TOME XXVIU r^^'AalP
Olhon ; mais la crainte rempêcha de se déclarer.
Malgré le courage des légions gauloises et germaines , les Vitelliens perdirent d'abord deux batailles en Italie ; mais enfin leurs forces réuHies triomphèrent à Bébriac de celles d'Othon ; il fut vaincu etsetiia.
Yitellius n'avait point encore franchi les Alpes ; et tandis que ses généraux lui achetaient le trône de leursanig , traversant lentement la Gaule, il la livrait au pillage.
Cette malheureuse contrée éprouvait à Ta fois tous les maux de la dépendance , delà discorde et de la guerre civile : les lois étaient muettes , les concussîontiaires n'avaient plus de frein ; l'impunité multipliait les crimes : les Gaulois qui avaient suivi les drapeaux de Virginius traitaient en ennemis leurs compatriotes attachés à la mémoire de Vindex , et les nommaient avec mépris Galbien? : jaloux de l'opulence des Séquaniens et des Eduens que Galba avait par reconnaissance affranchis d'un quart de leurs tributs , ils dévastèrent ces riches contrées.
Les cités tiraient parti delà guerre civile
pour satisfaire leurs mutuelles rivalités, ïrèvcs et Langres , traitées sévèrement par Gulba, se j pi gnirent aux légions disposées à la sédition par Tindiscipline. Partout on s'assemblait de nuit , on formait des associations secrètes , et, suivant Tantique usage de la Gaule , on s'envoyait en présent et en signe de fraternité deux mains d'argent entrelacées.
Bientôt la révolte éclata dans quelques légions. Yiteliius fit mettre à mort tous ceux qui n'avaient pas voulu se rallier à lui contre Othpa. Civilis seul échappa à son courroux ; le tyran n'osa frapper un guerrier si renomme parmi les Bâta vos ; il cominanduil huit cohortes gauloises auxi* liaires de la quatorzième légion. Yiteliius , redoutant son crédit sur les troupes et leur vengeance, le laissa fuir.
Enfin la Gaule se vit délivrée des orgies 4u nouvel empereur et du brigandage de •on armée. Après avoir incendié Metz , exercé partout d'affVeuses rapines, désarmé et pillé Vienne en Danphiné , contre laquelle Lyon sa rivale avait enflammé sa boine, Yiteliius traversa Tllalio en ennemi^
et entra dans Rome comme dans une ville prise d'assaut.
Tout le règne de ce prince ne fut qu'une suite continuelle d'injustices , de crimes, de débauches, de factions. L'empire romain allait périr dans l'opprobre : Vespasten prit les armes pour lé délivrer; l'Orient suivit ses enseignes ; et dans le nord de la Gaule , Civilis , qui parut d'abord combattre pour sa cause , prouva bientôt qu'il marchait à une autre but, et qu'il ne prenait parti dans les dissensions de Rome que pour affranchir totalement les Gaules de son joug.
Quelques tribus de Cattes , forcées par des dissensions civiles de quitter leur pays, étaient venues habiter une contrée ma« récageuse située près de la ncter entre deux bras du Rhin ; on l'appelait File des Ba« taVes , et les Cattes qui s'/ établirent en prirent le nom. Cette colonie guerrière s'allia bientôt à plusieurs peuples de la Belgique , peuples que César regardait comme les plus vaillans de tous les Gaulçis.
Julius Civilis etPaulus étaient tous deux chefs desBal^ves ; ils avaient combattu avec
gloire dans les armëes romaines. Paulut përit à Rome , dans un temps oii le courage conduisait au supplice. Civilis. se sauva; emprisonne ensuite par Vitellius ^ il ne dut la vie qu'à la peur qu'il inspirait à ce lâche tyran. Il avait vu de près les monstres vils et féroces auxquels le sort aveugle livrait le monde ; le souvenir de ses chaînes pesait sur son Ame t impatient de se venger, il méditait Taffranchissement des Gaules , et partout ses émissaires s'eF* forcaientdedëterminer les cittfsà la révolte.
Dans un autre temps il eût réussi ; mais les courages étaient abattus, les mœurs amollies , les peuples divisés. Civilis était plus grand que son siècle ; doué d'un esprit actif et fécond en ressources, il saisissait rapidement la fortune quand elle le favorisait , et savait encore la pour^ suivre lorsqu'elle lui échappait i il se comparait lui-même au fameux Annibal et à SertoriuH , non sans quelque raison ^ car il était vaillant, habile, et privé d'un œil comme eux.
(i) Dissimulant d'abord sa haine gén^
(i) Soixaat€«noiif «ns «pràs J.-C.
D,gitizedbyO®C^le
5o raie contre les Koinains , il parut ne s'armer que pour embrasser la cause de Vespasien contre Vitellius , et conserva même encore dan» les premiers momens d'hostilité l'apparence de la soumission.
Il fomentait en di£férens lieux des soulëvemens sans qu'on pût le soupçonner d'en être l'auteur : enfin lorsque le moment ]ui parut favorable pour agir , il donna la nuit un festin au fond d'un bois sacré, aux Gaulois les plus audacieux. « Vous.
» voyez , leur dit-il , que l'empereur ne » nous traite plus en alliés , mais en es- » claves ; chaque jour appesantit notre » servitude ; la Gaule est une proie tou* » jours tentante et toujours nouvelle pour » ses oppresseurs ; ils se succèdent rapiy* dément sans ilous laisser aucun repos.
