II
J771- grenadiers marchent aii palais du Sénat; vainement les Sénateurs^ attirés par le tumulte, veulent sortir : une consigne sévère les retient, et^ en deux heures, sans avoir versé une goutte de saiig, un roi esclave est redevenu le plus absolu des rois de l'Europe. ^
Les deux frères du monarque, les princes Charles et Frédéric, avaient eu soin de lui assurer d'avance l'obéissance des troupes répandues sur les divers points du royaume \
Ainsi périt un gouvernement corrompu par l'or de l'étranger. Il est vrai que cet oi*dre de choses avait reçu les serments du monai*que } le renverser fut donc un parjure. La seule excuse de Gustave, en détruisant la liberté, fut qu'il sauvait l'indépendance. Mais, l'une reconquise, il aurait dû reconstituer l'autre. C'est ce même prince qu'atteignit mortellement au milieu d'un bal, le 16 mars 1792, le plomb d'un assassin : vengeance toute aristocratique dont Ankastroêm ne fut que l'instrument.
* Signalons ici un trait glorieux pour son auteur. Tous les officiers avaient déjà prôté serment au Roi ; un seul, nommé Céderstron, s'y refusa, alléguant qu'il avait juré fidélité aux États, t Songez à ce l|ue vous allez faire, lui dit Gustave d'un ton sévère. — J'y songe, répliqua Céderstron, et ce que je pense aujourd'hui, je le penserai demain ; si j'étais capable de violer le serment qui me lie aux Ëtats, je serais capable de manquer k celui qu'exige de moi Votre Majesté. » Le Roi lui ordonna de remettre son é|>ée et de garder les arrCls. Mais, craignant l'impression que la fermeté de Céderstron pourrait produire sur les autres officiers : c Pour preuve de ma confiance en vous ei de mon estime, ajou(a-t-il d'une voix douce, je vous rends votre é|>ée, et vous dispense du serment, vous priant seulement de me suivre aujourd'hui. » L'inébranlable Cédcrstron supplia le monarque de l'exempter du scr\ice : •« Sire, lui dit-il, je ne ré|)ondraib |H>iul a votre conliam^. •
DE FRÉnÉniG II. 275
Transporté d'un ardent enthousiasme^ Gustave s'était «'^2hautement déclaré Tantagoniste de la révolution française, et comme le chevalier de la coalition. Sa gloire n'y a rien gagné.
Tout près de la Suède, un procès d'une nature scan* daleuse venait d'occuper l'attention de l'Europe; le palais du roi de Danemarc|c en avait été le théâtre. A la suite d'une enquête judiciaire, la reine Caroline-Mathilde fut privée de ses droits d'épouse; on l'accusait d'entretenir un commerce criminel avec le comte de Struensée; celui-ci et le comte de Brandt, son âmi, per* dirent la tête sur l'échafaud ^ .
Né à Halle > en 1737, d'une famille bourgeoise, Struensée, attaché d'abord à Christian VII, en qualité dé médecin, s'était élevé, par de rares talents, à la plus intime confiance de son maître. Bientôt, revêtu du titre de premier ministre, il fut plus roi que le roi luimême» On put lui reprocher de l'Orgueil et trop d'ambition ; mais il abolit la censure, et le Danemarck lui dut la liberté de la presse, bienfaits inappréciables qui honorent à jamais sa mémoire.
Au reste, ce ne furent pad les seuls. Homme d'État dans la véritable acception du mot, Struensée travailla constamment à la prospérité publique. Économe des deniers du peuple, il diminua les appointements, supprima les sinécures, mit la cour sur un pied moins élevé.
* « Slniensée est un sol, dil Frédéric en apprenant celle nouTclle; il ne faul coucher a^ec les reines que lorsqu'elles r^gnenl, el qu'on esl généralissime de leurs troupes, y
i:7tf- n^rorma l'amirauté, les chancelleries allemande et da-
noise, allégea le poids des impôts, et réduisit le nombre des corvées, préparant ainsi raflranchisseroent de la servitude en Danemarck, affranchissement décrété plus tai*d par une loi générale.
Le nombre et surtout le rang de ses ennemis attestent combien d*abus il avait déjà déracinés dans sa courte administration. Certaines haines sont pour un ministre la mesure des bénédictions du peuple.
Depuis l'arrôt qui le priva de la vie, les passions contemporaines se sont calmées; cette justice, qui commence au tombeau, a réhabilité le nom de Struensée.
A la même époque, et pendant presque toute la dernière moitié du dix-huitième siècle, on vit la nation danoise marcher rapidement dans les voies de la civilisation; sa reconnaissance embrasse dans un môme amour les noms de Frédéric V, de son digne ministre Hastwig Bemstorff, de Guistian Vil, ami du peuple tant ({ue des breuvages donnés par sa belle-mère, Julie- Marie de Brunswick-Wolfenbutel, n'eurent point altéré sa raison, et d* André Bernstorff, neveu du précédent, vrai bienfaiteur de sa patrie, mort, en 1797, environné des respects de l'Europe entière.
Tandis que la Porte et la Russie traitaient de la paix, et qu'un prétendu Pierre III, le cosaque Pugatscheff menaçait Catherine sur son trône, une vaste corporation religieuse, dont le monde entier a senti la puissauce, s*écroulait, vaincue à son tour. I^s Jésuites étaient bannis de l'Espagne, des Philippines, du Pérou, du Mexique, du INira^uai, du Portu^^al, du Rrésil, et.
DR PHÉbÉRIC H. 277
peu après^ de la France, des Deux-Siciles, du duché nn de Parme, de Malte, de la Hongrie, de la Pologne, de rAllemagne ; enfin, un pape, Clément XIV, avait signé la fameuse bulle de suppression.
Jugée sans haine, sans récrimination et sans le cortège obligé des plus absurdes calomnies, cette société célèbre offre à l'esprit humain, comme aux investigations de l'histoire, un phénomène des plus remarquables. Ne serait-il pas intéressant, de déterminer, dans un examen impartial, quelle influence la politique jésuitique exerça sur les décisions des cabinets européens depuis le seizième siècle jusqu'à la chute de la Société; cette politique qui avait pour bases principales l'ascendant des idées religieuses, la direction des consciences, l'attentive étude des personnes et des choses, l'emploi judicieux des hommes^ suivant leurs talents, une infatigable direction vers le but prescrit; qui, variant, selon les lieux, à Rome, à Pékin, à Madrid, à Versailles, à Lisbonne, se modifiait aussi à l'égard des grands, du haut clergé, de la classe mitoyenne et du peuple, s'emparait des esprits, réglait, à son gré, la diffusion des lumières, dominait les trônes, et enfin s'attacha, dans toutes les classes, des partisans enthousiastes, d'ardents sectateura * ? Certes, peu d'institutions sur la terre furent douées d'une aussi prodigieuse vitalité.
Par un singulier concours de circonstances, le Parlement de Paris, ce corps antique qui venait de détruire,
* Flassan, Histoire de la diplomatie fratiçaise^ tome VU.
1:7). en France, la Compagnie de Jésus, ne tarda pas à succomber lui-même ; il fut cassé, le 13 avril 1771.
Un contre- coup de cette commotion violente frappa les parlements de province'; tout l'édifice judiciaire était bouleversé ; le désordre des finances avait jeté Talarme dans les familles; de toutes parts, s'élevaient, contre l'abbé Terray, des cris de haine, éloquents témoignages de la misère publique.
A la cour, une comtesse Du Barry ajoutait au scandale de sa vie passée le scandale de sa faveur présente.
Quand Louis XV cessa de vivi'e, à l'âge de soixantequatre ans, après un règne de plus d'un demi-siècle, ce fut sans regrets du passé, sans honte du présent, sans préoccupation des menaces de l'avenir. Pour un roi de France, quelle entn?e au toml>eau !
Aussi la joie du peuple insulla-t-elle à sa cendre : depuis longtemps, ce prince avait abdiqué le surnom de 6i>n-atmé, ou plutôt il avait rendu un titre qui ne lui appartenait pas.
La nation accueillit son jeune successeur avec enthousiasme; l'ivresse publique fut au comble, lorsqu'on vit un Turgot, un Malesherbes, s'asseoir dans les Conseils du monarque. Une jeune reine, brillante de grâces et de beauté, partageait le premier trône du monde ; tout semblait enfin promettre à la France le terme de ses maux, et des jours sereins avec un long bonheur.
Cependant tes commissaires des puissances coparuigéantes ne s'accordaient ni entre eux, ni avec les Polonais, relativement aux nouvelles démarcations de la malheureuse république.
Frédéric le savait. niv
Afin de prévenir ou de terminer les différends que rxiutriche, selon le plan favori de Kaunitz, provoquait entre les cours de Russie et de Berlin, il pria son frère de se rendre auprès de T Impératrice. Le prince Henri vint donc, une seconde fois, à Saint-Pétersbourg.
C'était la veille de Pâques. Toujours attentive à flatter Tesprit de U multitude S Catherine, avec sa cour, passa la plus grande partie de la nuit à Féglise; arrjvé fort tard, le prince ne put la voir que le lendemain. Quelques conférences aplanirent toutes les difiicMltés.
Henri était depuis peu de jours dans cettp capitale, lorsque mourut, en couches, la Grande-rDuchesse, fille du landgrave de Hesse-Darmstadt, sœur de la princesse, depuis reine de Prusse'. La Tz^rîne avait, dit^n, cherché à rendre suspecte, au grand-duc Paul, la vertu de sa jeune épouse ; et, soit que oellcrd eût déjà eu effet quelque penchant pour Razumoffski, soit que les obstacles qu'on lui opposait fissent naître cette préférence, elle entretint, avec lui, une correspondance secrète. Bientôt même, pour se venger du inal que la T^rîne avait voulu lui faire, la Grande-Duchesse se jeta dans des intrigues politiques ; tels furent du moins les bruits contemporains. Sa mort fit imputer à Catherine un crime de plus*.
1 Vie de Catherine II, tome U.
* Épouse de Frédôric-Guillaunio Jl, et mère de Frédéric Ul, aigourd*liui régnant.
* Vie de Catherine //, tome 11 j — fiésumi de Fhistoire de Bussie, par M. Alpli. Rabbe.
1772- T(5moin de ce triste événement, qui avait altéré la
santé du Grand-Duc, le prince Henri rendit à Paul des soins affectueux; il parvint même à réconcilier la mèro et le fils, entre lesquels ce mariage avait sensiblement augmenté la mésintelligence \ Un service de cette nature les pénétra tous deux de reconnaissance, et le crédit du prince y gagna beaucoup. Catherine ne tarda même pas à lui donner un gage de ses nouveaux sentiments pour la Prusse. Manifestant un jour, en sa présence, l'intention de remarier promptement son fils, Henri lui proposa la princesse de Wurtemberg, sa petite-nièce, qui fut aussitôt agréée'.
C'était un coup de politique fort adroit que de placer si près de ce trône périlleux, où les femmes seules semblaient en sûreté, une princesse étroitement unie i\ la Maison de Brandebourg.
Dorothée de Wurtemberg avait été promise à l'héritier présomptif de Hesse-Darmstadt; mais Frédéric, tirant habilement parti de son ascendant sur l'esprit de ce prince, lui montra sa gloire intéressée au sacrifice de son amour. Il invita ensuite le Grand-Duc à venir à Berlin, pour y voir sa future compagne avant de
I Vie privée, politique et militaire du prince Henri de Prusse^ Paris, 1809.
• Sophie-Dorolhéc de Wurlrmbcrg, née le 25 oclobrc 1759, de Frédéric-Guillaume, frère du duc régnant et grand-père du roi acluel de Wurlemberg, et de Frédérique-Dorothée de Brandeliourg-Scliwedt, qui élnil fille de Sophie-Dorolliée-Uarie de Prusse, sœur de Frédéric W. Avant le mariage, célébré le 13 octobre 1776, la nouvelle grandcduchesse embrassa la religion grecque et prit le nom de Mario Fiuderowna.
rien conclure; le Roi désirait personnellement le cou- [y^l" naître.
Paul arriva dans cette capitale le 21 juillet 1776, accompagné du maréchal de RomanzoiT. Frédéric, si simple, si modeste dans sa vie privée, reçut Tillustre voyageur avec magnificence. Des fêtes brillantes eurent lieu à Charlottembourg S à Postdam, à Sans-Souci. Le monarque prussien, qui ne manqua jamais Toccasion d'une attention délicate, fit manœuvrer ses troupes par bataillons carrés, rappelant ainsi, au général russe, sa victoire de Kayal sur les Turcs*.
Tranquille du côté de la Russie, assez fort pour ne plus craindre l'Autriche, Frédéric, respecté de l'Europe entière, poursuivait, avec une ardeur toujours croissante, le cours de ses pacifiques travaux. Le bien-être de la Prusse occupait toute son attention.
Déjà, en 1765, il avait encouragé la création d'une Banque nationale, établie d'abord à Berlin, et, bientôt après y dans les principales villes du royaume; une avance, à titre de prêt, de huit millions de thalers eu espèces, pour servir de capital, des privilèges particuliers et une complète indépendance de toute autorité administrative, furent accordés par le Roi. La même année vit s'élever, sous les auspices du monarque, une Chambre d'assurance maritime, avec un privilège pour trente ans et un capital de dix-sept millions de thalers, fourni par quatre mille actionnaires.
* En 1838, j'ai trouTé, Tivant encore, et toujours aUacIié au service du même château, un vieux serviteur contemporain de celte circonstance.
