‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 78 sur 346 · Condorcet, Vie de Turgot, p · texte numérisé non relu

Condorcet, Vie de Turgot, p

2. Le problème de la perfectibilité n’a pas, en effet, plus que celui de l’optimisme, sa solution dans la vie actuelle isolée. Les encyclopédistes ne pouvaient le résoudre,

eux qui ne voyaient que la perfectibilité de l'espèce en ce monde, et non la perfectibilité de l'âme individuelle au delà de ce monde.

culminant de l'esprit humain au xvin* siècle, et ferme cet âge philosophique par un hymne d'espérance et d’immortalité sur la tombe déjà entr’ouverte de la vieille société!

Turgot n’est inférieur que sur un seul point, sur la politique proprement dite : d’une part, le principe de l’improductivité de l'industrie le mène à méconnaître les droits politiques des nonpropriétaires ; de l’autre part, à l'exemple de ses amis les économistes, il méconnait les distinctions essentielles posées par Montesquieu et par Rousseau, et reproduit ce qu’on peut nommer l'erreur nationale de d’Argenson sur l’unité du pouvoir confondue avec l’unité de la souveraineté ‘. Sa confiance excessive dans l'empire de la raison, du bien et du vrai, l'empêche de voir combien cette unité est peu compatible avec la liberté. Lui qui chérit la liberté avant tout, il en offre moins les moyens pratiques que Rousseau, à qui l’on a reproché de la sacrifier à l'égalité.

La gloire de Turgot, dans son ensemble, n'appartient qu'à la France et à la philosophie ; néanmoins une partie de cette gloire lui est commune avec ses maîtres du groupe économique. Le respect de la postérité est bien dû aux hommes qui ont formulé ces grandes maximes :

L'autorité n’a pas de lois à faire, elle n’a qu’à reconnaître les lois naturelles.

C'est-à-dire : la fonction de la société, comme celle de l'homme, est d’adhérer et de concourir librement aux lois de la Providence.

Aucune autorité humaine n’a droit de faire violence à la nature des choses.

C'est-à-dire : toute loi contraire à la nature, à la justice, à la morale, à la révélation de Dieu dans la conscience humaine, toute loi contraire à la loi, est nulle de plein droit : il n’y a pas de droit contre le droit.

Ils ont mèlé aux vérités qu’ils ont proclamées des erreurs que Turgot n’a pas toutes partagées : abusés par leur chimère de l'évidence, ils n’ont pas vu que la liberté et l'égalité politiques étaient la condition de toutes les autres libertés, et leur négation

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