TOME XXVU. ^ S
blesse de» fils de Thëodose livraient sans défense à lenr avidité.
Ce qu'il est nécessaire d'observer , c'est que, dans cette première invasion, les barbares, suivant leurs anciennes moeurs, n'eurent d'autre objet que le pillage ; ce flot dévastateur ne voulait que détruire ; c'est ce qui rendit cette irruption si funeste. Ce ne fut que quelques années après, lorsque lesGotfas se fixèrent en Aquitaine , et les Bourguignons en Alsace, que la politique des barbares changea de pkn, et s'occupa enfin de la conservation des contrées où ces peuples avaient résolu de se iîxer ; et ce fut alors aussi que les Francs s'efforcèrent de prendre , dans le nord , leur part au démembrement d'un empire qu'ils avaient défendu de tous leurs efforts contre la première invasion des autres peuples de la Germanie.
Les premiers qui se jetèrent sur la Gaule furent les Vandales , mais ils rencontrèrent y dès leurs premiers pas , un obstacle <pi faillit causer leur ruine. Les Francs ne voyaient pas sans eflroi le Nord et l'Orient se précipiter sur l'Occident ; paraissant alors pressentir leur destinée > ils s'arme-
i47 rfiit pour défendre le peys lur lequeLili devaient un jour régner , marchèrent contre les Vandales , les attaqueront et ep tubrent vingt mille. Cette déifaite arrêta dans M marche le roi dos Allemands qui se préparait à rejoindre les Vandales. Si Ton en croit Grégoire de Tours et Frigéride , le roi des Vandales » Godésigile, ayant été tué d^ens cette bataille ainsi que lef plus braves guerriers , tout son peuple en déroute aurait été exterminé , si tout*à»coup une foule innombrable d'Alains no fût \tnue les secourir. Ce renfort ranima les vaincus ; ils se relevèrent , et leur ligue , qui grossissait tous les iiOura» contraigi|it enfin les Francs à se retirer dans leurs ma»
rais. Ce fut alors que cet affreux débordement I ne rencontrant plus de barrière qui pût Tarréter , se répandit dans les Gaules.
Le dernier décembre 4o6 les barbares passèrent le Rhin. Le souvenir de leurs dévastations nous est seul resté» les horribles détails de leurs brigandages ne sont point parvenus jusqu'à nous,, et Ton ne peut suivre les traces de leurs courses incendiaires qu'au moyeu de quelques (rag-r mens d'Orose , de Procope , doFrigérid
et qu^eri i'etrouvatït<j[ué!qiyea^plamtC8 échappées !i la dofrieur deS victimes de cette époque ^'fi&rtale : il paraît seulement que ces horcfes dévastatrices s*éloignëren^ proiiiptemeiit des provinces septentrionales qu'el* les trouvèrent trop défendues par le courage des Bdges ) le voisinage de« Francs •urtoùt4e9 empêcha à' y séjourner.
Saint Jérôme, qui vivait dans d? temî^, atteste que léa Francs prirent alors avec' intrépidité la défiense des Romaiès qu'ils avaient si long-temps cbmbattus. « Au y* reste , dit ce père de l'église , toute cette » vaste contrée située entre les Alpes , >» les Pyrénées, TOcéan et le Rhin est' « devenue la proie du Quade , du Vandale, » du Sarmale, d« l'Alain, du Gépide, » de lHérule , du Safxon et du Bourgui- » gnon. Telle est, enfin, notre funeste des- » tinée; on a vu les 'Pannonîens mêmes, >» sujets de l'empin* , se joindre à' nos en-* » nemis pour nous écraser, n
Les légions romaines avaient fui de la Gaule , mais cette Gaule abandonnée n'était point encore aussi corrompue que Rome : livrée sans défense et sans chef à la fureur âes barbures , elle retrouva quel*
quel reiAOurcei dans ton courage ; et il elle fut forcée de cëder au nombre, on peut dire au moim qu'elle ne fuccomba point •ans gloire.
Tandis que la flamme et le fer rava«geaient les champs , détruisaient les moissons, incendiaient les cités ouvertes, la jeunesse gauloise s'armait , se retranchait dans les montagnes , se renfermait dann les villes fortes , et vendait chèrement k leurs féroces ennemis leur vie et leur liberté.
Une partie de la Belgique se fit respecter ; l'Armorique sauva son indépendance, et la résistance de plusieurs villes est prouvée par le saccagement de quelques* unes et par la conservation des autres.
Enfin ce qui , dans ce désastre , achève de prouver que la Gaule se montra encore , en expirant , digne de son antique renoiir^* mée, c'est qu'en 4o9i ^V^* ^^^^ *"* ^^ ravageset decombats, la pins grande partie des barbares , lasse de payer son butin par tant de sang , abandonna cette contrée belliqueuse et porta ses armes en Espagne.
Mous apprenons par saint Jérôme que Mayence , punie de s* longue résistance
fut détruite : « Worms , dit-il , après un » long siège, a été saccagée. Spire , Stras* >» bourg, Amiens, Arras, sont tombées M dans les mains des Allemands ; la dévas-> >» tation s'est étendue dans les deux Aqui" » laines , la Novempopnlanie , les Ljon- » naises et la Narbonnaise. Peu de villes n ont pu se soustraire au malbeur général, » et celles dont les armes ont repoussé le^ « assauts des barbares , sont affamées par » les.bordes nonobreuses qui les assiègent.
