‹ Histoire de France, Volume 2Chapitre 7 sur 11 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

UrviSlOJf DES BA&BÂ&IS D4Vi I.I8 GÀULSS^; OÉMXMBKEMMT l>< l'eNPI&B ; ST1RUS8I- MfVT DJL8 VI8MOTHS, DES BOUEGUJCUIOlfS ET DES fEANCS DANS LES GAULES; CHUTE DE ROME^COVQuâTEDES lEMOEIQUES PAS.

jCLOYIS^ rilC DE L^HISTOIEE DES GAULES»

Ajb colosse romain » usé p«r le temps , corrompu par le ïaxe , amolli par la servitnée , tomba en pondre des que te génie de Théodose eÂt cessé de le soutenir. Autrefois , lorsqu'on Toulut faire sortir du Capitole les statues clés •dienK , celle de la Jeunesse , «dit-on , et le dieu Thenae , résistèrent et demeurèrent immobiles. Mais lorsque Théodose , arrachant ces mêmes dieux du Panthéon , traîna dans Rome , à la suite de son char de triomphe , ces mêmes divinités , tous les derniers symboles de la vigueur et de la gloire de Rome , disparurent. L'idolâtrie , rendant son dernier oracle ^ parut alors annoncer la chute

de Tempire , au bruit d« cet statuet bri* sées , de Mars auëaati , du Thtrmn dë-^ moli , de la Foriunie en débris , et de Tautel de là Victoire renversé.

Des présages plus certains rendaient ce grand désastre évident aux yeux de la raison t tandis que cet empire immense , gouverné par de faibles despotes , par de lAches eunu^es » par des patridena cor^ rompus , dépeuplé par le luxe , opprimé par le fisc » décbiré' par les discordes reli* gieuses , comptait plus de monastères que de forteresses , plus de domestiques qu« de citoyens , plus d*ermites et de idoines que de guerriers , n'opposait à w^% ennemis que des légions composées d'étrangers s une foule innombrable de barbares , s« rassemblant depuis les frontières de la Chine Jusqu'aux rivages du Pont*Euxin , de la mer du Nord , du Danube et du Rhin , se préparait à fondre en masse sur l'Occident, à détruire la civilisation du monde y et à plonger dans les ténèbres de la barbarie la Grèce , l'Italie , l'Afrique , l'Espagne et la Gaule.

C'était un nouveau monde dans sa vigueur I se précipitant sur Taucien mond

jans sa d^crépitadle ; c'était Tordre attaqué de toutes parts par le chaos , c'était le jour tombant menacé par les ombres croissantes et gigantesques de la nuit.

Depuis long -temps la science militaire avait seule suppléé au courage , résisté au.

nombre , et retardé la décadence ; mais les empereurs , par une imprévoyante politique , formant à l'art de la guerre les hordes barbares , et confiant leur défense aux chefs les plus distingués de ces tri— > bus , il.ne fut plus possible à Rome de résister à ces héros sauvages , qu'elle même Tenait d'instruire dans l'art de vaincre.

Les deux fils de Théodose , incapables par leur faiblesse de soutenir le fardeau qu'un grand homme déposait dans leurs débiles mains , ne surent ni le porter ni le défendre. Ce fut sous letir règne honteux qu'on vit la Grèce dévastée , l'Italie conquise 4. Rome saccagée , et la Gaule ea proie aux fureurs des Bourguignons , des Vandales, des Francs, des Alains , des Yisigoths.

La fortune prolongea quelque temps encorejes débris de la puissance romaine dans l'Orient^ malgré l'inepte tyrannie des

ia5

princes qui le gouvernaient. T^a politique rfchir^e du monorque des Gothi lâiiia aussi , pendant plusieurs années , quelqu'ombre dVxistence à Rome ; mais la Gaule malheureuse fut livrée sans défense à la rage des barbares qui déchiraient son sein , et qui se disputaient «es débris.

Pour mieux juger Texcës des malheurs quVIle éprouva , il est utile de connallre le degré de civilisation et de prospérité auquel elle se trouvait élevée , lorsqu'un déloge de barbares détruisit en peu de jours l'ouvrage île quatre siècles.

