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1763 Lb Roi. C*est dans cet état qu*il faut que vous les conserviez toujoura.
Fromme. Oui, Sire, il est bon que le paysan soit à son aise; mais alors il devient insolent. Ck)mme, par exemple, ceux de ce canton-ci, qui ra*ont déjà accuse sept fois auprès de Votre Majesté, pour être affranchis des corvées.
Lb Roi. Ils en avaient sujet, apparemment.
Frommb. Je demande pardon à Votre Majesté. On a examiné l'affaire, et l'on a trouvé que je n'avais point vexé les sujets, que j'avais toujoui*s eu raison, et que je n'avais exigé que ce qui était dû. Cei>endant, les choses en restent là ; on ne punil point les paysans. Votre Majesté donne toujours raison aux sujets, et il faut que le pauvre bailli ait toujours toit.
Le Roi. Oh ! mon enfant, je n'ai pas de peine à croire qu'on vous donne toujours raison. Vous envoyez sans doute du beurre, des chapons et des dindons au conseiller de votre département.
Fromiib. Sire, cela est impossible ; les grains n'ont pas un bon prix ; si Ton ne tirait pas quelques écus des auti*es choses, on ne pourrait pas payer la rente.
Le Roi. Où vendez-vous votre beurre, vos chapons et vos dindons?
Fromiib. A Berlin, Sire.
Le Roi. Pourquoi pas à Ruppin?
Fromme. La plupart des bourgeois ont des vaches.
Le Roi. Mais, pour les volailles, vous pouniez bien les vendre à Ruppin ?
Fromme. Il n'y a que quatre officîei-s de TÉtat-Major
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en quartier dans cette ville. Et, pour les bourgeois, ils nca ne sont pas délicats ; ils sont fort contents quand ils ont du porc.
Le Roi. Oui, oui, vous avez i*aison. Les Berlinois aiment fort la bonne chère* Eh bien I menez les sujets comme vous voudrez; mais ne les vexez pas.
Le Roi ayant vu une quantité de paysans occupés à la moisson, et qui formèrent une double haie en aiguisant leurs faucilles, dit :
Que diable! que veulent ces gens? Est-ce qu'ils veulent me demander de l'argent?
Fromme. Oh ! que non ! Sire. Ils sont pleins de joie de la bonté que vous avez de visiter ces contrées.
Le Roi* Aussi, ne leur donnerai-je rien... Faitesvous des essais avec des grains étrangers?
Fromiie. Oui, Sire. Cette année, j'ai semé de l'orge d'Espagne* Elle ne réussit pas : je n'en sèmerai plus ; mais le seigle de Holstein, à grosse tige, me parait bon.
Le Roi. Quel seigle est cela?
Frommb. Il croit en Holstein, dans les bas-fonds. Il ne m'a jamais moins rendu que le décuple.
Le Roi. Là I là I le décuple ! c'est un peu fort... Mais donnez-moi une idée de ce qu*était cette trouée, avant qu'on en eût fait écouler les eaux.
Fromme. Tout était rempli de petits tertres, entre lesquels Teau s'établissait. Dans les années les plus sèches, nous n'en pouvions pas tirer le foin ; il fallait le mettre en grandes meules. En hiver, quand il avait bien gelé, on allait le chercher. A présent, nous avons égaUsé les
228 nisToins
>^C3 tortres, et, par les fosses que Votre Majestd a fait faire, les eaux s'écoulent. Â présent, la trouée est sèche, comme Votre Majesté le voit, et nous pouvons en tirer le foin quand nous voulons.
Lb Roi. Vos paysans ont-ils aussi plus de bestiaux qu'autrefois ?
Fromme. Oui, Sire.
Le Roi. Combien ?
Fromme. Les uns une vache, les autres deux, suivant le bien.
Le Roi. Mais combien en ont-ils de plus eit tout, à peu près seulement ?
Fromme. Environ six-vingt têtes... etc.
Le Roi ayant regardé la contrée avec sa lunette, fit approcher les baillis Fromme, Klausius et un inspecteur des bâtiments, nommé Menzelius, et leur dit :
Allons, approchez-vous. Tenez, voyez-vous, cette lande marécageuse, à gauche? Il faut défricher cela. Et ceci, à droite, de môme; tant que la lande s*étend. Quel bois y a-t-il ?