M Dès que l'un d'eux est gorgé de ri- » cbesses , il nous en arrive un antre :
î) leur insatiable avidité est un gouffre » • éternel qui engloutit tout et qu'on ne I» peut remplir.
» Non moins prodigues de notre sang » que dé nos biens, ils nous épuisent par « de nombreuses levées d'hommes ; et » tandis qu'ils se livrent à la mollesse ,
n nous supportons seul» pour eux les Ua- )t vaux de lu guerre. Touriiez vos regards H 6nr le camp romain , vous u^y vencK H (|U(> clos vieillards , des toUlats débiles «> enrichis des dqmuilles do la Gaolc, » (in voiri nom de légion dont ih se »» )>areiit encore pourroit-il vous inliniider? » Je u*y oporçois de ibrccs réelles (jue les » uôtri'H, (luerinfanterie, que la cavalerie » ba laves. Notre séparation seule enlèvera n toutlenerrdc leur armée. Nous pou- » vons compter sur Iom Hretous et sur le»
» Germains; les uns sont nos alliés, les i' autres nos frères : enfin , pour vous ras- >t surer , il vous sullit de regarder vos >» ennemis , et pour les vaincre , do saisir » vos armes, h
Tous les chefs bataves et gaulois , enlluminés par ces paroles, se dispersèrent , et coururent partout exciter les peuples à la guerre. Les hostilités commencèrent sur les bords de TOcéau. Les Caninefates , alliés des Bataves , surprirent plusieurs cohortes, les égorgèrent, brûlèrent quelques forts et s'emparèrent devingt*quatre vaitseaux romains.
(avilis^ qui n*avaii point levé le masque
conseilla aux généraux de l'empereur de disséminer leurs forces pour comprimer Tespritde sédition qui éclatait en différens lieux. Hordéonius, chef de Tarmée, ne suivit pas ce conseil perfide , mais son indolence et sa faiblesse encouragèrent la rébellion.
La division régnait dans les légions; la plupart des officiers inclinaient secrètement pour Vespasien , les soldats pour Yitellius. Civilis , ayant trouvé 4e moyen de faire sortir de Mayence ses cohortes bataves , se révolta ouvertement ; il fit venir dans son camp sa mère , ses sœurs , les fenmies et les enfans de chaque soldat , afin que leur présence ne laissât à ses troupes d'autre espoir de salut que la victoire.
Hordéonius envoya de Cologne et de Trêves deux légions contre lui ; Lupercus qui les commandait ne put résistera l'impétuosité des Bataves ; les Romains , abandonnés par les auxiliaires , furent vaincus, et se retirèrent dans une forte positioa nommée Yetera Castra.
Civilis investit ce camp : Hordéonius ▼oulait s'y tenir renferme; les légionnaires
raccusentdelàchetë, méprisent les ordrei»
sortent do If urs retrauchernens , et livrent bataille à Givili^. Au milieu de Faction , la cavalerie belge abandonne lei Romains et passe du càié des Bataves. Cette défection décide la victoire , les It^gions fuient en désordre. Civilis les poursuit vivement, comble avec leurs morts les fossés de leur camp : les retranchemens sont un mo-« ment forcés, et ne peuvent être repris qu'après une longue lutte et un grand carnage. Les Teuctbres et les Bructëret accourent 40US les drapeaux de Civilis, le Germauie s'ébranle , et le Rhin ne lui oppose plus qu'une faible barrière.
ilordéonius , qui n'était parvenu qu'après une grande perle d'bommes à faire sortir l'ennemi de son camp , demandait \ partout dos secours. Vocula , k la téta d'un corpi d'élite, arrive de Romo pour combattre Civilis ; mais les légions indisciplinées secondent mal ses efforts; il livre une bataille et la perd. Civilis , après avoir tenté vainement de profiter de cette victoire pour prendre le camp d'as« saut , tourna le siège en blocus.
Dam ce moment on apprit que le Ucho
yitellius 9 perdant honteusement Fltalie , avait capitulé dans Rome ; que, rompant ensuite la capitulation , sa garde ' avait livré le Capitole aux flammes , et qu'enfin le peuple romain indigné venait d'enlever à ce tyran la couronne et la vie.
Un envoyé de Vespasien vint ordonner au général des Bataves de poser les armes, puisqu'il ne les avait prises que pour sa cause, et que son triomphe rendait désormais la guerre inutile.
(l) Civilis feignit d'obéir; mais, rassemblant en secret ses compagnons d'armes et ses alliés , « Perdrons-nous » ainsi , leur dit-il , le fruit de nos tra- » vaux , le prix de nos succès ? J 'ai servi M vingt-cinq ans dans les camps romains ; M quelles out été mes récompenses ? la » mort de mon frère et une hontçuse » captivité. Comment a-t-on payé votre »> sang versé pour ces maîtres orgueilleux ?
