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CALONNE ET NECKER

Les pamphlets pleuvaient sur Calonne et répétaient avec emportement ce mot redoutable d’États-Généraux, prononcé avec solen. nité dans quelques bureaux. Le paradoxal Linguet, qui naguère célébrait le pur despotisme et devait bientôt prècher la banqueroute, invoque l'assemblée des Trois-États. « C’est outrager la nation, » écrit Carra, préludant à sa carrière de journaliste révolutionnaire, « que de lui proposer, en l’absence des États-Géné- Taux, qui tiennent à sa constitution, de consentir à refondre cette constitution en assemblées provinciales, dont la véritable qualité serait celle de caisses d'emprunt au gré du contrôleur-général. »

Un adversaire plus considérable, provoqué par Calonne, apportait à la coalition un appui très-efficace. C'était Necker. Calonne avait contesté le Compte rendu. Necker demanda au roi la permission d’en débattre la véracité contre Calonne par-devant les Notables. Louis XVI fit dire à Necker qu'il était satisfait de ses services et qu’il lui ordonnait de garder le silence. Necker n’était pas homme à obéir, quand il s'agissait de sa renommée; il prépara un mémoire apologétique, et, en attendant, il parla; il remit des notes aux principaux membres de l’assemblée. Sur ces entrefaites, Calonne s’avisa d’avancer que Necker n’avait pas laissé au Trésor, comme il le prétendait, une somme suffisante pour achever les paiements de 1781 et pour commencer ceux de l’année suivante. Sur le terrain du Compte rendu, Calonne eût pu assez bien se défendre; ici il avait absolument tort. Le successeur de Necker, l’ex-contrôleur-général Joli de Fleuri, interrogé sur ce point, déclara par écrit que Necker avait dit la vérité. Le garde des sceaux Miromesnil, très-engagé dans la ligue contre Calonne, fit parvenir la lettre de Fleuri jusqu’au roi. Calonne, questionné avec sévérité par Louis XVI, récrimina habilement contre les intrigues dont on l’assaillait et imputa l’opposition des Notables aux cabales de Miromesnil. Louis tourna sa mauvaise humeur contre le garde des sceaux et agréa la proposition que fit Calonne de remplacer Miromesnil par M. de Lamoignon, président au parlement de Paris et cousin de Malesherbes. Calonne voulut pousser la victoire jusqu’au bout et faire congédier aussi Breteuil, ministre

répaudu librement dans la campagne comme aujourd’hui Londres, et fut très-mécontent le l'enceinte qu’on lui imposa.

de la maison du roi. Louis XVI ne s’y refusa pas; mais il voulut prévenir la reine, qui protégeait Breteuil. La reine éclata, s’écria que ce n’était pas Breteuil qu’il fallait renvoyer, mais Calonne, qui avait compromis l'autorité du roi en appelant les Notables et qui maintenant ne savait ni les contenir ni les gagner ; elle s’emporta, elle pria, elle pleura. Le faible roi, qui était venu chez Marie-Antoinette pour signifier le congé de Breteuil, chargea Breteuil de porter à Calonne sa destitution; maïs il garda, en renvoyant Calonne, le garde des sceaux que Calonne venait de faire (8-9 avril).

Les plans de Calonne ne disparaïssaient pas avec lui, comme les plans de Turgot et de Necker avaient disparu avec leurs auteurs. Il n’était plus possible de retourner aux vieilles routines. On avait fait entendre à Louis XVI que, des projets de Calonne, il n’y avait à supprimer que Calonne. — Mais qui èxécuterait ces projets? — Il y avait deux candidats sérieux, le candidat de la reine et celui de l'opinion, Brienne et Necker, qui gardait encore sa popularité malgré l’attaque à fond qu’un puissant champion avait récemment dirigée contre son système d'emprunts '. Le roi ne pouvait souffrir ni l’un ni l’autre. Le nouveau ministre des affaires étrangères, Montmorin, tenta un faible effort en faveur de Necker : il échoua, et, Necker ayant, le jour même du renvoi de Calonne, publié sans autorisation son mémoire apologétique, la cabale de la reine profita de cette désobéissance pour le faire exiler à vingt lieues de Paris. Marie-Antoinette avait tout à fait oublié son ancienne bienveillance pour le Genevois. Le parti de la reine poussa provisoirement au contrôle-général un vieux conseiller d'état sans conséquence, M. de Fourqueux, et, le 23 avril, le roi alla en personne remettre aux Notables la quatrième partie du travail de Calonne, annonça 15 millions d'économies et un droit de timbre étendu à beaucoup d'objets qui en avaient été exempts jusque-là, pour contribuer, avec la subvention territoriale, à combler le déficit. Le roi accordait aux Notables la préséance pour les privilégiés dans les assemblées provinciales et la

1. Dénonciation de l'agiotage au roi et aux Notables, par le comte de Mirabeau; — re Lettre sur l'administration de M. Necker, par le même; mars 1787. Il y à de bonnes raisous, mais aussi de l’exagération et de l'injustice.

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