ROUSSEAU A PARIS
se plongea dans la philosophie et les sciences, et se fatigua en vain à accorder entre eux les métaphysiciens modernes; puis il se rejeta sur son vieil ami Plutarque et sur Montaigne. Montaigne, si terrible à Pascal, fut pour Rousseau un nourricier bien-aimé, sinon toujours salutaire : des âmes diverses peuvent arracher les oracles les plus divers à ce Protée aussi varié que la nature même.
Nous n’avons point à retracer les péripéties à la suite desquelles, refusant de renouveler une situation intolérable pour sa dignité et pour son cœur, mais gardant une profonde reconnaissance là où ne pouvait être l’amour, il quitta sans retour la Savoie et prit, pour la seconde fois, la route de Paris, afin d’aller faire fortune au profit de madame de Warens. Son moyen de fortune (il en avait déjà inventé beaucoup!) était une méthode pour noter la musique en chiffres. Sa vocation décisive était, à ce qu’il croyait, celle du musicien (1741).
La méthode ne réussit pas, mais lui valut quelques relations dans le monde parisien. Il tenta une autre aventure et partit pour Venise comme secrétaire de l'ambassadeur français. Il se tira des fonctions diplomatiques beaucoup mieux qu’on ne l’eût pu croire; mais la brutalité de son ambassadeur, grand seigneur aussi plat qu'inepte, lui ferma brusquement la carrière. Son retour à Paris marque une date funeste dans sa vie (1745), l’époque de sa liaison avec Thérèse Levasseur. Malheureuse union entre l'idéal et la vulgaire réalité, qui, par une réaction inévitable, sépare absolument, chez Rousseau, la vie de l’âme et de l’imagination d’avec la vie extérieure, au lieu de chercher leur harmonie. La pauvreté vient rendre plus pesante la triste chaîne qu’il s’est donnée : le contraste s’accuse de plus en plus poignant entre l’homme qui sent sa valeur et la condition que lui fait la société. Fier et timide, il s'entend mal à parvenir. Ses plus belles années s’écoulent en vain; ses essais d’opéras n'arrivent pas jusqu’à la scène : il est réduit, pour ne pas mourir de faim, à trente-cinq ans, à se faire le secrétaire de la femme et du fils d’un fermier général. De ce temps datent les fautes tant reprochées, qui doivent peser sur le reste de sa carrière et laisser dans l’avenir une ombre sur son nom. Deux enfants, nés de ses relations avec Thérèse, sont envoyés
à l'hôpital (1747-1748). La misère le pousse : les exemples d'une société corrompue l'enveloppent; autour de lui, peupler Ls Enfants-Trouvés paraît chose toute simple ; n’ayant que des sentiments et des tendances sans principes arrêtés, l’esprit d'imitation l'emporte.
Le temps des fautes précède de bien peu celui de la gloire. Jamais Rousseau n’aväit songé, jusqu'alors, à chercher dans la littérature sa subsistance ou sa réputation. Il ne se croyait ni le savoir ni Ja facilité nécessaires, et n’attachait aucune importance à quelques vers, à quelques essais de jeunesse. Cependant, lié avec presque tous les gens de lettres, il s'était attaché surtout à Diderot avec la passion qu’il portait en toutes choses et s'était chargé, à sa prière, des articles de musique pour l'Encyclopédie. Sur ces entrefaites, Diderot fut emprisonné au donjon de Vincennes, à l’occasion de sa Lettre sur les Aveugles.
L'heure décisive était arrivée où Rousseau allait se révéler à lui-même et au monde.
Il allait et revenait sans cesse de Paris à Vincennes, la tête échauffée par la persécution de son ami, qui ravivait toutes ses propres souffrances. Une sourde fermentation l’agitait; son esprit flottait dans un chaos plein de germes et de rayons, qui demandait la forme et la vie. Un jour, il parcourait, en marchant, le journal littéraire le Mercure de France : ses yeux rencontrèrent une question mise au concours par une société littéraire de province, par l'Académie de Dijon :
Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il ne à épurer les mœurs?
