‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 90 sur 346 · JÉSUITES CHASSÉS D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

JÉSUITES CHASSÉS D'ESPAGNE

senti à accorder un asile en Corse aux bannis d’Espagne. Ces malheureuses victimes de l’obstination barbare de leur propre chef, plus encore que de la dureté espagnole, entassées à bord des bâtiments de transport, avaient été ballottées durant plusieurs mois à travers la Méditerranée : on assure que beaucoup d’entre eux succombèrent aux fatigues et aux angoisses de ce lugubre voyage. La cour de Rome se relâcha enfin de sa cruelle résolution et reçut au moins ceux des jésuites qu'on amena d'Orient et d'Amérique.

Leurs confrères de France venaient d’être frappés d’un nouveau coup. Ils s'étaient fort peu soumis aux prescriptions des parlements et ils avaient essayé de profiter des querelles renouvelées entre les parlements et la cour pour susciter des embarras et des périls à leurs vainqueurs. A la nouvelle de la pragmatique espagnole, le parlement de Paris déclara les jésuites ennemis publics, leur enjoignit de sortir tous du royaume sous quinzaine et supplia le roi de s'entendre avec les princes catholiques afin d’obtenir du pape l'extinction totale de la Société (9 mai 1767) '. Toutes les mesures dirigées contre l’existence de la Société étaient ratifiées par l'opinion; mais les rigueurs contre les personnes dépassaient le sentiment public : si les jansénistes étaient implacables envers leurs persécuteurs héréditaires, les philosophes, plus humains, plus chrétiens, pour ainsi dire, de sentiment que les chrétiens orthodoxes, ne refusèrent pas leur pitié ni même, parfois, leurs secours à tant de proscrits, dont la plupart n’avaient été que les instruments passifs de la politique de leur ordre. Les philosophes commençaient d’ailleurs à craindre que le dur génie du jansénisme, ravivé par la chute de la faction rivale, ne devint plus dangereux pour la liberté et la tolérance que le jésuitisme lui-même. Chose singulière, ce fut, en grande partie, par humanité, que Choiseul entra dans les vues des parlements, relativement à l'abolition totale de la Société. Fort éloigné de la haine acharnée que les apologistes des jésuites lui ont supposée, il pensait au contraire, qu'une fois l’ordre aboli par le Saint-Père, on pourrait laisser partout les bannis rentrer paisiblement et vivre en particuliers chacun dans leur pays natal.

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