« par de lourds impots , par de^ coups de » verges , par la hache des licteurs : et » voyez cependant combien il serait fa- » cile de secouer un joug si honteux I
(i) Soiiante-dix aDS après J.-C.
n Nous ([ui ne formons qu'une faible por- >> lion des Gaules , nous avons dcjà seuls » brav<? les forces de l'empire et menace » 9e$ camps nombreux : tes uns sont pris , »» les autres investis. Cessons donc de » risquer sans honneur nrttre vie , pour » servir une de leurs factions ; osons »» combattre pour nous-mêmes. Qu*avons- >» nous à redouter? La victoire nous rcn- ^^ dra libres et la défaite ne peut, empirer » notro sort. »
Les Bataves et leurs allies répondirent h ce discours par de vives acclamations, et la guerre contre Rome fift unanimement résolue.
fiient6t l'armée bntave attaqua impëtueusèment le camp de Vocula ; il allait être forc^, lorsque soudain quelques cohortes , arrivant d'Aquitaine, chargent les Gaulois on queue et les forcent à la retraite. Peu de jours aprës (avilis livre une nouvelle bataille; la victoire se déclarait pour lui, mais, au milieu de la mélëe, il tombe decheval ; on le croit mort, et ses t roupes prennent la fuite. Les Romains, heareuxd'ëchapper , par cet accident, à une défaite presque cer* taine, n'osèrent pom*suivre lesB«tavef.
Hordëonîus avait péri victime d'une sédition ; Yocula , malgré sa fermeté , contenait difficilement dans ses légions Tesprit de révolte ; il livra encore plu* sieurs combats dont les succès furent balancés et ii.*décis.
Cependant la nouvelle de l'incendie du Gipitole réveillait parmi les Gaulois l'espoir de la liberté. Les Druides disaient hautement « que si jadis Rome avait M survécu à Brennus, on ne devait at- » tribuer son salut qu'à la conservation M du Gapitole ; que l'existence de cette » ville était attachée à celle de ce mo- ^ nument , et qu'ainsi sa destruction de- » venait aujourd'hui pour les Romains M le signal de la colère des dieux , et » pour les Gaulois le présage de la » victoire. »
La superstition appuyait alors la politique de Givilis. Glassicus , chef des peuples de Trêves , et Tutor y commandant de la garde du Rhin , se joignirent à lui. Enfin la cité de Langres s'arma pour l'indépendance gauloise , et se$ troupes marchèrent sous les ordres.de Julius Sabinus ; noble gaulois qui se prétendait
descendre de Jul^i Cetiiir , avec lequel sa bisaïeule avait formé une liaison secrète. ,
Tous ces cheft s'fsscmblent à Cologne ; lis espèrent que les dissensiou^ des Rojnains donneront aujt Gauloia le temps de s'affranchir , de, chasser le^ étrangers de leur territoire et. de fortifier les AlpQS. Leurs émissaires parcourent las cités de la Gaule et app^ll^nt tons les peuples aux armes.
L'intrépide Yocula , s'efforcent de résister à la fois aux atUques de l'ennemi et aux trahisons des siens , était campé 4 Nuits. Civilis et Tutor s'approchèrent de lui avec leur armée. Bientàt, au lieu de combattre, les avaut-postes gaulois et romains parlementèrent ; les émissaires de Civilis parvinrent à séduire les soldaU.
Enfiu , ce qu'on n'avait jamais encore vu , deux légions , abandonnant leurs aigles , se soulèvent contre leur patrie , et déclarent qu'elles veulent prêter serment au chef des Gaulois j en vain Yocula leur reproche avec force cette lAcheté, an voin il leur représente la honte de jurer obéissance k des étrangers. On l'écoutr
TOMfi jïtXVU. o«.vGa(pgIe
avec colère ; on lui répond par des murmures, (t £h quoi, dit-il', en bravant leurs » menaces , on verra les vainqueurs servir n les vaincus , des Romains obéir à de»
>» barbare^ ; les figures sauvages et hi" » zarres de leurs enseignes remplaceront » vos nobles aigles } vous recevrez l'ordre » d'un Tutor , d'uii Sabinus ? Est-ce n leur nombre qui vous effraie ? N'avez- » vous plus vos glaives pour les braver?
w Et quand même vos armes ne vous » offriraient qu'une trop faible espérance » de victoire , ne devriez-vous pas en- » core imiter vos aïeux qui préféraient Fa » mort au déshonneur ? »
Ces paroles vraiment romaines firent peu d'impression sur des esprits séduits et sur êes courages abattus. Quelques Gauloi$, envoyés par Classions , poignardèrent Vocnla 9 que ses coupables soldats livrèrent sans défense à ses meurtriers. Les légions alors prêtèrent serment au nouvel empire des Gaules.
Le camp de Yétéra résista pins longtemps aux armes et aux séduction» de Civilis ; mais enfin les troupes qui le défendaient, vaincues par la fanvney serendi-
?9 rent , et jurëre^^aussiobëissauceirempire des Gaules. Celle spumisaioa forcée fit leur honte et non leur, salut , car, aa mépris de la capitulation , les fiataves commenceront par les dépouiller et finirent par les massacrer. ,
Ce fut alors (jue Civilis fit couper sa lon|;ne chevelure blonde ^ qu'il avait jurtf de laisser croître jusqu'au moment oii il se serait venge des Romains ; Thumilialion des légions lui parut une vengeance plus complète que la victoire.
Ce guerrier ambitieux fut le seul dea chefs insurgés qui ne prita pas serment k Tcmpire des Gaules , parce que dès Ion il méditait de concert avec les Germaina la conquête de ces belles contrées.
