CHAPITRE SECOND
HISTOIRI DIS GAULOIS DKPUIS LÀ MOIT Dl CONSTANTIN jusqu'à OILLI Dl TBIODOSC.
JLes victoires de Constantin sur les Francs et sur les Allemands avaient épouvante ces tribus guerrières ; elles n*osëreht depuis reprendre les armes qu'une seule fois, (i) Crispus César , fils aine dé Constantin , les défit et les chassa de la Gaule. Ce jeune prince jouit peu de sa gloire ; nouvel Ilyppolite , il périt victime des calomnies de sa belle-mëre et de la funeste crédulité de son père.
Lesenfans de Constantin se partajgèrent son immense héritage. Constant , l'un d'eux , après avoir vaincu Constantin le jeune , son frère y devint maitre de tout rOccident. (i) Mais un usurpateur né gaulois , Magnence, souleva les troupes , se fit
(i) Trois cent dix-neuf «ûs «près J.O. (q) Trois cent oiocjuaDte ans après J.-C.
proclamer empereur à Autun , poursuivit son rival* près des Pyrénées , le fit périr , et fut reconnu par l'Italie , l'Afrique, l'Espagne et la Gaule. 11 s'associa soil frère Décence , et à la tête, d'une immense ar« mée de Gaulois , de Francs et de Saxons ^ il marcha contre Constance, empereur d'Orient , et le seul des enfans de Constantin qui eût encore conservé la vie et le trône.
Julien, en parlant de la marche de Magnence, dit , « Que la Gaule tout entière » semblait rassemblée dans son camp , et » que cette innombrable foule de guerriers » s'avançait pareiHe à la foudre lancée du » haut des Alpes. »
(i) Constance accourut d'Asie avec ses légions pour opposer une digue à ce- torrent : les champs de M urse et les rives de laDrave furent le théâtre sanglant de la bataille que se livrèrent les deux années.
Tandis que le faible Constance , fuyant le péril , attendait dans une église l'issue du combat , ses généraux tournèrent et vain- ^quirent Magnence. (2) Cet usurpateur ,
(1) Trois cent cinquante-un ans après J.-C* (a) Trois cent cinquante -trois ans après I.-C^
baltu une seconde fois près des Alpes ^ fût poursuivi dans la Gaule , et se donna la mort à Lyon , après avoir poignardé sa mère et l'un de ses frères. L'autre , nommé Décence , imita sa fureur , et s'étrangla prës de Sens ; ainsi l'heureux Constance réunit sous son sceptre toutes les parties de l'empire.
Mais pendant le cours de cette guerre civile , le Rhin , laissé sans défense , n'opposa plus de barrières à l'avidité des Germains ; ils envahirent et dévastèrent la Gaule. Les Francs surtout inondèrent et ' pillèrent avec impunité cette malheureuse contrée. Plusieurs de leurs chefs , élevés aux premières dignités de la cour impériale , protégeaient ces désordres. L'un d'eux,nommé Sylvain (i), d'abord favorisé et ensuite menacé par Constance , se fit proclamer empereur , et se revêtit dans ' Paris de la pourpre romaine. Constance , qui n'aurait osé le combattre, le fit assassiner.
Les Francs , répandus dans toutes les provinces , s'emparèrent d'un grand nom- Ci) Trois ceut cinquante-cinq ans après J.-C. TpKE XXVn. o..,zed.vGt)DgIe
bre de forts , afin de trouver un asile , si la fortune leur devenait contraire. Cologne même tomba en leur pouvoir. La Gaule ëtail livrée sans défense à l'avidité de toug les peuples de la Germanie ; sa ruine semblait certaine : un grand homme parut et la sauva.
Julien , neveu de Constance , appelé au tr6ne par sa naissance , et destiné à la mort par lu jalousie de son oncle , dut son salut au danger public . L'empereur effrayé suspendit sa hainci , et confia le commandement des Gaules au jeune César. La irictoire y reparut avec lui. Etranger à son siècle, il se montrait passionné pour la philosophie , pour la liberté , pour la gloire , pour le culte de l'antique Rome ; le Capitole tressaillit en voyant un nouveau Scipion , l'AUe;3iagne un nouveau Germanictts ^ et la Gaule un nouveau César.
Tout seivblait se réunir pour rendre les succès de Julien impossibles. Quarante— cinq forteresses qui défendaiçnt autrefois le Rhin venaient die totmber au pouvoir des barbares ; la plupart des légions romaines restaient dafts TOricnt, etso^tenaient pé-
niblement la guerre contre les Perses ; d'autres di^fendaient le Danube contre la fureur des Goths , drs Quades et des Marcmnans. Les citôs de la Gaule, amollies par le luxe , ruinées par l'avidltë des agens de Constance , épuisas d'homme» , et
'ëpouvanttfas par les iri\asions des Allemands et des Francs , rendaient les nou* Telles lev<<as lentes et difficiles. Enfin le jeune Cësar , au moment de combattre dos ennemis formidables par leur nombre et
• par leur vaillance , en laissait encore der« riëre lui de plus dangereux.
La cour do Constance , loin de désirer aes triomphes , travaillait à sa pert^ ; pr(f*fets du prétoire, questeurs chargés des finances , agens subalternes , tous conspiraient contre le défenseur de la Gaule , et redoutaient moins la présence des ennemis dans Tempire , que celle de la philosophie sur le trAne.
Julien surmonta tous ces obstacles ; il eut à la fois inspirer aux peuples l'amour et le respect , aux soldats le courage , aux délateurs, aux courtisans, aux concusfionnaires et aux ennemis une crainte salutaire. Son génie suppléa à la faiblesse dt
^es moyens ; son activité et sa célérité semblèrent multiplier ses troupes.