» Je ne puis surtout retenir mes larm^s.en » parlant de Toulouse , qui ne d&t enfin » son salut qu'au courage et aux vertus àe n son saint évéque £xuj)ère. L'Espagne »» elle-même , à la veille de sa ruine , est » consternée. Que de malbeurs éprouvés I M que de maux encore à prévoir I Ne les » reprochons point à nos princes ; leur M piété les justifie : n'accusons qu'un bar* 1» bare travesti en romain ; Stilkon est le I» seul auteur de notre ruine. »
Les dernières lignes de ce. passage , oii saint Jérôme , après avoir parlé en citoyen, s'exprime en pontife irrité , prouvent que l'excès du malheur même ne peut adoucir celui de la haine , et que l'esprit
i5i de parti furvit encore k U ruine de la patrie.
Cette fureur d'invasiooi qui i'ëtait emprtfe des peuples du Nord , ne le laiuait pas pluf arrêter par J'Ocëan que par le Rhin. Les flottes soxonnet et Scandinaves menaçaient la Bretagne ^ à leur approche les Mgions gauloises et bretonnes qui défendaient cette tie se révoltent contre le gouvernement du lâche Honorius ; elles élisent un chef nommé Marcus et le proclament Auguste I mais bientAt , le trouvant indigne du rang oit la sédition Tavait fait monter , elles l'assassinent. Tons voulaient sauver la Bretagne et délivrer Ik Gaule ; mais pour exécuter un si vaste dessein , il fallait un grand talent , un grand cafactkre » un grand homme ; oole chercha vainement , et dans cette détresse , la multitude crut devoir se fier, au sort et s'attacher à un grand nom.
(i) Il existait dans Tarmée un brave soldat appelé Constantin ; ce nom lui valut la couronne , et il justifia ce choix , sinon par son génie , du moins par «on active intrépidité. A peine courouné , Ir
(i) Qu»lre orDt huit an» Mpfèt J.-C.
l62 nouvel empereur re'pousse les Saxons , passe dans la Gaule , s'y fait reconnaître , s'allie avec les Francs, ranime partout Tespëirance , remporte plusieurs victoires sur les barbares et ramène la fortune dans les rangs Gaulois; endnil force une- partie des dévastateurs de la Gaule à repasser le Bhin , et l'autre à fuir au-delà des Pjrënées.
Son nom les y poursuivit, et l'Espagne se soumit aussi à son sceptre. Constantin , sans perdre de temps , releva les forteresses du Rhin et les garnit de troupes ; ainsi la bravoure d'un soldat délivra la* Gaule, que l'empereur de Rome avait lâchement abandonnée.
Honopus , qui n'avait osé combattre ni les Goths en Italie ni les barbares dans la Gaule , ne sortit de son sommeil que pour tourner ses armes contre les libérateurs de ces deux contrées. Un lâche assassinat l'a* vait débarrassé d'un grand capitaine , de Stilicon , vainqueur d'Alaric ; il envoya ensuite des troupes commandées par le goth Saurus , pour punir Constantin de ses triomphes et pour lui enlever une couronne généreusement conquise.
L'aveugle fortune abandonna Constantin ; Saurus le battit , le poursuivit et Tassiégea dans Valence (i). Les Francs , sous la conduite d'Ëdopinc etdeGérontius, volèrent au secours du libérateur de la Gaule; Saurus, repoussé à son tour , rencontra dans sa retraite un grand nombre de Gaulois armés qui ne le laissèrent rentrer dans les Alpes qu'après lui avoir enlevé son butin ; car les Romains n'avaient pas rougi d'imiter les barbares et de s'enrichir des dépouilles de la Gaule dévastée.
A cette époque , on voit, parle récit de Zozime, que les Romains irrités, affectant un injuste mépris pour les partisans de Constantin , donnaient le nom de Bagaudes aux milices |[auloises. Le motdeJ9ii^a^, dans la langue celtique , signifiait a//roupememt séditieux : de tout temps le deS'pôiisme s'est efforcé de flétrir par des noms injurieux , la résistance y le courage et la liberté.
Le faible Honoriui ne tarda pas à sentir l'étendue de la plaie qu'il avait (êjiie à l'empire en le privant de son plus fermé appui.
( i) Qaaire oent huit ans après J.-G
Alaric., autrefois ennemi de Stilicon , revint en Italie le venger. Il j rentra en 409. L'empereur, effraye de cette nouvelle invasion , conclut un traité avec Constantin €t lui abandonna le sceptre des Gaules.
. Ce fut à cette époque que , selon Isidore . de Se ville et Idace , les barbares découragés s'éloignèrent de cette contrée et portèrent leurs armée en Espagne. Rome ne pouvait attendre alors aucun secours de rOrient ; Arcadius n'y régnait plus et le jeune Théodose, son successeur, gouverné par sa sœur Pulcbérie , ne songeait qu*à s'affermir sur son trône chancelant et sans cesse menacé par les armes redoutables des Goths et des Huns.
Honorius , livré k lui-même et entouré de ministres aussi incapables que leur maître de régner , n'opposa au terrible rei des Goths que les intrigues d'une cour corrompue et les perfidies de la faiblesse.