« rie de Calherine II, tome IL
282 uisToinE
1176- Impatient du tribut que payait la France aux manufactures étrangèi*es, Frédéric portait toute l'énergie de sou àine, toutes les ressources de son génie vers le développement de Tindustrie nationale. Les laines^ les toiles, les soieries^ les porcelaines^ les quincailleries s^a-r mélioraient tous les jours. Pour n'avoir plus à dépendre des HambourgeoiSy on encouragea non moins vivement les raffineries de sucre de Berlin. Des cours publics lurent consacrés à l'enseignement des sciences exactes, mères des applications industrielles, à la physique, à la cliimie, à la minéralogie, à Téconomie forestière, etc. Confiés au zèle éclairé du baron de Heinitz, les fonderies et l'art d'exploiter les mines firent de rapides progrès ^ Mais nulles mesures n'exercèrent une influence plus puissante sur ta prospérité agricole du royaume que les ordonnances qui réglèrent enfin les rapports des paysans avec leurs seigneurs, et la création d'une Caisse hypôlhi^ Caire. Jusqu'alors, les malheureux habitants de la campagne, surtout dans les nouvelles provinces prussiennes, avaient été victimes des plus criants abus : dans le comté de Glalz surtout, et dans le duché de Silésie, rien de plus vague, rien de plus incertain que la position relative des seigneurs et de leurs vassaux ; d*un côté, exigeances tyranniques, de l'autre, quelquefois refus de corvées légalement dues; partout, pi*ocès sans nombre, procès sans fin. Une ordonnance de 1773 précisa daiui quels cas et à quelles conditions le serf pourrait réclamer
* Hintoire politique, iidministraiive^ civile et militmr$ de la Ptvm» depuis la fin du rètjtie de trédéric le Grand jm([u*au traité de I8|5. Paru, 1828.
son affraucbissement: elle allégeait, niais pas assez n-^opourtant, le prix de son rachat.
Ou a vu plus haut les inconvénients de la multiplicité des fétesy et les immenses avantages que produisit la suppression de quelques-unes; libre de toute corvée ces jours-là, le paysan travaillait pour lui-même. Mais l'ordonnance qui améliora davantage sa situation fut celle du 12 septembre 1784 : elle statuait qu'à l'avenir, afin de pouvoir distinguer qui, du seigneur ou du vassal, était fondé dans ses prétentions, des contrats de labeur seraient passés entre eux, par-devant un agent préposé à cet effet dans chaque district; de plus, ces contrats devaient être vérifiés et confirmés par une Agence Générale résidant à Breslau,
Quant à l'organisation d'une Caisse hypothécaire, ce fut un immense service rendu aux propriétaires fonciers , qui , écrasés de dettes dans presque tout le royaume, mais en Silcsie surtout, se trouvaient livrés à la merci de leurs créanciers. Ce triste état de choses frappa vivement pn négociant berlinois dont le nom mérite une place dans Thistoire, Baring : voulant y porter remède, il présenta, en 1767, au baron de Carmer un projet qui, trois ans après, fut exécuté : c'était de réunir, en une société de garantie solidaire, tous les pi*oprîétaires de domaines seigneuriaux. Des mandataires spéciaux furent chargés d'emprunter tous les capitaux qu'ils pourraient trouver, et, après une estimation exacte des biens des sociétaires pressés d'argent, de leur en avancer jusqu'à concurrence de moitié de la valeur de ces biens; en échange, ils recevaient des reconnais-
284 UISTOIRB
n7n* sances nommées Mandais hypolhicaires , susceptibles d*étre mis en circulation comme numéraire. La société percevait, d'avance, un semestre d'intérêts pour le rembourser aux porteurs de ces inscriptions. De cette manière, le propriétaire foncier pouvant emprunter à un taux modéré, et le capitaliste trouvant par ses fonds un placement sans danger, la confiance revint, les terres reprirent valeur, l'argent put circuler, le malaise disparut.
Heureux des bienfaisants résultats de cette institution, Frédéric s'efforça d'y associer toutes les provinces de la monarchie ^
La guerre de 1756, et les désastres qu'elle entraîna, avaient éloigné une foule de malheureux : rassui'és à l'aspect de la prospérité publique, plus de cent mille Prussiens revinrent dans leur patrie. Aussi, dès l'année 1773, la population, comparée à ce qu'elle était en 1756, avait-elle augmenté de plus de deux cent mille âmes.
Obligé, par sa position financière , à une rigide économie, Frédéric savait rendre ses libéralités doublement utiles. Voulait-il soulager les gentilshommes d'une province ruinée, il leur concédait de forts capitaux à perpétuité, sous l'unique condition de payer un ou deux pour cent d'intérêt; ce produit servait à pensionner des veuves d'anciens militaires ou à salarier des maîtres d'école. Nul service n'était dédaigné ; des récompenses pécuniaires, des médailles, de flatteuses distinctions
* Histoire fH>lHit(tu , civile , administrative et militaire de la Prui^sc, etc, — Voir aussi Monarchie yruMsienne^ louio 1.
DR FRÉDÉniG II. 285
allaient chercher le plus obscur citoyen, si, dans sou 1770étroite sphère, il se rendait utile. L'institution de prix et de gratifications annuelles secondaient efficacement les intentions du monarque.
Après avoir relevé les forteresses détruites, on en construisit de nouvelles. Les magasins furent remplis pour une campagne; au besoin, ses finances eussent permis au roi de Prusse de soutenir seul la guerre durant plusieurs années. De sanglantes défaites, des victoires non moins coûteuses, avaient dévoré Tarmée. Eu peu de temps, giâce au salutaire usage des congés semestriels, et, sans que l'industrie ou Tagri culture en souffrissent, deux cent mille hommes furent sous les armes.
La navigation des États prussiens rie pouvait rester étrangère à ce vaste plan d'améliorations; Frédéric eut bientôt rendu respectable le pavillon de sa nation. Sous lui, la marine marchande (le royaume n'en comportait pas d'autre) occupait douze mille matelots environ.
Par sa nature, par la simplicité du service, par la précision des rouages, le gouvernement de ce prince était tout militaire ; mais jamais administration n'activa plus puissamment la vie sociale.
Voilà ce que peut faire un roi n'ayant ni favori ni maitresse, et qui, selon ses propres expressions, « vit comme un particulier, pour ne point manquer à ses principaux devoirs *. »
Tant de soins graves ne détournaient point Frédéric de ses occupations littéraires; le palais de Sans-Souci
* Mémoires depuis la paix de Hubertsbourg (17G3) jusqu'à la fin du partage de la Pologne {Mlli).
28G HtSTOIHB
177G- était toUjoui'6 la retraite paisible^ où le philosophe venait se reposer de ses royales fonctions; repos digne de lui^ car ce n'était qu*un nouvel exercice de sa pensée. Là^ entouré de livres chéris , il goûtait le bonheur d'une vie simple et privée. Tantôt^ un livre à la main, suivi de ses trois chiens fidèles S il errait sous de solitaires ombrages; tantôt, au milieu d'une société choisie, il se plaisait à interroger les grands siècles de l'histoire ou les beaux jours de la littérature. Dans ces doctes combats de l'esprit, nul autre que Voltaire ne put jamais lui disputer la victoire. Mémoire prodigieuse, élocution brillante, urbanité exquise, tout donnait à sa conversation un charme séduisant.
Quel que fût son rang ou sa profession, tout étranger, s'il avait quelque mérite, trouvait à Sans-Souci un aci!ueil flatteur. Ce n'était point de ces politesses banales, apprises par cœur et répandues avec indifférence, mais des questions bienveillantes annonçant un intérêt éclairé, de ces mots heureux qui émeuvent et que l'on n'oublie jamais.
Sans-Souci était devenu le rendez-vous de toutes les réputations de l'Europe. Publicistes, militaires, poètes, savants, philosophes, historiens, artistes, tous dirigeaient leurs pas vers cet asile du génie. On était jaloux de contempler de près ce monarque grand dans la guerre,
* Frédéric plaisantait en voyant ses meubles, d'ailleurs si simptei» rongés par ses levrettes : « Iles petits diiens, disait-il» déchirent mes fauteuils; mais qu'y faire? Si je les faisais raccommoder aigourd'Iiui, ce serait à recommencer demain. Il faut bien prendre patience. Au lM)ut du compte, une marquisic de Pompadour me coulerait bien da\unlagc, et mo serait moins fidèle. <»
plus grand encore daiis la paix^ auquel il ue manqua que n76d*étre assis sur un trône plus élevé pour donner son nom à son siècle.
En approchant de ces demeures augustes^ quelques soldats sans armes, un petit nombre d'utiles serviteurs, indiquaient seuls la présence du maître. Loin de lui ces vaines somptuosités des cours qui contrastent si péniblement avec la misère du peuple> et ces légions de valets de toutes les classes, hpnteuses sinécures où Thonime perd sa dignité, et TÉtat une partie de ses forces.
Que de fois Frédéric, vêtu d'un simple habitbleu, sans cordons, sans insignes, ouvrit lui-même au voyageur les portes de ces jardins tout pleins de sa renommée! Un seul indice aurait pu le trahir, c'était cette affabilité de bon goût, si gracieuse dans un particulier, si touchante dans un puissant monarque. Ne se contentant point d'être uu grand homme, il voulait encore être homme aimable; ce mérite^ qui n'ôte rien à la majesté du trône, le roi de Prusse le posséda au suprême degré.
A Sans-Souci, selon la spirituelle expression d'un éminent académicien, Frédéric semblait faire, avec la modestie d'un sage, les honneurs de sa gloire/.
Mais, si le génie donne aux souverains la gloire ; si les dons de l'intelligence les décorent d'un nouvel éclat, la bonté seule les rend populaires et les entoure de bénédictions. Voici un fait qui peint à merveille Frédéric dans ses relations familières et bienveillantes avec ses sujets : un étudianten théologie, no trouvant point à se placer eu
• M. Alfred de Vigny, Servitude et graiuleur militaire.
Thuringe, sa patrie^ vint à Berlin, dans Tannée 17(iG. 1780 Visité à la douane de cette ville, on trouva sur lui pour quatre cents dcus de Balzen, monnaie prohibée; c'était toute sa fortune. Le pauvre étranger eut beau protester de son ignorance à ce sujet, les batzen furent impitoyablement confisqués. Bien triste, Tétudiant se dirigea vera une hôtellerie dont le mattre, rassuré par une malle remplie de linge, consentit à le recevoir. Il était là depuis deux mois, nourri à crédit, car on ne lui avait pas laissé une obole, quand arriva l'avocat B... Enhardi par Tair engageant du jurisconsulte, le Thuringien lui conte sa mésaventure; B... prend feu, déclare que c'est une révoltante injustice, et promet de recouvrer l'argent moyennant un salaire convenu. « Nous allâmes (c'est l'étudiant qui parle) chez le ministre. Dès que l'avocat eut exposé sa requête : u Monsieur, lui répondit le c( fonctionnaire, veut sans doute critiquer la dui*eté de « mon roi ! Je le vois, vous avez envie d'aller à la préce voté de l'hôtel ; continuez à parler ainsi, cet honneur f( vous sera accordé.» Que fuit l'avocat ? il soit. Je veux le suivre; il avait disparu. Enfin quelqu'un me conseilla de présenter une supplique au Roi ; je la fis courte, précise, et, sans avoir un denier dans ma poche, je m'acheminai vers Postdam, en me recommandant à Dieu.
i( C'est là que, pour la première fois, j'eus le bonheur de voir ce grand monarque. Il était sur la place du château, exerçant ses soldats. Quand cela fut fini, il rentra dans le jardin, et les soldats se retirèrent; quatre ofTiciei*s seulement restèrent à se ju-omener sur la place. Kt moi, <lc frayeur, je demeurais immobil*'. Enfin pour-
DR FBÉDÉRIC II. 289
tant, je sortis mes papiers de ma poche; c était ma pé- ii^«tition et un passeport de Thuriiige. Les officiers , m'ayant aperçu^ s'approchèrent : « Quels sont ces pari piers? » me demandèrent^ls. Je les leur montrai volontiers« ((Écoute^ reprirent-ils^ hoiis voulons te douce ner un bon conseil : le Roi est aujourd'hui des plus ce gracieux; suis-le, et tu seras content. »
a Par respect, je m'y refusais; voilà que l'un me prenant par un bras, l'autre par une épaule, tous m'entratnent : « Au jardin, au jardin, » disent-ils. Là, ils cherchent le Roi.
Frédéric causait avec un jardinier, et, baissé vers un arbuste, nous tournait le dos. Les officiers, m'ayant ordonné de m'aiTÔter, me firent faire, à voix basse, l'exercice suivant : u Le chapeau sous le bras gauche ! le pied u droit en avant! sors la poitrine ! la tête haute ! la main « droi te en Tair avec les papiers I et ne remue pas. »Puis ils s'éloignèrent, se retournant de temps à autre pour voir si je gardais bien ma position. Comprendre qu'ils s'amusaient à mes dépens était chose facile; mais je n'en restais pas moins roide comme une statue, tant j'avais peur I « Bientôt le Roi se releva ; surpris d'une attitude aussi peu usitée, il me regarda fixement : je crus alors que le soleil dardait d'aplomb sur ma figure. Bientôt, le jardinier vint prendre mes papiers; Frédéric, les tenant à la main, passa dans une autre aUée, et disparut. c< Quelques moments après, il revint à l'arbuste, mes papiers ouverts dans la main gauche, et me fit signe d'approcher. Enhardi, j'allai droit à lui. Oh! avec quelle bonté il me parla ! (c Mon cher Thuringien, me
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1776- « dit-il, tu es venu chercher du pain à Berlin en en-
i( seignaut la jeunesse; et les douaniers, en te visitant, a t*ont pris le pain*que tu apportais de ThuringOt II « est vrai que les Baitm 9ont défendus ici ; mais il^ pu-- K raient dû te dire ; Vous ^tes étranger, et ne con- « naissez point la défense ; nous allons cacheter votre a petit sac ; reprenez-le, et repvoyez-le en Thuringe c( pour avoir une autre monnaie en place. Mais c est « mal de l'avoir pris* Sois trpqquille, (u retrouveras <c ton argent avec Tintérât* Mais, mon ami, le pavé do « Berlin est brûlant; on n*y donne rien pour rien; (c avant que tu ne sois connu, ce peu d'argent sera a mangé. Que faire alors ? v
u Je comprenais â meprçillei mais la timidité ne me permit pas de dire : « Votre Bfajesté daignera-t-elle « prendre soin de moi? ^^ Voyant que je ne demandais rien, le Roi ne m'offrit rien> et me quitta* Mais, se ror tournant après avoir fait sept ou huit pas, il me 6t signe de le suivre ; j'approchai^ et il commença ainsi mou examen : « Où as-tu étudié? — A léna, Sire* — Sous « quel professeur as-tu été inscrit? — Sous le professeur « de théologie Fœrtscb. — Quels étaient les autres proc< fesseurs de la faculté de théologie? — Buddée, Dantz, « Weisseuborn, Walch. — As-tu bien étudié la Biblique? w — Oui, Sire, sous Buddée. — Est-ce le même qui a « tant disputé avec Wolff? — Oui, Sire, et.... — Quels a autres cours as-lu encore suivis? — Sire, j'ai fait la w Thélique cl l'Exéliquc, sous le docteur Fœrtsch; (( l'Herméneutique |K>lémique, sous le docteur Walch; « l'Hébraïque, sous le docteur DaiUz; I Homélétique,
DE PRÉDÉR10 ir. 294
« 80U8 le docteur Weisseuborn ; la Pastorale et la Mo- niiH a vole, 80U8 Buddée* — Les étudiants se battent-ils Ci toujours à léna^ comme autrefois? — Ces désordres (c sont passés de mode, et, pourvu qu'on ne heurte point (c les usages établis, on y peut vivre aussi tranquillement <c que dans toute autre université. Quand j'entrai à léua, K quelques-uns de ces Renominei furent chassés et mis en Ci prison à Eisenach; cette leçon modéra leur courage. »
Ci Alors une heure sonna, ce II faut que je m'en aille, (c dit le Roi; on m'attend pour dîner. » Au sortir du jardin, les quatre oiïïciers, encore sur la place, le suivi-^ rent. Et moi, je restai tristement devant le ch&teauy n'ayant rien dans l'estomac depuis vingt-sept heures, rien dans la poche pour acheter un morceau de pain^ après avoir fait quatre milles ^ à pied, dans le sable, par une chaleur affreuse. Il y avait du courage à ne pas pleurer. J'étais là, le cœur serré, quand uu hussard^ valet de chambre du château, vint sur la place, deman-^ dant : « Où est la personne qui a parlé dans le jardin « à Sa Majesté? — C'est moi, » répondis-je.