(i) Apres avoir chassé des provinces les tribus. germaines qui s'occupaient à le»
piller , et qui ne s'attendaient plus à combattre y il rétablit l'ordre dans l'administration , car le succès donne le droit de se faire obéir. (2) Bientôt les Germains revinrent en foule l'attaquer ; ils le surprirent et l'enfermèrent dans la ville de Sens.
Julien , au lieu de se borner à la défense , qui finit toujours par la reddition des places , sortit impétueusement de ses remparts y et remporta sur les barbares une victoire complète.
Profitant de ce succès , il courut en Alsace , dans le dessein de reprendre Strasbourg, tombé au pouvoir des ennemis. Là, il eut à combattre une ligue de sept rois allemands réunis pour tenter un dernier effort contre la fortune romaine. La bataille fut long-temps disputée ; la cavalerie batave, qui couvrait la droite des Romains , plia ; cette aile , malgré les ef-
(ij Trois cent cinquante-six ans après J.-C ('j) Trob cent cioquante-sept ans après J.-C.
forts de Julien , fut mise en déroute \ alors toute l'armée allemande , se croyant sûre de la victoire, tomba en masse sur le centre des l(fgions ; mais ses attaques re»
doubl<$es ne purent l'entamer. Cette résistance , retardant la défaite sans donner encore l'espérance de la victoire , Julien la décida en chargeant les barbares à la té(e de sa réserve . Les ennemis, fatigués de tant d'assauts , cédèrent à cette dernière attaque ; bientôt leur retraite devint une déroute ; les rois prirent la fuite , une partie de leurs trouj)ès fut taillée en pièces, l'autre se noya dans le Rhin.
Chnodomare , chef de la ligue , poursuivi et atteint , perdit à la fois la victoire et la liberté. Amené devant Julien, au lieu de montrer la fierté qui relève le malheur , il se prosterna aux pieds de son vainqueur , et lui demanda lAchement la vie. Julien , respectant son rang et méprisant son caractère , épargna ses jours , et l'envoya en présent à Constance, qui peut-être eût mieux aimé voir dans ses fers le vainqueur que le vaincu.
Le jeune César reprit toutes les forteresses du Rhin , et poursuivit les Aile-
go mattds âu-delà de ce fleave ; mais aj^re* nant qu'Hs s'étaient retranchés derrière de nombreux abatis dans leurs forêts profon* des , il se contenta de les avoir épouvantés ^ et revint dans la Gaule, (i) Là , il corn* battit de nouveau une tribu de Francs , qui avaient profité de son absence pour tenter une invasion ; la fortune lui fut encore fidèle ; après une longue et sanglante mêlée , ces Francs , vaincus et enveloppés , rendirent les armes. Leur vaillance opiniâtre était depuis long*temps si connue , que Julien lui-même regarda son succès comme un prodige , car jusque là on avait toujours vu ce peuple belliqueux préférer la mort à la captivité»
Lorsque ces Francs captifs furent envoyés en Italie, leur taille colossale étonna la cour de Constance. Libanius , dans son récit , compare « ces gigantesques guer- » riers à de hautes tours placées au milieu » des lignes romaines. )»
Julien y dans ce dernier combat, fut puissamment secondé par la valeur de ces mêmes BataTes que les champs de Stras- Ci) Trois ceat cioquante-huit ans après J.-C.
bourg avaient vu fuir. Le jeune Césnr le« en avait punis , en leur faisant traverser le camp habillés en femme , et les Gaulois humilias expièrent leur faiblesse par le courage qu^ils déployèrent contre les Francs.
Ce prince habile prouva dans cette cir« constance à quel point il connaissait le caractère des Gaulois , dont l'honneur fut dans tous les siècles le plus puissant mobile. Le libérateur de la Gaule établit sa résidence à Paris. Ceux de sos ouvrages qui nous sont parvenus nous apprennent que Lutèce lui était chère ; il se complatt à en décrire la position , à vanter la douceur de sa température , la fertilité de son sol , la salubrité de ses eaux. Il habitait un palais bâti sur le terrain qu'on nommé aujourd'hui la Cité. Lutèce était renfermée dans l'Ile qui porte ce nom s environnée dt murailles , on y entrait des deux côtés par deux ponts défendus par des tours.
Le jeune César entrepritalors une guerre plus périlleuse que celle qu'il venait do terminer avec tant de succès ; il attaqua les agens du fisc i et voulut soulager la Gaule du poids des impôts dont elle étai^
accablée. Le préfet du prétoire , Florentius y forcé de céder comme administra— leur , se vengea comme délateur , il aigrit la défiance de l'empereur, alimenta sa haine par des calomnies ; et Constance , écoutant des avis perfides qui flattaient ses passions , rappela près de lui Salluste , le plus dévoué , le plus utile et le plus vertueux des ministres de Julien, (i)
Ce jeune prince reprit encore les armes contre les Francs Chamaves ; il les vainquit, et, après les avoir e£frayés par sa victoire, il les soumit par sa générosité. Le roi des Chamaves pleurait laperte de son fils, tombé en captivité au commencement de la guerre ; il le croyait moirt : Julien l'offrit à ses regards, l'assura qu'il en avait pris soin comme s'il lui eût donné le jour, et le jrendit à sa tendresse.
Tandis que ce prince inspirai^ à la Gaule nn juste enthousiasme par ses exploits et par sa sagesse , les courtisans de Constance s'efforçaient d'atténuer ses triomphes et de ridiculiser son caractère ; ils lui donnaient en raillant le nom de Yictorin , pour rap-
(i) Trois cent cinquante-huit ans après J.-C.
peler au souvenir de Constance lé nom du guerrier gaulois qui , sous le rëgne de Gai* lien , avait usurpa Tempire.