Du temps de César , on comptait dans la Gaule trois millions de combattans ; ce qui doit faire supposer que la population entière montait à neuf ou dix millions d'individus. Cette population , depuis la conquête , dut probablement doubler par les progrès de la civilisation, de la culture, de l'industrie , et par la sécurité que lui dopnait la protection de Home. Si les (Von« itères du nord et de l'est éprouvaient de temps en temps les maux de la guerre , I\>uest , le midi et l'intérieur vivaient dans une poix profnnde. Dans le temps de Ves^ pasion nous avons vu , par la réponse des

DgitizedbyCOlpgle

Trévhrois aux Bructères , que des liens ncHubreux avaient déjà uni et confondu les £ftmilles romaine^ et gauloises.

lia Gaule , couverte de cités populeuses, était ornée de riches palais , de maisons opulentes , de temples magnifiques ; des routes superbes facilitaient partout lescomc^ munications; on voyait dans toutes lespro'^ vinces fleurir un grand nombre d'écoles et .

d'académies illustrées par des talens cé« tëbres. Le luxe de Rome , répandu dans la Gaule, rassemblait dans de vastes cirques toutes les productions des arts ; on y repré-^ sentait les chefs-d'œuvre de la Grèce et de l'Italie; les patriciens gaulois remplissaient^ le sénat de Kome ; plusieurs princes , nés dans la Gaule y portèrent le sceptre impé-* rial ; et l'un d'eux , Antonin , donna par ses vertus son nom à son siècle.

La philoi<^hie , les arts , les taleus qui depuis firent , dans cet heureux pays , de si rapides progrès , n'y semblaient pas même tout«à*fait étrangers lorsque Rome , triomphante des Gaulois , ks nommait encore barbares. Gniphon , célèbre grannmairien qui avait enseigné la rhétorique k César , était né dans la Gaule : Gicéron ra-

1^7 conte qu'il «vait umii h ses leçons. Le druide Divitûc mérita, par ion iiutiuctionauUntque par ibti caractère , l'amitié de ce ménoie Gicéron. Caton disait que les Gaulois excellaient dans deux arts , la guerre et Tëloquence. Cette assertion paratt juUifi^epar les discours que César place dans la bouche de Yeroingétorix et de plu- •ieurs autrei chefs gaulois. Quintilien appelait Julius Floruë le prince de éloquence } le philosophe gauloi» , Favorin , obtint dans Tesprit d'Adrien une estime qui survécut k son crédit. Les poète» Pétrone, Ausonne , Hidoniui Apollinari», illustreront leur patrie dan» difTéren»

•iboles.

On citait avec honneur , comme historiens I Trogue Pompée , Sulpice-S^vére ; Salvien et Cassien , nés dans la Gaule f furent compté» parmi le» plus savans jurisconsultes ; on dëcora Toulouse du nom de irille de Pallas.* L'éloquence de la chaire et lea faites de l'église ont immortalisé le»

nom» de »aint Ambroise , de saint Hilaire, de »aint Paulin , de saint Prosper , d'AU cime, d'Avitu» et de Grégoire de Tour».

Les dieux de» Romain» occupèrent, peu

cle temps dans la Gaule , la place qu'ils avaient usurpée sur les dieux gaulois ; leur triomphe même n'y fut qu'apparent et partiel. Vainement l'empereur Claude pros* crivit -le culte druidique : il régna longtemps dans les forêts et dans les campagnes; les villes seules et les riches qui les habitaient , se soumirent à la religion du vainqueur. Ceux des Druides qui écoutaient plus la voix de l'ambition que celle de leur conscience , donnèrent à leurs divinités les noms de celles qu'on adorait à Rome , et ils se décorèrent du sacerdoce romain , qui les maintint ainsi en dignité et en puissance -, les autres , se réfugiant dans leurs bois sacrés , conservèrent longtemps y sur le bas peuple , leur ancienne influence ; nous avons vu avec quelle ardeur leur fanatisme seconda jes efforts de Civilis pour soulever la Gaule contre les Romains.