« Alors, il me conduisit au château dans une grande salle où étaient des pages, des laquais, des hussards, et, me faisant approcher d'une table copieusement servie, où se trouvait un couvert, il me présenta une chaise« et me dit : -^ Tous ces plats, c'est pour vous que le ce Roi les a commandés; il vous invite à bien dtner, « sans vous laisser intimider par personne, et j'ai l'ordre « de vous servir.
I Uuil lieues, ou enriron irente-^dcux kilomèlreA.
\Vm *^ floiifondu, je ne savais que faire; comment concevoir que le hussard du Roi allait me servir? je le priai donc de s'asseoir à mon côté ; il ne voulut pas, et, alors, prenant bravement mon parti, je mangeai de tout cœur. I^ hussard avait grand soin de bien me servir à boire. Après le dessert, il enveloppa dans du papier tout ce qui restait de cerises et de poires confites, et me le donna pour me rafraîchir en route.
Comme je nie levais de table, bénissant Dieu et le Roi, un secrétaire entra, et me remit, avec mes papiers et une lettre pour la douane, cinq ducats et un frédéric que m'envoyait le Roi pour retourner à Berlin. Ensuite, il m'accompagna à la porte du château, où vint s'arrêter un fourgon, attelé de six chevaux. — (c Le Roi, dit aux u gens le secrétaire, vous ordonne de conduire ce jeune (I homme à Berhn, et de n'accepter de lui aucune « étrenne. » — Après avoir très-humblement remercié le secrétaire de tant de bontés, me voilà en route.
(c Dès mon arrivée, je vais droit à la douane. Â peine le chef eut-il ouvert la lettre du Roi qu'il devint blanc comme neige, puis rougit, ne dit mot, et passa le fatal papier à un autre employé; celui-ci, après s'être fortifié d'une prise de tabac, toussa, mit ses lunettes, lut et i*emit à un troisième. Ce dernier enfin i*etrouva la parole, et me dit de signer une quittance portant que j'avais reçu, sans aucune retenue, quatre cents écus de Brandebourg pour mes Baizen. La somme m'ayant été aussilAt comptée, un employé fut chargé de m'accompagncr à mon hôtellerie, et d'y payer toute ma dépense passrc. Pour c^^Ia, on !ui lemlt vingt-qiiati*e écus, avec
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iujonction d'en venir chercher d'autres si cet argent ne «ijjjsuffisait pas. C'est ce que le Roi entendait par ces mots : « Tu retrouveras ton argent avec l'intérêt.. » Mais l'employé n'eut point à revenir, car je n'avais dépensé que dix écus dans les huit semaines. Telle fut l'heureuse issue de ma triste aventure ^ »
Nulle classe de ses sujets n'inspira à Frédéric une aussi tendre sollicitude que les paysans. En tout temps, ils pouvaient lui parler directement de 1eui*s affaires, et remettre eux-mêmes leurs placets entre ses mains. Dès qu un homme de la campagne arrivait à Postdam, on lui demandait s1l venait pour s'adresser au Roi; sur sa réponse affirmative, on inscrivait son nom, et il enti*ait à son tour. Frédéric voyait-il, d'après le rapport, qu'un paysan avait déclaré à la porte vouloir lui parler, et que néanmoins il ne s'était pas présenté, aussitôt un hussard courait à cheval après lui, avec Tordre de lui demander pourquoi il n'avait pas paru, et, si c'était par timidité, de l'encourager à revenir.
Aussi ces braves gens ne quittaient-ils leur roi qu'avec une profonde émotion d'amour et de reconnaissance: un refus même, quand leur demande était injuste, ne les blessait pas; tant Frédéric avait pris soin de l'adoucir! Anoblis à leurs propres yeux par cette touchante protection, et fiers d'un tel appui, ils étaient prêts à tous les sacrifices : leurs femmes, leurs enfants parta-
I Denktourdigkeiten meifier Zeil^ oder Beitrage zur Geschichle vom lezlen Viertel des achzehnten und vom Anfang des neunzehnlen Jahr^ hunderls 1778 bis 1806. Von Uirislian Willielm von Duliin.
I71S- geaientcetentliousiasme, etleiiomdeFi^édëriciredoutd dans les salons dores des ministres, était béni dans les chaumières.
Jamais ce prince, d*bumeur si railleuse, n'embarrassa un paysan par une plaisanterie, ou seulement même en paraissant comprendre la plaisanterie d'un autre. Deux Pomëraniens s*étant présentés à Postdam pour remettre un placet au Roi, un grenadier de garde leur pei-suada, sans grande peine, qu'on ne pouvait paraître devant le souverain sans une haute et large frilure : en même temps, il leur indiqua le perruquier du régiment. Celui-ci, enchanté d'une mystification qui va fournir à son habileté l'occasion de se déployer avec éclat, relève l'épaisse chevelure des Poméraiiiens, la dresse en une énorme pyramide qu'il enduit dépendre et de giaisse, et consolide le tout à force d'épingles. Ainsi accommodés, avec des figures que la hauteur de leurs toupets gigantesques i*abaisse aux deux tiers de la taille, avec leurs pelisses de peaux de moutons, et leurs bottes garnies de paille, les deux solliciteurs entrent au château. A cet aspect grotesque, les domestiques, ne pouvant modérer le rire qui s'empare d'eux, s'éloignent ou cachent leur visage; la même disposition se communique au Roi, mais il la comprime, écoute, avec une sérieuse et bienveillante attention, les doléances des Pomëraniens, prend le placet, leur promet justice contre leur bailli, les renvoie enchantés, et attend qu'ils soient loin pour s'abandonner librement aux éclats d'un rire qu'une longue contrainte ne rend que plus impétueux. Frédéric connut les auteurs do celte iriV^vérencieuse
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facétiei mais tiulle punition ne vint trbubler la joie de i^t^leur succèà.
Une pauvre paysanne lui avait offert des fruits à Breslau; ravie de râccueil du Roi, elle lui en envoya d'autres Tantlée suivante/ avec Une lettre où elle lui souhaitait bien des années de vie, pour qu'il vint souvent encore les Visiter, w Bonne mère, luî répondit Frédéric, je Vous remercie de votre beau frUit; Si Dieu m'accorde santé et vie, je reviendrai dans UU an. Gardez-moi quelque chose pour ce temps-là. Quant à Ce que vous me dites, que votre petit héritage est chargé d'une dette de c^nt vingt écus dix gros six fenius, cela n'est pas bon vraiment. Il faut de l'économie; autrement, vous reculeriez, au lieud'avancer^ Je vous envoie ici deux cents écus, qUe j'ai aussi bien empaquetés'; payez donc vos dettes, et dégagez votre petit héritage. Mais ayez soin de bien économiser; c'est lui coni^eil que je vous donne sérieusement comihe votre bon roi, Frédéric. }t
L'usage était que le Roi nommât à toutes les cures de ses domaines; et ce droit, le Gnind-<]onsistoire l'exerçait au tiom du monarque. Mais, toujours bienveillant pour les campagnes, Frédéric, dès qu'une commune refusait le curé élu par le Consistoire, obtempérait à sa réclamation. Vainement, le Consistoire insistait; la commune avait toujours raison, (c Sa Majesté (ordre
* La hoiiiio femme faisait naïvement remarquer au ttoi, dons sa IcMré, avec quel soin son mari et elle avaient enveloppé dé paille les fruits.
f 776- du cabinet, 17 juillet 1764) ne veut point du tout empêcher les communes de choisir le pasteur qu'elles préfèrent, et qui leur inspire le plus de confiance ; car c'est pour elles qu'il prêche ; mais pourvu qu'elles choisissent un homme de bonnes mœure et d'une conduite irréprochable. »
Il en était de même pour les maîtres d'école. « Je no veux absolument pas (ordre du cabinet, 15 novembi*e 1783) que l'on chicane les paysans au sujet de leurs prêtres et de leurs maîtres d'école ; mais j'entends, au contraire, qu'on leur donne c^ux qu'ils veulent avoir, pourvu qu'il n'y ait rien à dire contre leur conduite. »
Au reste, on ne peut prendre une idée exacte des sollicitudes de Frédéric pour le bien-être des paysans, qu'en examinant avec soin les instructions données par lui aux agents qui visitaient, deux fois l'année, les bailli<ages de ses domaines. Malheureusement, les bornes de cet ouvrage ne permettent point d'exposer ici tous ces détails.
Frédéric entretenait moins de domestiques qu'un particulier opulent. Le luxe des fruits était le seul qu'il connût. Le soleil exerçait sur toute sa personne une très-vive influence. «J'ai manqué ma vocation, disait-il un jour ; j'étais né pour être espalier. »
i< Si la nature, disait-il une autre fois à Mirabeau, m'eût fait naître un de ces hommes qu*on appelle conquérants, j'aurais entrepris la conquête du royaume de Naples, parce que j'aurais vécu infiniment plus longtemps dans ce climat que partout ailleurs ; et, croyez-
moi, beaucoup de conquêtes ont été entreprises pour iîhdes motifs moins raisonnables. »
Jamais ce prince n'autorisa chez lui Tusage des galas, des tables de cour. Â moins que le rang de certains voyageurs ne le condamnât à déployer un faste royal, il abandonnait volontiers aux princes et aux princesses de sa famille le soin des réceptions. Chacun d'eux avait ses revenus en apanages fixés, que jamais la dépense ne devait excéder. Un édit de 1769 défendit de prêter aux princes de la Maison royale, déclarant nulles à l'avenir toutes les dettes de ce genre *.
Après la guerre de Sept-Ans, le Roi, s'imposant une économie plus rigoureuse encore, renonça à ses acquisitions de tableaux ; il était, au reste, fort peu connaisseur en ce genre. Le nombre de ses musiciens fut également réduit. Sa chapelle était excellente, mais rOpéra italien médiocre ; encore n'y jouait-on quen hiver.
Malgré Téclat fâcheux de la rupture avec Voltaire, une irrésistible sympathie, venant au l'esté chez eux beaucoup plus de l'esprit que du cœur, eut bientôt réconcilié le monarque et le philosophe. Frédéric, comme on Ta déjà vu, fit les premiers pas. Tous deux avaient donc renoué cette mémorable correspondance, où brillent tant de mérites divers. Jamais encore les plus hautes questions soumises à Tentendement humain n'a* vaient étéposées, sinon résolues, avec un égal mélange de sérieux et d'enjouement, de badinage caustique et
1 Mirabeau, Mo fiarchie prussienne , lomolV.
n^G- de gravité. Ce commerce épislolaire, où revivent, d'uue façon si originale, Tesprit et la tendance du 4i^-hui-> ti^me siècle, ne cessa qu'en 1778; la dernière lettre de Voltaire est datée de Paris, où il allait triompher et mourir.
Peu de rois ont pensionné des républicains : Frédéric se déclara hautement le protecteur de Jean -Jacques. Tandis que le parlement de Paris faisait brûler Emile par la main du bourreau , et décrétait Rousseau de prise de corps; tandis que Genève adoptait les mêmes mesures, ofii*ant ainsi le déplorable exemple d'une ré* publique marâtre qui s'associe contre un de ses (ils à d'ineptes vengeances, le monarque prussien tendait les bras h l'illustre proscrit.
C'était en 17G2 : la guerre durait encore, et Frédéric respirait à peine des terribles épreuves qui l'assiégeaient depuis six ans. Au milieu de tant de dangers personnels, l'intérêt qu'il prenait au sort do Jean-Jacques n'en devenait que plus méritoire.
Pour témoigner de sa gratitude, Rousseau sembla faire un appel à toute la fierté de son Ame, à toute sa rude indépendance. « Sire, écrivit-il de Motîers-Travers', vous êtes mon protecteur, mon bienfaiteur, et je porte un cœur fait pour la reconnaissance; je veux m'aciiuitter envers vous, si je puis.
« Vous voulez me donner du pain. N'y a-l>-il aucun de vos sujets ([ui en manque?
u Olez de devant mes yeux cette épée qui m'éblouit
1 Lc:iOuclubrei70i.
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et me blesse; elle n'a que trop bien fait son service, et 1770. le sceptre est abandonné. La carrière des rois de votre étoffe est grande, et vous êtes encore loin du terme. Cependant, le temps presse, et il ne vous reste pas un moment à perdre pour y arriver. Sondez bien votre cœur, 6 Frédéric! PoUrrez-vous vous résoudre à mourir sans avoir été le plus grand des hommes?
« Puissé-je voir Frédéric, le jostE et le redouté, couvrir enfin ses États d'un peuple heureux dont il soit le père ! et Jean-Jacques Rousseau, l'ennemi des rois, ira mourir de joie aux pieds de son trône.