Constance prodigua ii son neveu autant de reproches qu'il méritait d*éloges , lui ordonna de rétablir les impAts supprimés»
et exigea qu'il suivit en tout les conseils de Florentins. •
Julien ne se laissa pas plus vaincre par la cour que par les Allemands ; il répondit : M que l'empereur devait se trouver fort heui> reux que des provinces qui s'étaient vues >» si long-temps la proie des barbares et des » concussionnaires payassent si religieuse- » ment les taxes accoutumées; la modéra* M tion, disait-il , ranimera la confiance , et i> rempliraletrésor; larigueuretTinjustice i> exciteront le désespoir et produiront Vin- » digence. »»
Ces remontrances l'emportèrent ; les vexations cessèrent. Julien se chargea luimême , sans frais , du recouvrement des impAts ; son humanité lui attira ralTection des peuples; iils payèrent les tributs avec cèle, sans contrainte, et sans attendre de sommation. Le jeune César prouvai au tyran de l'empire que Famour des
pies est la plus soHde base de la puissance et de la richesse des trônes.
Le génie peut seul triompher do toutes les erreurs , mais non de l'en vie ; en ré-> clairant , il l'enflamme : la Gaule faeu-^ reuse, et Julien polissant, étaient deux tournaens pour Constance. Au risq[ue de perdre une des plas belles parties de Ten^ pire^ il résolut d'enlever aux Gaulois et à^ son nereu tous leurs moyens de défense ; «n conséquence , sous prétexte de fortifier l'armée d'Asie , il donna l'ordre formel à Julien de lui envoyer les troupes qui com*posaient la force de son armée , •c'est-à'^ dire les Hérules , lés Bataves , et deux lé<^ gions gauloises renommées par leur vail-<lance.
Décentius , ministre de Constance , fut chargé de porter et de faire exécuter ces ordres funestes. On lui adjoignit Lupicinius que Julien avait envoyé dans la Grande-Bretagne pour combattre les Pietés. Ce prince , voyant que sa perte était résolue, ne résista ni n'agit ; le refus d'o» béir l'aurait constitué en rébellion , Tobéissance le livrait sans défense ainsi que laOaule aux barbares : sa prudence habile
confia sa desiinëe à Taffection detOauloii, et ils ne tromperest point son espérance.
.Dès que les légions furent infermées de l'ordre qui les appelait au fond de l'Orient, elles s'indignèrent de se voir exilées de leur patrie , comme si leurs exploits eussent été dei» crimes. « Nous allons donc , disaient- » elles dans un écrit qui circulait dans tous « les rangs de l'armée , exposer à une nou- » velle captivité nos përes , nos femmes , « nos enfans , dont'le salut nous a coûté » tant de sang. » Ces murmures décidèrent les officiers de l'empereur k presser l'exécution des ordres dont ils étaient chargés.
Malgré les représentations de Julien, ils commandèrent aux différons corps de se rassembler à Paris. Les légions gauloises obéissent ; elles se mettent en marche , et leurs premiers pas ébranlent la Gaule.
Tout le peuple s'alarme , tontes les cités gémissent; l'air retentit de plaintes et de cris. Chacun croit déjà voir les Francs et les Germains revenir altérés de vengeance et renouveler dans les provinces les désastres dont Julien venait à peine d'effacer les traces ; les vieillards désolés , les fem* mes éperdues arrêtent les soldats , les en- ,
fans embnisseiit leurs genoux; tous les conjurent de ne point les abandonner à la fureur des barbares.
Les légions indignées traversent len^ tement cette foule gémissante qui borde leur route ; la discipline contient encore leur courroux, mais il se lit dans leurs regards.
Julien vient les recevoir aux portes de la capitale ; après avoir rappelé leurs exploits et retracé leurs titres à la reconnaissance publique , a Soldats , leur dit-il , » nous devons obéir et non délibérer ; » vous allez combattre sous les yeux de N l'empereur : là, vos actions recevront » un digne prix ^e votre vaillance et pro- H portionné à la puissance du prince. Rési- » gnez-vous donc à un voyage dont le but . n est la gloire* »
On écouta ces paroles en silence , et ce silence fîit sans doute cette fois plus agréa* ble à Julien que les vives acclamations qui répondaient ordinairement à ses harangues.
Jusque là Ce prince , par la circonspection de sa conduite, n'avait donné à ses ennemis aucun prétexte pour Taccusen
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Mais olori , »oi\ par afToction^ loit par un calcul que io succès seul pouvait justifier , il combla de présons les oiliciers , les principaux Itfgionnaires , et rendit ainsi Inur douleur plus vive et leur obéissance plus douteuse; enfin, au lieu de hâter leur départ , on leur permit vingt-quatro heures de séjour ; ils les empK^ybrent à «e concerter; et ce temps si court leur snfUtpour opérer une révolution dans rempire.
Au milieu de la nuit , les soldats pren* nent les armes , et entourent en tumulto le palais du prince , qu'on nomma depuis le palais des Tkttrmes ; leurs cris rodou* blés proclament Julien Auguste , et demandent violemment sa préseuce.
(i) Julien I si Ton en croit son récit, ignorait tous ces mouvemeus ; réveillé en sursaut par ces acclamations séditieuses, il montre d'abord autant d'incertitude que de surprise, consulte Jupiter qu'il adorait alors en secret , et résiste quelque tetnps aux signes favorables qu'il croit lire dann le» cieux. Son liésittlion augmente l'ar-
(i) Trois cent soixante ans spri-s J.-C.
