‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 68 sur 346 · PEINTURE. DAVID · texte numérisé non relu

PEINTURE. DAVID

a célébrées, appartient à l’histoire de la France nouvelle. Nous n'avions ici à rappeler que ses origines.

Il nous faut revenir des beaux-arts à celle des régions philosophiques qui est la plus éloignée de la sphère du beau, à l’ÉcoNomE PouiTiQue. Les philosophes dont nous avons jusqu'ici exposé les doctrines n’ont fait, comme les anciens, de l’économie sociale qu'une dépendance de la politique. L'école dont il nous reste à parler subordonnera, au contraire, la politique et tout le reste à l'économie, mais à une économie transcendante qui s'efforce d'identifier le juste et l’utile, les lois morales et les lois physiques. Les physiocrates sont la dernière phalange à passer en revue dans la grande armée de l'esprit français au xvmf siècle. Venus les derniers, ils seront appelés les premiers à expérimenter leurs doctrines, parce qu’ils sont ou paraissent les moins opposés, sinon au fond des choses existantes, du moins à la forme du pouvoir établi.

Durant de longs âges, tout ce qui concerne la formation et la distribution de la richesse a été livré à l’empirisme, à la routine, aux préjugés populaires, aux intérêts plus ou moins bien compris, plus ou moins mobiles, des gouvernements et des corporations industrielles, aux interprétations plus ou moins arbitraires des préceptes religieux. La science de la richesse n’avait pas même de nom parmi les connaissances humaines et l’on ne semblait pas soupçonner que cette sorte de phénomènes püût avoir des lois qui lui fussent propres. Les républiques commerçantes du moyen âge montrent les premières une certaine suite dans les règlements qui portent l'empreinte de leurs âpres rivalités; elles ébauchent le système protecteur, ou plutôt prohibitif, que leur emprunte la monarchie espagnole et qu’un’ ministre italien, le chancelier Birague, introduit de toutes pièces en France sous Catherine de Médicis. Sulli réagit avec force, au nom de l'intérêt agricole, contre une législation commerciale qui prohibe l'exportation des matières premières. Le mouvement mercantile a toutefois le dessus. L'opinion publique est pour lui, comme l’attestent les cahiers des États-Généraux de 1614. Le système, non plus de prohibition absolue, mais de droits différentiels, qui développe, par la protecüion de l’État, les manufactures et le commerce maritime, est

en pleine vigueur au Xxvii° siècle avec Cromwell en Angleterre, avec Colbert en France. Les rivalités de commerce enveniment les vieilles rivalités politiques : l’antagonisme est partout. Le système mercantile a des fortunes diverses : sur trois grands états qui l'appliquent, l'Espagne se ruine, la France et l'Angleterre prospèrent. La Hollande, il est vrai, a réussi, de son côté, par lè système de liberté que réclame son rôle de commissionnaire des nations.

Le commerce extérieur n’est qu’un des termes du problème de la richesse : si la France et l'Angleterre suivent les mêmes errements à cet égard, elles ont donné des solutions différentes à deux autres questions capitales : l’organisation intérieure de l'industrie et l'assiette de l'impôt. L'industrie, à peu près libre dans la constitution primitive des corporations du moyen âge, a été chez nous resserrée, parquée, garrottée toujours plus étroitement de siècle en siècle : seulement Colbert a cherché à faire tourner au profit des intérêts nationaux et d’une perfection typique de fabrication les règlements restrictifs inventés par l'intérêt égoïste des artisans privilégiés et de la fiscalité royale. Il a réussi d’abord, mais, après lui, ses règlements restant immobiles pendant que les besoins et les goûts se modifient, l'instrument de progrès est bientôt devenu obstacle. Quant à l'impôt, nous n'avons eu que trop souvent à insister sur sa mauvaise assiette, sur son mode de perception bien pire encore et sur les iniques priviléges qui en concentrent le fardeau presque entier sur les classes inférieures. Colbert n’a pas été maître d’en changer le système, et toutes les améliorations pratiques qu’il y a introduites ont disparu avec lui. L’Angleterre, au contraire, à l’exemple de la Hollande, a reläché, puis brisé presque partout les chaînes industrielles du moyen âge : l'impôt, chez elle, mieux assis et mieux perçu, ne va point tarir la richesse publique à sa source, en écrasant le laboureur sur son sillon : les impôts de consommation sont moins vexatoires qu’en France; l'impôt foncier porte sur la propriété et non sur le travail. Le riche ne réclame pas le honteux privilége de rejeter sa part des charges publiques sur le pauvre.

Aussi l'Angleterre continue à s'enrichir, tandis que la France, une fois la brillante époque de Colbert éclipsée, languit, n'avance

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