« Que Vôtre Majesté daigne agréer mon profond respect. »
Au milieu de ses prospérités, Frédéric eut plus d'une fois des larmes à répandre. En avançant en Age, il voyait disparaître ses meilleurs amis. D'Argeiis venait de mourir en Provence, où il était allé respirer l'air natal. Quatre ans plus tard, en 1775, le colonel Guichard, surnommé par le Roi Quintus Julius * , cessa de vivre. Peu après, milord Maréchal le suivit. Cet aimable et noble vieillard avait inspiré au Roi un attachement mêlé de respect. Issu d'une des plus ancienne^ familles
' Frédéric, qui aTail appelé Guichard de T/Cyde, où il élail professeur , échangea sa chaire contre un régiment de chasseurs à pied , croyant que cet homme, qui avait rêvé science militaire toute sa yie, serait un excellent orficier. Vers cette époque, le Roi, causant un jour avec lui, lui demanda qui avait été le meilleur des aides-de-camp de Jules-César, t Quintus Julius, répondit Guichard — Eh bien, je vous donne son nom , répliqua le prince, ne doutant pas que vous ne le sachiez mériter. »
^^m" d'Ecosse, Geoi'ges Keith, si connu depuis sous le nom de milord Maréchal (ou Marshall), et dont un des ancêtres avait fondé le collège de New-Aberdeen, embrassa chaudement la cause des Stuarts, et se vit enveloppé dans les infortunes de la dynastie vaincue. Privé de ses biens, condamné à mort, il ne conserva que son titre de Maréchal d'Ecosse. « Pour celui-là, écrivait-il à l'un de ses amis, avec un enjouement que l'adversité n'altéra jamais, je le garderai sous le bon plaisir du roi Georges, qui n'est pas mattre de me l'ôter; car j'en jouis, ne lui en déplaise, à meilleur droit qu'il ne possède sa couronne, puisque ce titre était^celui de mes pères ; et, si je ne puis l'empêcher de signer, comme il fait, Georges, Roi, au moins je signerai toujours, avec sa permission, le Maréchal d'Ecosse. »
Après avoir habité l'Espagne plusieurs années, milord Maréchal vint rejoindre, à Berlin, son frère, qu'il aimait tendrement. Ce frère, ce brave Keith si cher à Frédéric, et qui, le 14 octobre 17S8, ti*ouva une mort glorieuse à Hochenkirchen, venait de quitter le service de Uussie. Frédéric, ayant bientôt remarqué milord Maréchal, le nomma son envoyé près la cour de Franco, ensuite gouverneur de NeufchAtel, et plus tard son ministre en Espagne. Mais la diplomatie ne convenait point à milord Maréchal : « Il faut, disait-il, pour ce métierlà une tinesse que je n'ai pas, et que je ne me soucie pas d'avoir. »
Dégoûté du rôle d'ambassadeur, il aspira bientcH aussi à se débarrasser du fardeau de son gouvernement. A cette époque, Neufchâtel était en proie aux querelles
théologiques. Ne pouvant, à force de toldiunce, trîom- nj«pher de l'esprit persécuteur des Prédicants, milord Maréchal sollicita, comme une grâce, d'être rappelé à Berlin ; Frédéric y consentit. Bientôt ce prince, tirant parti de son alliance avec l'Angleterre, oblint, à l'insu même de milord Maréchal, sa réhabilitation ; celui-ci se rendit en Ecosse, et arracha, non sans peine, des mains des ravisseurs, le peu de biens qui lui restait encore. De relour à Berlin , le souvenir de l'accueil qu'il avait reçu de ses compatriotes et la douce image de la patrie le poursuivaient sans cesse; enfin, ilrésolutd'aller finir ses jours là où il avait reçu la vie. « Souvenez- vous , lui dit le Roi en l'embrassant les larmes aux yeux, que, si vous ne vous plaisez pas en Ecosse, vous avez ici un ami à qui vous manquerez toujoui*s, et dont vous ferez cesser les regrets quand vous voudrez. »
Frédéric recouvrabientôt l'homme excellent,rhomme aimable dont la présence était devenue un besoin pour lui. En effet, plus que septuagénaire, milord Maréchal ne tarda pas à sentir que le soleil d'Ecosse, si cher à son cœur, ne convenait plus à son âge. A ce motif de santé se joignaient des considérations d'un autre genre ; presque tous ses amis avaient disparu ; de plus, le loyal vieillard, craignant de provoquer les soupçons de la cour de Londres, et sentant bien d'ailleurs que sa réhabilitation avait rompu tout lien politique euti*e lui et son ancien parti, voyait avec peine des réunions fréquentes de Jacobites chez lui. Il ne savait point, comme tant d'autres, accepter d'une main le bienfait, et, de l'autre, trahir le bienfaiteur.
i]76- Milord Mardchul reprit donc le chemin de la Prusse, où Frédéric le reçuf à bras ouverts, et, depuis, envi-*' ronna constamment sa vieillesse dés attentions les plus délicates.
« Aussi, disait le maréchal , faisant allusion à cette vie douce et paisible, notre père abbé est Fhonune du inonde le plus aisé à vivre; cependant, si j*étais en Espagne, je me croirais obligé de le dénoncer à la Sainte- Inquisition, comme coupable de sortilège; car, s'il ne m'avait pas ensorcelé, resterais-je ici, où je ne vois que l'image du soleil, pendant que je pourrais aller vivre et mourir dans le beau climat de Valence? »*
Près d'expirer, le 25 mai 1778, il envoya chercher M. Elliot, ministre d'Angleterre à Berlin, ic Je vous ai fait appeler, lui dit le lord avec sa gaieté ordinaire, parce que je trouve plaisant qu'un nnnistre du roi Georges reçoive les derniers soupirs d'un vieux jacobite. D'ailleurs, vous aurez peut-être quelques commissions à me donner pour milord Chatham', et, comme je compte le voir demain ou après, je me chargerai avec plaisir de vos dépêches. »
Ne concevant pas que l'on perdit en dépenses puériles un argent que les malheureux ont droit d'attendre, il fixa à trois louis tous les frais de ses funéi*aillesV
C'est entre les bras de Frédéric, sa place naturelle, que ce vrai philosophe eût cessé do vivre, si la guerre
> Mort quelques jours auparavant.
• Voyez V Éloge de nùlord Maréchal, par D'Alembert, et l'intéressanl article que II. Dezos de 1^ Roquette lui a consacré dans la Biographie univnuUe, tome XXII.
pour la succession de Bavière n'eût alors retenu le hto-
Roi loin de la capitale 4 Le marquis de Lucchesiui hérita de la confiance que le monarque témoignait à milord Maréchal; mais, dans son cœur, personne ne remplaça le vieil ami.
La mémo année, mourut, à Postdam, un autre homme cher à FrédériCi le vieux comte morave Hoditz, si célèbre par cette délicieuse retraite de Rosi^vald, où, à chaque pas, l'art semblait embellir la nature de tous les prestiges de la féerie. Leur connaissance avait commencé d'une façon singulière : le Roi, revenant du blocus d'Olmultz, était venu lui demander l'hospitalité, sous simple uniforme d'ofBcier prussien. L'aimable et brillant seigneur accueillit son hôte avec une grâce charmante ; maisy tout à coup, le Roi devint soucieux : un transparent avec ces mots : Vive Fridirxc le Grand ! lui disait assez qu'on Tavait reconnu : or Roswald était en Autriche, et son propriétaire, sujet de Marie-Thérèse. Le comte ayant bientôt deviné la cause de ce changement soudain, une explication, loyale comme sa conduite, rassura pleinement l'hôte royal. Frédéric quitta Hoditz plein d'estime pour son caractère, et enchanté de son esprit.
Plus tard, quand l'Allemagne fut rendue à la paix, il voulut revoir Roswald, et arriva sans être attendu. Cette fois, c'était le rof de Prusse. En quelques heures, ringénieux et magnifique Hoditz improvisa une fôte dont TËurope entière a parlé.
Avec de telles habitudes, avec Tamour des arts, le goût des voyages et de vives passions, son patrimoine
1776- eut bientôt disparu; et na position devint critique.
'^^^ Une illustre alliance le tira d'affaire : vivement éprise du comte Hoditz, la landgrave douairière de Bareithi tante de Frédéric ^ lui donna sa main, avec une fortune considérable. Mais, devenu veuf, vieux et infirme sans rien retrancher de son luxe de sybarite, le comte se trouvait souvent embarrassé. Longtemps, un expédient singulier lui avait réussi : comme, dans le cas où la Maison d'Hoditz viendrait à s'éteindre, Roswald devait appartenir à l'évéque et au chapitre d'OImûtZy le comte, qui n'avait point d'enfants, menaçait quelquefois ses futurs survivanciers de se remarier, s'ils ne lui envoyaient pas, dans un délai fixé, telle somme d'argent. A la fin, fatigués de c^ exigences devenues de plus en plus fréquentes, l'évoque et son chapitre réclamèrent auprès de Tautorité. Furieux, le comte ne songea plus qu'à tenir parole. Mais, Frédéric étant hitervenu, tout s'arrangea à l'amiable; l'évéque et les chanoines régirent Roswald au nom du comte, moyennant une pension annuelle et viagère, et Hoditz vint achever ses jours à Postdam, où Frédéric ne cessa de lui prouver combien il était reconnaissant de l'accueil fait autrefois à rofiicier prussien '.
C'est peut-éti*e le cas de rappeler ici le nom d*un personnage fameux alors, non par ses fôtes, mais par ses infortunes. Quoi de plus heureux, de plus brillant que le début de Trenck dans le monde ! beau, instruit, spirituel, intrépide, devant lui la vie ne s'ouvrait que
* Tlii^bauU, aies souvenirs^ etc. i.
comme un jour de fête; il s'y élança avec enthou- htosiasme, et but, sans mesure, a la coupe trompeuse; on sait quel réveil suivit sa douce ivresse.
Frappé des remarquables dispositions du jeune baron de Trenck, Frédéric, en 1743, Tavait nommé lieutenant dans ses gardes; bientôt même, il l'attacha à sa personne comme aide-de-camp» Tadmit dans Fintime société de SansSouci, et le traitait en père plutôt quVn roi.
Telle était la position de Trenck à la cour, quand la Suéde demanda, pour le prince royal, la main d'une princesse de Prusse. Comme il y en avait deux encore, Ulrique et Amélie, le ministre chargé de cette négociation avait ordre, avant de tenter aucune démarche officielle, de bien étudier le caractère des princesses et de ne paraître à la cour que comme voyageur. Mais bientôt le vrai motif de son arrivée ne fut plus un secret; Amélie sut môme qu'à Stockholm on penchait en sa faveur. Zélée calviniste, et tremblant d'ôtre contrainte à se faire luthérienne pour devenir reine de Suède, elle confia ses scrupules à Ulrique. Celle-ci, beaucoup moins timorée, et assez tentée de monter sur un trône, lui conseilla de rebuter l'envoyé suédois par une affectation de dédain et d'humeur capricieuse. Amélie, charmée du moyen, remercia beaucoup sa sœur, et commença son rôle ; un contraste si subit avec son habituelle douceur frappa d'abord tout le monde; mais comment en deviner le véritable motif? La princesse obtint donc bientôt, auprès du Suédois, le singulier succès qu'elle s'était promis; pendant ce temps, Ulrique, il. 20
506 IIISTOIBB
1770- se parant de toute Tamahilitë dont se dt^pouillait sa crédule sœur, jouait la contre-partie du rôle, et (H si bien que, peu de jours après , son mariage avec le prince de Suède fut célèbre.
Détn)mpée alors , Amélie accabla de reproches la nouvelle reine. Une âme ainsi tourmentée a soif de vengeance et de consolation. Telle était la disiK)silion de la princesse, lorsque Trenck s^oQrit, pour la première fois, à ses regards; c*était pendant les fôtes du mariage : comme officier de garde, la police du bal lui avait été confiée. Tandis qu il passait d'une salle à Tauti'e, on lui enleva les franges de son écharpe; bientôt, tout le monde parla de ce petit accident; Frédéric plaisanta son jeune officier, et, comme la cour est le pays du monde où les riens ont le plus d*importance, chacun voulut voir Ti*enck.
Après le souper, une dame, qui Tavait examiné attentivement, s'approcha et lui dit à Toreille : «Venez demain chez moi à telle heure, je vous rendrai votre écharpe. »
C'était la princesse Amélie. Trenck vola au i*endez-vous ; de 1.^ tous ses malheurs.
Jusqu'à la gueri*e de 1744, un profond mystère enveloppa cette liaison; en marche, au feu, toujours près du Uoi, Trenck, par sa bravoure, par son zèle, sa haute intelligence, s'était rendu de plus en plus cher à son maître. Mais de bien autres dangers que ceux des combats l'attendaient à la paix; comment tromper longtemps le |)énétr«int regard de Frédéric? Tout fut bientôt connu de lui. Mais telle était la nature de cette découverte que le monarque lui-même ne pouvait l'a-
DE PRÉDÉtllC 11. 507
vouer. Quel parti prît-il donc? Celui de maltraiter Trenck n JJjusqu'à ce qu'il eût deviné ce qu'on ne pouvait lui dire ' .
Mais, avant d'employer la rigueur, le Roi voulut tenter des voies plus douces : « Monsieur, lui dit-il, un Dimanche, à la parade, en passant près de lui, le tonnerre et la tempête s'amassent; prenez garde à vous. >i L'imprudent n'ayant tenu aucun compte de cet avis, dès lors chaque visite fut punie des arrêts; au ton bienveillant, aux paroles affectueuses, succéda uu accueil sévère. Mais, heureux de souffrii^ pour celle qu'il aimait, Trenck ne changeait rien à sa conduite.
Frédéric voulut alors essayer de Tabseuce. Une mission pour Vienne fut donnée à Trenck; mais quels miracles no fait pas Tamour? Trenck triompha promplement des lenteurs autrichiennes, et, quand on le croyait encore éloigné pour longtemps, il reparut à Postdam. a OÙ éticz-vous avant de partir? lui demanda le Roi. — Aux an*éts. Sire. -^Eh bien, retournez-y. »
Enfin, dimprudence en imprudence, Trenck entretint, pendant la guerre, un commerce de lettres avec son cousin François de Trenck, ce fameux commandant des Pandours. C'était donner à ses ennemis de puissantes armes : accusé d'avoir livré à la cour de Vienne le plan des forteresses prussiennes, Trenck fut enferme à Glatz, comme prisonnier d'État '.
