LAISSEZ FAIRE. LAISSEZ PASSER
Le nombre des penseurs qui se préoccupent de ces problèmes va croissant parmi nous. Le moment est venu où l'esprit systématique du xvur siècle et de la France doit inévitablement s’en emparer pour s’efforcer d’en faire une science méthodique et positive. Deux hommes puissants par le caractère, par l'énergie des convictions, et favorisés par leur position dans la société, prennent la direction du mouvement. L'un est l’intendant du commerce Vincent de Gournai, l’aulre est le docteur Quesnai, médecin du roi. Gournai, habile et loyal négociant avant de devenir membre du bureau du commerce, n’est arrivé à la théorie que par une longue pratique des faits; c’est en vivant, comme témoin et acteur, à travers les mille accidents et les variations incessantes du commerce extérieur et intérieur, qu’il a cru reconnaître ç des lois uniques et primitives, fondées sur la nature même, par lesquelles toutes les valeurs existant dans le commerce se balancent entre elles et se fixent à une valeur déterminée, comme les corps nbandonnés à leur propre pesanteur s’arrangent d’eux-mêmes suivant l’ordre de leur gravité spécifique ‘. » Si la nature règle les relations économiques par des lois nécessaires, l’homme ne doit point intervenir par des lois arbitraires : LAISSER FAIRE ET LAISSER PASSER.
Laissez faire et laissez passer ! c’est-à-dire, plus de règlements qui enchaînent la fabrication et font du droit de travailler un privilége : plus de prohibitions qui empêchent les échanges; plus de droits excessifs et multipliés qui entravent la circulation et restreignent la consommation, plus de tarifs qui fixent les valeurs des denrées et des marchandises. Le blé est une marchandise comme une autre : il doit circuler et sortir librement. L'argent est une marchandise comme une autre : les conditions du prêt d’argent, les conventions qui règlent l’intérêt, doivent être libres; l'État ne doit pas plus tarifer l'argent que les autres matières névo ciables; il ne doit travailler à faire baisser l'intérêt qu'indirectement, en évitant d'augmenter, par ses propres emprunts, le nombre des demandeurs de capitaux.
La liberté, le laissez-faire, est-ce la négation absolue de l’action