Apres avoir désarmé Alaric par une basse soumission , il le combla d'honneur , lui prodigua les dignités de la couronne , lui <;onfia la défense de l'empire , le flatta pour le tfomper , et par des trahisons répétées ralluma sa redoutable colère.
Alark reparut aux portes de Rome en 4)<> > il y «ntra , y parla en maître , U livra au pillage et ordonna au s^nat d'élire un fanlÂme d'empereur nomm^ Attale, qui bientôt mérita le mëpris et l^abandon de son superbe protecteur.
La mort d*Alaric suivit de près son dernier triomphe. Aucun courage ne le pr^nentait alors pour sauver Rome ; mais le sort qui voulait encore prolonger son existence , enflamma d*amour le conur d'un barbare pour une Romaine, (i) Ataulphe^ successeur d'Alaric , dpris des charmes de Placidie, sœur d'Honorius, releva ce faible empereur. Le roi des \iiigoths devint le plus ardent défenseur de l'empire conquis et le premier sujet de l'empereur vaincu.
Oroso nous a conserve les paroles ou plutôt le voile sous lequel ce guerrier i dompte par l'amour , croyait déguiser sa faiblesse, u Autrefois , dit-il , le plus ardent H de mes vœux ^tait d'effacer le nom des H Romains, et de le remplacer par celui n des Goths. Je voulais fonder l'empire
(0 QMAtre ocni oniâ sAs Après 1,-C*
)> gothique , et j'espérais devenir , comme 1» Auguste, la tige d'une longue suite d'em- » pereurs ; mais l'expérience m'a prouvé *» que les Goths , trop indociles au joug » des lois, ne pouvaient fonder un état qui » ne doit subsister que par elles : j'em»
» ploierai donc désormais leurs armes à » défendre , à relever l'empire romain ; et :> puisqu'il faut renoncer à la gloire de fon- » dateur, je saurai mériter au moins celle , » de restaurateur. »
Atauiphe , devenu l'époux de Placidie , s'éloigna de l'Italie, et reconquit pour Rome la plus grande partie de l'Elspagne. Cette révolution soudaine retentit de lltalie dans la Gaule. La fortune d'Honorius relevé lui rendit ses partisans. La discorde , étemel fléau des Gaulois , secoua de nouveau sur eux ses torches sanglantes, et le trdne de Constantin , à peine affermi , s'ébranla des que la multitude, toujours inconstante et faible , le vit à la fois menacé par les Romains et par les Goths.
Dans tous les pays, comme dans tous les temps, l'amour de la gloire et l'ambition produisent , dans les périls publics , une foule d'hommes déterminés qui bra-
vent le danger pour suivre la fortuné; beaucoup même d'entre eux sont favorisât par le tort et couronnés par la victoire t mais c'est après le triomphe qu'on rencontre souvent les ëcueils les plus dange« reuz , il est plus rare de fixer la fortune que de l'atteindre ; le courage et le talent «uffisent pour vaincre , et l'art d« régner est bien plus rare que l'art de la guerre.
Constantin avait renverse ses ennemis , il ne put rr»ister ni aux intrigues de ses courtisans ni aux efforts factieux de ses gé> néraux. Gérontius avait commandé set troupes on Espagne ; Constantin y envoya aon fils ; Gérontiu» , jaloux de ce jeune prince, fomenta l'esprit de révolte parmi les Gaulois et dans l'armée. Les Francs et leur chef Edobinc pouvaient traverser les desseins des conjurés, on les éloigna en les chargeant d'inviter leurs diverses tribus à envoyer de nouveaux renforts pour combattre les Gotbs.
Dès que Constantin fut privé de leur secours , la révolte éclata , et Gérontius fit proclamer empereur un officier gaulois , nommé Maxime. Constantin, pour éviter la mort, se jeta dans la ville d'Arles avec
TOMKXXVH, ^ 5.,
]e peu cle troupes qui lui étaient restées fidèles ; il y fut bientôt investi par les re-*> belles.
Depuis long«temps l'empire , dans sa chute rapide , n'avait cherché des appub que parmi les baii>ares ; mais le sort voulut qu'à cette époque un Romain , digne de ce nom, apparut à la tête des légions d'Honorius. Constance , patrice et consul^ venait de pacifier l'Afrique soulevée par Héraclien ; il fut envoyé dans les Gaules , et la fortune l'y suivit. Gérontius et Maxx* me , vaincus par lui , trouvèrent la mort dans la fuite.
Edobinc et les Francs accouraient alors pour défendre Arles et Constantin ; l'heu^ reux Constance les combattit , les défit , et les força de retourner dans leur pays»
(i) Constantin , obligé de se rendre , fut livré à la cour de Ravenne. Honorius , qui l'avait reconnu comme collègue lorsqu'il était puissant , l'envoya lâchement au supplice dès qu'il fut vaincu .
La Gaule subissait cependant à regrette joug de ce méprisable empereur. Lespro-
(i) Quatre cent OMe ans après J«-C.
irinces du Nord, de concert avec les Francs, donnèrent la couronne k un gaulois appelé Jovinus ; mais son règne fut de peu de durëe. Ataulphe, asservi à Placidie« joignit ses armes à celles de Constance conlre le nouvel usurpateur qui perdit la couronne et la vie.