Un éclair illumina son cerveau : tout un monde d’idées débordèrent, l’assaillirent avec une telle impétuosité, qu’il se laissa tomber au pied d’un arbre dans une sorte d’extase. Il vécut un siècle en une demi-heure. Toutes ses sympathies pour la nature, pour les mœurs simples, pour la vie indépendante et solitaire, toutes ses douleurs, tous ses griefs, toutes ses irritations vagues contre une société savante, élégante, délicate et dépravée, raffinée d'esprit et desséchée de cœur, qui analyse tout et ne sent plus rien, qui méconnaît les mystères de l’âme en voulant tout réduire en observations et en expériences, qui, à force de donner des
noms décens à ses vices, a appris à n’en plus rougir, qui etouffe les supériorités naturelles sous des supériorités de convention absurdes et honteuses, qui fonde les jouissances et les connaissances de quelques-uns sur la misère et l'ignorance du grand nombre, contre une société, enfin, perfectionnée, florissante au dehors, minée au dedans, pareille à ces arbres creusés et réduits à l’écorce, qui cachent leur destruction imminente sous les feuillages et les fleurs; tout prend corps; tout se coordonne; l’inspiration jaillit : elle jaillira sans interruption comme un torrent de flamme pendant douze années'.
L'Académie de Dijon n’avait entendu poser le problème que sur le rétablissement des sciences dans l’ère moderne. Rousseau ne
1. Confessions, 1. vit. — Seconde Lettre à M. de Malesherbes. — Rousseau juge de Jean-Jacques, second Dialogue. — Une question préjudicielle est à juger ici. Une accusation grave à été portée contre Rousseau. Morellet, Marmontel, La Harpe, madame de Vandeul, ont répété sur tous les tons, d’après l’assertion de Diderot, que Rousseau n’avait résolu la question par la négative que d’après l’avis de Diderot et >onire sa première impression. Si ce fait était vrai, le récit de Jean-Jacques serait an roman ; sa théorie un long jeu d'esprit, et sa vie même un paradoxe calculé et lramatisé. Il y a des exemples d'auteurs fameux qui ont changé de thème initial par calcul d’effet, par choix d’artiste, et sont arrivés à une espèce de foi littéraire et conventionnelle dans leur thèse ; mais ces auteurs n’ont peint qu’avec leur imagina tion et ont tout tiré de leur tête; l’homme et l'écrivain étaient séparés chez eux. Chez Rousseau, l’homme et l'écrivain sont absolument identifiés; c’est, comme Pascal, avec le sang de son cœur qu’il écrit, et, comme il l’a dit cent fois lui-même, il n’est écrivain que lorsque l’inspiration de l’âme le force d’écrire : sans inspiration, il n’écrirait qu’en rhéteur vulgaire, ou plutôt il n’écrirait pas, il ne pourrait pas écrire. Il est absolument le même dans ses relations intimes, dans sa correspondance la plus familière, que dans ses grandes œuvres, et plus d’un témoignage antérieur à son premier écrit atteste les tendances qui le menaient où il arriva, par exemple, une lettre de 1748. (Histoire de Rousseau, par Musset-Pathay, t. II, p. 363.) Au reste, le doute est impossible pour quiconque a été effleuré le moins du monde par les angoisses morales qu’exprime si puissamment Rousseau : il y a là un accent que ne saurait méconnaître l’homme qui a passé par les épreuves intérieures. Les rhéteurs et les sophistes n’ont pas le secret d’un tel langage.
Ce qui est probable, c’est que, si Rousseau conservait quelques scrupules, quelques hésitations, Diderot, avec son goût naturel pour le paradoxe, n'aura pas manqué de les combattre et de pousser à rendre la solution aussi excessive, aussi absolue que possible. Rousseau convient que Diderot mit quelque peu la main à ses premiers ouvrages et en exagéra les couleurs. L’étourderie de Diderot et sa mauvaise humeur contre Rousseau depuis leur rupture auront trompé sa mémoire sur les circonstances : la malignité de ses amis aura fait le reste.
