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CHUTE DE GALONNE. BRIENNE

communication complète de ces états de finances tant réclamés.

Les Notables n’en montrèrent pas plus de bonne volonté et parurent peu disposés à accueillir l'impôt du timbre. La crise financière s’aggravait d'heure en heure : toutes les affaires avaient cessé ; le Trésor était à la veille de suspendre ses paiements. Il fallait se hâter de chercher quelque forte main pour lui remettre le gouvernail. Montmorin, secondé cette fois par le nouveau garde des sceaux Lamoignon, fit une seconde tentative sur le nom de Necker. Louis XVI allait plier, quand Breteuil vint à son aide contre les deux autres ministres et insista en faveur de Brienne. Louis se résigna à Brienne pour échapper à Necker. L’archevêque de Toulouse fut nommé chef du conseil des finances, et il fut entendu que le contrôleur-général ne serait que son premier commis {1 mai). Brienne était un autre Calonne pour la moralité, avec moins de talents et des prétentions de grand économiste de plus. Personnage tout d'apparence, n’ayant rien au fond que des vices et une petite ambition cupide et vulgaire, il était de ces hommes qui, avec un esprit facile et beaucoup de manége, se font juger capables des grandes places tant qu’ils ne les ont pas remplies. Il sut lier la reine à sa destinée ministérielle comme aucun ministre ne l’avait encore fait. Marie-Antoinette gouverna ostensiblement avec lui, assistant désormais à tous les comités chez le roi et acceptant, appelant la redoutable responsabilité d’un rôle pour lequel la nature l'avait si peu faite et qui devait l’écraser avec tous les siens

Malesherbes fut ramené au conseil par sun parent Lamoignon, comme ministre d'état sans portefeuille. Ce n’était plus une garantie ni une force; c'était une victime de plus, et malheureusement l’illustre vieillard devait compromettre, dans ce ministère, plus que sa vie, sa gloire, qui appartenait à la France!

Le 2 mai, Brienne annonça aux bureaux que les économies annuelles seraient de 40 millions, et non de 15, mais qu’un emprunt de 80 millions était indispensable. Sous l'impression d’une telle promesse de réductions dans les dépenses, les Notables consentirent l'emprunt, qui fut émis sous la forme de 6 millions de rentes viagères. Tous les bureaux se jetèrent avec une avide curiosité sur ces fameux comptes de finances qui leur avaient

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enfin été livrés. Ils n’y trouvèrent pas de grandes lumières. Il y avait une telle absence d’ordre, de méthode et de sincérité dans ces comptes', qu’on ne vint pas à bout de démêler le déficit permanent des charges extraordinaires et accidentelles, ni par conséquent de s'entendre sur le chiffre du déficit réel. La plupart l’évaluèrent approximativement à 140 millions. Les comptes de 1788 nous donnent à ce sujet des notions qui manquaient aux Notables en 1787, et l’on peut reconnaître que le déficit permanent ne dépassait pas 97 à 98 millions, y compris une douzaine de millions pour besoins imprévus : Calonne, avec sa témérité étourdie, l'avait exagéré, probablement pour tirer des Notables le plus d'argent possible?.

Malgré les économies annoncées, Brienne déclara aux Notables que la subvention territoriale était nécessaire, au chiffre de 80 millions par an, avec l'impôt du timbre et une nouvelle forme de capitation. De longs et vains débats se renouvelèrent dans les bureaux. Les Notables appartenant aux ordres privilégiés, c'est-àdire l'immense majorité de l’assemblée, étaient inquiets des reproches qui leur arrivaient des provinces. La noblesse et le clergé étaient fort mécontents que les Notables eussent admis en droit l’égale répartition, au moins pour un impôt spécial, tout en cherchant à l’éluder de fait. Il y eut, parmi ces discussions, quelques incidents remarquables. La Fayette proposa qu’on suppliât le roi de convoquer une ASSEMBLÉE NATIONALE dans cinq ans, c’est-à-dire pour 1792! « Quoi, monsieur, dit le comte d’Artois, président du bureau, vous demandez les États-Généraux ? — Oui, monseigneur ; et même mieux que cela. »

La Fayette ne fut pas soutenu. Il eut plus de succès dans deux autres motions, l’une pour l’état civil des protestants, mesure à laquelle le gouvernement, comme nous lavons dit, était déjà

1. ls ne furent pas tous livrés ; car « le roi fit lui-même le triage de ceux qu'il

voulait bien montrer aux Notables, et de ceux qu'il lui plut de leur soustraire, et qui, apparemment, contenaient ou des dons ou des déprédations. » — JJém. de Besenval, t. III, p. 226.

2. V. les observations de M. Droz, Hist. du règne de Louis XVI, t. 1e, p. 512-511. Il ne faut pas oublier que les charges extraordinaires et flottantes, quand on ne les solde pas, aboutissent nécessairement à une consolidation qui augmente le déficit permanent de l'intérêt de ces fonds consolidés.

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