Fromme. Des saules et des chônes.
Le Roi. Allons, on peut arracher les saules, et les chônes resteront. Il faut les vendre ou les employer. Quand cela sera défriché, je compte trois cents familles de plus ou environ, et cinq cents vaches. N'est-ce pas?
Après un moment de silence.
Fromme. Oui, Sire, peut-être.
Le Roi. Écoutez. Vous pouvez me répondre en toute
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confiance. Il y aura plus ou moins de familles. Je sais i^oa bien qu'on ne peut» dès à présent» en déterminer le nombre. Jje n y ai pas été/ je ne connais pas le terrain. Si je le connaissais, je pourrais le dire ; car je sais aussi bien que vous combien on peut mettre de familles sur un terrain.
Menzelius. Mais, Sire, cette trouée est encore en communes.
Le Boi. N'importe. Il faut faire un troc, ou donner un équivalent. Il faut arranger cela pour le mieux. Je ne le veux pas pour rien. Allons, écoutez (à tin bailli)^ vous n'avez qu'à écrire à ma Chambre des finances, ce que je veux qu'on défriche; je donnerai l'argent; (à un autre) et vous, allez à Berlin, et dites de bouche h mon conseiller privé Michaêlis ce que je veux encore qu'on défriche, etc.
C'est avec ce soin minutieux que Frédéric, en contact personnel avec la population, voyait tout par lui-même.
Ce prince voulut aussi soustraire la Silésie à la dépendance du Saint-Siège, ne trouvant point convenable que les États d'un roi huguenot envoyassent, des bords de la Baltique, des tributs et des suppliques au chef suprême de la Catholicité. Il se déclara donc chef immédiat des églises de son royaume ; toutes les aflàires spirituelles n'étaient soumises qu'à la juridiction de l'Ëvéque, son vicaire-général. On pouvait en appeler au synode provincial chargé de juger en seconde et en troisième instance; mais tout appel à Rome ou à la Nonciature fut interdit.
1163 Avant la conquête, les biens et les revenus des villes silésiennes dtaient administrés d*une manièrB dëplorable. Le nouveau souverain tarit ces désordres dans leur source ; des Chambres royales régirent avec autant d'exactitude la fortune des villes que les domaines du Roi. Étendant plus loin encore sa sollicitude, il prétait aux villes endettées, ou frappées d'un malheur quelconque, des fonds pris sur la caisse royale. Le remboursement de ces avances, faites sans intérêts, s'effectuait, peu à peu et sans gêne, pour les débiteurs.
Si un marchand, un fermier, un pauvre paysan était hors d'état de reconstruire sa maison, le Roi la relevait à ses frais.
Traités avec égards et déférence, les prêtres catholiques se détachèrent peu à peu de l'Autriche, et Frédéric trouva en eux des sujets aussi dévoués que les habitants de Brandel)ourg.
Dans le même temps, d'habiles économistes voyageaient, aux frais du gouvernement, en Angleterre, dans les Pays-Bas, partout où l'esprit d'observation pouvait recueillir d'utiles résultats.
Pour attirer des artisans, Frédéric leur faisait offrir, dans les papiers publics : 1* le droit de bourgeoisie et de nf^attrise; 2^ l'exemption de tout impôt et charges publiques pendant un certain nombre d'années; S"* l'exemption d enrôlement pour eux et le fils qui les suivrait; 4* des avances sur le trésor, afin d'acheter des métiers et des outils.
Aussi, dans les dix premières années qui suivirent la paix do IIul>erlslK)urg, deux cent soixante-quatre
manufactures nouvelles s'étaîent-elles d6\h établies. i7«3.
ConfirmaitHl l'élection d'un abbë ? Le nouveau titulaire s'obligeait tantôt à des améliorations agricoles , à des plantations de vignes, de chênes, de mûriers; tantôt à des expériences sur le lin ou à la propagation des étalons en Prusse.
