‹ Histoire de France, Volume 2Chapitre 5 sur 11 · TOME XXVII · texte numérisé non relu

TOME XXVII

Galëre et par les pontifes de ridolâtrie, inonda Tempire du sang des chrétiens, et le couvrit 4e,s débris de leurs autels.

Cette persécution fut la grande tache de son règne. Son abdication, qui la suivit de près , lui fit retrouver dans la retraite la gloire qu'il avait perdue sur le trône.

Le vertuei)!, Con^ftapc^ fut le seul qui n'ei^écnta point &e^ ordres sanguinaires , et par $9, tolérance la Gaule vit en paix r£vaogîles'étendreetmultiplierse$racines.

Le génie, belliqueux de IVIaxio^î^n avait échoué contre un rebelle qui s'était fait proclamer ejoipereur dai^ la Bretagne ; Constance, plus heureux, reqouvra cette i!e, et détrôna Carausius, héritier de l'usurpateur. Aussi redoutable aux ennenxis que cber k ses peuples , il combattit les Germains , les. vai^çquit , et les pou;*suivit au-delà du Veser ; m^is c^s. tribus belliqueuses , semblables à l'hydre de la fable , montraient sans ce^se. de. nouvelles têtes miçnajantes prêtes à venger celles qu'on venait d'abattre. Le^ Allemands franchirei|t encore le Rhin; iU surprirent l'empe|r^r prè^ de Langres^ Entouré d'eni^e-

mis , ce prince ne dut la vie qu'k son eou« rage ; il se fit jour avec soa-épée au milieu de la foule des barbares , regagna les portes de la ville , et, les trouvant fermées , se fit hisser par une corde que les habitans de Langres lui jetèrent du haut des remparts :

son intrépiditë rëveilla celle des légions romaines et gauloises ; elles se l'allièrent , et Constance k leur tête triompha des Allemands et en tua soixante mille.

(i) Délivre de cette guerre , il ne 8*00* cupa plus qu'à faire fleurir dans les Gaules la justice , les arts et les lettres. Par ses soins y les écoles célèbres d'Àutun se relevèrent ; un professeur renomtné , Eumène, leur donna par son éloquence un nouveau lustre.

Avant son abdication , Dioclétien^ qui craignait que la douceur de son collègue ne dégénérât en faiblesse , lui envoya des officiers qui parurent surpris de trouver son trésor vide. Constance , leur ayant fixé un jour pour expliquer sa conduite.

(i) DeuK cent qtiatre-Yingl-ireize ans après

les frappa d'un plus grand ëtonnenient en leur montrant , lorsqu'il lès revit, un prodigieux amas d'or que de toutes parts on s'était empressé de lui apporter. « Vous » pourrez , dit-il alors , apprendre à Dio- >» clétien que je ne manque point d'argent » lorsqu'il m'est nécessaire, et que j'aime « mieux laisser mes richesses en garde à » mes sujets qu'aux agens du fisc . L'af- » fection des peuples est un trésor inépui- » sable pour les princes. »

Galère, tyran des Romains, haïssait Constance. Il était jaloux d'une gloire dont ses vices le rendaient indigne, et n'enviait pas moins une puissance fondée sur la vertu. Le jeune Constantin , fils de Constance, retenu en otage par Galère, échappa au péril qui le menaçait, et vint retrouver son père ; mais il jouit peu de temps de sa tendresse et de ses sages leçons. Constance mourut en Bretagne et lui laissa un trône que ce prince illustra depuis par sa gloire et qu'il souilla par ses rigueurs. Héritier dé la plupart des qualités de son père et d'un plus vaste génie , il eût été le plus grand des monarques , si l'intolérance et

la cruauté n'avaient pas taché quelques pages de sa vie glorieuse.

(i) Les Francs ne pouvaient renoncer à Tespoir de conquérir les Gaules ; ils sem-- Liaient pressentir leurs futures destinées ; leurs défaites ne faisaient que les exciter L la vengeance ; ils regardaient la paix comme une trêve et le repos comme une servitude.

Leurs bandes guerrières vinrent bientôt essayer leurs armes contre celles du successeur de Constance. Le jeune Césarcourt audevant d'eux , leur livre bataille, remporte sur eux une victoire complète , prélude ainsi à la gloire de son règne, et déshonore son triomphe par un barbare abus de la victoire.

Deux rois des Francs, Ascaric et Radagaise, étaient tombés dans les fers de Constantin ; il donna leur mort en spectacle aux Romains. Ces princes et les autres captifs furent exposés aux bétes dans les arènes de Trêves. Eumène , en faisant au milieu du sénat de Rome le panégyrique de cet acte féroce , immortalisa sa honte et celle de Constantin.

Ce supplice d'une foule de prisonniers

(t) Trois ocnl cioq ans après J,-C.