TOMS XXYU. DWzedbyG^Ogl.
deur des soldats rebelles , ils enfoncent enBn les portes du palais^ y pénètrent le glaive à la main , et forcent le prince à les suivre dans le camp.
Là , de toutes parts , les Gaulois le pressent d'accepter la couronne. Julien, les yeux remplis de larmes feintes ou véritables , les conjure vainement de ne point souiller leurs victoires par une rébellion, h J'espère, dit-il, vous satis-* » faire sans déchirer l'état par une guerre » civile ; et puisque vous ne voulez point » consentir à vous éloigner de votre patrie, » retournez dans vos quartiers. Fiez- vous M à ma foi , vous ne franchirez pas les w Alpes. Je prendrai votre défense près de )» l'empereur. Sa Justice punirait votre ré- » volte , sa bouté écoutera vos remon- » trances. »
Ces paroles , au lieu de calmer les esprits , les embrasent ; l'amour se change en colère, les murmures en menaces. Julien cède ; on l'élève sur un pavois ; le collier d'un officier, noble prix du courage, lui sert de diadème , et le nouvel Auguste, vaincu et couronné, récompense la révolte dont il profite , en distribuant cinq
piëcei d*or et une livre d'argent k chaque soldat.
Si le nouvel Augutte avuit montre une prudente hésitation avant de s'emparer du pouvoir suprême, il d<!ploya pour s'y maintenir toiite la force et Tactivitë de son caractère. Après avoir vainement cherche à obtenir de Constance son consentement au partage de l'empire, il réunit contre lui toutes les forces de la Gaule , et l'affection des peuples le seconda tellement que bientôt il se vit eo état non-seulement de se défendre, mais d'attaquer.
Constance , dans l'espoir d'occuper par une diversion ce rival redoutable , prit le parti honteux d'exciter les Allemand! à tenter une nouvelle invasion dans les Gaules ; mais il ne retira de cette trahison que la honte qui flétrit la mémoire de tous ceux qui appellent dans leurs états les armes étrangères.
(i) Julien vainquit encore les Allemands, et , marchant ensuite le long du Danube avec une célérité digne du nom de César qu'il portait, il arriva enThrace, lorsque
(i) Trgiicent soixante-un ans après J.-C
lOO
son ennemi le croyait encore dans les Gaules. Constance rassemblait alors près d'Antioche toutes les forces de l'Orient , / mais la mort qui le frappa termina heureusement la guerre civile , et rendit sans combat Theureux Julien mattre paisiUe de tout l'empire.
Le règne de ce prince fut glorieux, mais -court ; les humiliations , car on ne peut pas dire précisément la persécution , qu'il fit éprouver aux Chrétiens , furent la seule tache de sa vie illustre. La passion de la gloire et le désir de réparer l'honneur des armes romaines le conduisirent au-delà de r£uphrate. Il vainquit les Perses ; mais , trop ardent à les poursuivre , il se vit bientôt , comme Crassus et comme Antoine, environné d'une foule d'ennemis dans des plaines arides , et menacé par la famine d'une destruction totale ; il ne fît pas moins éclater de courage dans ses revers que dans ses triomphes ; la victoire illustra sa retraite :(i) dans un dernier combat, blessé midrtellement, ses derniers regards virent fuir les Perses ; il périt en , héros et en philosophe.
(i) Trois cent soixante-trois ans après J.-C.
loi
Pendant »on règne , quoiqu'il 'fAt aux extrémité!) de rOriont , In torrt^nrde ion nom contint les Allemands et les Francs; et la Cinu)e, qui pleurait an mort , dut encore quelques anntSes do calme au souvenir de ses trophées et au respect port^ à son ombre.
Jovien son successeur donna le gouvernement des (fautes à Lucilien son beaupère i l'affection des Gaulois pour Julien ^tait encore si forte che» ce peuple qui lui avait dû sa dfilivrance , que son nom seul excita une révolte grin(!rale. TTn agent du fisc , accusé d*infidjlité par Lucilien , per« luadaaux soldats gaulois que Julien vivait encore et que Jovien était un rebelle ; ils coururent aux armes , Lucilien Tut massacré.
Valentinien ,' depuis empereur, échappa k la mort par la fuite , courut en Asie , et dut peut-être son élévation à ce péril passager. Le temps put seul éclairer les Gaulois sur leur erreur , et les ramener k la soumission.
Jovien ne rbgna qu'une année. (i)ya < lentinien, qui le remplaça, céda l'Orient
(0 Trois oent soixaato-oinq «nssprds J.-G.
D,git,zedbyG«3gIe
loa h son frêrc Valens , se chargea de gouverner rOccident,el, après être resté quelque temps à Milan , fixa sa résidence dans les Gaules qu'on regardait alors comme la principale force de Tempire , et comme la barrière la plus importante à sa conser<* vation.
Depuis quelque temps les Romains avaient contracté la honteuse habitude de payer aux peuples barbares un tribut mal déguisé sous le nom de présent annuel.
Le préfet des offices, homme impérieux et brutal , négligea d'envoyer aux Aile* jnaads les sommes réglées par le dernier traité , et il accompagna d'injures le refus de satisfaire à leurs réclamations ; ils prirent les armes , passèrent le Hhin , et recommencèrent leurs dévastations.
Yalentinien, qui se trouvait alors à Paris^ fit réparer les forteresses de la frontière , et ordonna dans toutes les provinces de nombreuses levées. Pour rendre cette opération plus prompte et plus régulière ^ l'empereur jugea convenable de faire une nouvelle division du territoire gaulois.