Le bien-être des faibles et des pauvres fut constamment pour Frédéric l'objet des plus tendres sollicitudes. Jusqu'alors les gentilshommes silésiens avaient exercé sur leurs paysans une odieuse tyrannie : le Boi donna a ces derniers le droit de porter plainte contre des maîtres barbares, et justice sévère fut toujours faite. Ix) grand-chancelier Furst sollicitait un jour la punition d'un paysan dont les réclamations n'étaient pas fondées : (c 11 est contre mes intentions, lui répondit le monarque > que l'on jette en prison un pauvre paysan pour des fautes de cette espèce. Quoiqu*ils aient souvent tort, je ne puis pourtant m'empécher de les entendre; ne suis-je pas leur père? »
Aussi Frédéric est-il populaire en Prusse comme Henri IV en France, La plus humble chaumière offi-e son portrait ai|x regards du voyageur.
 force même d'amour pour l'équité, et de pitié pour le faible, ce prince commit une injustice célèbre. Trompée comme lui, l'Europe entière le combla d'éloges.
Un habitant de la Nouvelle-Marche, nommé Arnold, possesseur d'un moulin acheté par son père, devait payer une redevance annuelle au comte de Schmetlau, seigneur du lieu. Mais, depuis loiigtemi)S, il refusait de le faire, prétendant que l'eau lui manquait. Enfin, pour
1763- ôli-e payé, le comte vendit le moulin àrencan. Un gentilhomme, à travers les étangs duquel coulait Teau qui alimentait ce moulin, l'ayant acheté, le revendit à un autre meunier. Pour recouvrer son moulin, Arnold s*adresse à la régence de Kustrin : délioulé de sa plainte, il en appelle à la justice su[>érieui'e de Berlin, qui confirme le jugement.
Furieux, le meunier jure de se venger du seigneur et des juges; il s^adi-essera au Roi. Sa femme, i*ecom* mandée à la princesse Amélie, et instruite par elle des démarches à faire pour parler à Frédéric, va se placer, à Sans-Souci, dans une avenue du chûteau où il avait coutume de passer. Elle s'assied, et, dès qu'elle l'aperçoit, levant des pieds nus ensanglantés, comme si ces plaies étaient la suite d'un long voyage* : a Voyez, Sire, s'écrie-t-elle, voyez à quoi sont réduits vos sujets pour implorer justice ! »
Ému, Frédéric l'interroge, et demande à la Chambre les motifs de l'arrêt. Le chancelier Fni*st, soit qu1l crût les déUûls inutiles, soit qu'il pensât n'avoir point à défendre un jugement, ne donna au Roi qu*un rapide aperçu, et le président Rebeur Taccabla de citations latines.
Frédéric, convaincu qu'on le trompait, envoya sur les liinix un colonel de sa suite avec un conseiller |>our tout vérilier.
Le colonel, malgré les explications fournies |Kir le conseiller, (it son nipport de telle manière, que le Roi,
> Denina, £'uai hur Ut vie et U r$yne dt Frédéric II,
déjà mécontent de ses tribunaux, crut les juges gagnés pca. par le comte de Schmettau; et le meunier victime d'une ^^^ injustice. Voulant, par un exemple sévère, effrayer à l'avenir les prévaricateurs, il cassa la sentence, exila dans ses terres le baron de Finckenstciu, président de la Chambi-e de Kustrin, destitua le Grand-Chancelier, et fit enfermer à Spandaw trois conseillers.
Le baron de Zedlitz fut chargé de la révision du procès. Ce ministre, partageant Topinion des juges, s'efforça de démontrer au Roi combien le colonel Tavait mal informé. Les choses en demeurèrent donc là, mais le chancelier Furst ne fut point réintégré dans ses fonctions; le président resta dans ses terres ; les conseillers Graun et Friedel ne recouvrèrent leur liberté que longtemps après : un seul, Ransleben, fut plus heureux, parce qu'il avait fait quelque difficulté de signer l'arrôt cassé par le Roi. Zedlitz garda son poste, mais Frédéric cessa de le voir.
Ce prince, qui sut toujours tirer quelque parti de ses fautes mêmes, s'occupa dès lors de réformer la législation civile du royaume. Les constants efibrts de sa vie entière tendirent à adoucir les lois qui portaient l'empreinte de la barbarie. Dans les tribunaux, l'usage de charger de coups les accusés subsistait encore : dès 17GG, grâce à son active surveillance, il n'en restait plus de vestiges.
