse situation des finances à l'époque où le roi

1. 440 millions sous Necker, de 1776 à 1781; 411 sous Joli de Fleuri et d'Ormesson, de 1781 à 1783, et 487 en pleine paix, sous Calonne, de 1783 à 1786. Dans ces 487, nous comprenons 30 millions d'emprunt que fit la ville de Paris pour le compte du roi, en septembre 1786. Calonne avait, en outre, fait pour 79 millions d’anticipations.

2, Bailli, en 1830, évalue ces 880 millions de 1786 à plus de 1,200 ; aujourd’hui on pourrait les évaluer peut-être de 1,500 à 1,600.

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