‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 91 sur 346 · L. Mercure historique, t. CLXII, p · texte numérisé non relu

L. Mercure historique, t. CLXII, p

Le roi d'Espagne, si violent contre les jésuites de ses états, hésita cependant lorsque Choiseul , d’une part, Pombal, de l’autre, lui proposèrent de se concerter contre l’ordre entier. Le pape vint en aide aux ennemis de la Société par une imprudente provocation. Les deux états bourboniens d'Italie, Naples et Parme, avaient suivi l'exemple de l'Espagne et chassé les jésuites. Clément XIII s’attaqua au plus faible et déclara le duc de Parme excommunié de fait et déchu de sa principauté, par la bulle 7n cænû Domini, comme un vassal rebelle de l’Église (20 janvier 1768). Dès lors ce fut Charles III qui pressa Louis XV d’agir. Le roi d’Espagne était lent à se décider, mais inébranlable dans ses résolutions-une fois prises. La prise de possession d'Avignon et du Comtat par les Français, l'invasion de Bénévent par les Napolitains, vengèrent l’affront de la maison de Bourbon. Venise, Modène, la Bavière même, ce foyer du jésuitisme allemand, chassèrent les jésuites. Marie-Thérèse ne s’y décida pas; toutefois, les chaires de théologie et de philosophie avaient été enlevées aux jésuites dans les états autrichiens. Les 16, 20 et 24 janvier 1769, les ambassadeurs d’Espagne, de Naples, puis de France, présentèrent au pape la demande de suppression de la Société de Jésus. Le vieux pontife, frappé au cœur, mourut dans la nuit même qui précédait le consistoire où la question devait se traiter (3 février 1769).

Les jésuites firent des efforts désespérés pour enlever l'élection d’un pape zélé (zelante) : ils frappèrent à toutes les portes; ils implorèrent la protection du nouvel empereur Joseph IT, qui fit un voyage à Rome, incognito, pendant le conclave. Joseph ne montra qu’indifférence et que dédain , non-seulement à la Société, mais au sacré collége. Le parti jésuitique manqua l'élection de deux voix. Le cordelier Ganganelli, d'opinion douteuse, fut élu par une espèce de moyen terme (19 mai 1769). Bien différent de son prédécesseur, du rigide, médiocre et opiniâtre Clément XIIT, le nouveau pape, Clément XIV, était spirituel, instruit et tolérant, un autre Benoît XIV, avec moins de vivacité d’esprit et des manières plus douces : il n’avait commis peut-être qu’une faute dans sa vie, c'était de s’être laissé aller au mal contagieux des cardinaux, à la fureur de la tiare (rabbia papale)! Son ambition lui coûta cher! À peine installé, la terrible affaire des jésuites lui devint

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