Les vues réparatrices du monarque s'étendaient à toutes les provinces. Dans l'année 17()5, douze cenLs maisons s'élevèrent en Poméranie, toujours aux frais de rÉtat. Secours pécuniaires, distributions de farines,
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1ÎA3- d'instruments aratoires, d'outils, de chevaux, le paysan laborieux obtenait, sans peine, pour lui et sa famille, tous les moyens de prospérer.
Frédéric appréciait les innombrables services que des communications simples et rapides rendent au commerce, en accélérant rechange des produits. Aussi, dès que la paix lui permit d'accomplir ses grandes pensées, des routes, des canaux nouveaux facilitèrent-ils le développement des forces sociales.
Non content d'encourager l'agriculture par des largesses, Frédéric ne dédaignait pas dans ses édits de donner lui-môme aux paysans d'utiles leçons. On a de lui une ordonnance sur la conduite à tenir pendant la morbilité des bestiaux. De pareils détails ne lui semblaient point au-dessous de sa dignité de roi.
Par rétablissement d'immenses magasins de blé, il assura la subsistance de ses sujets ^ et la Prusse, durant la famine de 1772, offrit le singulier spectacle d'un pays sablonneux et condamné, en quelque sorte, par la nature à la stérilité, ouvrant néanmoins à ses voisins de riches greniers d'abondance.
Celte môme année, plus de quarante mille paysans bohémiens ou saxons vinrent chercher du pain dans les États prussiens. On les reçut à bras ouverts; la plupart s'établirent dans le pays.
Pour mieux arriver h son but, le Roi autorisait, encourageait môme par des prix l'abolition des droits communaux et la division des propriétés : ce fut l'exemple de l'Angleterre qui l'y détermina. Il eut aussi recours h un habile fermier anglais |iour quelques ex|)é-
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riencos; toutes furent couronndes d'un plein succès, jîg-
De nombreux désordres avaient envahi l'administration des finances; la plupart eurent bientôt disparu.
Pour mieux assurer l'entier accomplissement de ses vues, le Roi se faisait adresser tous les ans, par le Grand Directoire, des tableaux statistiques de chaque province, contenant tous les détails relatifs à la population, aux constructions publiques et particulières, au commerce, à l'agriculture, aux différentes branches d'industrie. Quant aux pays que la guerre de Sepl^-Ans avait dévastés, on joignait à l'envoi de chaque tableau annuel le tableau de 17S6, comme terme de comparaison.
Connaissant ses provinces mieux que beaucoup de particuliers ne connaissent l'intérieur de leur maison, quand Frédéric avait nommé à quelque emploi important, il appelait aussitôt dans sod cabinet le nouveau dépositaire de sa confiance; là, il lui donnait une foule de notions précises sur le pays et sur les habitants, lui recommandant avant tout les droits du laboui*eur, de l'artisan, du pauvre. f< S'il s'élève Un procès entre moi et un de mes sujets, répétait-il souvent, et que le cas soit douteux, jugez contre moi. »
L'auteur de tant d'améliorations les contemplait avec ravissement. « Je reviens de la Silésie, dont j'ai été trèscontent, écrivait-il à Voltaire le 5 septembre 1777. L'agriculture y fait des progrès très-sensibles; les manufactures prospèrent. Nous avons débité à l'étranger pour cinq millions de toile, et pour un million deux cent mille écus de draps. On a trouvé une mine de co-
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i7(i3- boit * dans les montagnes qui fournissent à toute la Silésie. Nous faisons du vitriol aussi bon que Tétranger. Un homme fort industrieux y fait de Tindigo tel que celui des Indes ; on change le fér en acier avec avantage, et bien plus simplement qu'à la façon de R(^aumur. Notre population est augmentée, depuis 17S6, de cent quatre -vingt mille âmes. Enfin, tous les fléaux qui avaient abtmé ce pauvre pays, sont comme s*ils n'avaient jamais été, et je vous avoue que jo ressens une douce satisfaction à voir une province revenir de si loin. »
Payons ici un juste tribut d'éloges à Brenkenhoff, ce vertueux citoyen qui secondait si bien les intentions du prince.