Dès le second siècle de l'ère chrétienne , le culte de i'évangi^ s'était déjà répandu dans la Gaule; leschrétieus y éprouvèrent, l'an 177 , une première persécution que ia, vertu de Marc-Aurèle fit. cesser.. Mais , si Ton en c»oit Grégoire de Tours , le chri*-

tianisiùe ne fut yéritablement établi dans ces contrées que vers l'an 'iSo ^ h l'époque oii Toulouse eut pour é\éniie saint Saturnin , que le métne Grégoire de Tours regarde comme l'apôtre de la Gaule. Cependant, selon l'opinion générale, saint Denys y porta le premier les lumières de la foi.

Au reste , chaque cité attribuait cet honneur au saint qu'elle révérait le plus : Lyon le décernait à saint Pothin ; Arles à Trophime; Clermontà Austrémonius ; Tour»

à Catien ; Limoges à Martial.

Comme dans ces premiers temps , le peuple choisissait ses évéques, et ne donnait ses suffrages qu'aux hommes dont le caractère répondait k la difficulté des circonstances ; tous ces pontifes firent respecter leur courage autant que leur sainteté, et ils s'assurèrent par leurs vertus un pouvoir plus durable et plus étendu que celui des Druides , qui ne le élevaient qu'à leur redoutable et sanguinaire superstition.

Tous ces pontifes méritèrent , par la simplicité de leurs mœurs et par la sagesse de leur conduite , une juste vénération ; Mais , dès que cessant d'être persécutés , ils devinrent puissans e{ quelquefois per-

lOO sécuteurs , Tambition corrompit les iaoHiv% du plus grand nombre -, l'ignorance fit dé^ générer le culte en superstition; plusieurs s'écartèrent de la route de Tévangile pour suivre celle de la fortune , et la discorde ^ excitée par les passions des sectes , troubla la paix de rOccident comme elle avaii détruit celle de l'Orient : une partie même de la Gaule devint arienne.

Cependant plusieurs évêques célèbres , tel <}ue saint Hilaire^ opposèrent un courage inébranlable aux erreurs, aux dissention« religieuses , et ne montrèrent pas moins de fermeté dans leur résistance aux farouches tjran» qui opprimaient la Gaule. Heureux!

si toujours leur zèle, contenu dans de justes bornes, ne fut pas tombé dans des^xcès de fanatisme que leurs successeurs n'imitèrent que trop souvent ; mais , en parcon* rant nos annales , nous aurons fréquemment à déplorer des fure^rs qu'on ne peut nommer religieuses , puisque la religion les désavoue , et qu'il faut bien appeler sacerdotales , puisque les prêtres s'en souillèrent et ne rougirent point d'imiter, dans leurs cruautés, les tyrans idolâtres qui s'étaient flétris en persécutant les chrétiens.

Malgré la uiyériié dei empereuri , Ia puiiiftnce dei évéquea«t la rigueur dei loia, ridolàlTM conaptait encore au cinquième iiëcle , dana la Gaule , uii grand nombre de pariiaani. Au lieu de ae borner k opposer ta iami^ àferrettr, beaucoup de prêtres voulurent détruire une luperalition par l'autre , et dei fablei anciennes par des fables nouvelles. Grégoire de Tours raconte que , de son temps , « les prières do r^véque M d'Autnn, Sulpicius, firent tomber de son w cbar la statue de Bérëcynthie qu'on pro- N menait, et rendirent immobiles lesbœufi n qui la traînaient. »

La Gaule devenue chrétienne contenait, tous le règne deTbcfodose, dix -sept métropoles et cent quînse évdchés. Depuis Constantin , (es empereurs avaient donné successivement un grand nombre de terres à ces églises ; les lois impériales , effaçant les limites salutaires qui devaient séparer le pouvoir spirituel de la puissance temporelle^ accordèrent aux criminels un asilt dans les temples , confièrent aux évéques la tutelle des veuves et des orphelins , et leur concédèrent enfin le droit dangereux de réformer les jugemens des t;nbunaiix. Par %

le clergé , dëtournant ses yeux du ciel pour les fixer sur la terre , ne fiit que trop entraîné à s'enrichir et à dominer. Quelques vénérables prélats , préférant- la pauvreté au luxe, et rhumilité à la puissance, ne s'occupèrent , il est vrai , que du soin d'a- Jbucir les mœurs barbares de leur siècle, et de conserver quelques rayons de lumières au milieu des ténèbres ; mais le plus grand nombre , marchant sur les traces des Druides, ne songea qu'à faire du sacerdoce, le premier, le plus opulent et le plus puissant ordre de l'état.