Frédéric ne voulait l'y retenir qu'une année; mais Trenck ignorait ces bienveillantes dispositions : à l'aide de Targent que lui faisait passer la princesse Amélie,
> Tliiébaull, Mes touvenirs, etc.
* Voici la manière dunl TbiébuuK explique rincarcéralioo de Trenck :
SOS l'IÈCKS
guerre ciilre Sa Mujeslé el la Hussie ou la Pologne, par hes machina* lions cl inlrigues secrètes.
« On ne doit donc pas être surpris si le traité de Pétersbourg a été le pivot sur lequel a roulé toute la politique autrichienne, depuis la paix de Dresde jusqu'à présent, et si les principales négociations do la cour de Vienne ont eu pour but d'afTermir celle alliance par l'accession d'autres puissances. /
« La cour de Saxe fut la première qu'on invita à celte accession, au commencement de l'année 1747. Cette cour s'y prêta d'abord avec empressement; elle munit, pour cet efTet, ses ministres à Pétersbourg, le comte de Vicedom el le sieur Pezold, des pleins pouvoirs nécessaires, et les chargea de déclarer qu'elle était prête d'accéder non-seulement au traité même, mais aussi k l'article secret contre la Prusse, et de concourir aux arrangements pris par les deux cours, pourvu qu'on prit mieux ses mesures que par le passé, tant pour sa sûreté et sa défense, que pour en être dédommagé et récompensé à proportion des efforts et des progrès qu'on ferait. Par rapport au dernier point, la cour de .Saxe lit déclarer que si l'Iropéralrice-Reine, de nouveau attaquée par le roi do Prusse, parvenait, moyennant son assistance, à reconquérir nonseulement la Silésio cl le comté de Glatz, mais aussi h le resserrer dons dus bornes plus étroites, le roi de Pologne, comme électeur de Saxe, se tiendrait au partage stipulé entre Sa Majesté polonaise et l'Impératrice- Heine, par la convention signée à Leipzick, le 18 mai 1745. Le comte de Loss, ministre de Saxe à Vienne, fut chargé en même temps d'y en- Uimer une négociation particulière, pour convenir sur le partage éventuel des conquêtes h faire sur la Prusse, eu posant pour base ledit traité de partage de Leipzick, du 18 mai 1745.
tf On verra tout cela en détail, dans les pièces justificatives, par Tinstruclion donnée, le 23 mai 1747, aux ministres saxons à Pétersbourg*; l>ar le mémoire que ces ministres délivrèrent en conséquence au ministère de Russie, le 25 septembre 1747*, et par l'instruction donnée nu comte de Loss à Vienne, le 21 décembre 1745*.
« Il est donc clair et constaté, par toutes ces pièces autlientiques,que la wmr de Saxe s'est montrée prête d*entrer dans toutes les liaisons oiïensivesdu traité de Pélurshourg ; que c'est elle qui, depuis la paix, a fait revivre le traité de partage fuit contre le Uoi pendant la dernière guenv,
* .Niiiiifiu 111. — * Nuiiiciu IV. • * Munu'iu V.
JUSTIFICATIVES. Ii09
et qu'elle a mis par Ik Sa Majesté endroil de ressentir ce Irnilé conlre Elle, malgré Tamnislie établie par la paix de Dresde.
c On a, à la vérité, affecté de supposer, dans toute cette négociation, que le Roi était l'agresseur contre la cour de Vienne; mais quel droit en peut-il résulter pour le roi de Pologne de faire des conquêtes sur le Hpi ? ou, si Sa Migesté polonaise, en qualité de partie auxiliaire, veut aussi être partie belligérante, on ne pourra pas trouver étrange que Sa Majesté la traite comme telle, en réglant sa conduite sur celle de la cour de Saxe. C'est une vérité qui a^été reconnue par le Conseil Privé du roi de Pologne même, lorsque, consulté sur Taccession au traité de Pétersbourg, il a donné son a? is, témoin les deux extraits qui se trou- Tent parmi les pièces justificatives *, où ledit Conseil Privé fait sentir k Sa Majesté polonaise que le principe, établi dans le quatrième article secretdu traité de Pétersbourg, allaitau delk des règles ordinaires, et que si Sa Majesté polonaise FapprouTait par son accession, Sa Majesté prussienne |)Ourrait le regarder comme une violation de la paix de Dresde.
« I^ comte de Brûlil, pénétré sans doute lui-même de cette vérité, fit tout son possible pour cacher Texistencc des articles secrets du traité de Pétersbourg; car, dans le tempe qu'il négociait, avec chaleur, en Russie sur l'accession de sa cour au traité de Pétersbourg et aux articles secrets dudit traité, il fit solennellement déclarer k Paris c Que le traité « de Pétersbourg, auquel Sa Migeslé polonaise avait été invitée d'ac- « céder, ne contenait rien de plus que ce qui était porté dans la copie « allemande qu'on avait communiquée k la cour de France , sans « qu'aucun article secret et séparé ait été communiqué au roi de Po- « logne; et, au cas que tel article séparé et secret existât, Sa Majesté « polonaise n'entrerait en rien qui puisse tendre k offenser Sa Majesté c Très-Chrétienne; » comme cela paraît par la lettre du comte de Briilil au comte de Loss, écrite le 18 juin 1747, et par le mémoire que le comte de Loss remit en conséquence au ministère de Versailles *.
c 11 est vrai que la cour de Saxe a encore différé, d'un temps k l'autre, d'accéder formellement au traité de Pétersbourg ; mais elle n'a pas laissé de témoigner, en mille occasions, k ses alliés qu'elle était prête k y accéder sans restriction, dès qu'elle le pourrait faire sans un danger trop évident, et après qu'on lui aurait assuré la part qu'elle devait avoir nux avantages qu'on pourrait remporter.
1 Nnmc^ro» VI cl Vil. - * Niimérot VIII fi IX.
510 PiècBS
« O principe se trouve clairement énoncé dans l'instruction donnée, le 19 février i7S0, au général d'Arnjro, allant en qualité de ministre de Saxe à Pétersbourg\ et l'on pourrait produire cent dépêches, s'il était besoin, pour prouver que les ministres saxons se sont toi^ouri expliqués dans le même sens.
« IjA cour de Saxe, invitée de nouveau, en 1751, d*aocéder au traité de Pétersbourg, déclara sa bonne volonté à cet égard, par un mémoire qui fut remis au ministre de Russie à Dresde*, et munit même pour cet eflet son ministre à Pétersbourg, le sieur Funk, des pleins pouvoirs et autres pièces nécessaires ; mais elle exigea en même temps que le roi d'Angleterre, comme électeur de Hanovre, accédât préalablement aux articles secrets du traité de Pétersbourg ; ei, comme Sa Miû^ê britannique ne voulut jamais participer à ce mystère d'iniquité, le oomte de Brûhl se vit forcé d'attendre l'issue du projet qu'on avait formé de faire une autre alliance assez innocente pour qu*on pût la produire, ainsi que cela se trouve développé dans une lettre du comte de Drtilil au sieur Funk, du 2 mai 1753.
c Les cours de Vienne et de Saxe crurent devoir se parer de ces dehors du modération, |>our ne ims blesser trop la délicatc*ssa do ceux do leurs alliés qui étaient révoltés par les vues secrètes de l'alliance de Pétersbourg; mais, dans leur particulier, elles n'ont jamais perdu de vue leur plan favori, de partager d'avance les dépouilles du roi de Prusse, eu mettant toujours pour base le quatrième article secret dudit traité. Cela parait clairement par une lettre du comte de Flemming, du 28 février 1753*, dans laquelle il rend compte au comte de Brûhl :
c Que le comte d'Uhlefeld l'avait chargé de représenter de nouveau « à sa cour qu'on ne pouvait pas prendre assez de mesures contre les « vues ambitieuses du roi de Prusse, et q)ie surtout la Saxe, comme la c plus exposée, ne pouvait pas user d'assez de précaution pour s*en « garantir ; qu'il importait donc beaucoup de renforcer leurs andeni « engagements, sur le pied proposé par le feu comte de llarradi, en « 1745, et que cela pouvait se faire à Toccasion de l'accession au « truite de Pétersbourg. »
« Le comte de Brùlil répondit h cette dépêche le 8 mars 1753* :
« Uue Sa Majesté polonaise n'était pas éloignée de s'entendre par la suite, dans le dernier secret, avec la cour de Vienne sur un secourt^
t Nuaivro X. - « Nuniérv XI. — > Nuoièra Xll. * « Numérv XIIL
iusTincATivEs. 54 4
par des déclarations particulières et confidentielles, relatives au quatrième article secret du traité de Pétersbourg, moyennant de jusles conditions et avantages, qu'en ce cas on devait aussi lui accorder. « Je pense d'avance, ajoule-t-il, que ce qui nous fut promis par la « déclaration de Tlmpératrice-Reine, du 3 mai i745, pourra servir de c base^ »
« Enûn, pour achever de mettre le système de la cour de Saxe sur celte accession dans tout son jour, on n*a qu'à rapporter les propres termes d'une dépèche du comte de Flemmîogan comte de Brûlil, du 16 juin, dans laquelle le premier s'exprima fort naturellement, en disant :
« Votre Excellence connaît les grandes difGcultés que la cour de Pé- « tersbourg nous fit lorsque nous réclamâmes, dans la dernière guerre, n le cas de l'alliance, et la réponse que son ministère nous a donnée, « comme Votre Excellence s'en souviendra encore, lorsqu'on nous « pressait d'accéder au traité de Pétersbourg de 1740, et que nous léa moign&mes de vouloir le faire, à condition qu'on ne nous ferait pa- « rattre sur la scène qu'après qu'on aurait attaqué le roi de Prusse et « partagé ses forces, pour que nous ne risquions pas, par la situation « de notre pays, d'être sacrifiés les premiers. »
« Les alliés de Saxe sont enfin entrés dans ce plan de la cour de Dresde, témoin, entre autres preuves, un trait singulier, contenu dans la dépêche du sieur Funk, du 7 juin 1753, où il mande :
« Qu'ayant été question à Pétersbourg si la cour ne lèverait pas « aussi le bouclier en cas d'une guerre contre la Prusse, et ayant ré- « pliqué que la situation de la Saxe ne lui permettait pas d'entrer en « lice avant que son puissant voisin ne fût mis hors de combat, on « lui avait répondu qu'il avait raison, que les Saxons devaient atten- « dre jusqu'à ce que le chevalier fût désarçonné. »
« Il est donc évident, par toutes les preuves qu'on vient d'alléguer, que la cour de Saxe , sans avoir formellement accédé au traité de Pétersbourg, n'en est pas moins complice de tous les desseins dangereux que la cour de Vienne a fondés sur ce traité, et que, dispensée par ses alliés du concours formel, elle n'a attendu que le moment où elle pourrait, sans s'exposer trop, y concourir eflectivemenl, et partager Ja dépouille de son voisin.
« C'est le (raiié de partage, Texemplaire de la cour de Vienne éUnt daté du S mal, et celui de la cour de Saxe, du II mai 1745.
« En attendant celte époque, les ministres aulrichiens et saxons ont travaillé de concert, et sous main, avec d'autant plus d'ardeur, pour préparer les moyens qui pourraient faire exister le cas de Talliance secrète de Pétersbourg. On avait établi dans ce traité pour principe que toule guerre entre le lioi et la liussie autoriserait Tlmpératrice-Reino à reprendre la Silésie. 11 ne fallait donc qu'exciter une pareille guerre. Pour parvenir à ce but, on n'a pas trouvé de moyen plus propre que de brouiller le Roi sans retour avec Sa Majesté l'impératrice de Russie, et d'irrlier cette princesse par une infinité de fausses insinuations et par les impostures et les calomnies les plus atroces, en prêtant au Roi toutes sortes de desseins, tantôt contre la Russie et la personne de l'Impératrice même; tantôt sur la Pologne. Et, h, l'égard de la Suède, le public jugera de la vérité de ce qu'on vient d'examiner, par les échantillons suivants.
c On verra par la dépêche du comte de Vicedom, ministre de Saxe k Pétersliourg, datée du 18 avril 1747 * :
« Que le baron de Rretlack, ministre de Vienne, se félicite d'avoir trouvé moyen, pur des communications confldentielles de lu part de sa cour, au sujet de plusieurs menées du roi de Prusse, désavantageuses à Sa Majesté impériale, de lui inspirer des sentiments qui avaient poussé son inimitié au suprême degré, et que les deux ministres de Vienne et de Saxe se concertaient sur les moyens de foire un accommodement entre l'Impératrice-Reine et la France, pour que la première puisse faire tête au roi de Prusse.
« Dans une tiépêclie du G juillet 1747, le comte de Bernes marque li rinipératrice- Reine le raisonnement qu'il avait tenu au ministre de Russie, le comte Kayserling, pour l'animer à mettre plus de vivacité dans ses rapports et à exagérer les arrangements militaires du roi de Prusse.
« Le sieur de Weingarten, secrétaire d'ambassade de la cour de Vienne h Reriin, mande au comte d'IJlilereld,le 24 août 1748, qu'à la réquisition du comte de BtTnes, résidant alors k Pétersbourg, il avait engagé le ministre de Russie k Reriin d'écrire k sa cour que le roi de Prusse faisait de nouveaux préparatifs de guerre, qui ne tendaient qu'k procurer lu souveraineté au prince, successeur de Suède*.
K Le là décembre 1749, le comte de Ri^ues écrivit de Péterslmurg au ronito de la INiebla k licrlin :
• .NuiucniXlV. — * .Numéro XV.
« Qu'il devail faire glisser au ministre de Russie, le sieur Gross, qu'il se tramaîl quelque chose en Suède contre la vie et la personne de l'impératrice de Russie, à quoi la cour de Prusse avait sa bonne part, et que, lorsque le sieur Gross lui en ferait la conûdence, il devait lui confirmer la vérité de cette découverte *.
« Les ministres saxons ont manœuvré dans cette carrière, avec tout i^utant d'activité que ceux devienne, et l'on peut dire même qu'ils l'ont emporté sur eux.