Après une courte querelle que Pinconsëquence do la cour de Ravenne excita entre les Romains et les "Visigoths, Constance et Ataulplie conclurent de nouveau la paix. L'empereur, par ce traité, céda TAquitaine aux "Visigoths; il abandonna aussi r Alsace , ainsi que la Franche-Comté aux Bourguignons , qui avaient profilé de tous ces troubles pour s'y établir. Ainsi la paix fut rendue passagèrement à la Gaule démembrée , et le faible Honorius , délivré de tous ses rivaux par les arènes d'Ataulphe et de Constance , se fit honteusement dé»
cerner dans Rome , par un sénat avili , les honneurs d'un triomphe qui ne donna d'éclat qu'à sa lâcheté.
( I ) Ce prince , aussi vain que faible , ne savait ni soutenir la guerre ni conserver
(0 Quatre cent treize ans aprcs J.-C.
kpaîx ; manquant de foi dans sa politique conune de courage dans les périls , il cessa de manager Ataulphe , dont il ne crojrait plus Tappui nécessaire pour affermir son trène. La guerre éclata donc de nouveau ; G)nstance la conduisit avec habileté , et la termina avec sagesse.
(i) Ataulphe jouit peu des douceurs de la paix ; un assassin trancha ses jours , s'empara de son sceptre , et jeta dans les fers sa veuve Placidie , que l'inconstance du sort fît ainsi successivement passer du palais d'Auguste dans la captivité , de la captivité sur le trône , du trône dans les fers , pour la tirer encore de cet esclavage, et remettre dans ses mains les rênes de l'empire.
Le meurtrier d'Ataulphe expia promp« tement son crime. Les Yisîgoths , indignés de sa tyrannie , le poignardèrent , et donaërent la couronne à un guerrier digne de f^mplacer Alaric et Ataulphe. (2) Wallia, proclamé par eux , maintint la gloire de leurs armes, et consolida leur puisaance. Fidèle au traité conclu avec Rome ,
(O'^CO Quatre cent quiote ans après J.-C.
il conquit une partie de l'Espafpie pour Honorius , lui rendit Barcelone , brisa les fers de Placidie , et lui permit de retourner près de l'empereur son frère, (i)
Honorius alors parut pour la première fois éclairé d'un rayon de sagesse ; il donna la main de Placidie au brave Constance , releva le titre dégradé de César , en le lui conférant , et dans le même temps , ouvrant tardivement les yeux sur les malheurs de la Gaule livrée par sa faiblesse aux dévastations des barbares , il convoqua les députés de toutes les cités , pour entendre leurs plaintes , pour connaître leurs besoins , et pour remédier à leurs maux.
Jusque là , suivant un ancien usage , les états de la Gaule s'étaient tenus à Trêves , mais l'inimitié des Francs , et les invasions fréquentes des Allemands ne permettaient plus de réunir les députés dans cette ville ; et ce fut dans celle d'Arles qu'il leur ordonna de se rendre.
A cette époque , un lien commun unissait encore les deux branches de la puis-
(I) Quatre cent seize ans après J.-C.
sance romaine , tout édit impérial était signé par les empereurs d'Orient et d'Occident , et il avait force de loi dans tout Fempire.
(i) Tel fut donc le langage que, dans ce temps de détresse et d'alarmes^ Honorius et Théodose tinrent aux Gaulois par un édit que l'empereur d'Occident adressa au sénateur Agricola , préfet du prétoire des Gaules.
« Nous avons résolu , en conséquence 9 de vos sages représentations , d'obliger, * par un édit perpétuel et irrévocable , » nos sujets des sept provinces à prendre M le seul moyen qui puisse réaliser leurs » vœux. Rien , en effet , n'est plus con- » forme à l'intérêt général et plus utile M aux intérêts particuliers de votre dio- » cëse , que la convocation d'une assem- » blée annuelle des états sous la direction M du préfet du prétoire des Gaules. Elle n doit être compôisée , non-seulement des » personnes qui , par leurs dignités , pren- M nent part au gouvernement général d^ » chaque province , mais encore de celles
(0 Quatre ccntdix-hnit ans aprcs J.-C.
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qui participent k râdministrition de chaque cite. Une telle aiicmblce ptut f sons doute, délibérer avec fruit sur les mesures qui seront tout à la fois les plus convenables au bien de Ttftat, et en même temps les moins préjudiciables aux propriétaire!. Notre intention est donc que Y dorénavant, les députés des sept provinces s'assemblent chaque année , k un jour fixe , dans la ville métropolitaine y c'est-à-dire , dans Arles.
D'abord , une telle assemblée formée des plus notables personnages de chaque province , et présidée par notre préfet du prétoire des Gaules , ne peut prendre que des résolutions salutaires; en outre , nos provinces tes plus dignes de fixer notre attenttbn ne seront plutf dans l'ignorance des motifs qui auront dirigé nos conseils et dicté nos déterminalions.
Nous voulons auiit , comme la justice l'exige , que tout ce qui aur« été déaidé par les états soit comMOniqué aux attires provinces qui n'auront point eu de «iprésentans dans cette assemblée.