Les alliés se partagèrent les captiiTs, et réservèrent le chef d'une légion pour en faire hommage àVélécla > vierge germaine y respectée alors comme prophétesse, vé~ nérée comme fée , et même adorée comme déesse ; cette femme avait , disait-on ,, prédit la victoire des Bataves et le désastre des Romains.
Les légions rebelles ne tardèrent pas à sentir la honte de leur défection; elles
▼îtétit en frismîsèâtit leurs iiigiês arrachées , et sous îéuhi yeitt lés 6auloîs , livrant Cologne air jriîîago, e'gorgèrent lesBomains qui s'yfrom'aieiit.
(l) CÎTÎh's et Classicîus vainqueurs reçurent dans cette ville une ambassade de la nation des Teucleres. Les propositions et Je langage des' députés peignaient avec énei^îe la grossièreté sauvage de ces Germains , et leur haine implacable contre ^ Rome. « Nous félicitons les Gaulois , » disaient-ils, et nous remercions Mars, » puisque ce dieu nous ramène dans » les rangs des enfans de la guerre et >» des peuples libres. Jusqu'à présent » l'eau , la Wre et l'air n'étaient pour w vous que de vastes cachots. Vos corps » subissaient Tin spec lion des Romains ; »> vos biens leurs taxes ; ils se faisaient » des trophées de vos vétemens et même » de vos armes. Montrez - vous donc » dignes de nous , en nous imitant ; » abattez les murs de vos villes ; les M animaux sauvages eux-mêmes perdent
» leurs forces dans ces prisons de pierres,
< 1 ) Soizantc-dix aos après J.-C
w vrais remparts de la tyrannie. I^gorgcr.
»» sans piti^ tous les Romains \ la libertë M ne peut exister avec eux t reprr ner.>leur »> vos biens, et d<!sormais jouisses -on » tons en commun « car les dieux (^it H destine la terre à tous les kravrs , >» comme la lumikre k tous les hommeit.
» Quant à nous , effaçons les limites >» qui nous sc^parent, et habitons indis- » tincteiiiont les uns chcs les autres , »> comme nos pères. Ce que nous vous »> conseillons surtout , cVst d*abjurer ce u luxe et cfii voluptés dont Home se » fiert plus habilement que do ses armes »> pour subjuguer les peuples. Notre » alliance et notre amitië sont à ce » prix. »
Les cheft de la Gaule répondirent r|n*ils accepteraient aveé joie l'alhance propos<!o. « Cependant, dirent-ils, au M lieu de détruire nos remjtarta , nous »» en construirons de nouveaux pour dd- »» fendre notre indôprndaiice. Nous avons •» chasse les Romaîhs qui notis combflt- » taicnt ) mais nous devons epArgnrr >• le» antre» qui , depuis un grand nom*- >» bre d'anndc*, nous sont unis par le*
D,gitizedbyGÇ)||)gIe
» liens du sang ; leuf mort jetterait le » deuil dans nos propres familles. Pour i> vous, Germains y l'entrée des Gaules M vous sera ouverte toutes les fois que »^.ous y viendrez sans armes. Civilis » et Yéiéda seront nos arbitres; ils ré« M digeront notre traité. »
Ce traité fut conclu. Cependant les députés gaulois ne purent parler à Yéléda : cetle prophétesse restait invisible au fond d'une tour isolée ; un de ses parens, seul admis près d'elle , recevait les demandes qu'on lui adressait et rapportait ses réponses.
.Civilis employa le reste de l'année à étendre ses conquêtes : une armée romaine vint encore le combattre; Labéon la commandait. Les Germains et les Gaulois remportèrent la victoire. Ce succès décida la cité de Tongres et les Nerviens à se ranger sous les drapeaux de Civilis.
Les peuples de Langres élurent alors pour empereur des Gaules Julius Sabinus, et le proclamèrent César. Sabinus , illustre par ses malheurs plus que par ses talens , ne justifia point le choix de ses concitoyens. Marchant en Séquanie sans
ordre et sans précaution , il fut enveloppé, battu y et ne sauva, sa vie qu'en répandant le bruit de sa mort.
L'incendie de sa maison et la profonde douleur de sa femme Eponine, en apprenant cette nouvelle, parurent la confirmer. (i)Sabinus s'était caché dam le fond d'une caverne ; il y vécut neu^ années , nourri et consolé par les soini de sa courageuse épouse : deux enfans même y devinrent les fruits de leur amour ; mais enfin la trahison d'un vil esclave découvrit leur retraite ; ils furent arrêtés et envoyés à Rome.
La fiëre Eponine se jeta aux pieds de l'empereur, dans l'espoir de conserver le seul objet qui l'atuchait à la vie ; mais Sabinus avait porté le titre de César : la politique rendit l'empereur inflexible , iloridonna la mort de cette famille infortunée.
Sa rigueur rendit à Eponine son noble courage ; u Je reçois la mort , dit-elle , u comme un bienfait des dieux ; mon vé- » ritable supplice serait de te voir heureux » et vainqueur. Long-temps enfermée dans
(i) Soiume-dtx-neuf ans aprcs J.-C.
» le sein de la terre , ses ténëbr&s me conn sôkientpdrce qu'elles éloignaient de mes ^» yeux le spectacle de ta fortune. » Le tre'pas de cette femme héroïque' éternisa sa gloire et souilla celle de Vespasien.