« L'instruction que la cour de Saxe donna en 1750 au général d'Arnim, allant en qualité de son ministre plénipotentiaire h Pétersbourg, porte un article exprès par lequel on le charge d'entretenir adroitement la défiance et la jalousie de la Russie contre la Prusse, et d'applaudir à tous les arrangements qu'on pourrait prendre contre cette couronne*.
« Personne ne s'est mieux acquitté de ces ordres que le sieur de Funk, ministre de Saxe à Pétersbourg, qui était l'àme et le, mobile de tout le parti.
c Ce ministre ne laissa passer aucune occasion d'insinuer que le Roi formait des desseins sur la Courlande, la Prusse polonaise et la ville de Dantzick ; que les cours de France, de Prusse et de Suède couvaient dévastes projets dans le cas d'une vacance du tréne de Pologne, et une inflnilé d'autres faussetés pareilles, que Sa Majesté a sufDsamment démenties par la conduite pleine d'amitié et de modération qu'EUe a constamment observée envers la république de Pologne, et par le soin qu'elle a eu de ne point s'ingérer dans les affaires domestiques de la Pologne et de la Courlande, malgré l'exemple que lui en avaient donné d'autres puissances.
« Il serait ennuyeux de rapporter toutes les insinuations de cette nature répandues dans les correspondances des ministres saxons; il suffira d'en alléguer un trait remarquable contenu dans la dépêche du sieur Funk, du 6 décembre 1753*.
« Le comte de Brûhl a été loi^gours fort exact à fournir souvent aux ministres saxons des matériaux pour de pareilles insinuations.
«C'est ainsi que, par les dépèches du 6 et du 13 février 1754*, il donne des avis aux ministres de Pétersbourg, des arrangements de commerce, de l'établissement des cours de monnaie et des armements en Prusse,
» Numéro XVI.- « Numéro XVII. - » Numéro XVIII. -♦ Numéro XIX. II. 33
m 4 PIÈCES
en ajoulant la réflexion qu*on connaissaii l'ambilion du roi de Prusse, SCS vii(*s d'agrandissement sur la Prusse polonaise, et son projet de ruiner le commerce de Dantzick.
« Par la dépèche du 28 juillet 17K4, il insinue un dessein du Roi sur la Gourlande, puisque la gazette de Berlin avait annoncé la mort de Biren S et dans celle du 2 août *, il prétend Caire croire que la France et la Prusse travaillaient depuis longtemps la Porte Ottomane pour susciter une guerre à la Uussie, et que, si elles y parvenaient, le roi de Prusse ne manquerait pas d'exécuter son dessein sur la Gourlande.
c Dans la dépêche du premier décembre 1745*, le comte de Brûhl fait parvenir en Russie le prétendu avis que le roi de Prusse, pour faire goûter son alliance à la cour de Danemarck, lui avait ofTert son assistance pour parvenir k la possession du duché de llolslein, sous prétexte que le grand-duc de Russie avait embrassé la religion grecque, qui n'était point tolérée dans l'Empire. C'est une chose à laquelle Sa Majesté n'a jamais pensé, et sur la fausseté de laquelle Elle peut hardiment provoquer le témoignage de la cour de Copenhague même.
« Le sieur de Funk écrivit au comte de Brûhl, le 9 juillet 1755, que le sieur Cross, ministre de Russie k Dresde, rendrait un bon service k la cause commune, s'il mandait k sa cour que le mi de Prusse avait trouvé un canal en Gourlande, par lequel il apprenait tous les secrets de la cour de Russie, et qu'on comptait faire bon usage d'un pareil visa auprès de l'Impératrice ^.
« Le comte de Brûhl répondit, le 23 juillet, qu'il en avait informé le sieur Cross, qui ne manquerait pas d'agir en consé(|uencc *.
« Par le concours d'un si grand nombre de calomnies et d'impostures, on est enlin parvenu k surprendre la religion do l'impéralrice de Russie, et k prévenir cette princesse contre le Roi, au point que, par le résultat des assemblées du sénat de Russie, tenues les 14 et iO mai 1753, il fut établi, |>our maxime fondamentale de cet empire, de s'opposer k tout agrandissement ultérieur du rui de Prusse, et de l'écraser par des forces supérieures, dès qu'il se présenterait une occasion favorable de réduire la Maison de Brandebourg k son premier état de modicité.
« Cette résolution fut renouvelée dans un grand conseil tenu au mois d'octobre 1755, et elle fut luéme étendue si loin, qu'on se détermina « k
I NuniéruXX. - > Nuoiéro XXL - > Numéru XXIL - « Numéro XXIU. - «Nain«To XXI Y.
JUSTIFICATIVES. mii
c attaquer le roi de Prusse, sans aucune discussion ultérieure, soit « que ce prince vint k attaquer quelqu'un des alliés de la cour de « Russie, soit qu'il fût entamé par un des filliés de ladite cour*. »
c Pour juger de la joie que le comte de Brûhl eut de celte résolution de la cour de Russie, et combien il était disposé d*y faire concourir la sienne, on rapportera les deux traits suivants. Dans la dépèche du il novembre 1755, il répond au sieur Funk :
« Les délibérations du Grand Conseil sont d'autant plus glorieuses c pour la Russie, qu'il ne saurait y avoir rien de plus profitable k la c cause commune que d'établir d'avance les moyens efficaces pour « ruiner la trop grande puissance de la Prusse et l'ambition non doute teuse de celte cour. »
« Dans la dépédie du 23 novembre 1755, il s'explique ainsi :
« Le résultat du grand conseil do Russie nous a donné une grande « satisfaction; la communication confidentielle que la Russie veut « bien en faire mettra tous ses alliés , comme aussi notre cour^ en c état d'entrer en explication sur les arrangements et les mesures k c prendre en conséquence. Mais on ne saurait vouloir du mal k la c Saxe, si, eu égard au pouvoir prépondérant de son voisin, elle proc cède avec la dernière précaution, et attend avant toute chose sa c sûreté de ses alliés et le secours des moyens pour agir. »
« La convention de neutralité de l'Allemagne, signée k Londres le 16 janvier, ayant détruit toutes les calomnies du comte de Brûhl et ébranlé son système d'iniquité, il redoubla ses efforts en Russie pour empêcher le rétablissement d'une bonne intelligence entre le Roi et la cour de Pétersbourg. Voici comment il s'en explique dans sa dépêche du 23 juin 1756 :
« La réconciliation entre les cours de Berlin et de Pétersbourg serait « l'événement le plus critique et le plus dangereux qui pourrait arriver ; « il faut espérer que la Russie ne prêtera pas l'oreille k des propositions « aussi odieuses, et que la cour de Vienne trouvera bien le moyen de « contrecarrer une aussi funeste union. »
« La cour de Vienne ayant parfaitement réussi k cet égard, ets'imaginant, après les nouvelles liaisons qu'elle a contractées dans le courant de cette année, d'avoir attrapé le moment où elle pourrait en pleine liberté reprendre la Silésic, elle n'a pas perdu de temps pour prendre ses mesures en conséquence. Tout le monde sait les grands
« Numéro XXV.
li\ 0 PIÈCES
urmeineols par mer et par terre que la cour de Russie fit faire au mois d'avril, sans aucun but apparent, la cour d'Angleterre, qu'on voulut bien prendre pour prétexte, n'ayant point réclamé de secours. Peu de temps après, on vit la Bohême et la Moravie inondées de troupes, des camps assemblés, des magasins érigés, et tous les préparatifs d'une guerre prochaine.
« Ce n'est pas sur de simples soupçons ni sur de faux avis que le Roi a attribué ces armements èi un concert secret fait contre ses États, et différé après pour certaines raisons jusqu'à l'année procliaine. Sa Majesté en a eu des indices qui approclient de la démonstration. En voici quelques échantillons :
« Le sieur Prasse, secrétaire d'ambassade de la cour de Saxe àPélersbourg, écrivit au comte de Briihl, en date du 12 avril i7SS6 :
« On m'a chargé de marquer à Votre Excellence qu'on souhaiterait « beaucoup que, pour favoriser certaines vues, elle voulût bien faire « parvenir a Pélersbourg, par dilTérents canaux, l'avis suivant: Que le « roi de Prusse envoyait, sous préteite du commerce, des ofliciers et c ingénieurs déguisés en Ukraine, pour reconnaître le pays et pour « exciter une rébellion ; que cet avis ne devait venir ni de la cour « de Saxe, ni par l'envoyé Gross, mais par main tierce, afin qu'on ne « s'aperçoive pas du concert, et qu'on avait donné la même commis - « sion à d'autres ministres, afin que cette nouvelle vienne de plus d'un « endroit; on m'a aussi requis d'en écrire au baron de Sack en Suède, « ce que je ne manquerai pas de faire, et l'ou m'a assuré que le bien « de notre cour y était également intéressé, en ajoutant : Que le roi de « Prusse avait porté à la Saxe un coup dont elle se ressentirait pendant « cin(|uanlc* uns; mais qu'on allait lui un |Mirter un qu'il ressentirait c iKsndant cent ans. »
« Le comte de Briihl, toujours prêt à agir contre le Roi, et peu délicat sur le choix des moyens, promit, dans sa dépéclie du 2 juin, de s'acquitter de cette commission ^ Voilà donc le prétexte de la rupture tout trouvé.
« Le secrétaire Prasse écrit dans une autre dépêche du iO mai :
« Étant allé voir un certain ministre, il me dit qu'il attendait avec « em|)ressement l'effet de l'avis suggéré, et il me donna à entendre « qu'on ne balancerait pas longtemps à commencer une guerre contre « h; roi de Prusse, pour mettre des l»nrncs à la puissance d'un voisin si
> Nuuirm X.WI.
ff incommode. Je pris la liberté de représenter que je ne voyais pas pour « Tamour de quel allié on voudrait faire une si puissante diversion, c surtout après la convention de neutralité signée entre les rois de c Prusse et d'Angleterre. Sur quoi Ton me répondit : Ces engagements et ne nous regardent en rien, nous allons notre chemin en suivant le c sens du traité de subsides; TlmpcTatrice ayant remis au Grand Con- « seil le soin d'exécuter le traité, on a trouvé h, propos de prendre les « mesures les plus propres èi la gloire de la couronne et k la sûreté do « nos alliés. Il igouta que l'Impératrice, ayant donné au Grand Conseil c un pouvoir illimité de faire ce que les conjectures exigeraient, il en « avait profité pour attacher le grelot h la bête ; c'était son expression.)»
« Le môme secrétaire marque, en date du 21 juin :
« Qu'il juger de la position présente des affaires à la cour de llussie, n celle-ci approuverait beaucoup les nouvelles liaisons de la cour de cr Vienne avec la France ; qu'elle pourrait même étendre srs engagc- «c ments avec la cour de Vienne, jusqu'à la soutenir dans ses enlrepri- « ses contre la Prusse, dont on parlait publiquement k Pétersbourg; « que le comte Esterhazi négociait beaucoup, mais avec le dernier se- « cret. Il ajoute qu'il.avait appris, par des personnes bien instruites, « que l'ordre de conlremander les armemenis de mer et de terre proc venait de ce qu'on manquait également de bons officiers et de mate- « lots pour la marine, ainsi que de magasins et de fourrage pour les « troupes de terre. »
« Les avis de Vienne se combinent parfaitement avec ceux de Russie. Le comte de Flemming, ministre de Saxe k Vienne, écrit au comte de Brùhl, le 12 de juin, en propres termes:
« Ayant mené le fil de mon entretien avec le comte de Kaunitz inff sensiblement sur l'armement de la Russie, je lui en ai demandé la « raison, et, quoique ce ministre ne s'en soit pas clairement expliqué, ff il n'a cependant pas contredit, quand je lui ai fait connaître qu'il sem- « blait que ces grands préparatifs se faisaient plutôt contre le roi de ff Prusse que pour remplir les engagements envers l'Angleterre. Je fis, ff Ih-dessiis, entendre au comte de Kaunitz que je ne voyais pas trop « bien comment la Russie pourrait entretenir des armées si nombreuff ses hors de ses frontières, si les subsides d'Angleterre devaient ces- « ser; qu'il fallait donc que l'Impéralrice-Reine fût intentionnée de*, les ff remplacer, sur quoi il me répondit qu'on ne regretterait point l'arff gent, pourvu qu'on le sût bien employer; c'étaient ses propres paro-
« les. El , lorsque je lui fis remarquer qu'il serait à craindre que ee c prince , rusé et pénétrant , venant k pénétrer h cet égard un concert t avec celte cour-ci, ne tombât tout d'un coup sur elle, il me repartit « qu'il n'en était pas beaucoup en peine» qu'il trouyerait à qui parler, « el qu'on êlait préparé à tout événement. »
« Dans la dépêche du 14 juillet, le comte do Flemming s'eiprime ainsi:
« Le comte de Kayserling a reçu une lettre d'un certain ministre de t llussie, dans laquelle il règne tant d'obscurité, qu'on a de la peine t k Juger des sentiments de sa cour sur la détermination qu'elle voudra « prendre dans la crise présente. Ladite lettre est datée du 15 de juin, « et elle renfi-rme en substance qu'il n'aurait pas manqué de le mettre « au fait de la connexion des affaires présentes, si le grand secret c qu'on était convenu de garder ne l'en empêchait et ne lui imposait la c loi de se servir d'un style aussi laconique que mystérieux ; qu'il n'éc lait point surpris que lui, Kayserling, voyait devant ses yeux un cliaos c qu'il ne savait point débrouiller; mais que, pour le présent, il ne pou- « vaitque le renvoyer au proverbe sapienlisat^ se flattant que lui, aussi « bien que Kauniiz, pourraient mettre fin h leur retenue; que le traité « de rAngIcterre avec la Prusse avait fait une grande altération dans c les affaires, et que, comme la correspondance entre l'Angleterre ei « la Prusse continuait son train, il devait être sur ses gardes avec M. de « Kcith. »
« Les dépêdies du comte de Flemming sont remplies d'un grand nombre de traits pareils. Il rapporte, entre autres, que le comte de Kayserling avait reçu ordre de n'éfuirgner ni peines ni argent, pour parvenir k une connaissance exacte de l'état des revenus de la cour de Vienne, et il assure que celle-ci avait fait passer un million de florins k Pétersbourg. Il témoigne fort souvent être lui-même persuadé du concert établi entre les deux cours de Vienne et de Russie; que celle-ci, pour masquer d'autant mieux les véritables raisons de son armement, le faisait sous le prétexte apparent de se trouver par Ik en état de satisfaire k ses engagements contractés avec l'Angleterre, et, quand tous les préparalifs seraient achevés, de tomber inopiiiémi^nt sur le roi de Prusse*. Cette persuasion r^gn(• dans toutes ses dépêches, et l'on a lieu de s'en rapporter à un ministre aussi éclairé, aussi bien instruit et aussi à p^irlée de^l'être.