A l'époque où les fils de Théodose montèrent sur le trône , chaque évéque , dans la Gaule, était déjà considéré comme le chef, comme le protecteur de sa cité; et son pouvoir, supérieur à celui des magistrats romains , parce qu'il gouvernait la conscience des peuples, était encore, comme on le verra bientôt , la seule digue que la fureur des barbares parut quelquefois respecter.

Tel est enfin le tableau qu'on peut se faire de la Gaule au moment qui précéda sa chute : dix-huit millions d'hommes industrieuj; et paisibles l'habitaient; dix-sept

capitale» et plus de trois cents irilles y faisaient briller les lumières des sciences , tous les chefs-d'tQpuvre des arts ^ tout le luxe d'une noblesse opulente , d'un palriciat orgueilleux, d'un clergë puissant. Un commerce actif portait sur les grandes routes et sur les fleuves , les nombreux tributs d'^n sol fertile et d'une féconde industrie.

Les navires de tous les peuples du monde faisaient flotter dans les ports leurs pavillons divers. Les revenus de Tempire, bornes h quelques fonds de terres réserves dans la conquête^ à un faible impôt sur les possessions privées, k une capitation légère, 4 quelques droits de péages et de douanes , ,et à une dSme sur les tributaires ou tenanciers, ne pesaient gravement ni sur l'agriculture ni sur le commerce. Le sénat de chaque cité veillait k sa tranquillité , et administrait les intérêts locaux. Une assemblée des députés de la Gaule , qui se tenait ordinairement «Trêves, et qu'Honorius transféra dans la ville d'Arles , délibcr&it sur les intérêts généraux , et sur les demandes ou plaintes qu'elle croyait convenable d'adresser à Tempereur ; enfin ^ tandis que pluiieura légions et plus de

soixante forteresses défendaient les frontières contre les invasions des barbares , la plus profonde paix régnait dans le reste de la Gaule.

Les campagnes retentissaient du diant des laboureurs ; l'encens brAlaft dans les tempies au milieu de pompeux sacrifices , et partout trae jeunesse brillante et nombreuse , déshabituée des combats , se livrait avec une molle incurie aux jeux du cirque , aux courses des chars , aux plaisirs du théâtre et à tontes ces voluptés qui, du sein de Kqme corrompue , avaient répandu dans la Gaule leurs poisons contagieux.

Ce fut à rinstant oii cette riante contrée , semblable aux jardins d'Ârmide,^ jouissait sans prévoyance in calme le plus doux , que tout à coup le bruit effrayant des trompettes guerrières et les hurlemens des enfans du nord se firent entendre ; le fer et le feu dévorent les campagnes , les moissons sont détruites , les fleuves sont teints de sang, rincendie écl^et!ans les villes, les palais sont livrés au pillage , les cirques démolis , les temples profanés. Le courage n'a pas le temps de saisir ses armes; Tin— nocence est outragée ; la mi«ère et Topa-

i55 Uuce tombant confondues dam un mémo e«elavage » les trii et les sciences dispt-* raisseiit. Un voile de ténèbres se répand partout I et ne laisse briller que la couleur du sang et Téclat des armes ; enfin , depuis les bords du Rhin jusqu'à l'Océan et aux réfrénées , ta Gaule y naguère si florin saute , n'est plus f u*un vaste théâtre de désolation et de carnage.

Jamais peut-être dans l'histoire du genre humain on ne vit une plus désastreuse époque , que celle dont nou» allons retracer avec douleur te peu do faits échappés à cette longue nuit de ravages et de destruction.

Arcadius ^ après la mort de Théodose y vit ses faibles mains chargées du sceptre de l'Orient. Il épousa Ëudoxie y fille de Baudon , l'un de ses généraun, né parmi les Francs» Ce jeune prince livra les réues du gouvf^rnement à un Gaulois appelé Rufin , ministre ambitieux , injuste , sanguinaire I qui par ses talens avait surpris la confiance de Théodose. Sous le règne de son fils, ce ministre, se trouvant sans frein , ne montra plus que les vices qui souillaient son caractère.

