Né en 1715, et fils du célèbre médecin de ce nom
cène, qu’à se lancer dans les hautes spéculations de la pensée abstraite.
Fermier général, il avait donné le spectacle tout nouveau d’un défenseur du pauvre, dans ces fonctions qui ne montraient d'ordinaire aux contribuables que des tyrans. Retiré des affaires avec une grande fortune dont il faisait le plus honorable usage, il entreprit un ouvrage de théorie, où il résuma et exposa sans voile les opinions qui avaient cours autour de lui dans la société.
Le livre de l'Esprit parut en 1758. Le titre est mal justifié. L'analyse de l'esprit humain n’est que l’introduction et non le sujet du livre. Le but d’Helvétius est de déterminer quel est le mobile des actions et des jugements humains; en d’autres termes, quel est le principe de la morale. Il débute par répéter Condillac en le poussant à l'extrême. Il avance que la cause de notre supériorité sur les animaux est dans la différence de notre organisation physique, et surtout dans la forme de nos mains. Condillac n’eût pu le désavouer; car il avait dit que, si les bêtes n’ont pas les mêmes facultés que nous, c’est que l’organe du tact est moins parfait chez elles ; mais ce que Condillac n’eût jamais accordé, et ce qui se déduit pourtant logiquement du système de la sensation, c’est que la liberté morale est une chimère. « Nos volontés, dit Helvétius, étant des effets immédiats ou des suites nécessaires des impressions que nous avons reçues, un traité philosophique de la liberté ne serait qu’un traité des effets sans cause. »
Il va sans dire qu'Helvétius soutient Locke et Voltaire contre Condillac sur la question : Si le corps peut penser? Il va plus loin. Le mot matière ne signifie plus que la collection des propriétés communes à tous les corps; c’est-à-dire, apparemment, que la matière, comme l'esprit, ne sont que des mots; qu’il n’y a pas de substance ; qu’il n’y a que des qualités sans sujet. La propriété de sentir est, dans son opinion, commune à tous les corps même inorganiques.
De cette métaphysique, il se hâte de passer à la morale.
L'homme n'étant qu'un être sensible (il veut dire sensitif), ne peut avoir naturellement qu’un but, le plaisir des sens. Tout y aboutit directement ou indirectement. Le bien est ce qui contribue à nos plaisirs ; le mal, ce qui blesse nos intérêts. L’intérèt est