I Numéro XXVll.
c En corobinanl loules ce6 circonstances, le Irailéde Pélersbourg, qui autorise la cour de Vienne k reprendre la Silésie, dès qu'il y a une guerre entre la Prusse et la Russie ; la résolution solennellement prise en Russie d'entamer le Roi k la première occasion, soit qu'il fût Fa* grosseur ou qu'il fût attaqué ; les armements des deux cours impériales dans un temps où ni l'une ni l'autre n'avait aucun ennemi à craindre, mais où les conjonctures paraissaient favoriser \ei vues de la cour do Vienne sur la Silésie; l'aveu formel des ministres de Russie, que ces armements étaient destinés contre le Roi; l'aveu tacite du comte de Kaunitz, l'empressemeal des ministres russes de se procurer un prétexte pour accuser le Roi d'avoir voulu susciter une rébellion en Ukraine : en cijmbinanl, dis-je, toutes ces circonstances, il eu résulte une espèce de démonstration d'un concert secret pris contre le Roi, et le public impartial jugera si Sa Majesté, informée de longue main de toutes ces particularités, a pu refuser toute créance aux avis positifs qui Lui sont venus de bonne part d'un concert pareil, et si, par conséquent. Elle n'a pas eu de raison de demander k la cour de Vienne des explications et des assurances amicales sur Tobjet de ses armements.
ff Au lieu de répondre, par un juste retour, k cette façon d'agir également pleine d'amitié et de francliise, l'Impératrice-Reine a trouvé à propos de fortifier les justes soupçons du Roi, par une réponse aussi sèclie que captieuse et obscure, en disant au sieur de RHuggraff c qu'elle avait pris ses mesures pour sa sûreté et pour celle de ses « alliés et amis. »
c On ne comprend rien k ce prétendu danger; l'impératrice-Reine n'avait rien k craindre pour elle-même, surtout après sa nouvelle alliance avec une des plus respectables puissances de l'Europe ; et il n'y avait aucun de ses alliés qui eût besoin de son secours: mais l'énigme disparaît, quand on rapporte k cette réponse les circx)nstances sus-ailéguées, et surtout l'article secret de l'alliance de Pétersbourg, en vertu duquel l'Impératrice-Reine se croit en droit de revendiquer la Silésie toutes les fois que le Roi serait en guerre avec un de ses alliés. C'est on vain qu'on opposerait que c«tte alliance ne portait que sur la défensive.
« Le pas n'est pas difficile de la défensive k l'oflensive, quand deux niliés se prêtent mutuellement les prétextes de la guerre, et que la partie auxiliaire croit pouvoir faire des conquêtes sur l'ennemi de la partie belligérante. Le prétexte qu'on a rrcherclié fait d'ailleurs voir suffisamment de quelle façon on a voulu intcrprélcr ruflensi\e.
« Enfin, on est à même de montrer au public le Térilable bul dé celte réponse, par les propres paroles du comte de Kaunilz, rapportées dans une dépêche fort intéressante du comte de Flemming, du 28 juillet. Celte dépédie, qui se trouve m extenso parmi les pièces justificatives *, mel le système de la cour de Vienne dans tout son jour. Le comie de Flemming, après avoir déluillé le récit que lu comte de Kaiinitx lui avait fait de la déclaration du sieur de KlinggrafT, continue ainsi :
« Ce ministre m'a ajouté, qu'étant allé immédiatement après kSchœn- « brunn, il avait, cliemin faisant, réfléchi sur la réponse qu'il conseilleff rail à sa souveraine de donner à M. de Klinggrufl*; et qu'ayant cru « entrevoir que le roi de Prusse avait deux objets en vue, qu'on voulait « également éviter ici, savoir, d'en venir k des pourparlers et éclaircisf semcnts qui pourraient d'abord causer une suspension des mesures « qu'on jugeait nécessaire de continuer avec vigueur ; et, en second lieu, « d'amener les choses plus loin, et à d'autres propositions et engagec ments plus essentiels, il avait jugé que la réponse devait élre d'une « nature qui éludât entièrement la question du roi de Prusse, et qui, en « ne laissant plus lieu à des explications ultérieures, fût en même temps « ferme et polie, sans être susceptible d'aucune interprétation ni sinistre « ni favorable. Qu'en conformité de cette idée, il lui avait paru suflire « ((ue l'Impératrice se contentât de répondre simplement, que, dans la « forte crise générale où se trouvait l'Europe, il était de son devoir et « de la dignité de sa couronne de prendre des mesures suflisantes « pour sa propre sArelé, aussi bien que pour celle de ses amis et al- « liés. »
« On voit clairement par là que le comte de Kauniti, en dictant à sa souveraine la réponse susmentionnée, s'est proposé de fermer la porte h toute voie d'éclaircissement et de conciliation, et de poursuivre en même temps les préparatifs de ses desseins dangereux , dans l'attente que le Roi, poussé à bout, ferait quelque démarche dont il pour* rail se servir pour le faire passer pour agresseur.
c Sa Majesté, sans se laisser rebuter par le mauvais succès de sa première démarche, et ne voulant rien oublier |iour conserver la paix, a fait réitérer encore deux fois ses instances auprès de la cour devienne, pour avoir simplement une assurance qu'Elle ne serait point attaquée; mais, sur la se4*ondc pro|N)!>ilion, ladite rour a vludé celte demande, on
> Niiiiicro XXVIII.
se conlenlanl de nier Texistence du concert contre Sa Majesté ; cl, h la troisième réquisilion , elle a entièrement refusé toute explication ultérieure. ^
« Ce refus constant de se prêter à une assurance aussi innocente, donne le dernier degré d'évidence à la réalité des desseins dangereux delà cour de Vienne ; et Sa Majesté, ne pouvant plus avoir le moindre doute là-dessus, s'est vue forcée Tle prendre le seul parti qui Lui restait, pour prévenir les dangers dont elle était menacée , en allant audevant d'uu ennemi irréconciliable qui avait juré sa perte.
« Le public impartial décidera ler|uel des deux doit être censé l'agresseur; celui qui prépare tous les moyens pour écraser son voisin , ou celui qui, voyant le bras levé sur sa tète pour lui porter les coups les plus dangereux , tâche de les parer en les portant dans le sein de son ennemi.
« La conduite du Roi envers la cour de Saxe est fondée sur le même principe d'une nécessité indispensable, de pourvoir k sa propre sûreté contre les desseins les plus dangereux.
« Dès le commencement des troubles qui viennent de s'élever,' le comte de Bruhl a pris le rôle dont il était convenu depuis longtemps avec les alliés de sa cour, en empruntant le masque de la neutralité; mais, en attendant qu'il pût se montrer k visage découvert, il n'a pas laissé d'entrer d'abord personnellement dans le dernier concert formé contre Sa Majesté. On n'en saurait donner de preuve plus forte qu'en répétant ici ce qu'on a détaillé ci-dessus, que ce ministre n'a pas balancé de prêter son ministère pour répandre la calomnie d'une révolte que le Roi voulait exciter en Ukraine.
« Le trait suivant répandra encore plus de jour sur le système que le comte de Brûhl s'est proposé de suivre dans la présente guerre. Le comte de Flemming ayant discuté, dans une de ses dépêches, s'il convenait mieux aux intérêts de la Saxe que la Silésie restât entre les mains du Roi, ou qu'elle retournât k la cour de Vienne, le comte de Brulh lui répondît, le 26 juillet 1756:
« Je ne fais qu'une seule remarque sur le doute où vous paraissez t être, s'il nous serait plus avantageux que le roi de Prusse restât dans « la tranquille possession de la Silésie, ou de voir retourner cette pro- « viiice II la maison d'Autriche, sans que nous pussions prulUer d'une n partie de cette acquisition. Je conviens d'abord que les succès que la •' rour impériale pourrait avoir ne la rendront pas d'abord plus facile
« et accommodante envers nous; mais du moins nous ne courrons pu « avec elle les risques que rcxpériencc fàclieuse nous a appris à crain- « dre de la part de la Prusse et de sa grande puissance, tant pour la « Saxe qu'à l'égard de la Pologne. Aussi ne désespéré -je point que « nous ne puissions profiler des événements favorables qui se présenc teront peut-être dans la suite, et pour lesquels nous ne manquons « point de ménager surtout Tamitié de la Russie. »
1 1^ comte de Rriitil n'a point perdu de temps à arranger son système de neutralité en conséquence de pareils principes.
t Ce premier ministre écrivit au comte de Flemming, le 1" juillet, par conséquent deux mois avant que l'armée du Roi se fût mise en marche :
c Qu'il devait proposer à la cour de Vienne de prendre des mesures t contre le passage de l'armée prussienne par la Saxe, en rassemblant c une armée dans les cercles de Roliême limitrophes de cet électorat, c et de donner des ordres au maréclial de Rraun de se concerter secrè- « tement avec le maréchal comte de Rutowski '. »
« Le comte de Flemming répondit à cela, le 7 juillet :
« Que le comte de Kaunili l'avait assuré qu'on nommerait incessam- « ment les généraux qui devaient commander, après quoi l'on en dési- « gnerait aussi un qui aurait à se concerter avec le comte de Rutowski ; « que ce ministre avait i^outé que la cour de Saxe ne devait laisser c remarquer aucun embarras ni inquiétude, mais tenir plutôt lionne « contenance, en se préparant sous main à tout événement, comme il « apprenait avec plaisir que le roi de Pologne y avait d<^jà songé, en « donnant des ordres en conséquence au susdit comte Rutuwski. »
« On iM!Ut juger de ce concert par le conseil que le comte de Flemming dunne au comte de Hrùhl, dans sa dépèche du 14 juillet:
« D'accorder le passage aux troupes prussiennes, et de prendre après « cela les mesures qui conviendraient le mieux. »
« Selon une dépêche du comte de Flemming, du 18 août, l'Impéntrice-Reine s'est ouverte envers ce ministre dans les termes suivants x
« Qu'elle ne désirait pour le présent rien du roi de l^>logne, oom- « lirenant fort bien la délicatesse de sa situation; qu'elle espérait co- « |>endant qu'il se mettrait en attendant en l»onne posture, pour être « pré|>aré à tout événement; et que Sa Majesté, dans la suite dn
I Numéro XXIX.
t temps, en cas qu'il arrivât quelque édat entre Elle et le roi de Prusse, f ne se refuserait pas, dans le besoin, k concourir aux mesures néces- « saires pour leur sûreté mutuelle. »
t On n*a qu*k repasser succinctement tous les faits qu*on Tient d'exposer pour se former un tableau Gdèle de la conduite de la cour de Saxe envers le Roi, et pour juger de la justice de celle que Sa Majesté tient actuellement k l'égard de cette cour.
« La cour de Dresde a eu part k tous les desseins dangereux qu'on a formés contre le Roi ; ses minisires en ont été les autours et les principaux promoteurs, et, si elle n'a pas formellement accédé au traité de Pétersbourg, elle est pourtant convenue avec ses alliés de n'attendre, pour y concourir effectivement, que le moment où les forces du Roi seraient affaiblies et partagées, et qu'elle pourrait lever le masque sans danger.
« Sa Majesté polonaise a adopté pour principe que toute guerre entre le Roi et un de ses alliés lui fournissait un litre de faire des conquêtes sur Sa Majesté; et c'est en conséquence qu'elle a cru pouvoir partager en pleine paix les États de son voisin.
t Les ministres saxons ont sonné le tocsin contre le Roi dans toute l'Europe, et ils n'ont épargné ni calomnies, ni mensonges, ni insinuations sinistres, pour augmenter le nombre de ses ennemis.
c Le comte de Bruhl est entré expressément dans le dernier complot de la cour de Vienne, par te bruit ii^urieux qu'il s'est cbargé de répandre, et l'on a fait voir qu'il existe déjk un concert secret entre les cours de Vienne et de Saxe, d'après lequel la dernière a voulu laisser passer l'armée du Roi, pour agir ensuite selon tt*^ événements, soit en se joignant k ses ennemis, soit en faisant une diversion dans ses États dégarnis de troupes.
« Voilk la siluation dans laquelle le Roi s'est trouvé vis-k-vis de la cour de Saxe, en voulant marclier vers la Bohème, pour prévenir le danger qui lui était préparé. SaM^estén'à donc pu s'abandonner k la discrétion d'une cour dont Elle a connu toute la mauvaise volonté; mais Elle s'est vue forcée de prendre les mesures que la prudence et la sûreté de ses États ont exigées et auxquelles Elle s'est trouvée autorisée par la conduite de la coUr de Saxe k son égard. >
Numéro I. Traité de partage éventuel (du 18 mot ilÀ/Xj.
L*oxpérience n'ayanl que trop fait connaître à quel point le roi de Prusse pousse ses mauvaises intentions pour troubler le repos de 84« voisins, ut ce prince ayant, d'un c6lô et réitéralivcment cnvalii et dévaste^ les Ëlats de Sa Majesté la reine de Hongrie et de Bohême, et inquiété, de l'autre, Sa Majesté le roi de Pologne, électeur de Saxe, par plusieurs menaces, préparatifs de guerre et passages violents, sans qu'on en ait pu obtenir la satisfaction due pour le passé, ni sûreté sufTisante pour Tavenir, il a été considéré que ce double but ne saurait être obtenu, tant que ledit voisin redoutable ne sera pas resserré dans des bornes étroites. C'est pourquoi. Sa Majesté le roi de Pologne, électeur de Saxe, comme allié auxiliaire, et Sa Majesté la reine de Hongrie et de Bohème, (U)mme partie attaquée et belligérante, sont convenus, par le présent acte séiMiré et secret, d'employer leurs efforts communs, non-seulement il pleinement remplir l'acte passé entre Leurs Majestés, le 6 (13) mai 17'U, et les mesures concertées sur les engagements pris par leur traité d'alliance conclu le 8 janvier i7iK avec les puissances maritimes, mais encore de no pus poser ni l'une ni l'uulro bas les armes, qu'outra la conquête de toute la Silésie et de la comté de Glatz, on n'ait encore plus étroitement réduit le roi de Prusse.