V., sur ce débat tant de fois renouvelé, deux pages admirables de sagacité et d'équité dans le beau chapitre que M. Villemain a consacré à Rousseau. (Tableau du xvine siècle, t. II, xx1ve leçon.) V. aussi; dans ce chapitre, tout ce qui regarde la formation du talent de Rousseau.
s’enferme pas dans ce cadre historique; c’est l'établissement même des lumières parmi le genre humain qu’il considère, qu’il juge. et qu’il condamne!
« Nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés vers leur perfection. — C’est une loi générale. — Le luxe, la dissolution et l’esclavage ont été de tout temps le châtiment des efforts orgueilleux que nous avons faits pour sortir de l’heureuse ignorance où la sagesse éternelle nous avait placés. — L'astronomie est née de la superstition, l’éloquence de l'ambition. Toutes les sciences, et la morale même, de l’orgueil humain : les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices. La culture des sciences affaiblit les qualités guerrières, encore plus les qualités morales. — L’imprimerie, cause de désordres affreux et toujours croissants en Europe..., est l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain. »
Le vrai sens de ces hyperboles éclate bientôt : « Tous ces abus viennent de ce qu’on préfère les talents aux vertus. On substitue à l'ignorance un dangereux pyrrhonisme. Nos lettrés vont sapant les fondements de la foi et anéantissant la vertu. Ils sourient à ces vieux mots de patrie et de religion. La fureur de se distinguer est leur seul dogme. — Dans nos maisons d'éducation, l’on apprend tout à la jeunesse, excepté ses devoirs. Le nom de patrie ne frappe jamais son oreille. — Les anciens politiques parlaient de mœurs et de vertu : les nôtres ne parlent que de commerce et d'argent. »
Puis un cri de regret mal contenu pour ces arts qu’il flétrissait tout à l'heure : « La dissolution des mœurs, suite du luxe, corrompt le goût. — Malheur aux artistes qui naissent dans des temps frivoles et efféminés ! Dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés mâles et fortes à notre fausse délicatesse !... »
1. Il regarde comme contribuant à la corruption, autant que les sciences, « tout ce qui facilite la communication entre les diverses nations et altère les mœurs propres à leur climat et à leur constitution politique. Tout changement dans les coutumes tourne au préjudice des mœurs. » Ibid. C’est la réaction contre le cosmopolitisme poussée à l'extrême. Mais il est à remarquer que ceci n’est applicable qu’à un peuple à la fois libre et primitif, et, par conséquent, ne peut concerner aucun des grands états européens, qui tous ont perdu leur forme et leurs mœurs premières.
Après une nouvelle pointe contre les philosophes incrédules, il termine ainsi : « La vraie philosophie, c’est de rentrer en soimême et d'écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions, »
Rentrer en soi-même : c'était la plus grande parole qui eût été prononcée de ce siècle. Descartes avait rappelé l'esprit à lui-même : Rousseau y rappelle l’âme.
L’exagération et la rhétorique altèrent parfois l'expression d’une colère si sincère au fond; mais le caractère essentiel n’en est pas moins marqué pour toujours : la révolte du sentiment contre l'esprit critique, la réaction de la conscience contre l’abus du raisonnement, l’appel à la simplicité primitive contre le raffinement des mœurs. Rousseau est debout.
Le prix de Dijon fut enlevé. « Le Discours prend par-dessus les nues, » écrivait Diderot, qui pardonnait à Rousseau, en faveur des paradoxes, les vérités sévères, La société fit comme Diderot : elle applaudit au coup qu'on lui portait; mais la plupart crurent n’applaudir qu’à un tour de force hardi. C’était la sensation d’âmes blasées qui se plaisent parfois à être rudement réveillées.
