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Anciennes Lois françaises, t. XX VIII, p

2. Malesherbes et d’autres hommes politiques avaient proposé au roi de convoquer, au lieu des États-Généraux, une assemblée nationale qui aurait sa base dans les assemblées provinciales, c’est-à-dire la grande municipalité de Turgot.— V, Droz, t. II, p. 82. L! était trop tard : la royauté n'avait plus la force de supprimer ainsi les trois ordres pour les remplacer par l’unité fondée sur le principe unique de la propriété. Les ordres privilégiés eussent résisté, et le peuple n’eût pas soutenu une révolution qui n’eût pas été démocratique et qui n’eût convenu qu'aux sommités du Tiers-État.

16 août, il fit décréter par le conseil que les paiements de l’état seraient suspendus pendant six semaines, puis qu’on paierait les rentes et gages jusqu’au 31 décembre 1789, partie en argent et partie en billets. Les remboursements étaient reculés d’un an. Deux jours après, il fit autoriser la Caisse d’escompte, jusqu'au 1er janvier, à ne pas rembourser ses billets en argent : cela parut le prélude évident de la banqueroute. « La malédiction publique fondit sur lui comme un déluge.» La cour l’abandonna. Brienne tenta une dernière chance de salut. Il offrit le contrôle général à Necker. Le Genevois refusa de s'associer à un ministère perdu dans l'opinion. Brienne donna sa démission (25 août), et Louis XVI subit Necker en vaincu, comme il avait subi la convocation des États-Généraux. Le garde des sceaux Lamoiïgnon suivit Brienne rois semaines après ?.

Le second ministère de Necker ferme l'Ancien Régime et ouvre la Révolution.

Necker rentra aux affaires sous de funèbres auspices. Le morne silence de Paris avait fait place à de fougueuses explosions. La joie du renvoi de Brienne, puis de Lamoignon, eut un caractère d’emportement qui aboutit à des scènes sanglantes où l'autorité fit tour à tour mépriser sa mollesse et maudire sa violence tardive. Après trois jours d’illuminations, de fusées, de cris, de chants, le guet, jusqu'alors immobile, fit, sur le Pont-Neuf, une charge inattendue et brutale. Le lendemain, la jeunesse baso- ‘chienne revint en forces, armée de bâtons, et brüla en effigie Brienne; une multitude aux visages sombres, aux vêtements délabrés, se joignit aux jeunes gens. Les corps de garde du guet furent assaillis et détruits, sauf à la Grève, où une décharge meurtrière dispersa les assaillants. Les troubles furent plus graves encore à la chute de Lamoignon. Des bandes nombreuses se vortèrent aux hôtels de Brienne et de Lamoignon et à la maison du chevalier du guet, avec des menaces d'incendie; les gardes

1. Mém. de Marmontel, t. IV, p. 29, an x111 (1804). — Introduction au Moniteur, p. 360.

2. L'aveugle faveur de la reine suivit Brienne dans sa retraite, et lui valut encore le chapeau de cardinal. Lamoignon et Brienne finirent tous deux par le suicide; le premier, le 18 mai 1789; le second, le 16 février 1794,

françaises et suisses marchèrent contre l’émeute; sur deux points, la foule se trouva prise entre les détachements de troupes chargeant en sens opposé, et il y eut un vrai massacre. Il en resta de farouches ressentiments dans les masses.

L'ordre matériel se rétablit néanmoins pour quelque temps à Paris, et Necker fit de grands et d’intelligents efforts pour soulager les misères exceptionnelles qui aigrissaient le peuple et pour relever le crédit et la circulation commerciale. Comme ministre des finances, il justifia de nouveau la confiance qu’il avait inspirée à la nation : les bourses fermées à Brienne se rouvrirent pour lui; les fonds montèrent de 30 p. °/,; il obtint des avances des capitalistes et de certaines corporations, engagea généreusement sa propre fortune comme garantie des engagements de l’état, fit patienter les créanciers, révoquer l'arrêt du 16 août, que le public appelait l'arrêt de la banqueroute, et parvint à pourvoir aux besoins ordinaires, tout en subvenant aux besoins extraordinaires de la disette, puis du rigoureux hiver de 1788 à 1789. En deux mots, il aida la France à vivre durant les quelques mois d’anxiété suprême qui séparèrent l'Ancien Régime de la Révolution. Ce fut là le principal et le dernier honneur du ministre genevois.

