‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 2)Chapitre 4 sur 22 · H18T01KE · texte numérisé non relu

H18T01KE

1Î&8 garnison^ des prodiges de valeur. Enfin les Russes^ ayant levé le siège, évacuèrent la Nouvelle-Marche et la Poméranie; avant leur départ, les Cosaques mirent tout à feu et à sang : Tannée du comte de Fermer alla hiverner en Prusse et en Pologne.

Quant aux Suédois, après une invasion à peine sensible au milieu des grands événements de cette guerre, leur entière expulsion termina la campagne de 1758.

« Cette campagne^ fut moins riche en batailles et en événements d*éclat; les changements de fortune y furent moins subits et moins frappants que dans la précédente; mais elle fut bien plus savante; les marches y furent mieux combinées et plus rapides, les positions mieux choisies. Le Roi, forcé de se retirer en Moravie, se jette en Bohême, donne à sa retraite tous les avantages et la vivacité d*uue invasion, et Tefibctue, sans être entamé, devant des forces supérieures et dans un pays extrêmement difficile. Arrivé dans la ligne de ses frontières, il vole à Tarmée russe, la bat, et la met hors d'état de rien entreprendre contre cette partie des Étals prussiens. Pendant cette marche, Daun, plus sage et plus habile que dans la campagne précédente, sent tous les avantages de la conquête de la Saxe, et envahit celte province; Frédéric y revient avec son armée avant que les Autrichiens aient fait de grands progrès, et déjoue tous leurs projets par sa seule présence. Jfiàis ici la scène change de nouveau ; il est surpris à Hochkirchen ; son armée est battue; il est coupé de la

* Joiiiiui, Traité îles *jrande$ opérations mililaires, loiuc U.

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Silësie. Le hdros embrasse d'un coup d'œil rapide Teii- iîw semble de ses différentes lignes d'opération ; il trom[ie Daun, gagne plusieurs marches sur son flanc droit, vole en Silésie, rejette en Moravie l'armée qui menaçait cette province, dirige les armées opposées aux Russes et aux Suédois sur la Saxe, au moment même où il y retournait, déjoue ainsi les j[)rojets de Daun, et le force à se retirer en Bohême. Frédéric mit ainsi en action l'élite de ses forces sur tous les points de ses frontières, et les sauva tous alternativement. Il combattit avec les mêmes braves sous les murs d'OImulz en Moravie, de là en Bohême et au fond de la Marche ; il se porte en Saxe, retourne en Silésie, revient en Saxe; l'armée retourne en Lusace, et le quitte en Silésie, où, pour la troisième fois, il ne tarde pas à se rendre lui-même. »

Colberg, Kosel, Neiss , Dresde, Torgau, Leipsick, Sonneustein ^, délivrés ; de nouveau la Silésie, la Saxe, la Poméranie au pouvoir des Prussiens, tels furent les résultats de celte prodigieuse activité.

Le prince Henri, qui avait admirablement secondé le Roi, reprit le commandement de l'armée de Saxe, et Frédéric, après avoir réglé les quartiers d'hiver de ses troupes, quitta Dresde, le 10 décembre, pour se rendre à Breslau.

Sur un autre théâtre, en donnant le vrai modèle d'une guerre défensive, le prince Ferdinand ne s'étiiit pas moins illustré'.

* Dont on rasa les forlificalions.

* Joiuini, Traiii desgrwxdes opération militaires .

HM Muis toutes ces merveilles d*hdroisme et de génie ne semblaient devoir conduire Fi'édéric qu'à une chute plus éclatante. Vainement, à des attaques terribles il oppose une résistance plus terrible encore; vainement, docile à la voix d un Roi qu'elle admire, la patrie a prodigué le plus pur de son sang : la lutte devient trop inégale. D'un côté, les pertes sont irréparables; de l'autre, soudain réparées, tant la Prusse est bornée dans ses ressources, tant ses ennemis en ont d'immenses !

La mort avait enlevé les meilleurs généraux ; il ne restait guère au Roi que lui-même et son frère Henri. Un grand nombre de régiments étaient sans cadres. Chaque jour, les levées d'hommes devenaient plus difiiciles, et moins propres au service militaii*e. Sous les drapeaux, une multitude de vagabonds , de déserteurs , de gens neufs ou suspects, inspiraient aux officiers une trop juste défiance. Avant de marcher au feu , les recrues avaient à peine le temps de s'exercer; après la campagne, plusieurs corps étaient privés de leurs cantonnements occupés par l'ennemi.

