‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 297 sur 346 · CALONNE ET LES NOTABLES · texte numérisé non relu

CALONNE ET LES NOTABLES

plan, sur la liberté de la circulation intérieure, les droits relatifs au commerce, la gabelle, etc. Abolir les douanes intérieures et les droits d'aides les plus nuisibles à la circulation, c'était, comme il le dit très-bien, répondre, après cent soïixante-treize ans, aux États-Généraux de 1614 et accomplir l’œuvre que le grand Colbert n'avait pu mener à terme. Mais il gâta le bon effet de ces paroles par de nouvelles témérités de langage. Il parut vouloir persuader aux Notables qu'eux et lui étaient d'accord. « Sa Majesté, leur dit-il, a vu avec satisfaction qu’en général vus sentiments s’accordent avec ses principes. que les objections qui vous ont frappés... sont principalement relatives aux formes... »

Sur cette assertion, nouvel orage. Tous les bureaux protestent avec virulence contre ce prétendu accord. Ils signifient que leur opposition porte sur le fond et non pas seulement sur la forme. Monsieur déclare « qu’il n’est ni honnête ni décent de faire dire aux Notables ce qu’ils n’ont pas dit. » La seconde partie du plan de Calonne est mise en pièces comme la première. L’abolition des douanes intérieures est trop hardie. Les modifications de la gabelle sont trop timides. Monsieur veut qu’on fasse disparaître entièrement l’infernale machine de la gabelle et qu'on y supplée par une taxe. L’aîné des frères du roi semblait prendre ce rôle de chef.de l'opposition, qu’il paraissait plus capable de remplir que le duc d'Orléans. La Fayette demande que, par la loi qui abrogera la gabelle, le roi ordonne la mise en liberté de tous les malheureux que la gabelle 4 jetés dans les prisons ou aux galères (par la contrebande). Calonne est attaqué personnellement pour les scandaleux échanges ou achats de domaines dans lesquels il a sacrifié l'intérêt de l’état, Le premier président de la Chambre des comptes, Nicolaï, auteur de la dénonciation, ayant hésité à la signer, La Fayette la reprend pour son compte.

Calonne commiençait à sentir vaciller sous sa main le monarque qui lui avait fait les mêmes promesses qu’à Turgot et à Necker, et qui allait les tenir de même. Il gardait toutefois encore au dehors son imperturbable assurance, et, le 29 mars, il lut, dans une troisième séance générale, la troisième partie de son plan sur l’inféodation des domaines et la réforme de l'administration des eaux et forêts, comme si les deux parties précédentes eussent

été adoptées. Le lendemain, il lança dans le public les Mémoires dont se composaient les deux premières parties, précédés d’un avertissement qui motivait cette publication sur la nécessité «de dissiper les inquiétudes qu’on avait voulu inspirer au PEUPLE. — Il n’est pas question de nouvel impôt, mais de la suppression d'injustes exemptions, de l'emploi de moyens qui tendent tous à l’allégement des contribuables les moins aisés. — On paiera plus, sans doute, mais qui? — Ceux-là seulement qui ne payaient pas assez; ils paieront ce qu’ils doivent, suivant une juste proportion, “et personne ne sera grevé. Des priviléges seront sacrifiés! Oui, la justice le veut, le besoin l'exige. Vaudrait-il mieux surcharger les non-privilégiés, le PEUPLE ? »

En même temps, il accusait les Notables en affectant de les défendre. «Ge serait à tort que des observations dictées par le zèle, les expressions d’une noble franchise, feraient naître l’idée d’une opposition malévole ?. »

Cette pièce, rédigée par le célèbre avocat Gerbier, fut répandue à profusion et envoyée à tous les curés pour la propager dans les paroisses. Il n’y avait rien eu de si grave jusqu'alors que cet appel désespéré de l'organe de la couronne à l’opinion du peuple contre les privilégiés. Un. cri de colère et d’effroi retentit parmi les Notables. Tous les bureaux portèrent plainte au roi contre la publication séditieuse du contrôleur-général. L'assemblée, la cour, plusieurs des ministres, se coalisèrent pour abattre Calonne : la reine entra dans la ligue sous l’influence de son conseiller intime, l'abbé de Vermont, dévoué à l’archevêque de Toulouse; Calonne n'avait plus guère d’allié que l’étourdi comte d'Artois. L'opinion publique ne répondait pas à son appel. Bien que satisfaite de le voir déchirer tous les voiles et briser toutes les barrières, elle soutenait contre le ministre dilapidateur l'opposition même rétrograde ; elle applaudissait aux Notables par cela seul qu’ils étaient une assemblée délibérante aux prises avec un ministre du pouvoir absolu. Le temps du progrès par le despotisme éclairé était passé ?.

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