‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 99 sur 346 · AGRICULTURE. BRETAGNE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE. BRETAGNE

diquées avec une opiniâtre constance. Quant aux jésuites, c'était le pays où ils avaient reçu les plus terribles coups, mais aussi celui où ils avaient les partisans les plus obstinés et les plus remuants. Le gouverneur, duc d’Aiguillon, courtisan noir et profond ‘, qui tenait à la fois aux corrompus et aux dévots de la cour, et qui était tout ensemble le digne neveu de Richelieu et le protégé du dauphin, s'était trouvé engagé dans les intérêts des jésuites, pour plaire au prince son patron. Avant que la question fût définitivement tranchée, il avait donc organisé, dans les États Provinciaux mêmes, une opposition contre le parlement où dominait La Chalotais; mais il poursuivait un double but inconciliable : dominer l'opinion de la Bretagne et lui arracher ses priviléges. Les États, où il avait d’abord exercé une influence prépondérante, grâce à l’usage récemment introduit d’astreindre les villes à l'agrément des commissaires royaux pour le choix de leurs députés, les États se retournèrent bientôt contre lui avec violence et s’unirent au parlement. Un ordre du conseil, du 12 octobre 1762, ayant porté de nouvelles et profondes atteintes aux constitutions de la Bretagne, l’hostilité devint presque unanime. Le parlement de Rennes, de concert avec les États, adressa au roi, en juin et novembre 1764, des remontrances très-fortement motivées contre l'administration du duc d’Aiguillon et contre les mesures que ce gouverneur avait suggérées au conseil d’État. Immixtion illégale des commissaires royaux dans les élections municipales et provinciales et dans le choix des répartiteurs et collecteurs provinciaux, perception arbitraire d'impôts non votés par les États et non enregistrés au parlement, dilapidations, constructions fastueuses entreprises dans les villes aux dépens de la province endettée, pendant que les campagnes sont écrasées sous le poids des corvées ? et qu’on viole, à cet égard, tous les engagements pris entre les États et les cammissaires royaux : tels sont

1. Il avait débuté dans sa carrière de courtisan par sacrifier au roi sa maitresse, madame de La Tournelle, depuis duchesse de Châteauroux.

2. u Un malheureux corvoyeur, qui paie quarante sous de capitation, et qui n’a pour vivre que ce qu’il peut gagner dans la journée, sera tenu d'entretenir environ six toises de chemin, entretien évalué à neuf livres chaque année. » De plus, on le transportait d’une route sur une autre, loin de chez lui, ete, — Merc, historique, t. CLVII, p. 632-647.

les principaux griefs articulés. Le fond de toutes ces remontrances, de quelque part qu’elles viennent, est invariablement le même; c’est le réveil de ce sentiment de justice qui ne veut pas qu'un peuple soit soumis à des charges qu'il n’a point librement consenties. Le droit philosophique réveille ici le droit traditionnel.

Choiseul n’aimait pas d’Aiguillon, qu’il regardait comme un aspirant au ministère : il l’eût volontiers sacrifié; mais Choiseul n’était pas tout-puissant, et d’Aiguillon était fortement appuyé. Ce n’était pas le dauphin qui pouvait grand’chose pour lui; mais les familiers du roi représentaient à Louis la cause de d’Aiguillon comme étant celle de l'autorité royale. Les Bretons n’obtinrent rien. Le parlement de Rennes suspendit son service. Le roi le manda en corps à Versailles et lui signifia de reprendre préalablement ses fonctions avant qu’il fût répondu à ses remontrances. Le parlement de Rennes démissionna en grande majorité (mai 1765).

Le parlement de Pau en fit autant, le même mois, par suite de querelles avec son premier président, livré à la cour. Un président et trois conseillers furent arrêtés à Pau. La magistrature entière s’émut : les cours supérieures protestèrent à l’envi. Pendant ce temps, le parlement de Paris s’engageait dans une querelle avec le clergé, qui, dans son assemblée périodique, venait de manifester ses regrets de l’expulsion des jésuites et de transgresser la loi du silence en revenant sur l’éternelle question de la bulle Unigenitus. Le parlement cassa les actes de l'assemblée du clergé de 1765, et même, rétrospectivement, les actes de 1760 et 1762, comme contraires aux lois du royaume, qui interdisaient à ces assemblées de s’occuper, sans la permission du roi, d'autre chose que des intérêts économiques du clergé. Le conseil cassa l'arrêt du parlement : le clergé avait accordé 12 millions de don gratuit au roi. Les actes de l'assemblée du clergé furent envoyés dans tous les couvents d'hommes et de femmes, pour les faire souscrire. Le conseil finit par renouveler la Loi du silence et par évoquer au roi tout ce qui regardait les actes des assemblées du clergé.

La fermentation continuait en Bretagne, où le débat était devenu une sorte de duel entre La Chalotais et d’Aiguillon, l’un

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