La défaite de Sabinus fut un grand malheur pour la Gauïe. Les Séquaniens , les Rémois , les Eduenà persistèrent dans l'alliance de Rome , et perpétuèrent ainsi l^sservissemeut de leur patrie.
Cependant Cérialis , général expérimenté, fiit envoyé par Vespasien dans la Gaule , à la téle d'une forte armée. Les députés de toutes les cités s'assemblèrent à Reims pour décider si elles continueraient à combattre on si elles se soumettraient. En pareil cas le doute est une faiblesse , et des qu'on délibère entre la liberté ou la servitude, la honte est déjà résolue,
Valentin , noble tfévirois , soutint alors avec éloquence la cause de la guerre et de l'indépendance. Julius Asper vanta la protection de Rome et les douceurs de la paix. Son opinion entraîna la majorité des avis qui depuis long-temps n'étaient que trop partagés. Langres et Trêves avaient
pi^c^âémcnênt pris parti ponr N^ron et contre Vinclex : dès lors une profonde haine avait aigri les autres peuples de la Gaule contre ces deux cités : ja jalousie des chefs s'opposait à la réunion des forces* H Qui , disait-ôn , conduira la guerre ?
»» qui donnera les auspices 7 et même après » le succès , oii placer la capitale de Tem- » pire ? La victoire augmenterait nos divi* » sions au lieu de les terminer , et la » guerre civile succéderait à la guerre M extérieure • car aucune cité ne veut céder >» la prééminence à Tautre s chacune fait M valoir sa force , son antiquité ou ses M alliances : notre désunion rend la guerre » impossible, et la paix rndispensoble. »
Ainsi fut abandonnée ta plus noble cause.
Lan grès, Trêves, avec les Dâtaves et les Nerviens , restèrent seuls sous les armes.
Peut-être cependant les choses eussent-elles encore changé de face, si les généraux gaulois , profitant de leurs premiers succès , eussent marché promptettient sur les Alpes ; mais ils prodiguèrent sans fruit un temps précieux , Civilis à poursuivre Labéoti dans la Belgique, et Classicus k pttilager entre wi troupes les dépouille
romaines ; Tutor borna set exploits au massacre d'une cohorte. Sur ees entrefaites Cérialis parut : il de'fit Tutor. Les légions qui avaient déserté rentrèrent dans le camp romain. L'adroite clémence de Cérialis effaça leur honte , et les enflammia du désir d'expier leur faute.
Les Trévirois combattirent vaillammept, mais ils furent vaincus; leur chef Yalentin expia dans les fers le crime de fidélité à sa patrie.
Cérialis, aussi ferme pour maintenir la discipline qu'intrépide dans les combats , sauva Trêves du pillage ; rassemblant dans cette ville Içs états des peuples insurgés , il leur rappela les invasions des Cimbres et des Teutons, que d'autres peuples germains menaçaient de renouveler, u On cherche >» à vous éblouir , disait-il , par un faux » prestige de liberté. Que voyait-on dans » la Gaule avant César ? La tyrannie de *» quelques chefs ; des factions qui vous N déchiraient ; un état de guerre perpéw tuelle : les lois romaines seules ont fait » connaître le repos et la paix. Il est vrai M que , pour maintenir cette paix , il faut »» lever des soldats et payer des tributs :
» mail eviste- t-il à cet ^gard quelque dîf-\ » tinction injuste ou humiliante entre les » Romains et les Gaulois ? ceux-ci com- » mandent y comme nous, les légions ; ils » gouvernent les provinces ; ils sont appe- M Ub k toutes les dignités. Lorsque Tem- M pire est gouverné par un bon prince , M la Gaule partage le bonheur de Rome, » et lorsque nous gémissons sons quelque » tyran , Tltalie , plus proche de son joug , n en sent plus que vous la pesanteur. Le M jour oii vous expulserez les Romains de »> la Gaule , vous y introduirez la discorde n et toutes les calamités qu'elle enfanté.
M Enfin , réfléchissez-y mûrement; ce n'est M point Rome qui vous prend , c'est Rome » qui se donne à vous. »
Les Gaulois , surpris de la modération de ce discours , l'applaudirent, parce qu'ils avaient craint , étant vaincus, d'entendre un langage plus menaçant ; ils se soumirent.
Les Bataves restaient seuls h vaincre.
Civilis essaya de séduire Cériàlis , en lui offrant l'empire des Gaules t mais, ne pouvant le corrompre , il osa le combattre.
Ces deux généraux déployèrent dans celte
guerre ua talent At une activité qui les vénr dirent égaleoaent célèbres , . et la foi*tuiie même se plut à favoriser alternativement leurs armes. ,
Cérialis fut d'abord surpris près de h Mosjelle ; mais, calme dans le péril , il rall:ia bieatot ses troupes et livra une nouvelle bataille; la victoire se déclara pour lut, et il brûla le camp des Gaulois. Civilis ,non moins prompt à se relever que son rival , se retrouva bientôt en sa présence. Après diffiérens combats un transfuge , trar bissant Civilis , indique aux Eomiuns un chemin pour traverser un marais qu'on croyait impraticable. Le général gaulois , enveloppé et battu, s'échappe , reparaît encore; ses troupes le même jour livrept quatre copibats en quatre lieax différens ; les succès partout sont balancés.