El, pour qu'on se soit entendu ensemble d'avance sur le partage des (umquôtes il faire, pendant que le huitième article dudit traité de Varsovie n'établit qu'en gros que Sa Majesté le roi de Pologne, électeur de Saxe, doit participer aux avantages par des convenances, il a paru nécessaire de distinguer les cas qui pourraient arriver dans la suite el de s'entendre sur chacun d'eux.
Supposez donc qu'outre la réacquisition de toute la Silésie et le comté de Glutz, on parvint k conquérir sur ledit roi le duché de Magdebourg, le cercle de Suai, y compris la principauté de Crossen avec le cercle de Zullichau y apimrtenaut, et li*s fiefs de Roliéme posséd^'s |Nir ce roi et situés dans la Lusace, nommément Gotbus, Peitz, Storkau, Beeskv^, Sommerfeld et d'autres endroits et districts qui y appartiennent : en ce cas, toute la Silésie et le comté de Glatz, à Schwibus près, devront revenir à Sa Majesté la reine de Hongrie et de Bohême, laquelle cède en érliange tout li? reste qu'on vient d'énoncer, avec! le district de Schwibus app;irlenant d'ailleurs k la Silêsie, à Sa Majesté le roi de lh>logne, i^hrleur de Saxe.
Supposez, au contraire, qu'oulre la réacquisilion de loule la Silôsie et du comté de Glalz, on ne parvint à conquérir sur l'agresseur que le cercle de Saal, la principauté de Grossen avec le cercle de ZuUichau et les sus-nommés fiefs dé Bohême lui appartenant en Lusace ; alors» Sa Majesté polonaise, électeur de Saxe, se contentera de ce dernier partage et du district de Schwibus, en laissant pareillement k Sa Majesté la reine de Hongrie et de Bohême toute la Silésie et le comté de Glatz, à Schwibus près. Mais, supposez enûn que, contre toute attente, et nonobstant les eflurts communs susdits, on ne panrtnt qu'à conquérir, outre le comté de Glatz, toute la Silésie, de même que la principauté de Grossen avec le cercle de ZuUichau et les susdits fiefs de Bohême, possédés par ledit roi en Lusace : en ce cas. Sa Majesté polonaise aura, outre la principauté, le cercle et les fiefe qu'on yienl de nommer, le district de Schwibus, appartenant autrement à la Silésie.
Et, pour que Sa Majesté le roi de Pologne, électeur de Saxe, soit d'autant plus assuré, du moins et pour le pis aller, de ces dernières acquisitions, Sa Majesté la reine de Hongrie et de Bohême s'engage, de la manière la plus forte et la plus solennelle, que Sa Majesté le roi de Pologne, électeur de Saxe, doit avoir précisément les mêmes sûretés pour ces nou?elles acquisitions, qu'EUe aura ou pourra avoir pour Ui réacquisition de ses anciens Ëtats patrimoniaux, c'est-à-dire la Silésie et le comté de Glatz; de sorte que tout doit aller à pas égaux, et qu'EUe ne saurait se prévaloir plutôt de la possession de toute U Silésie, que lorsque Sa Majesté le roi de Pologne se trouvera pareillement dans la possession de sa quote-part aux conquêtes.
A cette fin, les troupes saxonnes de Sa Majesté polonaise resteront dans la Silésie reconquise, jusqu'à ce que sa quote-part soit efliectuée, du moins selon le dernier des cas ci^essus énoncés.
Apr(>8 quoi, les hauts contractants se garantiront réciproquement, pour eux et pour leurs héritiers et successeurs à perpétuité, tout ce qu'à l'un et à Tautre sera tombé en partage, en tàdiant d'en obtenir aussi la garantie de leurs alliés.
En foi de quoi Leurs Majestés ont signé, chacune de sa propre main, un exemplaire de la même teneur de cet acte séparé et secret, pour être échangé l'un contre l'autre, et y ont fait apposer leurs sceaux royaux.
Fuit II Lcipzick, ce 18 mai 1745.
Auguste, rot.
N. II. Traduelion du quatrième article séparé et secret du traité de Pétersbourg, du 22 moi 1746.
Sa Majesté rioipéralrice-reine de Hongrie el de Bohême déclare qu'Elle observera religieusement et de bonne foi le traité de paix conclu entre Elle et Sa Majesté le roi do Prusse, ii Dresde, le 25 décembre 1745; et qu'Elle ne sera point la première ii se départir de la renonciation qu'Elle a faite de ses droits sur la partie cédée du dudié de Silésie et de la comté de Glatz.
Mais si, contre toute attente et les vœux communs, le roi de Prusae fut le premier à s'écarter de cette paix, en attaquant hostilement, soit Sa Majesté Timpératrice-reine de Hongrie et de Itohéme , ou ses héritiers et ses successeurs, soit Sa Majesté l'impératrice de Russie ou bien la république de Pologne ; dans tous lesquels cas, les droits de Sa Majesté l'impératrice-reine de Hongrieet de Bohême sur la partie cédéede la Silésie et la comté de Glatz ; par conséquent aussi les garanties renouvelées dans le second el troisième article, de la part de Sa Majesté Timpératricc de Russie , auraient de nouveau lieu et reprendraient leur plénier effet, ; los deux hautes parties contractantes sont convenues cxpn*ssémcnt que, dans ce cas inespéré, mais pas plus tAt, ladite garantie sera remplie entièrement et sans |>erte de temps, et elles so promettent solennellement que, pour détourner le danger commun d'une pareille agression hostile, elles uniront leurs conseils, qu'elles ei^oindront la même confidence récipro<]ue à leurs ministres dans les cours étrangères, qu'elles se communiqueront confidemment ce que, de part ou d'autre, on pourrait apprendre des desseins de l'ennemi ; et enfin Sa Majesté rinii>ératrice -reine de Hongrie et de Bohême tiendra prêt, ou Bohême el en Moravie, et dans les comtés adjacentes de Hongrie, un corps de viugt mille hommes d'infanterie et de dix mille hommes de cavalerie, el que Sa Mi^esté l'impératrice de Russie tiendra prêt un corps pareil en Livonie, Esthonie et autres provinces voisines, de façon qu'en cas d'une attaque hostile de la part de la Prusse, soit contre l'une, soil contre l'autre partie, ces trente mille hommes pourront et devront aller au secours de la partie attaquée, en deux, ou tout au plus en trois mois, à compter du jour de la réquisition faite.
Mais, comme il est facile à prévoir que soixante mille hommes ne suflîront pas pour détourner une pareille attaque , pour recouvrer les provinces cédées par la paix de Dresde, et pour assurer en même temps la tranquillité générale pour l'avenir, les deux |)arlies contractantes sont
e& outre engagées d'employer pour cet effet, le cas existant, non-seu- Icnienl trente mille hommes, mais même le double, savoir : soixante raille hommes de chaque côté, et d'assembler ce corps avec autant de célérité que la distance des provinces les moins éloignées le permettra. Les troupes de Sa Majesté impériale de toutes les Russies seront employées par terre ou par mer, selon ce qui sera trouvé le plus convenable ; mais celles de l'impératrice-reine de Uongrie et de Bohême ne seront em^tloyées que sur terre ; chaque partie commencera à faire du côté de ses propreii États une diversion dans ceux du roi de Prusse, mais ensuite on lâchera de se joindre et de poursuivre les opérations conjointement ; mais, avant que cette jonction se fasse, il se trouvera un général, de part et d'autre, dans les deux armées respectives, tant pour concerter les opérations que pour en être témoin oculaire et pour se communiquer, par ce canal, les avis qu'on aura à se donner.
Sa Hi^esté l'impératrice de Russie, en promettant un si puissant secours k Sa Majesté l'impératrice-reine de Hongrie et de Bohême, n'a aucun dessein de faire des conquêtes k cette occasion ; mais, comme Elle veut bien faire agir son corps de soixante mille hommes, tant par mer que par terre, et que l'équipement d'une flotte causerait des dépenses considérables, de sorte qu'en partageant ainsi les forces de l'ennemi, on aurait lieu de regarder le corps russe comme fort excédant le nombre de soixante mille hommes, Sa Majesté l'impératrice-reine de Hongrie et de Bohême s'engage et promet que , pour témoigner d'autant plus efGcacemenl sa reconnaissance, elle payera à Sa Majesté l'impératrice de Russie la somme de deux millions de florins du Rhin dans un an, k compter du jour qu'elle aura la Silésie en son pouvoir, sans pouvoir en décourtér quelque chose, sous titre de ce qu'on aura tiré du pays ennemi.
Ce quatrième article séparé et secret aura la même force que s'il était inséré mot pour mol au corps du traité défensif, et doit être ratifié en même temps. En foi de quoi les ministres sus-menlionnés y ont ap- |)osé leur signature et cachet.Fail k Saint-Pétersbourg, le 22 mai 1740.
Alcxt comte BESTucnErr Jban François
llUNlN. DB PRRTLACK.
(L. S.) NicoLAUs Sebastin, noble
de IIokenholzL
iN. III. Résolutions et instructions pour le comte de Vicedom et le sieur de Pezold à Saint-Pétersbourg,
Rapport circonstancié ayant été dûment fait au Roi, du contenu des dernières dépéclies du 18, 19 et 23 d'avril de son conseiller privé et ministre plénipotentiaire à la cour impériale de Russie, le comte de Vicedom, et de son résident à la même cour, le conseiller privé d'am- Imssade, sieur de Pezold , apportées ici de Pétersbourg par le courrier Consoli, le G décembre, et Sa Majesté y ayant surtout pris en considé« ration l'aflaire d'accession que lui demandent avec instance les deui cours impériales, k leur nouveau traité d'alliance défensive, et k ses articles séparés et secrets, signés k Pétersbourg le f^ mai 1746, et ratifiés ensuite de part et d'autre. Sa Majesté a trouvé bon de faire pourvoir Ik-dessus ses susdits deux ministres en Russie, des points de résolution et d'instruction suivants, qui leur doivent servir de règle pour y diriger leur négociation et conduite dans cette affaire aussi importante que délicate.
i. Sur ce que le grand-chancelier de Russie leur a fait connaître, el Ta fait témoigner aussi par son frère le grand - maréchal ici , que les deux cours impériales seraient bien aises que l'affaire de l'accession du Roi se traitait el conclût préfrrablement k Pétersbourg, comme k l'endroit où le traité d'alliance défensive, renouvelé entre elles, dont il s'agit, a été négocié, conclu et signé, Sa Majesté, pour y complaire, fuit pourvoir k cet effet le comte de Vicedom et le sieur de Pezold dudjoint plttin pouvoir avec la clause de samt und sonders^ afin qu'en cas d'absence, d'indisposition ou d'autre empêchement de l'un, l'autre puisse continuer la nrgociation, en communiquant néanmoins ensemble el agissant dans un parfait concert.
2. Ils feront valoir cet empressement du Roi auprès du grand chancelier et de l'ambassadeur Prttlack, comme une preuve certaine du pendiant d'attachement sincère de Sa Majesté pour les deux impératrices, préférablement k toutes autres consid«*ralious qui pourraient l'engager k aller plus bride en main, dans une alTaire de cette étendue et conséquence.
3. Le résident Pezold, connaissant le mieux ce qui s'est passé, il y a près de deux uns, entre les deux cours, lorsque le Roi se trouva dans le cas de nécessité de n^lamcr les secours de la Russie, en vertu (le leur traité d'alliance défensive renouvelé citiiire le roi de Prusse,
JUSTIFICATIVKS. 529
el ledit résidenl ajraolélé l(*inoin oculaire de rindilTérenœ, lenteur el insuffisance avec lesquelles on répondit k la cour de Pétersbourg aux réquisitions réitérées de Sa Majesté, procédé auquel la Saxe doit principalement attribuer ses derniers malheurs, il fera bien d'en faire 8ou?enir en particulier le Rrand-chancelier, comte de BestucbefT, non pas tant sur le pied de reproches à lui en faire, mais plutôt sur un pied de réflexions confldentielles, et pour le faire conyenir que c'est une résolution bien généreuse du Roi de se prêter si promptement aux désirs des deux cours impériales, et qu'après ce qui lui est arrivé en dernier lieu avec celle de Russie, il n'y a que la grande confiance que Sa Majesté met en lui, grand-chancelier, et dans son présent crédit et pouvoir, qui ait pu La di^terminer si tôt pour l'accession, dans l'espérance que ce ministre principal songera a réparer le passé, en prenant de loin assez bien ses mesures, pour qu'à l'avenir le Roi soit, en cas de besoin, non-seulement secouru à temps et suffisamment, mais qu'aussi Sa Majesté, dans les occasions d'une assistance réciproque, trouve son compte, dédommagement et avantage réel.
4. Quant au traité principal des deux cours impériales, le Roi est tout disposé d'y accéder sans autre restriction que celle du nombre dos troupes qu'elles s'y sont stipulé ri^ciproquement pour les cas ordinaires d'un secours à prêter, et il est nécessaire que les plénipotentiaires de Sa Migeslé proposent et insistent à ce que son assistance soit réglée dans l'acte d'accessio<i sur le double du secours promis de l'électoral de Saxe, d'autant plus que la coUr de Vienne envoie au Roi et entretient à ses propres frais, dans loué les cas, les secours réciproques de six et douze mille hommes.
5. Après que le comte de Vicedom et le sieur de Pezold en seront d'accord avec les ministres des deux cours contractantes, ils procéderont aussi à traiter sur l'accession du Roi aux six articles séparés, dont cinq sont secrets, et qui demandent beaucoup plus de réflexions et d'ajustement pour les convenances du Roi.
6. Gomme cependant Sa Majesté, par inclination et zèle pour l'intérêt commun et pour le bien public, n'est pas éloignée de s'y joindre aussi au possible et à proportion de ses forces, ses plénipotentiaires prendront un soin particulier de s'expliquer Ik-dessusplus spécialement avec ceux des deux cours impériales, afin que leurs demandes et la condescendance du Roi à chaque article soient combinées aux intérêts de Sa Majesté.