Plusieurs réfutations furent tentées, cependant. Jean-Jacques répond à tous, s’animant par la lutte et s’attachant avec opiniätreté aux parties les plus hasardées de sa thèse, mais accusant en même temps son vrai but avec une énergie croissante.
« La science n’est pas faite pour l’homme en général. C’est assez pour lui de bien étudier ses devoirs, et chacun a reçu toutes les lumières dont il a besoin pour cette étude. »
« La science n’est faite, avait-il déjà dit, que pour quelques génies privilégiés qui doivent être placés à la tête de la société par les gouvernants. »
« L'homme est fait pour penser et pour agir, non pour réfléchir. »
« On croit toujours avoir dit ce que font les sciences quand on a dit ce qu’elles devraient faire. L'étude de l'univers devrait élever l’homme à son Créateur : elle n’élève que la vanité humaine. » Suit une attaque à outrance contre la philosophie ancienne et moderne, fille de l’orgueil humain, qu’il semble accuser en masse d’un ésotérisme athée. Il revient plus loin sur cet emportement,
en montrant comment les faux philosophes ont succédé aux vrais : « Les premiers avaient enseigné les devoirs et la vertu : les autres se distinguent en se frayant des routes contraires". »
On eût pu s’imaginer jusque-là que c'était un puissant aux1liaire qui arrivait à la religion établie; mais il frappe la théologie les mêmes armes que la philosophie.
« La scolastique substitue l’orgueil scientifique à l'humilité chrétienne et avilit la sublime simplicité de l'Évangile. L'Évangiie est le seul livre nécessaire à un chrétien et le plus utile de tous à quiconque même ne le serait pas.
« Il est vrai que la philosophie de l’âme conduit à la véritable gloire ; mais celle-là ne s’apprend pas dans les livres.
« L'ignorance raisonnable. est celle qui nous rend indifférents pour toutes les choses qui ne contribuent point à rendre l’homme meilleur.
Tout en reconnaissant que les peuples ignorants peuvent n’en être pas moins vicieux, il vante beaucoup les peuples primitifs. « À travers l’obscurité des temps, on aperçoit chez plusieurs d’entre eux de fort grandes vertus, surtout une grande horreur pour la débauche, mère féconde de tous les autres vices. — L'homme et la femme sont faits pour s'aimer et s'unir; mais, passé cette union légitime, tout commerce d’amour entre eux est une source affreuse de désordres dars la société et dans les mœurs. — Les femmes seules pourraient ramener l’honneur et la probité parmi nous; mais elles dédaignent des mains de la vertu un empire qu’elles ne veulent devoir qu’à leurs charmes; ainsi, elles ne font que du mal ?. »
Voici la morale de Rousseau nettement dessinée. Ce ton ressemble peu à celui de Voltaire.
1. Dans ses attaques contre la philosophie, il fait des réserves en faveur d’un philosophe illustre, dans lequel on reconnaît Montesquieu. Il garda toujours ce penchant pour l’auteur de l'Esprit des Lois, dont il avait compris la pensée à fond et qu'il ne considéra jamais comme un adversaire, Il ménage aussi beaucoup l'historien de la Nature, Buffon.
2. « Cet ascendant des femmes n’est pas un mal en soi, avait-il dit dans son Discours ; c'est un présent que leur à fait la nature pour le bonheur du genre humain : mieux dirigé, il pourrait produire autant de bien qu'il fait de mal aujourd'hui Les hommes seront toujours ce qu’il plaira aux femmes. »
Ceci est plus loin encore de l'auteur du Mondain.
« Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres; mais, s’il n’y avait point de luxe, il n’y aurait point de pauvres. — Tout est source de mal au-dessus du nécessaire physique. Multiplier ses besoins, c’est mettre son âme dans une plus grande dépendance. »
Après des prémisses si rigoureuses, ses conclusions ne sont pourtant nullement d’un enthousiaste ni d’un ütopiste.