Un jour Civilis, se hasardant trop témérairement, est reconnu et entouré ; tous ks traits des Romains sont dirigés contre lui ; alors, descendant decbeval»U s'élance dans un fleuve et le traverse à la nage : mais peu de temps après il surprend à son tour Cérialis dans les bras d'une Gauloise , met ses troupes en fuite et s'^mpax^ d'une
4() partie de •«flotte; Cërialis rallie ses dëbri» et poursuit Ci vilis , qui se retira enfin dant 111e des Bâtâtes.
Là , les deuK gênirmx avaiéiit k braver de nouveau! dangert ; le terrain maréct»
geux de cette contrée menaçait k chaque pas les légions d'une mine totale. D'un antre cAtë les Batavet , las d'une si longue g«erre , faisaient craindre k leur chef une prochaine révolte ; Givilis, aussi adroit en politique qu'ardent au milieu des batailles , demanda une entrevue àCérialis. Là, rejetant tous les maun de la guerre sur Vitellius, il rappela son attachement à Vespasien : M Cétait , disait-il , ce prince , son ancien M ami , qui lui avait faitlepremier prendre >» les armes ; mais une fois la guerre corn- «» mencjée , la volonté des peuples l'avait )i forcé à la continuer. »
Le général romain ne désirait pas moins que lui la fin de cette lutte sanglante, d^ vilis , pour prix de son courage et de ton adresse , obtint un traité honorable qui as^ sura l'indépendancedesBataves. Lacrainte de teurs armes réunies à celles des Komains contint la Germanie , et la paix fut ainsi totalement rétablie dans les Gaules. «;
6o Tel fut le dernier effort que tenta cette contrée belliqueuse pour recouvrer spn indépendance ; comme il n'était que partiel , il ne pouvait avoir un graod succès : un esprit public vigoureux peut seul di^endre ou reconquérir la liberté; mais quand les mœurs sont amollies et les esprits abattus , si quelques bomraes de courage se montrent encore , ils n'entraînent dans leur mouvement qu'un petit nombre de ci^ tojens : la peur , déguisée sous le nom de prudence et d'amour du repos , contient les autres; et le pouvoir, au lieu de trouver une forte résistance et une volonté énergique , ne rencontre que de faibles souvenirs .et d'impuissantes velléités d'indépendance.
. La soumission de la plu^ grande partie des Gaulois était déjà si généralement établie et connue avant même l'élévation de Yespasien au trâne , que , selon le récit de l'historien Josëphe, le roi Agrippa les citait comme exemple aux Juifs « lorsqu'il voulut leur persuader de se soumettre aux Romains, u Les Gaulois , leur disait-*il , » habitant un vaste pays peuplé par trois » cents nations (confédérées , défendu par » le Rhin , les Alpes , les Pyrénées;
6i n ' illustre par sept siècles de victoirf s et de n conquêtes, et jouissant de toute la fëli* » cite que peuvent donner un sol fertile ^ » une active industrie , n'ont pas cru sV M vilir en devenant tributaires du peuple M romain et en lui confiant le soin d*as- » surer leur repos et leur prosp^ritë ; ce M n'est point une lâche crainte qui les a w fait plier sous ce joug ; ils ont combattu » près d'un siècle pour défendre leur li- » berté ; mais ils ont sagement c^dë k la p fortune de Home, objet du respect et de M l'admiration du monde. Ausii voyonsn nous dans cette contrée belliqueuse M douce cents soldats romains maintenir » facilement la paix dans plus de douce M cents villes gauloises. »
Pendant tout le règne de Vespasien la plus profonde tranquillité régna dans la Gaule t elle jouit d'un bonheur plus doux sous l'empire trop court de Titus, li justement nommé les déliées du monde. Mais la tyrannie, les délateurs, les concussionnaires reparurent dans Rome avec Domitien. (i) Ce prince, aussi absurde que
(i) Quatre* vingt-do<i te ans après J^G.
5a crael , effrty* de l'esprit de mvohe tfom suscitait dans l'empire une griâ:idé di-* sette de Ué y fit arracfaer toutes les vignes de la Gauie. Sous le despotisiw les épigrammes, lef satires sont les derâiëres armes doot la faiblesse des peuples se sert dans Tombre contre leur tyran. On fit , à Foçcasion de cet ëdit de Domitien, ua distique dans lequel la vigne lui parle ainsi : « Quand tu m'arracherais jusqu'à M la racine, je. produirais encore assez de >» vin pour les libations du sacrifice ois n César sera immole. »
. Cette prophétie s'accomplit; le ver-* tueux , mais trop faible Nerva , succédant k ce monstre , s'associa Trajan , et se donnant ainsi la force qui lui manquait, re-* leva pour quelque temps la gloire de Tem* pire. Sous le règne de Trajan , la Gaule fut paisible ; les barbares respectèrent le Bhin ; les armes romaines délivrèrent le Panube des Daces , et Rome fit revivre dans l'Orient un nouvel Alexaiidre.
Le siècle des Antonins devint l'unique et fameuse époque du règne de la pbî|o»o« phie assise sur le trône : elle donna un second âge d'or au monde, et la Gaule
éîùttnét joait tous un monarque d'une libcHë plus eotiëre et plus fortunée que dans le temps de sa sauvage indépendance.
