CAHIERS DE LA NOBLESSE
réformes. — Droit de chasse exclusif réservé aux seigneurs dans leurs fiefs.
La plupart demandent la liberté du commerce et de l'industrie. — Que le prêt à intérêt soit permis définitivement. — Réduction du nombre des fêtes. — Qu’on ne paie plus à Rome d’annates ni de dispenses. — Abolition du concordat, rétablissement des élections et autres réformes ecclésiastiques, comme aux cahiers da clergé. Beaucoup de cahiers demandent le rachat des dîmes, avee remploi pour le service du culte, l'entretien des édifices religieux et le soulagement des pauvres; d’autres veulent leur extinction au profit des propriétaires des terres. — Une partie des cahiers demandent qu’on utilise les moines; les autres, qu’on les supprime. — Que les non-catholiques soient rétablis dans tous les droits de citoyens. — Les cahiers demandent pour la noblesse une marque de distinction exclusive et honorifique, et le droit exclusif de porter l'épée. — Que la noblesse puisse faire le commerce ou prendre des terres à ferme sans déroger. — Plusieurs cahiers réclament des mesures qui empêchent l’armée de devenir contre les lois l'instrument du pouvoir exécutif ou ministériel. D’autres veulent le rétablissement des corps supprimés de la maison du roi. — Qu’aucun officier ne puisse être destitué sans ua jugement légal. — La plupart des cahiers approuvent les mesures qui interdisent les grades militaires aux non-nobles et réclament contre la préférence accordée à la noblesse de cour sur celle de province pour les grades supérieurs.
Les ressemblances et les différences avec les cahiers du clergé sont également remarquables. Des deux ordres privilégiés, chacun sacrifie volontiers les priviléges de l’autre : le clergé condamne les droits féodaux et les priviléges de naissance; la noblesse attaque la dîime et les couvents : la conclusion est facile à tirer. Comme le clergé, la noblesse en est venue à consentir l'égalité de l'impôt. Ces exemptions pécuniaires, dont les ministres réformateurs eux-mêmes n’osaient solliciter qu’à demi le sacrifice, dont les privilégiés, la veille encore, reprochaient aux Notables de n’avoir pas défendu le principe, les privilégiés, assemblés d’un bout à l’autre de la France, et consultés en masse, des abandonnent en principe et en fait. C’est une des plus belles
victoires que le sentiment du juste ait remportées sur la terre.
Malheureusement il était trop tard pour que le peuple à qui l’on offrait ce sacrifice y vit seulement le sentiment du juste. On ini .concédait ce qu’il se sentait en état d'exiger, et il y vit surtout un hommage à sa force. Il ne restait que trop de causes de lutte. La noblesse défendait le reste de ses prérogatives avec d'autant plus d’opiniâtreté. Elle refusait la réunion des trois ordres en une seule assemblée nationale ; elle refusait Le rachat de la plupart des droits féodaux,; elle avait le sentiment de la liberté individuelle, et c’est là son meilleur titre; mais elle ne voulait la liberté pour les autres que dans ce qui ne froissait pas ses intérêts ou son orgueil; elle voulait l'égalité aussi, mais dans l’intérieur de son ordre, et l’inégalité au dehors. Elle justifiait trop la parole de Sieyès : c’était une petite nation dans la grande, et cette petite nation voulait subsister à part et vivre de sa propre vie.
C’est ce que le Tiers-État, la grande nation, ne pouvait plus souffrir. L’égalité!.. réclame-t-il par les mille voix de ses cahiers, dans la langue du Contrat social. — Tous les hommes étaient Sgaux avant leur association civile : ils doivent encore être égaux devant les lois constitutives des corps politiques. — 1e corps ou individu qui refuse de participer aux charges publiques, ou ne veut les supporter que dans une moindre proportion et dans une forme différente de celle que l’on suit pour les autres citoyens, rompt l'association civile en ce qui le concerne. (Cahier du Nivernais.) — Nous prescrivons à nos représentants, dit le cahier de Paris, de se refuser invinciblement à tout ce qui pourrait offenser la dignité des citoyens libres, qui viennent exercer les droits souverains de la nation. — Il leur est enjoint expressément de ne consentir à aucun subside, que la déclaration des droits de la nation ne soit passée en loi. — Tout pouvoir émane de la nation. — La volonté générale fait la loi : la force publique en assure l'exécution. Toute propriété est inviolable. Nul citoyen ne peut être arrêté ni puni que par jugement légal. — Nul citoyen, même militaire, ne peut être destitué sans jugement‘. — Tout citoyen a le droit d'être admis à tous les emplois, professions et dignités ?.