Dans le même temps Hoporius , héritier 3u trône d'Occident , y porta la même faiblesse ; iî confia son pouvoir et ses armées à Stilicon , général Yandale , dont le génie justifiait au moins l'élévation. Stilicon s'était rendu fameux, pendant la vie de Théodose , par plusieurs victoires remportées sur les ennemis de l'empire. Cependant rien ne prouvait mieux la décadence de cet empire , et les progrès de la puissance et de la renonmiée des barbares , que de voir l'Orient et l'Occident gouvernés par un Gaulois et par un Yandale , tandis que la fille d'un Franc partageait le lit et le trône d'un empereur.

De tous les peuples barbares qui s'armaient alors pour venger l'univers et pour démolir le colosse romain , les Goths furent long-temps les plus fameux , les plus redoutables ; et comme ils fondèrent les premiers une nouvelle puissance en Italie €t dans la Gaule , il est nécessaire de jeter un coup d'oeil sur leur origine , et sur les événemens qui les firent descendre des contrées du nord dans celles du midi et de l'occident.

Leur berceaU| enveloppé des brouillards

glaces du feptdntrion et couvert de la nuit des temps , fut toujours peu connu ; plusieurs auteurs les confondaient avec hn Scythes et les Sarmates. Tacite les nomme Gothons , et les dit originaires du territoire de Danteick , à Tembouchure de 1»

Yistule. D'autres, avec plus de fondement!, prétendent qu'ils étaient sortis de la Scandinavie ; le nom actuel d*une province da Suëde, la Gothie , justifie cette opinion. '

L'tle de Rugen fut leur première coïtquête. On a généralement regardé les Ruges , les Vandales , les Lombards , les lïérules comme des ramifications de la nation des Goths , comme des tribus détachées de ce peuple belliqueux qui s'étendit rapidement des bords de la Vistule jusqu'aux rivages dos Pialus Méotides.

S'a vançant ensuite jusqu'au Danube , ils vainquirent les Marcomans , les Quades , les Bourguignons , et refoulèrent tous ces peuples vers TOccident. Une de leurs tri-»

bus moins belliqueuse prit le nom de Gépides, qui, dans leur langue, exprimait la paresse et Tindolence. La partie de la nation des Golhs qui s'établit près du Pont- Euxin au' nord de la Tfarace , reçut lo nom

de Goihs orientaux ou Ostrogolfaê ; l'auU'* qui porla les armes le long du Danube , forma le peuple des Yisigoths ou Goiht occidentaux. Cette divisioit se perpétua, et elle subsistait encore , lorsqu'aprësla ruina de Eome les Ostrogoths régnèrent en Italie* et les Yisigotfas dans le midi de la Gaule.

Long-temps avant l'époque dont noua parlons ^ le courage des Gotbs les avait rendus célèbres ; leurs armes bumilièrent Ciracalla et l'assujétirent a un tribut.

Dj^iua périt en combattant contre eux ; Qaude , Auré^ien , Tacite , Probus , rem« portèrent sur eux de sanglantes victoires et les soumirent; sous Dioctétien ils se relevèrent. On les vit tantôt ennemis tantôt auxiliaires des successeurs de Constantin et souvent quarante mille de leurs guerriers soutinrent par leurs exploits les forces de l'empire qu'ils devaient un jour renverser.

Si les Goths avaient cultivé les lettres et produit des bistoriens , ils auraient pu nous faire admirer les exploits héroïques et les folies sanglantes d'un nouvel Alexandre.

Lie célèbre Hermanrick fut le leur ; ce couquérant sanvdge réunit sous sa puis*sauce toutes les tribus des Goths et domina

sans rivaux » !•• vaitei contréas qui t'étaitdeiit de la laar du nord^uxrivai duDanuba.

Mais si son règne marqua T^poque de la plus grande puissance desGotks , il devint aussi celle de leur ruine , et la première cause de la chute de Teinpire romain , sur lequel lea débris du peuple des Gothsse pn!* cipitkreut pour échapper à leur vainqueur.