Au contraire, sous bien des rapports, les armées de Marie-Thérèse étaient devenues plus redoutables*. Mieux instruites par leurs revers que par des victoires, elles avaient suppléé à la théorie par la pratique ; souvent battues, elles se formaient à l'école même du vainqueur.

Chaque année, d'innombrables levées d'hommes choisis accouraient de la Hongrie, de la Croatie, de la Tran-

> Guibcrl, Éloge du roi de Fruste.

DE FRÉDÉUIC II. 407

sylvaiiie^ traversant Vienne sous les yeux de leur Impé- lîw ratrice, et prêts à mourir pour une souveraine dont la familiarité touchante, la majestueuse beauté, les enivraient d'amour et d'enthousiasme.

A la tête des troupes impériales étaient trois hommes remarquables par des qualités différentes, et possédant chacun de grandes parties de la guerre : Daun*, sage, intrépide, instruit, mais d'une circonspection extrême, et, pour avoir trop douté de la fortune, manquant plus d'une fois la victoire ; Lascy % savant théoricien,conuaissant à fond tous les détails de la guerre, habile à choisir un camp, audacieux, vigilant, prompt à concevoir des projets offensifs; Laudon enfin, d'un talent d'exécution, d'un sang-froid rare, et doué par la nature du feu sacré. Quand Laudon, simple lieutenant, quitta le service de Russie dans le dessein de s'attacher à 1 Autriche, quelques officiers, ses anciens compagnons d'aiTnes contre les Turcs, lui persuadèrent de demander une compagnie au roi de Prusse; mais ce prince lui tourna le dos, en disant : ce La physionomie de cet homme ne me plait pas. » Cette fois la sagacité de Frédéric fut en défaut. Plus tard, il fit au général autrichien une réparation pleine de grâce« Laudon, récemment

> Nalif de Bohême et fils de Wirich-Philippe-LaureDl, comte de Daun el prince de Tiano, qui, sous les règnes de Joseph l'^el de Charles VI, s*élanl distingué dans les guerres d'Italie, avait été vice-roi de Naples, gouverneur de Milan, et par intérim gouverneur des Pays-Bas.

* Irlandais d'origine, Olsde ce maréchal de Lascy qui commanda avec tant de dislinclion, rival de gloire de Munich, les armées russes dans la guerre contre les Turcs, sous le règne de laTzarine Anne.

iOè HISTOIRE

n58 promu au grade de major-gënëral; ayant perdu son brevet dans une affaire très-chaude^ le Roi le lui renvoya par un trompette, avec ces mots : « Dites au général (le Laudon combien je m'estime heureux d'ôtre pour que](|ue chose dans ravancement d*un aussi brave officier. »

Sous les ordres de ces trois généraux en chef se distinguaient des lieutenants dignes de les seconder. Tous, mettant à profit les leçons de Frédéric, s'étaient fait, devant lui, le seul système convenable; tous, évitant les affaires de plaine et de manœuvre, cherchaient à le réduire à une guerre de positions et de postes; alors même qu'ils étaient supérieurs eu nombre, ils se retranchaient toujours en se couvrant d'une immense artillerie ^

La guerre n'offrait donc plus à Frédéric que des dangers.

La politique n'était pas moins alarmante. L'abbé, comte de Bernis, après s'être mis, selon sa propre expi-ession, « à l'abri de l'orage sous le chapeau de cardinal, w fut disgracié le !•' novembre 1758, et remplacé par le duc de Choiseul. Nul choix ne pouvait être plus funeste à la Prusse. Lorrain de naissance, et sincèrement dévoué à la dynastie im|)éria]e, ce ministre s'empressa de convertir en une alliance offensive presque illimitée * le traité défensif du l*' mai 1756. Par le nouveau traité *, la France promettait tous ses efforts

* Guibert, Éloge du roi de Prusse.

< Flassan, Histoire de la di\Àomalie française ^ loiiie VI.

* En date du 30 décembre 1758.

DR PUÉnÉnic II. ^09

j)our faire restituer à l'Autriche le comte de Glatz et la nw Silésie ; elle s'engageait à assister Tlmpératrice d'hommes ou d'argent, au choix de cette princesse ; à fournir seule à la Suède le subside dont la cour de Vienne avait jusqu'alors supporté la moitié, et à tenir sur pied, en Allemagne, pendant toute la durée de la guerre, cent mille hommes pour combattre le roi de Prusse. La France garantissait aussi à la Maison impériale la possession de tous les États prussiens que l'on pourrait conquérir sur le Bas-Rhin, promettant d'appuyer l'élection de l'Archiduc Joseph comme roi des Romains, et le mariage d'un Archiduc avec la princesse de Modène.