» Nos sujets apprécieront , sans doilte lo choix Ique nous avons fait pour c
réunion , de la ville de Constantin. Aucun autre lieu n'o£fre un aspect plus riant et des abords plus faciles. On ne rencontre dans nulle autre ville un commerce plus florissant ; nulle part on ne trouve à vendre , à acheter , à échanger plus commodément les productions de toutes les contrées de la terre ; ce n'est que là oh la nature favorable fait parvenir à la maturité ces fruits rares et variés qui, ordinairement, n'arrivent à leur perfection que sous le climat particulier dont ils sont originaires : on les voit naître et croître avec succès dans les environs d'Arles ; on y trouve à la foi»
les trésors de l'Orient^, les parfums de l'Arabie , les gantes délicates de la Sy* rie , les denrées prédenses de l'Afrique , ^ les nobles coursiers qœ l'Espagne élève , et toutes les armes qui se fabriquent 4ins les Gaules. Arles est le lieu que la Utiiitêmaée et le Rhône semblent «voir choisi pottr y réunir leurs eaux et flDoe y appeler tous les peuples qui hakîinit km rivages.
• Nous espfrona donc que les Gaules uous saimiit quelque gré d'avoir choisi ,
iG5 pour rautmbler l«urs tftati , un« ville oii Ton peut ëgalemant le rendre atec facilite en barque ou en voiture , par terre ou par eau. Notre préfet du prétoire , déterminé par cet coaiidérationi.
avait déjà' pris une déciiion pareille k la nôtre ; mais ion mandement k cet égard ef t demeuré f ani effet , f oit par la négligence dei citoyens, soit par l'indifférence des usurpateurs pour tout ce qui concernait le bien public. Aujourd'hui nous vous ordonnons de nouveau d'obéir au décret suivant t
» Notre volonté est, qu'en exécution du présent édit , et conformément aux anciens usages , vous et vos successeurs, vous fassiea tenir chaque année , dans la ville d'Arles , une assemblée composée des magistrats , des autres officiers, et des députés nommés par les proprié* taires de chacune des sept provinces , laquelle assemblée commencera ses séances le treisiëme du mois d'août , et l«s continuera sans interruption , k moins d'impossibilité , jusqu'au treilibme du mois de septembre. Nous vou* Ions encore que nos officiers qui admini»
« treilt lajastieedaii^ laNovenpopiilanîe M et dans la seconde Aquitaine, provinces » les plus éloignées d*Arles , dans les cas M ou ils ne pourraient serendre aux états , M y envoient des fondés de pouvoir pour » les représenter , ainsi que l'usage les y ' M autorise en pareil cas.
» Nous croyons y par cette owdonnance , y> rendre un boa office à tous nos sujets , et »> donner en même temps à la ville d'Arles »» un témoignage authentique de notre » reconnaissance pour son attachement n constant à nos intérêts : son dévouement » nous est suffisamment connu par les rap- » ports favorables* du patrice Constance , » que nous regardons comme noire père.
» Enfin , nous ordonnons qu'on fasse payer M une amende de cinq livres d^ or posant » aux juges qui auront manqué de se » rendre à l'assemblée d'Arles , et une M amende de trois Usures d'oravoL. notables M et officiers municipaux coupables de la M même négligence. » Donné le dix-septiëme avril , l'année du douzième con* sulat de l'empereur Honorius , et du huitième de l'empereur Théodose. Publié dans Arles le 28°^^ mai de la même année 4 1 3.
On voit^ par cet acte trëi-remarquable, que , de tout tempf , la Gaule avait connu et conservé les formel du gouvernement représentatif. Cet élément de la liberté »
partout ailleurs inconnu , parait un fruit du sol gauloii, et toujours il en (parda quelques racines au milieu des factions de la Gaule indépendante : depuis l'humilialion de la conquête , et même sous le despotisme des empereiu's, ces racines, comprimées mais non détruites , semblèrent se fortifier ensuite par les armes des Francs. La féodalité les fit quelque temps disparaître sans lei anéantir , l'intérêt du tiiône uni à celui du peuple les fit renaître. Enfin les siècles de lumière, chassant les ténèbres de la barbarie , leur donnèrent une culture , une vigueur nouvelle , et amenèrent répoque oii, du seinde la Grande-Bretagne et de la Gaule , leurs semences fécondes ^ s'élançantjiors de leurs terres natales, devaient se répandre dans les deux mond«*H.
L'édit d'Honorius , dicté par la vanité puérile d'une cour corrompue, nous montre encore les vains efibrls de Tautorité impu^ riiile pour déguiser sa honte , pour dis*simuler le démembrement de Tempire , la
perte on l'indépendance de dix provinces , et pour cacher enfin les yëritabtes motifs de la convocation et de la translation des états. Des ministres courtisans , un conseil esclave , aimaient mieux décrire poétiquement les beautés d'Arles , que d'avouer les malheurs de Trêves.
D'antres causes prolongeaient alors Terreur qui nourrissait l'orgueil de la cour de Ravenne et du sénat romain. Le long prestige des grandeurs de Rome durait encore, et les peuples mêmes qui renversaient sa puissance semblaient respecter son ombre.