Une nation jusque là inconnue , sortie des extrémités de l'Asie , les Iluns , s'ë« tendant comme un torrent dévastateur de* puis les frontières de la Chine jusqu'au bords de la \istule , franchirent ce fleqve « attaquèrent Hermaarick , défirent son arm^e , effacèrent sa gloire, terminèrent son règne et sa vie , renversèrent son tr6ne et poursuivirent les vaincus jusqu'au Danube.

Les Goths demandèrent à Pempereur Valens son api>ui , un asile , des vivres et une patrie. Valtns les trompa et fut puni de sa perfidie. La bataille d'Àndriuople oU périt ce prince , détruisit la fleur de l'armée romaine. Constantinoplevitles Goths il ses portes y ei l'empire d'Orient aurait succombé sous la masse guerrière de ce penple fugitif, si le bras de Théodoso n'eût encore soutenu «t Huvé 1« tr&ne '* Gonitantin.. ^ o«.vGoogle

[le

^faëodose vainquit hs Goths ; il ût plus , il conquit leur amitië comme leureâtime :

Ces ennemis redoutables senrirent sous ses drapeaux et, malheureusementpourRome^ le génie de ce grand prince instruisit dans l'art de la guerre un jeune chef des Gotbs , cet Alaric qui depuis , profitant trop bien des leçons d'un si 'grand capitaine y entra le premier en triomphe à la tête des Goths TictorieuK dans la capitale du moùde , et disposa à son gré du trône d'Honorins.

La main ferme de Théodose avait seule contraint les sectes religieuses an silence , les Romains à la discipline et les barbares au repos. Des que ce grand honmie eàt cessé de régner , les troubles et les périls reparurent. Rufin rendit Arcadius odieux à ses peuples et méprisable à ses ennemis.

Les Goths entrèrent fians la Grèce et la dévastèrent. Le vaillant Stilicon accourut au se«ours de TOrient , défit les Gotbs et les aurait totalement chassés , si la jalousie de Rufin n'eût arrêté le cours de ses triom<« plies. Le faible Arcadius força ^son libérateur ii se: retirer et Stilicon rentra daas Tltalie , dontil prévit ique la vengeance des; Gotlis allait bientôt troubler la sécurité.

Le lâche Rufin voulait monti^oàuit^ône

i4i évi mitire qu'il venait it trahir ; un coup de poignard punit son ambition et sa per-« fidîe. Aprks sa mort , Arcadius , n'osant combattre les barbares , se laissa gouverner par eux et leur prodigua les trésors de Tempire ainsi que les grandes dignîtëi de la couronne.

Le ressentiment des Goths ne tarda pat à se tourner contre Stilicon ; ce guerrier , aussi ambitieux qu'habile, excita parmi les Romains autant de haine que d'admirafion. Les légions le regardaient comme leiiir appui , comme le guide qui les conduisait toujours k la victoire ; les courtisans enviaient son crédit et détestaient son mérite ; enfin lo clergé et les chrétiens le haïssaient , parce qu'il avait fait élever son fils dans les principes du paganisme , espérant par-là s'attirer l'affection de la nombreuse partie du peuple encore attachée au culte des idoles.

Stilicon , menacé à la fois par tant d'ennemis intérieurs et extérieurs , ne s'occupait qu'à fortifier contre eux so puissance ; il épousa Séràne , niëce de Tliéodose , et fit promettre au jeune Honorius de prendre son fils pour gendre. Ainsi ce Vandale

l43 ambitieac se rapprochait peu à peu. da trône et ne voyait plus entre ce trône et lui qu'un faible degré.

Soit qu'il s'apprêtât à le franchir y soit que la lâcheté des Romains , l'épuiscmeat de lltalie et les menaces des Goths l'effrayassent , il commit l'énorme faute de rappeler près de ki les troupes aguerries qui défendaient la Gaule. Par ses ordres les forteresses du Rhin furent évacuées et le fleuve n'opposa plus aux barbares ' qu'une impuissante barrière.

