‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 62 sur 346 · XVI. AG · texte numérisé non relu

XVI. AG

Voilà l'institution de la garde nationale formulée.

« Il n’y a de bonnes remontrances que celles qui se feraient la baïonnette au bout du fusil. »

Et, enfin, ce mot terrible, qui renfermait une lugubre prophétie :

« LE SUPPLICE PUBLIC D'UN ROI CHANGE L'ESPRIT D'UNE NATION POUR JAMAIS. D

C’est la raison d’état révolutionnaire succédant à la raison d'état monarchique et catholique. Rousseau, du moins, eût dit : « Le supplice d’un roi coupable. »

Le distique n’avait pas été publié, non plus que ces axiomes, et Catherine, d’ailleurs, redoutait peu pour ses mougiks les prédications de la propagande française. Un autre monarque les jugea moins inoffensives. C'était Frédéric IT. Il. servit de second à son ancien ami Voltaire et composa une réfutation du Système de la Nature, au point de vue du déisme, et même du libre arbitre, qu’il avait autrefois combattu. Il était bien d'intervenir ainsi en philosophe et non en roi; mais on peut garantir qu’au fond le roi avait été plus blessé que le philosophe, par un livre où l’on réclamaït pour les sujets le droit de déposer leurs princes et l'abolition des grandes armées qui soutiennent les trônes. Frédéric s'était déjà trouvé fort dépassé par Rousseau, quoiqu'il eût lui-même paru établir, dans un écrit théorique, la supériorité de la république sur la monarchie ‘ : lui qui avait commencé si bruyamment la révolution philosophique parmi les rois, il commence presque la réaction, ou, tout au moins, il s'arrête, s'il ne recule pas, pendant que le mouvement gagne les cours de Russie, d'Italie, même d'Autriche et d'Espagne, même la cour de Rome!

Le mouvement, au sein des cours, ne pouvait s'étendre que dans de certaines limites; mais les écrivains avaient franchi toutes les limites : après les religions particulières, on avait attaqué la religion naturelle ; après les formes passagères des sociétés, on attaquait le fond. Un livre, le Code de la Nature, qui a été attribué à Diderot, quoiqu’on n’y rencontre pas plus ses idées que son

1. Ïl en donne une raison très-remarquable : c’est qu'il y a plus de suite et d'unité dans la politique des républiques,

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