LesAlaric, les Ataulphe, les Wallia, les Gondebaut et les princes des Francs , en combattant les empereurs, s'honoraient des titres de maîtres de la milice, de lieutenans des Césars , de commandans de leur garde; ils sollicitaient la dignité de Patrice: et au moment oii ils s'emparaient du tiers des terres romaines , ils se disaient encore hôtes des Romains.
C'est ainsi que les derniers Césars, bercés au moment de leur chute par de vaines chimères et trompés par la flatterie , qui n'abaiidonne tes monarques qu'au bord de la tombe, se regardaient toujours comme
rois des rois, et croyaient commander ans guerriers barbares qui les détrônaient.
Honorius accompagna son ëdit d'une amnistie générale , mais ces mesures tardives y qui tranquillisèrent la Provence , ne purent rétablir dans la Gaule ni le repos intérieur ni la sécurité extérieure: Taviditë du fisc semblait croître en proportion de la perte des terres qui fournissaient aux tributs. La Bretagne, nommée alors Armorique , et plusieurs provinces du centre de la Gaule celtique, révoltées contre les exactions des officiers impériaux, cessèrent d'obéir à une autorité qui les opprimait et ne les protégeait plus; et il parait que, dès ce moment , sans s'organiser précisément en république, comme le dit le savant abbé Dubos , elles revinrent aux anciens usages gaulois , et se confédérèrent pour assurer leur défense commune.
Le nom des empereurs continua toujours à paraître dans les lois et sur les monnaies, mais la puissance réelle de ces princes n'y fut plus exercée que partiellement, par intervalles , et en y éprouvant sans cesse la plus active résistance. Ce fut à cette époque, de 4i8 à4d0 9 que la mort enleva
TOMK XXVn. DgtzedbyCSoOgle
nu héros à Tempire, un défenseur à la Gaule^ et aux barbares une digue redoutable. Constance termina sa glorieuse vie après ayoir donné le jour à un jeune prince , Valen— tinien III j alors espoir de Rome , et depuis son opprobre.
Honorius, jaloux de tout mérite, ennemi de toute vertu , persécuta sa propre sœur PJacidie, veuve de Constance ; elle chercha un asile dans TOrient. £n 4^3 , Honorius cessa de régner , ou plutôt de vivre. Placidie et son fîls Yalentinien , soutenus par les troupes du jeune Théodose, revinrent en Italie, triomphèrent d'un usurpateur nommé Joannès, et reçurent, par le consentement du sénat, la puissance suprême.
Ainsi , sous le nom de Théodose et de Yalentinien , Pulcherie et Placidie occupèrent les trônes d'Orient et d'Occident , et le monde romain se trouva gouverné par deux femmes.
Les intrigues de la cour de Ravenne replongèrent Tempire dans de nouveaux malheurs. Boniface et Aëlius, généraux de Placidie, s'armèrent l'un contre l'autre- Boniface trompé devint rebelle ; trahi par la fortune et vairxu , il appela d'Espagne
en Afrique les Vandales » qui envahirent , ravagèrent et enlevèrent à Rome cette riche "et populeuse contrée.
Aëtius , exilé par l'impératrice, chercha ches les Huos un asile, des secours ; reparut en armes dans lltalie , perdit une bataille, et tua son rival.
Pendant ces discordes civiles , le désordre s'accrut dans- tout Tempire. Lei Visigoths attaquèrent laPi'ovence, lesBour* guignons s Vtendirent dans l'Est, les Francs envahirent le Nord , enfin le terrible Attila , mettre d'une partie de l'Europe , menaça l'autre d'une deMruction totale.
Dans cet extrême péril , Placidie sentit que le génie d' Aëtius lui serait plus utile que son ambition ne lui avait paru redoutable ; elle le rappela , lui rendit sa confiance , le combla d'honneurs , le nomma Patrice , duc des Romains , et par là , peut* être, sauva la civilisation européenne, qui aurait péri sous la hache dévastatrice des Huns. Ainsi, par un sort bizarre i ce fut le courage d'un Scythe , ce fut le bras d'Aëtius, qui , seul , opposa une digne à ce torrent.
Raffermissantle trAnequ'il avait ébran'
ce grand capitaine ramena dans les Gaules la fortune et la. victoire ; il vainquit les Visigoths , leur fit lever le siège d'Arles , et les repoussa dans leurs frontières.
Après avoir délivré la Provence , Aëtius enlève aux Bourguignons Metz et Toul ; il marche ensuite dans le nord contre les Francs , et les rejette dans leurs marais.
Le flambeau de l'histoire , presqu'éteint au milieu des débris de Fempire romain tombant en ruines , ne nous a point laissé de lumières pour suivre ce guerrier dans ses combats, qui répandirent un dernier éclat sur les armes romaines.
Les détails de l'invasion des Francs, de leurs progrès et de leur établissement dans les Gaules , ne nous sont connus que par quelques passages tronqués , échappés à ce temps de ténèbres. On sait seulement que dans l'année 420, une tribu de Francs passa le Rhin sous la conduite d'un roi nommé par les uns Théodemir, par les autres Pharamond. En 4^6 Clodion , successeur et peut-être fils de Pharamond , régnait sur l<'s Francs alors établis en Toxandrie. Dis* pargum , aujourd'hui Duisbourg , près de Tongres, était le lieu de sa résidence , et
ce fut dam le temps oii Placidie devint mattresse de Tempire , que Glodion , à la tête dei Francs , envahit le nord de ia Gaule, dans le dessein de s'y établir. Il en lut chassé deux fois par les Romains, mais il est probable que , malgré ses défaites ^ il y conserva quelques possessions.