D,gitizedbyGO(^Ie

n*assouvit point le courroux au vainqueiir ; il franchit le Rhin et livra aux flammes le pays des Bructëres. Si les Germains fuirent victimes de la violence de Constantin , les Gaulois n'éprouvèrent que sa justice:

il les défendit en barbare et les gouverna en père.

Le reste de Tempire , livré aux caprices sanguinaires de Galère , de Licinius y de Maximien et de Maxence son fils, croyait voir renaître le siècle des Caligula et desNéron, La Gaule seule resta paisible et heureuse ; tous ces tyrans divisés se détruisirent mutuellement, (i) Maximien Hercule y chassé de Rome par son fils Maxence , chercha un asile près de Constantin qui avait épousé sa fille ; Tâge épuisait les forces de ce vieillard y sans éteindre son ambition ; il conspira deux fois contre son gendre. Constantin pardonna le premier complot , échappa au second que sa femme lui découvrit , trancha les jours de son cruel beau-père, et réunit toutes ses forces contre Maxence qui s'armait, plutôt pour détruire un rival que pour venger son.père,

(i) Trois oent dix ans après J.-C.

Avant (fu6 f on Btmie fAt rëunie , €on^ •tàntin M vît encore obligié de combattre avec un cor|)i peu Nombreux, toute ta ligue dei Pruncft qui de nouvrnu envalnilaienl la Gaule. Cette foii il dut autant les luccës à la ruie qu'k ion intrtfpidit^.

Comme il avait appris la langue (loi barbarei , il osa , revêtu de lliabit et de l'ar* mure d'un Franc , p^n jtrer seul dam leur camp I en examina la position i en reconnut les points mal gordtfs, rejoignit sa troupe^ trompa lesl>arbares par une feinte retraite , tomba sur eux pendant la nuit i •*empara de leur camp et les tailla en pièces.

Avant de quitter la Gatilé , Tempeireur laissa aux Gaulois de.nobles'Vbuveuirs de sa munificence ; il eh^\i1ttt teurs cittfi ; Trkves lui dut un cirque 8i un palais magnifique ; il remit aux Rduens cinq ans de tributs quMs lui devaient i le stfnat et lea nobles de cette citrf se jetèrent k ses pieda pour lui exprimer leur reconnaissance; tant la Gaule tftait changée ! tTn peuple qui se prosterne même devant un bienfaiteur ne pourra plus se relever contre un tyran.

Autun voulut alors prendre un des no*^

.de Gonstantio, et 3'dppeler Flavia; maïs le temps lui a conservé celui à'Augustodu" num , qu'elle tenait d'Auguste.

Les rivaux d^ Constantin soutenaient avec mie moitié de l'empire le culte des faux dieux ; ce prince réunit à' son parti l'autre moitié du monde romain , en embrassant la cause de l'évangile. Comme il marchait à la tête des Bretons , des Espagnols et des Gaulois , il vit , dit-on, apparaître dans les cieux le signe mystérieux de la rédemption , le donna pour enseigne à ses légions sous lé* nom de Labarum , arbora la croix par conviction ou patr politique, franchit les Alpes, battit Maxenc€, le tua , et reptra triomphant dans Rome avec les G^u)ois^-^

Depuis ^1 i^^ijimiit Licinius qui lui disputait encoce 1^ trône , et ne pouvant résider avec sécurité dans cette Rome oii le gênaient les monumens de la liberté et les temples du culte antique , il changea le sort du monde en transférant le siège de l'empire à Bizânce.

Une révolution complète se fît alors dans l'administration et dans les mœurs. Jusque là 9 malgré la tyrannie d'un grand

nombre d'empereurs , lei formel antiques subsistaient encore , et le gouvernement ëtait toujours la chose publique ; sous Constantin il devint chose privée. Le changement de Res publica en Res privata marque la grande limite qui sépare l'histoire ancienne de l'histoire moderne.

Do ce moment les princes furent tout et le peuple rien , la cour remplaça la nation ; l'obéissance passive devint sous le nom de fidélité la première vertu ; l'empire , au lieu de grands citoyens , eut do grands dignitaires ; les patrices, les grands domestiques , les préfets du prétoire , les maîtres do la cavalerie et de l'infanterie firent oublier les consuls ) la tribune resta muette ; la chaire seule résista au trône ; la jeunesse déserta les camps et peupla les monastères ; le luxe laissa les cités et les frontières sans défense , les champs sans culture ; on préféra les fonctions domestiques aux emplois publics ; enfin on re* garda le service do la patrie comme un fardeau , et celui du prince comme un honneur.

Tant que Constantin vécut , la force et la gloire cachèrent ces chaînes sous dr

lauriers ; mais, peu de temps après sa mort, l'empire, par une rapide décadence, prouva la dégradation daus laquelle cette révolution asiatique avait précipité les Romains,

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