Auguste l'avait partagé en six provinces , ce qui donnait trop de puissance aux gou-
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verneurs. Yaleniioien porta le nombre des provinces jusqu'à quatorEe , et depuis son fila Gratien en ajouta trois autres.
Cette division en dix-sept provinces dura jusqu'au temps de la conquête des Francs. Ces dix-sept provinces étaient les quatre Lyonnaises, les deux Belgiques, les deux Germanies , la Sëquanie , les Alpes grecques et pennines , la Viennoise, les deux Aquitaines, la Novempopulanie ,. lés deux Narbonnaises et les Alpes maritimes.
L'église chrétienne se conforma pour l'établissement des métropoles à cette division .
La Gaule ainsi partagée conservait en* core plus que toute autre partie de l'empire des vestiges de l'antique liberté ; chaque cité était administrée par un sénat supérieur , composé de membres tirés des familles patriciennes , et les différentes villes ou bourgs compris dans le territoire de chaque cité avaient un conseil municipal formé d'hommes libres , propriétaires, issus de familles qu'on appelait curiales. Ces conseils se nommaient quelquefois sénat inférieur.
Indépendamment des légions levées d'a« près les décrets impériaux pour la défense
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de la Gaule , chaque cite avait ses propres troupes , et nous avons vu dans les guerres de Vitelliu», de Civilis, de Sévère*, qu'il est souvent fait inention des cohortes auxiliaires que les cités gauloises envoyaient aux armées romaines. Lorsque Sabinus usurpa Tempire, il combattit à la télc des troupes de la cité des Ëduens.
Souvent on rassemblait sous la présidence du préfet du prétoire ou de son vicaire les députés de toutes les cités de la Gaule ; on y réglait les affaires intérieures : le préfet du prétoire , chargé du gouvernement général de l'Espagne , des Gaules et de la Bretagne, était remplacé, dans chacun de ces pays , par un vicaire sous l'autorité duquel des ducs et des comtes commandaient et rendaient la justice dans chaque cité. Les légions marchaient sous les ordres de deux maîtres de la milice , et le pouvoir de ces chefs militaires affaiblit graduel le« ment celui des magistrats civils.
Quatre questeurs étaient chargés du recouvrement des impôts. Ainsi les agens du prince administraient tout ce qui concernait l'intérêt général de l'empire ; mais Us intérêts locaux restaient confiés à la li-
io5 bre administration des sénateurs gauloii et des décurions des villes. On réglait les affaires ecclésiastiques dans les assemblées fréquentes du clergé. Chaque ville , indé-pendamment des familles patriciennes et curiales, contenait encore une autre sorte d*hommes libres s c'étaient les artisans , pour la plupart tirés de la servitude par l'affranchissement. Le reste de la population vivait dans Tesclavagei
Il existait alors dans la Gaule deux classes de serfs ; les uns , tout-à-fait esclaves , habitaient la maison de leur mattre, et ne possédaient rien; les autres, beaucoup plus nombreux, cultivaient des terrains qu41s tenaient à charge de payer un tribut , et auquel leur personne restait attachée : ils ne pouvaient ni aliéner ni quitter le sol qu'ils labouraient : jusqu'à nos jours ce servage a été connu sous le nom de servage de la glëbe.
Lorsque les cités de la Gaule se trouvaient opprimées par la tyrannie des commandans militaires, et lésées par les magistrats civils dans leurs droits , dans leurs biens individuels ou communaux , elles envoyaient des députés pour porter leurs
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plaintes au sénat de Rome. Ce corps illustre , après avoir perdu la plupart de ses droits , conservait toujours Tusage antique et glorieux du patronage. Chaque peupie comptait ses patrons dans le sénat ^ et peu de temps même avant la conquête de Clovis , on vit, suivant le récit de Sidonius ApoUinarfs , les députés et les patrons de la Gaule poursuivre devant le sénat If pré- ' fetdu prétoire, Amandus, qui fut dégradé et condamné k mort.
Yalentiniea , habile général , prince juste
pour les peuples , mais cruel et terrible
pour les grands, maintintpendant son règne <
les lois en vigueur. Sa sévérité prévint les
' factions; il persécuta d -abord les païens,
mais depuis , par une sage tolérance , il
rétablit la paix des cultes ; son courage
repoussa les barbares , et il aurait mérité
l'honneur d'él re compté au nombre des plus
grands empereurs, si sa violence et les actes
cruels de ses ministres n'eussent souillé sa
gloire par quelques taches ineffaçables.
Au moment oii l'empereur se disposait à marcher sur le Rhin , il apprit qu'une révolution éclatait dans l'Orient , et que Procopç y soutenu par deax cohortes gau«<>
loises , venait de l'emparer de GoBstantinople i dans leinAme temps d'autres troublei agitaient Tlllyrie. Valentinien , incertain du parti qu'il devait prendre, rftait appelé pa^' son frère dans l'Orient ; mais les députt^s rëiinis de toutes les cites gauloises la conjurant de ne pas les abandonner à la fureur des barbares , il laissa la fortune décider du sort do l'Asie , et ne s'occupa plus qu'à dëfendre la Gaule.
Bientôt ses inquiétudes furent dissipées par un message de son frère Valens , qui lui envoya la léle de Procope vaincu , ai»
ir&ni et poignarde (i). Cependant les Allemands coiftnencèrent la guerre par des succès ; les comtes Severien et Charieton, cheA d'un corps d'année romaine, furent^attus parles barbares , et périrent dans le combat ; la fuite de la cavalerie batave avait été la cause de cette défaite.