« Faut-il réduire aujourd’hui les hommes au simple nécessaire? — Pas plus que brüler les bibliothèques. — Nous ne ferions que replonger l’Europe dans la barbarie, et les mœurs n'y gagneraient rien. En vain vous ramèneriez les hommes à cette première égalité conservatrice de l’innocence et source de toute vertu : leurs cœurs une fois gâtés le seront toujours. Il n’y a plus de remède, à moins de quelque grande révolution, presque aussi à craindre que le mal qu’elle pourrait guérir, et qu’il est blàmable de désirer et impossible de prévoir. — Laissons donc les sciences et les arts adoucir, en quelque sorte, la férocité des hommes qu'ils ont corrompus. »
On remarque enfin, dans une de ses répliques, un axiome auquel il donnera plas tard un immense développement.
« L'homme est naturellement bon. — Avant que ces mots affreux de tien et de mien fussent inventés, avant qu’il y eût des maîtres et des esclaves, avant qu’il y eût des hommes assez abominables pour oser avoir du superflu pendant que d’autres hommes meurent de faim, — en quoi pouvaient consister ces vices, ces crimes qu’on reproche avec tant d’emphase au genre humain"? »
En 1753, l'académie de Dijon propose une nouvelle question beaucoup plus brûlante que la première.
Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes? — Est-elle autorisée par la loi naturelle ?
Rousseau va s’enfoncer pendant huit jours dans la forêt de Saint-Germain, méditant, ravivant les âges écoulés, retrouvant, par la puissance de son imagination, la forêt primitive dans le
1. Réponse à M. Bordes. — V. aussi Leltre à M. l'abbé Rainal. — Lettre à M. Grimm. — Heponse au ro1 de Pologne. — Leltre sur une nouvelle réfutalion, ete, — Préface de la comédie de Narcisse. (1751-1753.)
parc royal dont les vieux chênes abritent sa rêverie. IL en sort armé de son second Discours.
Ïl a frappé d’abord sur l'esprit, sur le progrès intellectuel ; il a frapper maintenant sur la richesse, sur le progrès matériel, sur l’économie sociale; il ouvre même le Discours sur l'Inégalité par quelque chose de bien plus excessif encore et semble condamner toute société. Il débute par montrer l’homme primitif, le sauvage, plein de force, d'adresse, de courage, vivant solitaire, le cœur en paix et le corps en santé, sans vices ni vertus morales, puisqu'il ne sait ce que c’est que devoir et que justice, mais ayant pour vertu naturelle cette pitié innée envers son semblable, qu’on remarque même chez les animaux, et qui était beaucoup, plus impérieuse dans l’état de nature que dans l’état de raisonnement; l'amour même troublait à peine sa paix, heureux qu’il était « d'ignorer les ravages de l’imagination et les préférences qui font le moral de l'amour, sentiment factice né de l'usage de la société. »
Il répète sur ce sujet, avec une amertume passionnée, les étranges principes posés géométriquement par le calme Buffon.
« En somme, l’état sauvage, c'était l’immobilité de l'espèce, sans éducation ni progrès, c’est-à-dire l’état animal. — La vie animale, avait-il déjà dit dans sa lettre à M. Bordes, n’est point le pire des états pour l’homme : il vaut encore mieux ressembler à une brebis qu’à un mauvais ange. »
L'homme, cependant, même dans l’état animal, était distingué des animaux par deux qualités spécifiques : la libre activité ? et la perfectibilité. « Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté, presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme. — Si la nature nous a destinés à être sains, j'ose presque assurer que l’état de réflexion est un état
1. Dans sa préface, il fonde le droit naturel sur deux principes antérieurs à la raison, l'amour de soi et la sympathie pour le semblable. Le droit naturel s'étend, dans une certaine mesure, aux animaux, comme tenant en quelque chose à notre nature par la sensibilité dont ils sont doués.
2. L'homme qui vivrait de la vie animale n'aurait cette liberté que virtuellement et n’en aurait pas la conscience réfléchie : il n'aurait en fait que la spontanéité et
non la liberté morale, n'ayant pas d'idées générales auxquelles rapporter ses actions,