Ce qui est certain , c'est que les Francs , alliés de Rome en 4o6, et qui s'opposèrent alors à l'invasion de la Gaule par les Germains , étaient devenus les ennemis de Tempire depuis la chute de l'usurpateur' Constantin , dont leurs armes avaient soutenu la puissance. Cette haine dura longtemps , et ce ne fut , comme on le verra bientôt , que l'approche menaçante des Huns et l'intérêt d'un danger commun f qui suspendirent momentanément cette longue querelle.
Les victoires d'Aëtius donnèrent à la Gaule plutôt une trêve qu'une paix. L'empire était arrivé à un tel degré de vétusté , de faiblesse et de décadence , que le génie d*un grand homme, en l'étayant, ne pou-* vait plus que retarder sa chute.
Les seules cités réellement soumises alors
aux empereurs étaient celles de la Séqua* naise , de la première Aquitaine , de la première Lyonaise , et des pays situés entre Lyon , les Alpes , k Méditerranée et le !Rh6ne. Les Yisigoths gouvernaient en maîtres la Guyenne avec une partie du Languedoc; leursarmess'étendaientmémedans le Périgord , le Poitou , le Limousin , et j u$qu'aux frontières de l'Auvergne. Les Bourguignons possédaient l'Alsace , la Franche- Oomté , et presque toute la Bourgogne. La Gaule germanique tombait sous le ]>ouvoir des Allemands et des Francs ripuaires. Les Francs saliens menaçaient le nord de la Belgique ; et ce qui prouve que , sous le nom d'Armoriques , les provinces situées entre la Seine et la Loire et confédérées avec la Bretagne , s'étaient rendues indépendantes , c'est que , Aëtius , après avoir battu les Francs , sévit forcé de faire le siège de Tours.
Lorsqu'il eut plutôt comprimé que terminé cette rébellion , il revint à Rome , et pendant son absence, Celsus sonlieute-^ nant, quittant les Armoriques , livra une bataille près de Toulouse aux Visigoths ,
ifj5 qui le dëfireAt complètement. Cette défaite contraignit Aëtius de quitter l'Italie et de rentrer dans lei Gaules. La fortune, fidèle à ses armes , le seconda ; il rëpara rëchec de son lieutenant , repoussa les Visigoths , et conclut avec eux une paix honorable ; il s'efforça ensuite de nouveau , mais sans succès , de soumettre les Armoriques ; et l'éloquence de saint Germain , ëvéque d'Auxerre , appuya vainement ses armeft.
Peu d'annëes après, les Francs sortent de la forêt Charbonnière, et s'emparent de Tournai et de Cambrai. Jusqu'alors cette par tie de la Belgique , dësolëe par des guerres fréquentes , était restée peu florissante et peu cultivée ; ce fut sous la domination des rois francs qu'on y vit s'élever successivement les villes de Bruges , de Gand , de Malines , de Bruxelles , d'Anvers et de Louvain.
Aëtius, dont l'infatigable activité, veillant partout au salut de l'empire , triomphait tour à tour des Vandales eu Italie , des Visigoths dans le Languedoc , des Allemands sur le Rhin et des Bourguignons dans la Lorraine, marcha rapidemen l contre
Clodion , ratteigoit dans les champs des Atrébates , et le défit complètement.
Le poëte Sidonius, racontant cette victoire et s'adressant à Majorien , compagnon d'armes d'Aëtius , s'exprime ainsi : « Les » Francs terribles , se montrent mûrs pour n la guerre dès leur plus tendre enfance ; H en vain le nombre les accable, jamais » ils ne cèdent à la crainte ; la mort seule » peut les abattre ; le péril les trouve >» inébranlables , et leur courage survit ^ » pour ainsi dire , à leur âme : tels sont » les Francs qu'Aëtius força de fuir. Vos M éloges ont , dans ce revers im^me , honore » leur valeur. »
L'époque des deux différeos combats livrés aux Francs par Aëtius est devenue le sujet d'une vive contestation entre les historiens : il paratt que l'opinion la plus probable est celle du père Pétau , qui rapporte la première défaite deClodion en 420, et la seconde en 44^- -^^ ^^^^^ y quoiqu'en aient dit ceux qui veulent que les. Francs n'aient point eu d'établissemens dans les Gaules avant Clovis ^ un grand nombre de faits prouve que Clodion , chassé , revint dans le Toumaisis , et que ses successeurs
j r^gaëfvnt. Le tombeau de Childëric , trouvé depuis à Tournai , rëfule k cet ëgard toute objection.
Il paraît qu'an temps de cette dernière expédition les différentes tribus de Francs s'étaient réunies sous les ordres de Clodion, et que Cologne devint la résidence des princes ripuaires , comme Tournai celltf des rois saliens.
Jamais , peut-être, aucun pays né se Tit en proie k plus de mallieurs que n'en éprouvaient alors les Gaule»; elles avaient peut-être plus encore à redouter leurs dé-* fenseurs que leurs ennemis , et le scoptre impérial pesait plus sur elles qiie le glaive des barbares.