Quand le Roi lui proposa d'entrer à son service, BrenkcnhoflT, libre de choisir le titre et la pension, demanda modestement celui de conseiller privé des finances et 2,000 écus de traitement; son nouveau mattre y ajouta le titre de conseiller de guerre et des finances. Chargé, môme au milieu des fureurs de la guerre, de réparer les maux qui accablaient la Pomérauie et la Nouvelle-Marche, il rendit en peu d'années ces deux provinces h la vie. Son activité était prodigieuse, son zèle pour le bien public infatigable, son désintéressement h toute épreuve. Frédéric, qui se connaissait eu hommes, a fait de lui un bel éloge en peu de mots : « Je
I Ou cobalt; substance dure, friable, pesaiile, peu fusible, d'uu blauc-rosé, seulaiil l'arsenic. Elle fournil le soufre, l'arsenic, le safrt*, le small, colore le vcrl en bleu, donne une encre sympalliique, et, dissoute dans l'eau, tue les mouches.
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regarde la naissance de BrenkenhoQ* comme un des i^oiplus heureux événements de mou règne. »
Malgré tant de zèle, de précautions, de vigilance , bien des abus se glissaient encore dans Tadministration. Frédéric fut souvent trompé. Ne Tignorant pas, il dit un jour à rÉvéque de Warmie : « Croyez-moi, si je savais tout lire moi-môme, répondre moi-même à tout, tous mes sujets seraient heureux ; mais je ne suis qu'un homme. »
Inconvénients inévitables en tout pays, où des formes constitutionnelles ne tempèrent pas la souveraine puissance. Par cela seul qu'il dérive originairement des habitudes patriarcales, le pouvoir absolu ne convient qu'aux sociétés encore dans l'enfance. Incompatible avec une civilisation plus avancée, c'est une arme toujours funeste, môme entre les mains d'un roi sincèrement dévoué aux intérêts nationaux. Durant le laborieux et long passage de l'état barbare à l'état policé, l'amour du bien suffit pour régler les mouvements du corps politique; mais, plus tard, il faut davantage; l'édiGce social doit reposer sur de plus larges bases. Alors le patriotisme du monarque ne suffit plus; il faut la garantie des institutions.
Avec un autre mode de gouvernement, Frédéric, averti par de sages remontrances, ou arrêté par une opposition courageuse, n'eût point adopté certaines mesures qui devinrent funestes à l'État. Ses connaissances en économie politique étaient peu étendues; encore les avait-il systématisées à sa manière. De la, plus d'une erreur grave, qu'il importe de signaler.
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nea- Vosaédé d*un goût trop exclusif pour les compagnies de commerce, ce prince créa celles de l'Elbe, de TOder^ du Levant, des Indes, les compagnies des harengs, du sel, d*assurance maritime, du bois à brûler, etc; tous ces établissements échouèrent.
En se mêlant du commerce, il en gêna le développement par la multiplicité des monopoles; ainsi, les plus importantes manufactures restaient concentrées entre ses mains. En tolérant des Juifs à la tête des monnaies, il laissa le désordre s'introduire là où rordi*e est si nécessaire.
Les désastres qu'enfanta une lutte terrible, et l'impérieuse nécessité expliquent comment Frédéric altéra les monnaies Mais tout ce qu'une pareille ressource avait de déplorable, il l'a bien senti lui-môme, témoin ce passage qui termine VHislaire de la guerre de Sepl^ An$.
(( Veuille le ciel (si la Providence abaisse ses regards sur les misères humaines) que le destin inaltérable et florissant de cet État mette les souverains qui le gouverneront à l'abri des fléaux et des calamités dont la Prusse a souffert dans ces temps de subversion et de troubles, « pour qu'ils ne soient jamais forcés de recouu rir aux remèdes violents et funestes » dont on a été obligé de se servir pour soutenir l'État contre la haine ambitieuse des souverains de l'Europe, qui voulaient anéantir la Maison de Bnmdebourg, et exterminer à jamais tout ce qui portait le nom prussien ! »
Aussi, la brusque réponse d*un paysan lui ferma-lelle un jour la bouche. Cet homme refusait des pièces de
six fenins qu un boulanger lui comptait en échange de n^ son blé. Frédéric passant par là t a Pourquoi ne veux-tu pas prendre cette monnaie? demande-t-il au paysan. — La prends-tu, toi? répond ce dernier en le regardant avec humeur. » Le Roi poursuivit son chemin sans répliquer.
