‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 325 sur 346 · QU’'EST-CE QUE LE TIERS-ETAT · texte numérisé non relu

QU’'EST-CE QUE LE TIERS-ETAT

masse marchait plus vite que les plus grands entre les individus.

Ce n’est pas Mirabeau qui a le terrible honneur de résumer l'ouragan et de lancer la foudre précédée de tant d’éclairs. C’est un nouveau venu, sorti, comme lui, des ordres privilégiés : QU'EST-CE QUE LE Tiers-Érar? demande l’abbé Sievès.

« Qu'est-ce que le Tiers-État? — Tout.

« Qu'a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? — Rien*.

« Que demande-t-il? — À y devenir quelque chose.

« Le Tiers est une nation complète. — Si l’on Ôtait l’ordre privilégié?, la nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus.— Il n’est pas possible, dans le nombre de toutes les parties élémentaires d’une nation, de trouver où placer la caste des nobles. — Qu'est-ce qu’une nation? — Un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature. — L’ordre des nobles est un peuple à part dans la grande nation. — Le Tiers est tout.

« Qu'est-ce que le Tiers à été? — Rien.— Que si les aristocrates entreprennent de retenir le peuple dans l’oppression, j’oserai demander à quel titre. Si l’on répond : A titre de conquête. le Tiers se reportera à l’année qui a précédé la conquête. il est aujourd’hui assez fort pour ne plus se laisser conquérir. — Fils des Gaulois et des Romains, pourquoi ne renverrions-nous pas les prétendus héritiers des Francs dans les forêts de la Franconie? — Notre naissance vaut bien la leur. — Oui, dira-t-on, mais. par la conquête, la noblesse de naissance a passé du côté des conquérants. Eh bien, il faut la faire repasser de l’autre côté : le Tiers redeviendra noble en devenant conquérant à son tour.

« Que demande le Tiers? — Le moins possible, en vérité : que ses députés soient au moins en nombre égal à ceux des privilégiés, tant qu'il y aura des privilégiés. »

Sieyès attaque ensuite l’école anglaise, qui voudrait livrer une des branches du pouvoir législatif à trois ou quatre cents familles

1. Ce fut Chamfort qui fournit à Sicyés à peu près son fameux titre : « Qu'est-ce que le Tiers-État ? — Tout. — Qu'a-t-il ? — Rien. » Sieyès le modifia heureusement,

— V. les Œuvres choisies de Chamfort.

2, Il dit l’ordre, non les ordres, parce que le clergé, n'étant pas une caste herédi-

taire, n’est pas pour lui un ordre, mais une profession.

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&e hauie noblesse, en rejetant la petite noblesse sur la chambre des représentants du Tiers.

« Qu’a-t-on fait? » demande-t-il ensuite. Et ce qu’on a fait, il le critique avec force. « Qu’y a-t-il à faire ? »

Il paraissait d’abord réclamer seulement, comme Mirabeau, que le Tiers, qui est tout en droit, devint quelque chose en fait. Mais, ici, il aboutit à ce que le Tiers soit tout en fait comme en droit.

« La nation est la loi elle-même : la nation n’est pas soumise à une constitution : elle ne peut pas l'être. — Les parties de ce au’on croit être la Constitution française ne sont pas d’accord entre elles; à qui appartient-il donc de décider ? —A la nation, indépendante de toute forme positive. Quand la nation aurait ses États-Généraux réguliers, ce ne serait pas à ce corps constitué à prononcer sur un différend qui touche à la Constitution.

« … Une représentation extraordinaire peut seule toucher à la Constitution ou nous en donner une, et cette représentation CONSTITUANTE doit se former sans égard à la distinction des ordres.

« Il fallait prendre la nation dans quarante mille paroisses. — Qui a le droit de convoquer la nation? Quand le salut de la patrie presse tous les citoyens, il faudrait plutôt demander qui n’en a pas le droit! -- Que reste-t-il à faire au Tiers-État? — Organiser le corps du gouvernement, le soumettre à des formes qui garanüssent son aptitude à la fin pour laquelle il est établi. — Le Tiers- État seul, dira-t-on, ne peut former des États-Généraux. — Tant mieux ! il composera une ASSEMBLÉE NATIONALE... Ses représentants auront la procuration de 25 à 26 millions d'individus qui composent la nation, à l’exception d'environ 200,000 prêtres ou nobles*. Ils délibéreront pour la nation entière, à l’exception de 200,000 têtes... IL est impossible de dire quelle place deux corps privilégiés doivent occuper dans l’ordre social; c’est demander quelle place on veut assigner, dans le corps d’un malade, à l'humeur maligne qui le mine et le tourmente. Il faut la neutra-

1. Il aurait fallu dire 500,000 à 600,000, en comprenant les femmes et les enfants,

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