L'empereur irrité condamna è l'esclavagt tous ceux qui avaient fui ; mais il leur par* donna ensuite, après leur avoir fait jurer qu'ils répareraient leur honte. Los Aile* mands vainqueurs se livraient en désordre
(i) Trois oont soixon le- trois ans A]>rAs J.-C
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au pillage et à la débauche ; Jovln , lieutenant de l'empereur, marcha contre eux , les surprit près de Châlons et les tailla en pièces. Leur roi fut pendu par les soldats romains y dont les chefs ne purent contenir la furie.
Cette victoire efiraya la Germanie et ramena la sécurité dans les Gaules ; mais elle fut un moment troublée par une ma** ladie grave de Yalentinien. Déjà l'ambi— tion armait quelques personnages puissans qui aspiraient à lui succéder, lorsque le rétablissement de l'empereur fît cesser ces agitations.
(i) Valentinien, pourenIef^r toute espérance aux factieux, rassembla ses légions dans une plaine près d'Amiens , et fit proclamer par elles son fils Gratien, Auguste.
Lorsque cet enfant fut couronné , l'empe— reur lui dit en présence de l'armée qui l'entourait : « Le suffrage des soldats et la M volonté de votre père sont les auspices » heureux sous lesquels vous montez au » trône. Montrez • vous digne de soutenir » le poids de l'empire ; apprenez à fran-
(0 Trois cent soixante-sept ans après J.-C
» chir sans crainte , en présence des bar* >» bares , les glaces da Rhia et du Dauube.
»» AnimiejB vos soldats en marchant à leur »» tête ; , épargner leur Sang avec prudence ; M verses le vôtt'et avec courage pour les M défendre i et regardée tous les biens et » tous les maux du peuple Comme s'ils vovt »> étaiei^t personnels : le reste de aMi vie M sera consacré k former la vôtre. Vous ^ M guerriers, dont la vaillance est le plus »» ferme rempart de Tempire, attacbea-vous » à ce jeune prince qui se fie k votre fidén lilé , et qui vit croître à Tombre de vos ») lauriers, n
L'empereur, <{ui se chargeait du soin de fortifier par ses leçons et par ses exemples le courage de son fils , choisit pour éclairer son esprit un Gaulois illustre, Ausonne, né à Bordeaux , orateur éloquent , poète harmonieux, et que ses talens élevèrent dans la suite au consulat.
La victoire accompagna constamment les armes de Valeutinien et de s^s généraux»
Théodose , père de celui qui parvint à Tem* pire , délivra la Grande-Bretagne des incursions des Pietés ; il vainquit ensuite les Saxons et les Francs , dont les flottes inf
TOMEXXVII. ^ L
IIO taîent les c6tet de la Gaule et de la Grande- Bretagne. Yaleatînien conduisit encore lui-même une armëe contre les Ailemanda qui voulaient démolir les forteresses construites par ses ordres pour défendre la frontière. Au moment oli ce prince s'efforçait de s'empantr d'une montagne sur laquelle les ennemis s'étaient retranchés, il Ait entouré par eux , et ne àvtt son satut qu'à son intrépidité ; elle enflamma le courage des Gaulois et des Romains , et lui valut la victoire. ^
(i) Dons ce temps , les Bourguignons commençaient à s'acquérir une formidable renommée. Ces peuples , issns des Vandales , habitèrent iong*temps les rives dé la V/arta et de la Vistule. Chassés par Jes Gépides , ils furent vaincus par Aurélien et par Prolnis ; marchant ensuite vers le Rhin , ils se joignirent aux Allemands pour envahir la Gaule. Maxîmien Hercule les n/pootm. , et pour se dédommager du pe» de succès de cette expédition , ils enlevèrent aux Allemands, leurs alliés, une partit de loors possessions et $*j fixèrent.
(i) Trois cent so.txaoïu-trette ans après J.-C.
D« là une violenta baine divisa les deiss nations, et lei rivet de la Sala devinrent le théâtre de leuri combats perpétuels.
Ce peuple, commande par un chef sans pouvoir , sous le titre de Heindinas , et gouverne réellement par un pontife qu'iU appelaient Sinistus , dont l'autorité n'avait pas de bornes, sollicita l'alliance dee Romains ; Yalentinienaocueillit leur demande dans Teipoir de se servir de leurs armes contre les Àllemanids.
Une fable répandue en Germanie faisait croire aux Bourguignons (jn'ils devaient leur origine à quelques garnisons romaines abandonnées en Allemagne par les succès* •eurs d'Auguste, ut que leur nom venait de l'usage anciennement établi ches eux de vivre dans des maisons réunies , qu'ils appelaient Mourgs. Yalentinien flatta leur orgueil pour exciter leur aèle. Rassemblai par ses ordres, ils parurent sur les bords du Rhin au nom*)re de quatre-vingt mille hommes. Cette armëe ne semblait pas moins dangereuse aux Gaulois qu'aux Allemands^ L'empereur, effraytf de leurs forces , viola le traite qu'il avait conclu avec eux , et ne leur donna ni vivres ni secours. Indign&i
ie c«tte infraction à la fdi \i\fée , ils raya— gër«nt les frontières de la Gaule, ainsi que le territoire des Allemands , et devinrent dès ce moment les ennemh implacables d'unvempire dontils hâtèrent pen de temps après le démembrement.
La fin du règne de Yalentinien fut trou-* h\ée par de continuelles révoltes ; ses armes }es comprimaient , mais ses rigueurs les faisaient renaître. La Gaule, défendue par son courage contre les barbares , géiliissait sous la tyrannie de ses ministres, et la violence de ses arrêts démentit trop sou—, vent la sagesse de ses lois ; sa politique même, en voulant s'assurer un' repos passager , devint aussi funeste à la (raule que l'aurait été une sanglante défarte. Il céda des terres en Alsace à ces mêmes Boui*gni* gnons qui , moins d'un siècle après , se rendirent maîtres du pays oii on les avait reçus comme tributaires.
