PHYSIOCRATES
pour eux, une fois le gouvernement de l'évidence bien défini et bien constitué, le prince qui porterait une atteinte quelconque à la propriété, ce qui comprend la liberté individuelle dans toutes ses applications, ce prince serait évidemment fou et n’aurait plus droit à l’obéissance.
I y a, dans leur despotisme rationnel, plus qu’un abus de logique : il y a manque de logique. Ils sont certainement entrainés, à leur insu peut-être, et par les vieilles habitudes monarchiques et par le désir de gagner le pouvoir établi; car, s'ils eussent raisonné en toute indépendance et en toute rigueur, ils fussent arrivés non point au despotisme, mais à la liberté politique illimitée, ou, pour mieux dire, à l'anarchie, dans le sens étymologique du mot. À quoi bon un gouvernement, si l’on est en possession de l’évidence? si la raison pure règne parmi les hommes? Il suffit d'écoles pour initier à l’évidence les jeunes générations, et d’une maréchaussée pour mettre hors d'état de auire les fous qui attenteraient à l’évidence. Des économistes éminents de la période suivante, plus conséquents que Quesnai, que Dupont de Nemours ou que Lemercier de la Rivière, arrivèrent, en effet, sinon à cette extrémité, du moins à considérer le gouvernement comme un mal nécessaire dont il faut restreindre l’action dans les plus étroites limites possibles. Ce sont les propres termes de Jean-Baptiste Say.
Cest encore par la confusion de l’absolu et du relatif, par la recherche exclusive d’un seul côté de la vérité, que les économistes, qui tout à l'heure proclamaient le despotisme, au moins dans les mots, arrivent à méconnaître les droits et les intérêts de l'État. « S'imaginer, dit Turgot, qu’il y a des denrées que l’État doit s'attacher à faire produire à la terre plutôt que d’autres; qu’il doit établir certaines manufactures plutôt que d’autres, et, en conséquence, prohiber certaines productions, en commander d’autres. Établir certaines manufactures aux dépens du Trésor public, accumuler sur elles les priviléges, les grâces, c’est se méprendre grossièrement sur les vrais avantages du commerce; c’est oublier que, nulle opération de commerce ne pouvant être que réciproque, vouloir tout vendre aux étrangers et ne rien acheter d’eux est absurde. On ne gagne à produire une denrée