TOME X^VII, DigltizedbyQD<i)gle
aux plaintes du sénat avec la lâcheté qui le caractérisait : « La république sara-t-elle » ruinée , parce que nous n'aurons plus '> d'étoffes de la fabrique d'Arras ?» La licence fut dans tous les temps pour les Gaulois le plus grand écueil de leur liberté ; (i) Posthumius périt dans une sédition:
après sa mort une Gauloise disposa du trône.
Ce siècle était l'époque des femmes cé^ lèbres c Zénobie gouvernait l'Orient ; Yictorine domina dans l'Occident; elle ne régna pas y mais elle donna trois fois le trône. Son mari Yictorin, élevé par ses intrigues k l'empire, se montra indigne de le conserver. Avide de richesses , il voulait livrer Mayence au pillage ; les Gaulois le tuèrent. Yictorin son fils lui succéda, et peu de temps après périt à Cologne sous le poignard d'un greifier dont il avait outragé la femme. Les Gaulois enfermèrent les corp^ de ces deux princes dans un même tombeau , sur lequel on lisait cette courte et sévère inscription :
d'gitent les deux P^ict&rins , tyrans,
(i) Deux ceat soixante' sept ans après J.X.
Pendant ces troubles, les Allemand* avaient franchi le Rhin. Marias , simple armurier gaulois , parvenu aux grades militaires par sa valeur , battit les Germains et tua leur rot Crocus. Cet exploit lui valut Testime de Victorine, dont le suffrage créait les princes ; elle le fit proclamer empereur des Gaule».
Ce monarque parvenu , plus fait pour combattre que pour régner , révolta par sa dureté une nation que son élévation hurni^ liait. Ses troupes se soulevèrent, et un soldat , en le frappant de son glaive , lui dit ; H Reconnais cette épée qui te tue, elle fut » l'ouvrage de tes mains*. »
Victorine, toujours puissante quoique malheureuse dans ses choix , fit donner la couronne à Tun de ses parens, Tétricus»
sénateur romain qui gouvernait alors l'A»
quitaine. Tétricus porta dignement le sceptre pendant six années. Sous sou règne , Victorine conserva le titre d'Augusta ; elle battait monnaie dans la ville de Trêves, et jusqu'à sa mort elle fut l'oracle et la conciliatrice des Gaulois.
(i) Ce peuple turbulent, qui ne pou«*
(0 Doux cent soixante-neuf ans après J.-C»
Tait tou£frîr, comme le dit César, ni une sage liberté, ni une pesante servitude , voulut dans oe temps s'affranchir du joug sous lequel il était opprimé par l'orgueit des patriciens , par la dureté du fisc , par l'indiscipline des légions. De tous côtés les paysans se révoltèrent, e% sous le nom de Bagaudes inondèrent la Gaule de sang. L'atrocité de leur vengeance fut proportionnée à la longueur de leur oppression; après six mois de siège ils s'emparèrent d'Autun , et livrèrent au pillage cette ville^ regardée alors comme Fasile des sciences et des arts.
Cependant Rome qu'on avait crue si près de sa chute, se relevait, et sortait brillante de ses ruines. Claude II , dans un règne de peu de durée , venait de lui rendre sa gloire et sa liberté. Les Goths , battus par lui , avaient laissé trois cent mille cadavres sur le théâtre de leur défaite.
Aurélien , non moins belliqueux et plus favorisé encore par la fortune, redonna aux Romains un second Trajan. Tous les usurpateurs ton[ibèrent sous ses coups ; il vaiuquit les Perses , détruisit Pahuyre , enchaîna Zénobie , pacifia l'Afrique , délivra
G5 Je Danube, «ffranchit rillyrie, et rassembla eafin sous soa sceptre puissant tous les membres ëpars de Tempire.
La Gaule seule restait encore sépara } il y marcha : cette guerre donna au monde un spectacle nouveau. Tëtricus, plus fa-* tiguë de la pesanteur du sceptre qu'ébloui de son éclat , appelait son rival par ses vœus secrets. Las des séditions que son courage comprimait , mais que l'impatience gau-»
loise reuouvelait sans cesse, il écrivait ir Aurélicn : m Venez j prince invincible^ w me délivrer d'une grandeur qui me pèse. »
Lorsque les armées furent en présence t Tétricus déposa la couronne , et s'efforça vainement de &ire accepter à $e$ peuples son abdication et la paix. Les Gaulois voiif» Jurent le contraindre à combattre et à régner. Il échappa au trône ,par la fuite , et se réfugia dans le carapd'Aurélien. Les Gaulois , privés de chef ^ n'en persistèrent pas moins à défendre leur indépendance ; ils livrèrent bataille avec désordre, mais avec furie , et vendirent chèrement leur liberté. Cette bataille sanglante dans laquelle périrent Les, derniers émules de Brennus et
de Vercingctorix , remit sous le joug de Rome la Gaule et TËspagne.