De quel retour Marie-Thérèse payait-elle tant de sacrifices? Elle confirmait la cession d'Ostende et de Nieuport pour la durée de la guerre, et renonçait à son droit de succession éventuelle sur les duchés de Parme et de Plaisance, droit établi en sa faveur par le traité d'Aix-la-Chapelle'.

Non content d'avoir ainsi armé L'Autriche des forces de la France, le duc de Choiseul s'efforça de communiquer sa propre ardeur au cabinet de Saint-Pétersbourgbientôt Elisabeth accéda au traité du 30 décembre '.

Vers le même temps, des flottes russes et suédoises menaçaient les ports prussiens de la Baltique. Frédéric, invoquant l'alliance commune, demanda en vain, pour les couvrir, une escadre aux Anglais. Ses négo-

* William Goxe, Histoire de la Maison d'Autriche, lonic V.

* Le 7 mare 1700.

UO HISTOIRB

n&8 dations aupràs du nouveau sultan des Turcs, Musta-* pha III, n*étaient pas plus heureuses ; les fortes sommes d'argent qu*il fit distribuer au Divan enrichirent des conseillers avides, sans les convaincre. D'ailleurs, les finances prussiennes ne pouvaient soutenir la concurrence avec les finances françaises et autrichiennes, et les Turcs trouvaient plus commode d'être payds pour ne rien faire que pour combattre * .

A tant de sujets de graves sollicitudes se joignirent des douleurs de famille. La Reine-Mère était morte à son château de Monbijou, le 28 juin 1757; Frédéric eut aussi à pleurer la fin prématurée de son frère, le prince Guillaume, auquel il se repentait sans doute d'avoir adressé des reproches trop amers, après sa malheureuse retraite de 1757 •. Cette sœur si tendrement chérie, la

* Frédéric, Histoire de la guerre de Sepl-Ans^ tome I.

* Quelques mois avant sa un, ce prince, cédant aux instances de toute la famille royale, avait tenté une démarche aupri^ du Roi : il ne s'agissait de rien moins que de décider Frédéric à demander la paix. Héritier du trône et sincèrement aimé de son frère, malgré leur rupture, c'était à lui en effet que semblait appartenir l'initiative d'une aussi délicate négociation.

Comme tous les gens timides, qui, dans un cas extrême, deviennent capables de la plus grande hardiesse, le prince, résolu à tout risquer, se présente devant le Koi. Frédéric le reçoit debout, et, d'un ton glacial : « lion frère, qu'avez-vous à me dire ? parlez, » lui demande-t-il.

Le prince, tremblant d'abord, s'anime peu à peu, expose tous les dangers qui menacent l'Ëtat, et finit en suppliant le Roi de céder à la nécessité. Frédéric, toujours immobile, sans nulle trace de colère, el plongé dans une méditation profonde, l'écoute sans riiiterromprc, et termine l'entrevue par ces mots : « Monsieur, vous partirez demain pour Berlin : allez faire des enfants; vous n'éles lion qu'k cela.» (Tliiébault, aies sottvemn.)

DK FRÉDÉRIC II. 441

margrave de Bareith, le Roi eut le malheur de la perdre i^ss le jour môme du désastre d'Hochkirchen. Ce fut pour le cœur de Frédéric une blessure profonde ; elle ne se cicatrisa jamais. « Il vous a été facile, écrivait-il à Yoltaire, le 6 octobre, déjuger de ma douleur par la perte que j'ai faite. Il y a des malheurs réparables par la constance et par un peu de courage ; mais il y en a d'autres, contre lesquels toute la fermeté dont on veut s'armer et tous les discours des philosophes ne sont

que des secours vains et inutiles

Je me serais volontiers dévoué à la mort pour sauver ou pour prolonger les jours de celle qui ne voit plus la lumière. N'en perdez jamais la mémoire, et rassemblez, je vous prie, toutes vos forces pour élever un monument en son honneur. Vous n'avez qu'à lui rendre justice j et, sans vous écarter de la vérité, vous trouverez la matière la plus ample et la plus belle.

c( Je vous souhaite plus de repos et de bonheur que je n'en ai. »

Pour la première fois, Frédéric sembla demander des consolations à la religion. Son lecteur Lecatt l'ayant trouvé lisant un sermon de Bourdaloue, le Roi lui montra un panégyrique de sa sœur qu'il venait de commencer, et où divers passages de la Bible étaient cités. Il composa aussi, sur ce triste sujet, des vers empreints d'une sensibilité profonde.

