ASSEMBLÉE DE VIZILLE. GAA
dans les États-Provinciaux, aurait une représentation égale au clergé et à la noblesse réunis en une seule chambre. Les deux ordres privilégiés, emportés par un généreux élan, avaient adhéré à toutes les propositions du Tiers, et Mounier, secrétaire de l’assemblée, en avait été le véritable directeur. À côté de lui s’était signalé un jeune avocat de Grenoble, son allié maintenant, et plus tard son adversaire dans la grande Constituante, Barnave.
L'assemblée s’ajourna au 1° septembre, après avoir demandé au roi le retrait des édits, l’abolition des lettres de cachet, la convocation des États-Généraux et la sanction du rétablissement des États de Dauphiné.
Les mouvements des autres provinces n’avaient pas un si grand caractère; mais la fermentation était universelle. Les troubles étaient permanents en Provence, en Languedoc, en Roussillon : le Nord et l'Est protestaient avec moins d’emportement, mais non pas avec moins de résolution. L’armée vacillait dans la main du ministère. La justice était interrompue dans presque toute la France. L’anarchie était universelle. Les caisses étaient vides : on ne pouvait plus vivre d’anticipations, les banquiers se refusant à toute avance. Le gouvernement tombait en débris. Le roi se réfugiait dans une morne insouciance et passait sa vie à chasser. Le principal ministre tranchait du Richelieu dans son cabinet : « J'ai tout prévu, même la guerre civile! — Le roi sera obéi! » Grands mots qui retentissaient dans le vide. Tout se retirait : le ministre qui partageait la faveur de la reine avec Brienne, Breteuil, donna sa démission.
Brienne avait essayé d’une dernière ressource. Il avait convoqué, en juin, une assemblée extraordinaire du clergé, espérant que l’ordre dont il faisait partie viendrait à son secours; que le clergé, si menacé par l'esprit du siècle, comprendrait tout ce qu’il avait à redouter d’une assemblée nationale, et se äéciderait à mettre la couronne en mesure de se passer des États-Généraux, soit par un emprunt que garantirait l’ordre ecclésiastique, soit par l'abandon des biens monastiques à l’état. Le clergé ne comprit rien : comme la noblesse, il réclama énergiquement le main-
1. Introduction au Moniteur, p. 341, 547. — Droz, t. II, p. 71. — Soulavie, t. VI, p. 209. — Floquet, Hist. du parlement de Normandie, t. VII, p. 157.
tien des capitulations provinciales contre une injuste unité : il prit parti pour les parlements, ses anciens adversaires, et il réclama aussi les États-Généraux sous bref délai. Chacune des puissances de l’ancien régime répétait à son tour, comme maîtrisée par un esprit invisible, la parole qui allait faire crouler l'édifice du passé.
En même temps qu’il évoquait le génie de la Révolution ct qu'il déclarait que « le peuple français n’est pas imposable à volonté, » le clergé, rétrogradant au delà des Notables, protestait formellement contre l'application de l'impôt aux possessions ecclésiastiques, contre le désordre d'une fausse égalité, et revendiquait le renouvellement des lois de Louis XIV et de Louis XV sur la garantie intégrale de ses immunités! Ce fut là-dessus que se sépara la dernière assemblée de l’ordre du clergé de France.
Le gouvernement, si l’on pouvait encore donner ce nom à l’anarchie de Versailles, ploya devant le clergé; un arrêt du conseil interdit d'étendre la perception des vingtièmes sur les biens d’église (5 juillet). Un misérable don gratuit de 1,800,000 livres fut tout ce qu’on put obtenir conditionnellement de l’assemblée.
La monarchie mourante se débattait en vain; une force invincible la poussait à cette convocation de la nation qui lui inspirait une si profonde terreur. Brienne, n’espérant plus éviter les États- Généraux, tàächa du moins de rompre la coalition des trois ordres contre la couronne. Le 5 juillet, un arrêt du conseil déclara qu’après plusieurs mois de recherches sur les anciens États-Généraux, il avait été impossible « de constater d’une façon positive la forme des élections, non plus que le nombre et la qualité des électeurs et des élus; » les conditions ayant varié suivant les temps et les lieux. En conséquence, les États-Provinciaux et les nouvelles assemblées de divers degrés étaient invités à formuler leurs vœux sur cette question, et tous les officiers municipaux, officiers des juridictions, syndics d’États-Provinciaux et assemblées provinciales, de districts et de paroisses, et, enfin, toutes personnes ayant connaissance de pièces relatives aux États-Généraux, ainsi que
1. Introduction au Moniteur, p. 379 et suiv. — L’archevêque de Narbonne, M. de Dillon, orateur du clergé, approuva cependant, sauf quelques réserves, la restitution de l’état civil aux protestants.