Les Romains daas ce siècle de corruption se montrèrent encore moins dignes que les Gaulois d'être gouvernes par de bons princes. Aurélien mourut victime d'une conspiration tramée au milieu de ses camps oii il aVait ramené la victoire; il Tenait de rebâtir dans les Gaules la ville de Genabum , qui prit le nom d'Aurélianum , depuis Orléans ; et Dijon fut fondée par lui*
Le sénat , profitarut de la consternation qui suivit le crime des légions , se ressaisit un moment du droit de donner un chef à Tempire ; et remplaçant la gloire par la vertu , il proclama Tacite empereur. Ce prince, étranger à son siècle, et qui ressem* blait à un antique Romain sortant du tombeau pour étonner le monde , en faisant apparaître avec lui dans Rome quelques jours de liberté , régna moins de temps encore que Titus.
Probus , son successeur , était un de cet guerriers que la fortune élevait de temps en temps pour soutenir Tempire dans sa
décadence , et pour retarder la chute. Lei Francs , le« Bourguignon! , lei Vandales ^ profitant de la mort d'Aurtflien , des dii^ sensions des Gaulois , et de la riSvolte des Bagaudei , avaient franchi le Rhin en foule.
Soixante-dis villes de la Gaule iftaieMt tombées en leur pouvoir ; ils dévastaient toutes les campagnes , et pillaient toutes les cites ; Probus , résolu de se venger de ces outrages , traverse les Alpes à la tête de ses légions , entre dans la Gaule , dé« fait les barbares en trois batailles , reprend sur eux les villes conquises , poursuit sans relâche les vaincus , les rejette au«-detà de l'£lbe , saccage leur pays , et leur tue quatre cent mille hommes (i).
Pour encourager l'avidité au carnage , il payait une pièce d*or à ses soldats pour chaque tête de Germain qu*ils lui appor* taient. Cet abus cruel de la victoire produisit Tefiet ordinaire de l'injustice triom*^ phante ; il répandit dans la Germanie une terreur momentanée , mais il y jeta en même temps les Nmences de cette haine
(x) Deux cent 8oixsnie-dix*Bept tni aiirîs
profonde y qui ne s'apaisa peu de siècles at>rês que sur les derniers débris du moade romain.
Le vainqueur , non content d'avoîr ruiné et décimé les Germains , ne leur accorda la paix qu'après avoir exigé d'eux le plus humiliant des tributs, un tribut d'hommes.
I!s furent forcés de lui donner seize mille guerriers qu'il fit entrer dans ses légions.
Ces auxiliaires dangereux apprirent dans les camps romains l'art d'en triompher.
L'empereur en peu de mots fit connaître au sénat de Rome l'étendue et le résul* tat de ses victoires* « Nous n'avons , dit-r » il , laissé aux barbares que leur sol. Tous M leurs biens sont à nous ; la Gaule est la- » hourée par des bœufs germains ; leurs » blés remplissent nos granges ; leurs » troupeaux nous nourrissent; leurs haras I» nous remontent : les dieux ont con-« » firme votre choix; la Gaule est délivrée; >» la Germanie subjuguée ; neuf rois sont »» venus se prosterner à mes pied*, ou »» plutôt aux vôtres; ordonnez donc des » actions de grâces aux Dieux. »
L'empereur traînait »,sa suite une foule innombrable de captifs ; il en liansplanla
une partie dam la Grande-Bretagne. Van<« delbourg prës de Cambridge rappelle en-* core par son nom celui dei Vandaloi qui formèrent cette colonie.
(i) De tous les barbares, les France étaient alors les plus belliqueux. Probus »
désespérant de les soumettrai transporta dans rOrient , près du Pont-Euxin , nne tribu de ce peuple guerrier. Il croyait Tac* coutumer au joug , et changer êtê mœun en l'éloignant ainsi de sea^ foyers ; son es* poir fut (rompe. Cette poignée de Frincs ^i préféraient la mort à la servitude sa révolte , s'empare de quelques vaisseaux « traverse le Bosphore de Thrace , la Propontide, rilellespont, ravage les cdtes de la Grèce, pille Syracuse | éprouve un échec près de CarthagCi franchit le détroit de Cadix , c Atoie l'Espagne et la Gaule , rentre dans sa patrie par les bouches du Rhin , et revient animer à la vengeance ses conci* toyens par le récit de ce voyage héroïque.
(a) Lo repos rendu aux Gaulois n'étei-* i;nait point dans leurs âmes le regret de
(i) Deux cent •oixnnio-din-fept «us «près J.-C.