Ces besoins d'une guerre perpétuelle ren-* daient le fisc insatiable ; la confusion do ce temps de troubles voilait , prolégcait loti» les abus; enfin, comme on ne voyait pliis de Ronoiains dans les légions romaines, \r& Gaulois opprimés se trouvaient livréii ù la licence grossière des Huns , des AlaJns , des Hérules , des Goths et d'autres aventuriers qui composaient alors Tarmée impériale. ^
Les Visigoths au contraire y les Bour«
guignoni et les Francs , libres y ëgaax entre eux, ennemis du luxe , rendaient leur joug léger pour les peuples conquis , et , si Ton en croit Or ose , tous les Gaulois , encore soumis à Rome , hâtaient par leurs vœux le moment ée la conquête.
Ecoutons , dans leur détresse, le langage et les plaintes de ces Gaulois infortunés.
« Le peuple , disait Salvien , est traité si » durement , qu^il n'aspire qu'à secouer le » joug; son poids seul l'empêche encore >» de le rejeter ; et comment les Gaulois rt pourraient-ils fonxrar d'autre vœu que » celui d'être délivrés d'une chaîne si inn supportable? Écrasés par les impôts, on » les menace de la servitude quand ils ne » paient pas des subsides hors de toutes » proportions avec leurs fortunes. Ils fuient » leurs maisons pour échapper à la tor- » ture, et s'exilent pour se soustraire aux >» supplices ; ils ont moins à craindre les » soldats de l'étranger que les agens de >» l'empereur, et, persécutés parleurs ma« » gistrats , ils ne trouvent d'asile contre >» eux que chez les barbares. Ces vexations >» seraient au moins plus tolérables si elles » étaient générales , et si elles pesaient éga-
lement sur tous ; mais l'inëgaliU aggrave l'injustice ; les exacteurs ne font porter le fardeau des tributs que sur les pau«* vres ; Tinfortuné paie k la fois pour lui et pour le riche privilégié. Ainsi , oa souffre en même temps de sa propre mi* sëre et de Topulcnce d'autrui ; le peuple est condamné k vivre dans l'indigence^ et k payer l'impôt comme s'il était riche.
Cependant les sénateurs, tranquilles dana leurs palais , se font indemniser par la cour, taudis que leurs arrêts forcent lea plébéiens k payer les imposition , sans retard et sans dégrëvemeut. Une pareillo oppression est inconnue aux autres nations ; on n'en trouve point de tracée parmi les Vandales , les Francs et lei Huns. Les Gaulois romains qui habitent leurs états , ne sont pas traités avec moins de justice que leurs propres concitoyens, et comment Rome pourrai t«<e) le encore s'étonner du rapide progrès de la puissance des Goths i Tous les peuples souhaitent leur domination. Oui , je l'atteste I si tous les Gaulois , si tous les Romains pouvaient f au gré de leur dé« sir y transplanter à la fois leurs biens i
» leur» meubles , leurs familles cheae le»
n barbares , ils n'hésiteraient pas ; on le»
*» verrait , en foule , fuir la tyrannie , et n chercher ailleurs la liberté. »
a La Gaule, dit Sidouius qui , cette foi» 1» emporté par la douleur , ne flatte plus » en courtisan, mais parle en citoyen in- » digne , la Gaule obéit depuis long-temps M à des souverains qu'elle ne connaît pas ; » elle est livrée au pillage par ceux qui n doivent la protéger. Ah ! que les peuples » sont malheureux de vivre sous le gou- » vernement de princes qui auraient te eux-mêmes tant besoin d'être gouvcr- T» nés. »
Ce cri de l'oppression , ces exclamations >ée la douleur justifient suffisamment l'insurrection des Armoriques. Toutes les cités des provinces celtiques , redevenues indépendantes et véritablement gauloises , se ^fendaient alors avec une égale vaillance contre la tyrannie, romaine , et contre les invasions des Goths et des Francs. Leurs courageuses mil ices repoussaient tour k tour et les officiers concussionnaires de Tempereur et les hordes dévastatrices des Saxons qui , traversant l'Océan et remontant la
Loire, portaient dans cet provincei lepiU lage et la désolation.
Egidius Afraniuf, général gaulois, qui depuis défendit glorieusement Tindépendance des Armoriques , vint alors les aUa^ quer par les ordres d'Aëlius ; il assiégea Chinon ; aiosi la Gaule éUit & la fois écrasée par trois fléaux : le despotisme romain , l« discorde civile et la guerre étrangère.
Ce fut au moment ob le sort la réduisait à un état si doplorableque, dans l'année 449, le terrible Attila se précipita sur elle à la tête de trois cent mille combattans , tirés de toutes les nations, tartares, scythiques, sarmates , Scandinaves et germaines, qu'il traînait à sa suite. Ce conquérant sauvage fit long-temps trembler par ses menaces le Jeune empereur d'Orient > Théodose , qui ne suspendit sa fureur qu'en lui montrant la honteuse soumission d'un vassal.
Après la mort de ce jeune prince, Pulchérie plaça sur le trèile un guerrier digne de l'occuper, puisqu'il sut le défendre.
Martian , ranimant te courage de ses sujets par son exemple et rétablissant la discipline par sa fermeté , opposa tout à ce au roi des Huns tout l'Orient en aru