‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 30 sur 346 · J. Reynaud, Encyclopédie nouvelle, art. Encyclopédie · texte numérisé non relu

J. Reynaud, Encyclopédie nouvelle, art. Encyclopédie

2. Il est bon encore d'observer que d’Alembert blâme le dédain de son siècle pour l'étude des anciens, reconnaît, comme le fait sans cesse Voltaire, que les ouvrages d'esprit (de pure littérature) sont, en général, inférieurs à ceux du siècle précédent et en donne très-bien les raisons. à

élégante, claire et sobre, reste un des meilleurs ouvrages que nous possédions après ceux des génies de premier ordre.

L’immense entreprise ne marcha pas longtemps sans encombre : les adversaires de la philosophie avaient compris la portée de l'Encyclopédie ; ils voyaient que les novateurs se disciplinaient en corps d'armée, qu'ils avaient un camp, un quartier-général. L'éloignement de Voltaire, la vieillesse anticipée de Montesquieu, qui déclinait, avaient donné de vaines espérances : le destin de la philosophie ne reposait plus sur une ou deux têtes, pour illustres qu’elles fussent. Les jésuites avaient demandé à être chargés des articles de théologie : cette espèce de transaction avait été refusée. Les jésuites saisirent la première occasion de prendre l’offensive. En novembre 1751, un abbé de Prades, collaborateur de l’Encyclopédie, s'avisa de soutenir, en Sorbonne, une thèse où le déisme voltairien et le sensualisme étaient à peine déguisés ; l'abbé, censuré par la Faculté, s'enfuit à Berlin, où Frédéric et Voltaire lui firent fète. Pendant ce temps, à Paris, on mettait la thèse sur le compte de Diderot. Les adversaires eurent beau jeu : l'impression de l'Encyclopédie fut suspendue par arrêt du conseil du 7 février 1752. On saisit les papiers de Diderot : les jésuites comptaient s’en emparer et finir le livre à leur guise. Le cri de l’opinion s’éleva. Lamoïgnon de Malesherbes, premier président de la Cour des aides, directeur de la librairie et, par conséquent, de la censure, était dévoué de cœur à la liberté de penser et d’écrire : il agit de son mieux; le comte d’Argenson, qui avait persécuté Diderot, puis patroné, puis abandonné l'Encyclopédie, fut regagné. La cour céda : les auteurs furent priés de continuer une œuvre honorable à la nation, et le troisième volume parut en novembre 1753, avec une préface où Diderot constatait la victoire.

La victoire n’était pas complète ni définitive : on n’avança quelque temps en paix qu’au prix de concessions et de ménagements que le prudent d’Alembert imposait à Diderot et qui faisaient gémir Voltaire. « Vous admettez des articles dignes du Journal de Trévoux ! » écrivait Voltaire. « Il y a d’autres articles, moins au jour, où tout est réparé ,» répondait d’Alembert. « Le temps fera distinguer ce que nous avons pensé de ce que nous

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