J^ haine du clergé fit de cette faute, le texte des accusations les plus violeotci contre Stilicon, et ce guerrier, qui seul alors osait combattre et savait vaincre Us ennemis de l'empire, fut accusé généralement d'avoir voulu le leur livrer. L'ambition de^Stilicom suffit j^us encore que se$ triomphes pour justifier sa mémoire ; on ne peut croire qu'il méditât le renversement d'un trône sur lequel il voulait nM>'Dter.

Alaric se précipita bientôt sur l'Italie.

Honorais tremblant prit la fuite ; déjà il se montrait prêt à capituler honteusement derrière les remparts qui lui servaient d'à** sile , lorsque StilicoE , paraissant à la tâte

des troupes venues de la Gaule, fondit sur les Gotbs , les tailla en pièces , les pour* suivit , remporta sur eux une autre vic« toire et contraignit le fier Alaric k chercher k son tour son salut dans la fuite.

Cependant la haine n'en persista moins, à accuser le vainqueur de trahison , et la bassesse romaine décerna les honneurs da triomphe à Honorius.

La détresse de l^empire , l'attaque des ' Goths , Pëvaouation des forteresses du Rhin furent le signal de la ruine des Gaules «t de liiorrible invasion des barbares qui dévastèrent pendant quatre ans cette malheureuse contrée. Les Suèves , les Bourguignons , les Vandales , les Allemands , les Quades , les Marcomans , les Saxons , refoulés et resserrés vers TOccident par les Goths et par les Huns , tournaient depuis long-temps leurs regards avides sur les vignes fécondes et sur les champs fertiles de la Gaule. Ces peuples, méprisant l'agriculture , ne trouvaient de charmes que dans la vie errante ; le cepos et la paix étaient pour eux dcÀ tourraens t aussi toujours on* les vit , pour échapper k Tennui et ^ ^* disette , s'attaquer, s'envahir , s'exter*

i44 jnutaellement et enMDglanter par leur»

perpétuels Ô>inbats tous les pays situe»

entre le Danube , le Rhin ^ laYistule et la mer du nord*

A tous jnqmens ils changeaient de lieu , de sort , de nom j et il serait aussi inutile de vouloir suivre la marche , connaître la généalogie et éclaircir l'histoire de celte foule de hordes, sauvages que de compter et de chercher à distinguer l'un de l'autre , les flots tumultueux et les vagues roulantes . d'une, mer en furie.

Dans le temps de la puissance de Rome, ces peuples, souvent vaincus et jamais soumis, bravant tous les périls , franchissaient fréquemment le Rhin, leurs incursions n'avaient d^autre objet que le pillage ^ aucune idée d'établissement n'entrait dans leurs vues ; et , après avoir dévasté quelques cantons, ils se bâtaient de rentrer dans leurs forets avec de nombreux esclaves, et chargés d'un riche butin.

Quelques chants militaires rappelaient leurs exploits et le nom de leurs plus braves guerriers , uiais aucun bunn n'écrivait leur l'histoire ; ils méprisaient la cuU >are de l'esprit encore plus que celle de I»

i45 terre ) et ils attribuaient l'aRserviiaement de la Grèce, rasiujettissemeat de la Gaule, la mollesse de lltalie et la corruption da Rome, à Tamour des sciences et des lettres.

A rëpoque dont nous parlons, la terreur qu'inspirait le nom romain aux barbares s'hait cfaangëe en profond mépris. L'un d'eux , le Lombard Luitprand , quelque temps après cette ëpoque , peignait avec énergie ce mëpris en ces termes i « Lorsw que nous vouloi;is , dit-il , insulter ua n ennemi ^et lui donner des noms odieux, » nous l'appelons Romain. Ce nom seul u renferme tout ce qu'on peut imaginer de »» bassesse, de lâcheté, d'avarice, de dé-* » bauches , de mensonges , enfin l'assem- » blage de tous les vices, n

Tel était le résultat de la politique odieuse du sénat dans les derniers temps de la république , et surtout de ce long despotisme qui avait avili les Romains et détruit leur liberté. Il est facile à pré* sent de concevoir avec quelle furie les nations germaines, poussées sur le Rhin par les peuples belliqueux de l'Orient , fran<* chirent ce fleuve pour livrer au pillage ua empire que la guerre des Goths et la fai-

Page 1