La chute de Brienne et de Lamoïgnon emportait nécessairement celle de tout leur système. Pour la seconde fois du règne, les parlements furent réinstallés en triomphe. La déclaration du roi qui rappelait « les officiers des cours à l'exercice de leurs « fonctions, » avançait la réunion des États-Généraux au mois de janvier 1789 (23 septembre 1788). Le parlement de Paris débuta par ordonner, aux acclamations de la multitude, des informations sur « les excès, violences et meurtres commis dans la ville de Paris depuis le 28 août, » puis d’autres informations sur les crimes d'état imputés aux deux ministres déchus. Mais les applaudisse-ments tombèrent tout à coup, lorsque l’on connut les termes dans lesquels le parlement avait enregistré la déclaration royale : «Ne cessera la cour. de réclamer pour que les États-Généraux.. soient régulièrement convoqués et composés, et ce, suivant la forme observée en 1614. » La forme de 1614 impliquait le vote

1. 70 millions furent dépensés en secours et en achats de grains.

par ordres et réveillait les souvenirs les plus contraires aux intérèts et à la dignité du Tiers-État.

Il se fit à l'instant même un vide immense autour du parlement. Son armée d'avocats, de procureurs, de notaires, de praticiens, de jeunes clercs, l’abandonna. Sa popularité factice s’évanouit. Le torrent des brochures politiques, des pamphlets, qui débordait à flots toujours croissants depuis l’appel du 5 juillet, se tourna contre lui. Ce fut le signe que la véritable lutte commençait, la lutte du peuple contre l’Ancien Régime. La confuse préface de la Révolution était finie.

On eût pu toutefois se faire une dernière illusion aux caractères apparents des premiers incidents de la lutte. Tandis que les parkements provinciaux revendiquaient, comme la cour suprême de Paris, les vieilles formes aristocratiques des États-Généraux, les corporations officielles du Tiers-État, Corps de ville, communautés industrielles, corporations de légistes, et les commissions intérimaires des nouvelles assemblées provinciales, répondaient par des adresses au roi où elles demandaient énergiquement que la représentation du Tiers égalât en nombre celle des deux ordres privilégiés ensemble : elles invoquaient le souvenir de Louis le Gros, de saint Louis, de Philippe le Bel, de Louis le Hutin, de tous les rois qui passaient pour avoir été les alliés de la bourgeoisie contre la féodalité. C'était un dernier effort pour relier au passé l’avenir inconnu et sans précédents où l’on touchait.

Ni le roi ni même Necker n’entendirent ce dernier appel. Necker se montra tout à la fois le plus habile des financiers et le plus médiocre des hommes d'état. Méconnaissant entièrement la force respective des partis (force qu’au reste ni Mirabeau ni personne n’appréciait tout à fait encore), il ne songeait qu'à se ménager entre le Tiers et les privilégiés, et déclinait la responsabilité de décider la question préalable à toutes les autres, la double représentation du Tiers, comme si cette prétention fort modeste, à laquelle se bornaïit encore le Tiers, n’eût pas été chose acquise d'avance par la loi sur les assemblées provinciales et par l’initiative des Trois États de Dauphiné‘. Peu importaient que les précé-

1. Une assemblée extraordinaire, réunie spontanément à Privas, adhéra, au rom . s . 4 .

des trois ordres du Vivarais, aux actes des États de Dauphiné.

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