‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 8 sur 346 · Madame de Bouffers · texte numérisé non relu

Madame de Bouffers

sophistication des esprits, le dessèchement des cœurs, l'abaissement des âmes par la destruction de tout idéal. Helvétius a maæimé, pour ainsi dire, la décadence prédite par Leibniz ".

L’idéalité disparue des sciences morales, toute flamme est-elle donc éteinte ? tout ce qui échauffe le cœur, tout ce qui élève l’esprit est-il évanoui? Ce siècle, si plein, après tout, de mouvement et de vie, va-t-il s’affaisser et croupir asphyxié dans un marais? — Cest impossible! L’ardeur inquiète des imaginations et des intelligences saura bien se créer un aliment : la passion, indestructible au fond de l’âme de la France, a bien pu être refoulée, mais non étouffée par les petits vices et Les petits sophismes. Non, l'égoïsme sensuel n’est pas encore le secret de tout le monde ! L’enthousiasme , chassé du domaine intérieur, du monde des esprits, se réfugie d’abord dans les sciences de la Nature, dans le grand spectacle de ce monde extérieur qui se dévoile de plus en plus à nos regards. Nous avons vu avec quel zèle sincère et quelle énergie Voltaire a chanté, commenté, popularisé Newton et provoqué la vérification vraiment sublime d’une des théories newtoniennes par nos courageux voyageurs français, mais Voltaire n’est, en physique, qu’un brillant vulgarisateur : ce n’est pas là le génie initiateur qu’attend chez nous la philosophie de la Nature. Il y touche avec éclat, comme à toutes choses ; mais il ne fait que la traverser, il est trop bien l'héritier de cette littérature française si absorbée dans l'analyse de l’homme, il est trop bien le représentant de l'esprit social, le type même de la civilisation raffinée, pour être l’homme de la nature. Le sentiment des harmonies mystérieuses de l'univers, et ce qu’on a pu nommer la religion de la vie, manquent à son déisme rationel : il ne connut jamais la patience et le recueillement nécessaires pour surprendre les secrets de l’Isis éternelle. |

Voltaire a contribué à répandre la science sans l’accroître : les savants français de la première moitié du siècle font avancer diverses parties de la connaissance humaine; mais aucun d’eux n'a cette vue synthétique qui embrasse et renouvelle l’ensemble d'une grande science : aucun n’a le sceau des génies créateurs.

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