L'empereur ayant pacifié la Bretagne , vaincu les Allemands , appaisé les Bourguignons , et chargé Théodose de rétablir Tordre dans l'Afrique soulevée , s'éloigna des Gaules pour n'y plus revenir et porta ses armes un Pannonie contre les Quades«
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Là il mourut d'un coup de ung à U luite (l'un accëi de colër« ; la même violeuce qui avait louillrf ion rëgne termina la vie.
(i) Son lili (vratien , Teupoir dei Gaulois lui luccéda; et ion inititlUteur Auionne devint encore plui illustre par les vertus de son rflëve que par ses propres talens.
Le nouvel empereur apprit à Trêves la mort de sou përe et la révolte de Tarmife de Pannonie qui avait revêtu de la pourpre son jeune frëre Yalentinien IL Gratien , plus occupé du repos public que de sa grandeur personnelle , confirma tfitte élection et partagea le trêne qu'il n'aurait pu conserver seul qu'en exposant l'empire au malheur d'une guerre civile. Il se montra par cette modération digne du ver* tueuz saint Ambroisequi avait formé son cœur comme Autonne avait formé son esprit.
Sous son règne trop court , la Gaule fut soulagée du poids des impAts i les proscrite y rentrèrent; les délatnurs en sortirent; on vit renattro partout la sécurité ; la justice remplaça la force , et on vit succéder l'amour à la crainte.
( i) Troi* cent iioixanU'qiiinBA mds après J.-C.
ii4 ,
(i) Gratien prouva bienlÀt que s*il différait de son père par sa douceur y il lui ressemblait par son courage. Les Allemands avaient repris les armes.; Gratien marcha contre eux , et, seconde par le vaillant Mellobaude, roi des Francs etcomman* dant de sa garde , il remporta sur les Germains une victoire complète. Dans cette bataille , livrée près de Colmar , Priarius , roi des Allemands, se donna la mort pour échapper au ressentiment de son peuple qui pardonnait rarement a ses chefs la bonté d'une défaite.
Tandis que TOccident voyait ce jeune prince illustrer les armes romaines , l'Orient y ouvert aux barbares , s'écroulait sous le sceptre de Valens , monarque aiwii méprisé de ses ennemis que baî de ses sujets. Les Goths dont la puissance s'était étendue par les exploits de leur prince Hermanric des rives de la Baltique k celle du Pont-£uxm , venaient d^étre vaincus et poursuivis par les Huns , peuple barbare sorti du fond de la Scythie : Les Goths , arrivés en foule sur les bords du Danube ,
(t) Trots Gmtsoixante-dix-sep tans après J.-C.
xi6 «vaif ttl demanda un aiil» et des tt rrt • à Tempereur d'Orit nt ) YaUni i n'oiant !•• cotnbatirt «k craignant de lei aooueillir y lei trompa par de fauiiei promeiseï , et»
cita leur vengeance » dtfindit faiblement contre eux la Ûrèce et la Thrace , et ptfrit enfin daoa une bataille qu'il leur livra prèa d'Àndrinople. Auiii priiomptueux qu'inexpérimenté , il l'était hèxi de combattre dam la crainte de partager l'honneur d'une victoire avec Gratien qui amenait à ion eecoun lei «rmtfei d'Occident.
La défaite d'Andrinople , auMi fiineite pour le« Romaini que celle de Cannei, eut à peu prbi les raimet rtfiullats i lei vainqueurs ravagèrent l'empire , mail ils échouèrent devant lei muri de la capitale •t ne purent l'emparer de Gonitantinople.
GraUen » aprki avoir, une leconde foii vaincu lei Allemande ^ arriva en Thraco à la t4te de lei Ugioni triomphantei » et rai- •embla lei dArii de l'arma vaincue.
Par lea ordrei un nouveau Scipion , le Jeune Théodoie , fil» du guerrier célèbre qui avait défendu la Gaule , loumii l'Écoiie et paciflil l'Afrique , ranima le courage dei litgioHiderOrientymarchacottireleiGotbi»
les tailla en pièces el les poursuivit aunielà du Danube. Son père était mort victime de la jalousie de' Valentinieu et de la cruauté de ses ministres . Gratien ^ réparant l'injustice comniisé envers le père et récbropensaut les exploits du 'fils, donna le -trône d'C^entàThéodoise. Par ce partage -avec un héros, Gratien retarda de plusieurs sièfcles la chute de l'empire.
Les hommes trop séduits par les illusions delà gloire et de la puissance prodiguent les louanges à l'ambition couronfiée de succès^ et en sont trop avares pour la sagesse ; Thistoir-e ne donne poiort asses d'éloges à un -jeune empereur qui sut, àvingtati^, sacrfiier son intérêt k l'intérêt général , Vambirtron à la vertu , et «a famille à l'Etat.
Qtaùetày retournant dans l'Oecident ; défîtén chemm ksQuades et d'autres peuples 'barbares; après quelé(«e séjour à Milan, une nrouvelle invasion des Allemands le rapfel^ dans les Gaules ; il les i^epouésa et , peur les contenir , s'établit à Trêves. ; *
Ce jeune empereur, entraîné par les conseils.ée'saint' Ambreise y défendit dans tout l'eiBptre et dans Rome le même culte die%
idoles qu« )uaque-1à tes prtfd^ceiiduri avaient plui ou moin» io\M t la ville de Mars vit renyerser Tautel de la victoire.