Malheureusement, les grands et les petits princes d'Allemagne» suivant cet exemple sans y être contraints par les mêmes motifs, frappèrent à Fenvi des monnaies plus altérées les unes que les autres; et Ton vit repa-* raftre ces jours déplorables de la guerre de Trenie-Am : kipper und wipper zeiten (les temps des coupeurs et des rogneurs). Les mêmes princes faisaient pendre sans pitié un faux monnoyeur !
Un des premiers soins, il est vrai, fut la restauration des monnaies si fâcheusement altérées au commencement de la guerre. En effet, dès sa prise de possession de la Saxe, il avait fait battre, à Dresde et à Torgau , une très-grande quantité de numéraire, où Talliage entrait pour les deux tiers, et le métal précieux pour un seul. Un marchand juif de Berlin, nommé Éphraim, avait dirigé cette frauduleuse opération.
D'abord , la nouvelle monnaie fut reçue sans difficulté; et Frédéric, profitant de .cette facilité, fit rentrer tout ce qu'il put de l'ancienne, alors en circulation. Cependant, par la force même des choses, la mauvaise monnaie était tombée dans le discrédit. Néanmoins, c'était la seule employée par le trésor royal pour ses payements, comme si elle eût été du meilleur aloi.
Loraqu'à la paix on eut émis une nouvelle monnaie,
1103- la mauY<iise ne fut plus reçue ni au trésor, ni par aucun receveur royal. De là, malheureusement, des pertes considérables pour les fortunes particulières, et une grave atteinte au crédit public, comme à tout le commerce prussien.
I^ mesure primitive avait été déplorable : le remède ne valut pas mieux.
u Pourquoi se plaint-on? disait Frédéric dans les derniers temps de sa vie. Je n'ai pas mis dans tout mon règne un impôt extraordinaire. » Le fait était exact; mais, avec des idées plus nettes en finances, il eût compris que chaque création de monopole était un impôt, et qu'exiger des Prussiens qu'à la paix ils payassent, dans toute leur étendue, les mêmes impôts qu'avant la guerre, c'était réellement aggraver ces impôts.
Le Roi se trompa d'une manière non moins funeste, en appelant chez lui des financiers français, pour leur confier la manutention des contributions indirectes, généralement connues sous le nom de Piagei et Acciies. C'était livrer les contribuables nationaux à la cupidité étrangère.
Cette idée prit-elle naissance dans sa tête, ou bien est-ce Uelvétius', comme on l'en a accusé, qui, durant son séjour à Berlin, persuada au monarque que les Allemands n'entendaient rien en finances, et que
< m Nous attendons ici M. Helvétius, écrivait Frédéric à d'Alembert : k en juger par son livre, le plus beau jour de notre connaissance sera le premier; mais on dit qu'il vaut infiniment mieux que son ouvrage, qui» quoique plein de talent, ne m'a pas convaincu. •
DB phédérig II. 244
les Français rempliraient parfaitement ses intentions '? noj)- Le fait est resté douteux. Ce qu'il y a de certain, c est que le philosophe financier prit une part active à l'envoi de ses compatriotes, et que ce fut une calamité pour la Plusse, traitée par eux en pays conquis. Aussi la Higie, en termes techniques Y Adminislration générale des droits du Roi^ y devint-^Ue bientôt, à juste titre, l'objet de l'exécration publique.
Un autre fléau fut, au sein de Berlin, l'établissement d'un loto ou loterie, détestable invention, vomie en Allemagne par l'Italie, pour y violer tous les principes de la probité sociale, comme toutes les proportions de l'arithmétique honnête ; pour y frapper le peuple dans ses mœurs et dans sa subsistance, détruire le goût du travail, introduire la fraude, engendrer le vol, le suicide, l'assassinat, empoisonner, en un mot, toutes les somccs de la morale publique et privée. Puisse l'Europe voir bientôtdisparailre entièrement cette hideuse institution, crime quotidien de tout gouvernement qui l'exploite I Dans cette voie, la France a pris une noble initiative.
C'est surtout à dater de 1763, que Frédéric, en multipliant ces prohibitions de toute espèce, si accablantes pour un peuple, tendit outre mesure les ressorts du régime fiscal. L'assiette de l'impôt indirect demande d'autant plus de ménagements, qu'il porte sur des besoins de première nécessité ou sur des jouissances devenues nécessaires.
Ajoutons que cet ordre de choses s'appliquait uni-
* Miral)cau, IHonarehie prussienne, tome IV.