LefilsdeMaroAeirële, rinfâme Gommode,re8suscitaNëron;ilparcourutc<nnmeun flëau les Gaules , la Grèce et TAsie. Rome , en tranchant ses jours , reprit un moment sa liberté, mais ce poids glorieux était devenu trop pesant pour elle ; sa faiblesse avait besoin d'un maître ; le sëpat choisit Pertinax , guerrier vertueux ; les soldats voulaient un tyran ; ils vendirent Tempire % Tencan ; Julianus Tacheta.
Sévère, qui défbndait alors les frontières de Ta Gaule , indigné do cet opprobre de Rome, vengea Pertinax, et donna aux Romains , «n montant surle trône, un généi'al habile, mais un mattredur et cruel.
Deux compétiteurs lui disputèrent Tem*pire. (i) Albinus , l'un deux, entraîna sous ses étendards les Bretons et une grande partie des Gaulois ; ainsi la Gaule devint encore le sanglant tbéAtre d*une guerre civile. (2) Eile fut terminée par une longue
(1) Ccnl quslre-tîngl-treiic ans après J.-C.
(3) Cctit qnatre-vinjgi-dix-srpt ans après J.-C.
D,gitizedbyG€>^Ie
.€t meuririëre bataille qui se domui prè& de Lyon : Albious battu se tua; Sëvëre vainqueur foula aux pieds avec bassesse le corps de son ennemi, et ne traita pas moins cruellement les Gaulois qui avaient embrassé la cause de son rival.
Lyon fut livré aux flammes ; il inond^^ les campagnes de sang, accabla les peuples d'impôts I et se rendit aussi tristement fameux par ses rigueurs qu'^l l'avait été noblement par ses victoires. Un Gaulois, envoyé par lui au supplice , lui dit : « J'ai » suivi les drapeaux d'Albinus par néces- » site et non par cboix. Ses armes m'y ont » forcé , qu'auriez- vous fait à ma place ? » Sévère répondit froidement : « Je souf- » frirais ce que tu vas spuffnr. »
(i) Ce prince mourut en Bretagne. Caraéalla son fils lui succéda ; héritier des vices et non des talens de son père , il assassina son frère Géta , et donna au monde le spectacled'un tyran aussi lâche que cruel , aussi ridicule qu'odieux. Payant des tributs aux barbares qu'il menaçait , mais qu'i} n'osait combattre , il usurpa dans l'Orient
(i) Deux cent douze ans aprU J.-C.
une liche victoire par une trabkon, et p^rit loui le poignard de Macrin , Vwï de «ei gënëraux.
La Gaule l'était illuitrée en donnant à Rome le vertueux Antonin , ni d'une fa* mille dont Mimei fut le berceau. L'infâme tyran qui venait de périr devait ion nom k un vêtement gauloii qu'il avait coutume de porter, et que de ce moment lei Gau* loiine durent regarder qu'avec horreur.
Un inienië détrAna Macrin , et l'empire romain gémit quelquei annëei loui le joug du. mépriiable Héliogabale , le plui ottémiaé dei monitrei qui dëihonorërent la pourpre ronuine. On eût dit qu'alori la fortune voulait humilier Rome , et le venger de ce peuple qu'elle avait fait roi du moAde , en le rendont eiclave dei maltrei tel plui abjeoti. Le temple du Soinil avait élevé ion enffince, un poignard tran»cfaa ion leeptre , un égoût fût ion tombeau.
Alexandre Sévëre , qui lui luccéda , fit leparakre lur le trône et dam lei campi la vertu et la gloire romaine ; aprëi avoir pacifié l'Orient, il revint défendre la Gaule contre lei Germaini ; maiiU, le montrant obiervafteur trop rigide d'une diicipline
o5 iaconirae k la liccncade 9da tiëcle , il périt victime d'une trahîsoii (i).
Depuis quelque temps Rome , par am imprudence qui dans la suite causa sa ruine, recerait dans ses légions on grand nombre d'oâiciers barbares , et formait ainsi ses «nnemis étemels k U science de la guerre , que jusque là eik seule avait connue.
Maximin , goth de naissance , parvenu aux honneurs militaires par sa force ei par sa )>ravoure, poignarda Sévère dans sa tente, et se fit proclamer empereur*
Ce Scandinave féroce parut d'abord servir de rempart aux Gaulois ; il passa le Rhin , écrasa tout ce qui s'opposait à sa marche , et comme un torrent parcourut la Germa-^ nie en vainqueur* Mais ce soldat sauvage ne traitait en hommes que les «oldats; lereste du monde ne lui semblait qu'un vil troupeau destiné à nourrir ses camps. Il ne connaissait de droit que la force; la Germanie avait été sa première victime, la Gaule fut sa seconde proie ; il ta livra au pillage , et l'inonda de sang. La richesse dès cités et celle des diamps fîirentdonnée^ en butin aux soldats.
(i) Deux cent treole-doq an^tipîcs J>C. U
Une tyrannie à vsoieale ne poutait durer. Apres la mort det deux Gordteni , qui s*rftaienl révoltes en Afrique lani lud** cet. Home, retrouvant dans l'excès de «et manu un reste d'ënergie, 4lut poar empe« reura Balbe , Maxime et le jeune Gordien.
Maximiu , aocoarant pour les combattre avec plus de rapidité que d« prudence, vint assiéger Aquil^e, ville d'Italie. Mais comme il avait néglige d'assurer les subsistances des nombreuses légions qui le sui* vaient, la Pâmino engendra la révolte, et le tyran périt.