Gratien refusa le sacerdoce que , par tfgard pour les païens , les princes n*a-i> vaient pas os^ dédaigner. On lui prédit qu'un autre grand pontife ne tarderait pas à le punir do ce refus. En effet la proscription de l'ancien culte pour lequel une grande partie des peuples conservait encore une vénération secrkte, lui suscita partout et particulièrement dans la Gaule ainsi que dans la Bretagne une foule d'ennemis.
démens Maximus , partisan sélé du paganisme, se trouvait alors à la (Aie do plusieurs légions envoyées par Gratien en Bretagne ; il les souleva , les ramena dans la Gaule et persuada aux Gaulois que Tiiéodose appuyait sa rébellion ; les suffrages des troupes et des cités le proclamèrent empereur. *
Gratien s'avança pour le combattre et le rencontra h peu de distance do Paris.
La défection de Mellobaude avec ses Francs et celle de la cavalerie africaine contraignirent Gratien à fuir. Ce prince qui na«
guère disposait de rcunpîre du inonde , né garda, auprès de lui dans ce désastre que trois cents hommes : Ceux-ci restèrent même peu de )ours fidèles au malheur^ et l'empereur yaiocu. erra seul , tans secours et sans asile , dans cette Gaule défendue par son courage et pacifiée par sa bonté.
11 périt près de Lyon par le glaive d'un ennemi ou par le poignard d'un sujet ingrat.
Maxime régna quelque temps sans obs-^ tacle en Bretagne , en Espagne et dans la Gaule ; lûent&t, mépri&ant l'enfance du jeune Yalentinien y il menaça l'Italie , fra nchit les Alpes , parut aux portes de Milan , s'en empara , entra triomf^ant* dans Home et releva les autels de ^ars.
Yalentinien courut chercher un asile dans l'Orient ; Théodose prit sa défense et marcha contre l'usurpateur.
A cette époque de débadence on ne voyait presque plus de Romains dans les armées romaines y et au mitiea de cette lutte qui armait la moitié du monde con* tre l'autre , le trône de Rome n*était attaqué et défendu que par des barbares.
L'armée de Maxime n'était formée que
de Gerniftini et de Gauloii. Les Hum , lei Alâim et )ei &othi compouient en grande f>irtie les forcei de celle de Thëodoie.
Une bedille nanglante qtii dura depuiv le point du jour jusqu'à la nuit rar les rives de la SAve , deicMIa le sort des doux empires et des deux cultes. Maxime vaincu prit la Taite ; atteint aux portes d*AquiMe| il perdit ta couronne et la vie.
(i) Arbogiste, Franc de nation , par* venu dans Tarmëe de Thtfodose à une grande fortune par un grand courage , poursuivit les restes de Tarniëe d'Occident et termina la guerre civile en tuant le fils de Maxime.
Thëodoee, vainqueur, proscrivit le page* nisme , -et força sou yeune collègue Valen* tinien d'abjurer la secte ariemie dont sa mëre et ^ni avaient embrassa la cause.
Ce jeune prince, ainsi J^abti tur le trône d'Oocrdent , Uiisa régner «mis ton nom l'ambitieux Arbogaste , qui écarta les Romains de louv (es emplois pour les prodiguer san« mesure aux Francs et aux Allemands qui lui étaient dëvouës.
(i) Troin cent quttre-viogi douit* ans •prfta J.-C.
L'empereur , entouré d'une garde étrangère , s'aperçut tardivement que , par sa faiblesse , son diadème était devenu une chaîne et son palais une prison. Captif au milieu de la Gaule , il tenta vainement de ressaisir son autorité ; rassemblant autour de lui une cour peuplée de lâches ou de traîtres, il appelle en sa présence Torgueilleux Arbogàste , l'accablé de reproches et lui lit l'ordre de sa destitution. Le guerrier rebelle sourit avec dédain et foule aux pieds J'arrét impérial. Yalentinien , irrité , tire ton glaive; on le lui arrache; le fier Arbogàste , après l'avoir désarmé ^ l'enferme, le fait étrangler , méprise le trône romaia sur lequel on le presse de monter , et y place un rhéteur , Eugène , qui le servait comme secrétaire. Ainsi , pour la première fois , la Gaule se trouva sous l'empire des Francs (i).
Avant de souiller par un crime l'élévation oii sa vaillance l'avait porté , Arbo— ' gaste s'était attiré le respect et la reconnaissance de la Gaule en la 4é&ndantavec
(i) Trois cent quatre-vingt-douze ans après «•"Cl.
valeur contre lei Allemon<li , ai méint contre quelques tribu» de Frenci qui ravageaient les rivei du Rhin, (i) Marcomir et Sunnon , princes ou chefs de ces tribus , fuirent vaincus par lui , et $9$ armes d<vastbrent le territoire des Cbamaves et^es Bructëres ; mais sa fortune ne put résister augënie deThtfodose. I/empereur d'Orient Tattaqua , le vainquit, et termina par un supplicf le r^gne ^phëmbre de son vassal couronné. Arbogaste évita le même sort en se poignardant. Ainsi l'heureux Thëo»
dose resta seul mattre des deux empires.
Cd prinQe , célèbre par ses lois comme par ses victoires , fut lo dernier royon de la gloire romaine , et la lueur passagère qu'il répandit , »<» û^ qu'éclairer l'abîme dans lequel les fîls de ce monarque se pré* cipiiërent avec le monde entier.
' (1) Trois cent qusirt-ving t-dia-s»pt aoA npr^a
TOMB xxvir.