(a) DiMx coni qu;Uro-\iDgls ans spràs J.-C.
leor indépendance ;' ils proclamèrent à Cologne un empereur nommé Proculus :
toute la Gaule le reconnut avec précipitation , et le défendit avec faiblesse. Battu par Probus , il se réfugia chez les Francs y dont il prétendait tirer son origine ; mais eeux-ci le livrèrent au vainqueur.
(i) Un autre Gaulois nommé Saturnin commandait plusieurs légions en Egypte.
Ces légions voulurent malgré lui le revêtir de la pourpre ; vainement il prit la fuite ^ on rattefgnit et on le couronna. Probus qui l'estimait le combattit, le défît, sacri^ Tamitié à la poiitique , ordonna son supplice et pleura sa mort.
(a) La Gaule dut à Probus la liberté de replanter les vignes que le farouche Domftien avait fait arracher. On ne connaissait plus à celte époque ni les vertus qui rendent libre , ni celles qui rendent fidèle. Probus périt dans une sédition, et les Romain s don* nërent le sceptre à un Gaulois. Carus , né à Narbonne, fut proclamé empereur dans Rome, Sa vertu l'avait déjà élevé au consu««-
(i) Deux cent qualre-vingls ans après J.-C.
(3) Deux cent quatre-vingt un ans après J.-C«
laf» Unpoëtedu tempiditdelui t « Co prjiiica I» leinble avoir été choiii par ki dieux H pour que le poids de l'empire pût tom«- »» ber lans «ecouise lur lei bras vigoureux ^ )» et sans que le monde ressentit la moin-»
» dre dmolion de ce grand changement. »
Carus ne rëgiia pas asseï pour remplir Tespoir que son élection avait donné. Son fils Numtfrien lui succéda, porta ses armei dans rOrient , et y fut assassiné par Aper»
Dioclélien , chef de sa garde , tua le meurtrier I monta au tràne , et en demeura seul possesseur par la mort de Carinus , second fils de Carus , qui dans sa jeunf sse avait déjà effrayé Rome , en y montrant les vices d*un vieux tyran } ses propres soldati l'assassinèrent. <
Sous le règne de Dioclétien , le gouvernement romain éprouva Tun de ces chau* gemens remarquables qui font époque daoi les empires. Pour résister aux peuples du Nord qui menaçaient le Rhin et le Danube»
à ceux d'Afrique qui se révoltaient sani cesse t aux Perses dont les armes envahis^ , saient TOrient, et dans le dessein surtout de prévenir les usurpations fréquentes d'une foule do généraux que les légions indisci-*
pHnées re\êtaîent à leur gré de la pourpre, ce prince partagea l'empire d'abord avec un collègue nommé Maximien Hercule et puis arec deux Césars, Constance Chlore et Galëre. Parce moyen chaque partie des ëtats romains eut un défenseur , et cha*^ que armée un surveillant.
Maximien Hercule, justifiant son sur-* nom , défit si complètement les Francs , qu'un de leurs rois Tint dans son camp lui <lemander la paix. Il permit à quelques* unes de leurs tribus d'occuper et de cultiver comme tenanciers les terres des Ner- TÎens et des Trévirois , que de fréquentes guerres avaient changées en déserts. Apès avoir ainsi mis les Gaules k l'abri des invasions étrangères , il les délivra de la fureur desBagaudes. (i) Ceux-ci, ayant étendu leurs ravages du Rhin jusqu'à l'Océan , et des côtes de la Méditerranée jusqu'à la Seine, s'étaient emparés de plusieurs forteresses : les débris de l'une d'elles se voyaient encore plusieurs siècles après dansrd[>baye 4e Saint-Maur , près de Y incennes , qu'on
(i) Deux cent qnalrc-vio|;t*cinq aps aptes J.-C.
appela long-temps le château dei Bagaudei .
Enhardit par le succès de leurs armes , ils avaient proclame empereurs deux de leurs chefs , ^lian^us et Amandus. Maximien les défit , les poursuivit , les envoya au supplice , et termina ainsi cetle sanglante rë»
bellion qui avait duré seize années.
Ce guerrier , non moins farouche que les barbares dont il avait triomphé , combattait en héros , et gouvernait en tyran.' Heureusement pour la Gaule , elle ne resta que peu de temps sous le joug de ce prince féroce. Constance Chlore , nommé César , eut en partage cette fertile contrée , ainsi que l'Espagne et la BreMigne. La justice et la liberté y rentrèrent avec lui , et ce nouveau César soumit la Gaule par ses vertus, coxhme le premier qui porta ce nom l'avait conquise par ses armes.
Depuis près de deux siècles le christianisme croissant au milieu des persécutions »
et fortifié par le sang des martyrs , avait presque partout chassé les faux dieux de leurs temples, et vaincu jusque dans les fo- ' rAts gauloises le culte sauvage des Druides*.
Dioclétiea ^ trompé ou dominé par