Le jeune Gordien restait seul mettre du trône ; il porta set armes dans l'Orient»
Vertueux , mais imprévoyant , et victime d'une trahison qne u vertu M pouvait soupçonner, il fut assassiné par l'Arabe Philippe ) auquel il avait confié le commandement de la garde. Cependant Rome n'eut pas loug-temps à rougir du joiigdc cet «mpereur sorti des déserts de l'Arabie ; il fut détrôné par nnf général romain digne du sceptiv , par Décius.
Pendant tous les troubles qui déchiraient l'empire , la défense de la Gaule n'était devenue pour les empereurs qu'un objet
•econdiire. Les forcer romainei se portftîent toutes dans l'Orient contre les Perses, et sur le Danube contre les Daces, qai deux fois avaient rendu Rome tributaire. La garde du Rhin, autrefois confiée à huit légions y n'en avait plus que trois insnifi-r sautes pour la sûreté d'une ligne si étea* due. Les Gaulois amollis étaient devenus incapables de se défendre eux«ménies ; le luxe et l'oisiveté de Rome s'étaient répandus dans leurs cités ; et semblable à la Grèce conquise , cette Gaule, autrefois si, belliqueuse, ne connaissait plus d'autre occupalion que le plaisir , et« d'autre gloire que celle des arts et des lettres.
(i) Dans le méine tempsila Germanie offrait au monde un spectade tont con* traire. Les anciens Suèves et plusieurs na-< tions voisines s'étaient confédérées sous le nom d'Allemands. Une ligue encore plus formidable se composait des Bructères, des Cbamaves , des Sicambres , des Fri* sons, des Cauques,des Teuctëres, qui mer* cbaient réunis sous le nom de Francs , nom qui prouvait leur amour poer la. liberté.
- (i) Dent cent qaartatc-nn ans après J.*C.
69, Ces cleux Hguei rëiiiUtent k la feîi aux Scandinaves , aux Saxons, aux Gotht^ afux Vandales , Marconians , Quades et Daces , qui les pressaient an nord -et k IV rient , ainsi qu'aux Romains , dont elles n^avaieot jamais voulu reconnaître la do-> mination. Enhardies par la làobeU ou par rincurie^deceite foute d'empereurs rfpbëmëres qui depuis quelques années ensan»
glaniaient et déshonoraient la capitale du monde, elles tournaient leurs regards avides s«r la Gaule , sur ses riches cités , sur ses champs fertiles , proie doublement tentante pour leurs deux passions favorites, Tamour de la guerre et la haine contre les Romains. •
Co fut sous le règne du jeune Gordien que pour la première fois Rome entendit prononcer le nom des Francs. L'historien Yopiscus rend compte d'une invasion qu'ils firent en Gaule à cette époque. Ils livraient au pillage les contrées voisines de Mayence.
Aurélien , depuis empereur , commandait alors une légion dam les Gaules ; il marcha contre les Francs, les combattit, leur tua sept mille hommes et en prit trois cents : ses soldats, apjtelés depuis diins
rOrieot, Célébrèrent cet exploit par des couplets nûlîtaires qu'iU chantaient dans leurrootei etdontlerefrain disait : «i Nom M avons tné noe fois mille Francs, une » autre fois mille Sarmates , et nous alloat » chercher à présent mille, nulle, mille y » mille , et mille Perses. »
(i) Le règne de Décius fat trop court pour assurer la tranquillité de la Gaale.
La Grèce attaquée attira son attention et aes forces eon^ les Goths ; il les battit t mais ensuite , lâchement trahi par un de ses lieutesans , il fût enveloppé et pérît les armes à la main , digne de son nom et de sa patrie.
Le prince qui lui succéda , Valérîen^ était désigné au sénat par l'opinion publique comme citoyen vertueux et général expérimenté; mais l'âge avait épuisé sa vigueur : ses choix furent sagesy et sacon-^ doite faible ; tous les généraux qu'à nom^ ma cueillirent des lauriers dans la suite et parvinrent au trène. (2) Son fils Gallieo fut chargé par lui de la défense des Gaules,
(t) Deaz cent cîâqtraote ans aprfts J.-C.
(a) Deux cent ciiiquàaU-qnatre ansapràs J<-C.
6i •t Tempereur plaç* la jeune vaillance sous la direction d*un Gauloii nommrf Potthumiu» , grfntfral habile , mais ambitieux.
Valêriea conduisit let logions en Orient , •e laissa tromper par le roi de Perse, qui renchatna et le fit ptfrir après lui avoir fait subir une outrageante captivité.
Gallien , dont la bravoure avait donntf quelques espérances, ne montra sur It trAne qu'une honteuse indolence ; sous le rëf ne de ce tyran voluptueux tous les ressorts de i'ëtat se détendirent, et trente usurpateurs se partagèrent l'empire ro-« main.
(i) La Gaule sans défense allait devenir la proie des barbares. Posthumius la sauva «n s'emparont du sceptre. Les Gaulois le proclamèrent empereur . Les Francs avaient livré ces belles contrées au pillage , et leurs dévastations s'Aaient étendues jusqu'en Espagne. Posthumius les battit, résista ensuite aux eCbrts de GalKen , et illustra par de grands exploits un règne de sept ans.
L'empereur romain , forcé de céder la Gaule à ce collègue belliqueux, répondit
(i) Deux oftkt soixontt ans «près J.-C.