Tant de chocs violents n'ébranlèrent point cette âme indomptable : elle acceptait le défi que lui portait la fortune.

Tandis que les rigueurs de la saison suspendaient

17S8- ailleurs les liostilitës^ la guerre coutinua, dans la Poméranle suc^loise, entre les généraux prussiens et suddoiSy jusqu'en janvier et février. Mais là, du moins, tout Tavantage fut aux premiers. Après avoir passé, par le duché de Mecklembourg, dans la Marche d* Ukraine, Dohna repoussa Hamilton jusqu'à Stralsund, avec une perte considérable.Yei*s le même temps, attaqués dans la forteresse d*Ânclam par le général Canitz, et réduits à capituler, le comte de Sparre et ses douze cents Suédois devenaient prisonniers de guerre. Demmin et le fort de Penamunde, avec leurs garnisons, tombaient également au pouvoir du général Mantenfel.

Frédéric passa Thiver à Breslau, se livrant, en apparence, à quelques divertissements, faisant de la musique, recherchant la conversation des gens de letti*es et des savants. Mais, sous ce calme trompeur, le gi*and homme cachait un plan immense qui pouvait lui livrer les trois quarts de TAllemagne.

Voici ce plan : Le prince Ferdinand devait s'emparer de Francfort, couper toute communication entre les deux armées françaises, Tune hivernant à la gauche du Rhin, l'autre occupant les environs du Mein, et, de là, gagner la gauche de cette rivière. De son côté, le prince Henri, par une invasion en Franconie, favoriserait l'opération ; et le Roi, fondant sur la Bohême, y eiU concentré toute l'attention des Autrichiens. Ainsi changé, le théAtre de la guerre était savamment transporté dans les fertiles provinces situées entre le Mein et le Danube, où Ferdinand et Henri eussent trouvé d'abondantes ressources en hommes, en subsistances, en argent.

Les talents supérieurs des hommes, auxquels Texc- i^^o cution de ce hardi projet était confiée, semblaient des garanties de succès ; mais le sort des armes en décidera autrement; et la bataille de Bergen, gagnée, le 13 avril, sur le prince Ferdinand, par le duc de Broglie, contraindra les Prussiens à d'autres combinaisons.

Cette campagne, peut-être la plus désastreuse de toutes pour Frédéric, sembla néanmoins s'annoncer sous des auspices favorables : un prince polonais, Sulchowski, ayant levé des troupes et établi des magasins pour les Russes, le Roi détache en Pologne le général Wobernsnon avec huit raille hommes, qui, prévenant l'arrivée des Russes, enlèvent le prince et ruinent ses magasins.

Malgré les rigueurs de la saison, le prince Henri, entré en Bohême, traverse les hautes montagnes et les redoutables défilés de c^ pays, dispersant partout l'ennemi sur son passage. Envoyé par lui en Thuringe, le général Knobloch prend Erfurt, et bat un corps autrichien qui vient de Saalfeld; un autre général prussien, Lindstadt, après avoir détaché Campitelli de HofT, et anéanti beaucoup de magasins ennemis, retourne ensuite, avec Knobloch, à Zwickau ; puis Fouquet repousse Deville, qui avait fait une irruption dans la Ilaute-Silésie.

Vers lé mois d'avril, le prince Henri, ayant rassemblé son armée près de Zwickau, en Saxe, marche, jusqu'à Hoff, à la rencontre du général Cleseld; ses lieutenants remportent divers avantages. L'armée de l'Empire se retire, par Nuremberg, avec une perte considérable. Mais les Autrichiens, prêts îi pc'notiTr de la Bohême en 11. 8

A I A HlSTOtRÉ

1769 Saxe, forcent le prince à y retourner .-dès lors, Henri doit renoncer 6 poursuivre les ImpérlaUic.

Cependant, Frdddric avait rassemblé soti armée près de Landshut, et Daun prenait, en face, entre Schatzlar et Trautennu, une position avantageuse.

Bientôt, de nouveaux revers fondront sur les armes prussiennes. Rassemblés en Pologne, les Russes menacent d'envahir les États du Roi.

Laissant, contre les Suédois, dans la Poméranie antérieure, le major général Kleist, Dohna, qu'ont renforcé les vingt^huit mille hommes de Platen venus de la Poméranie suédoise, et Hulsen, accouru de Saxe, marche contre les qiiatre-^vingt-six mille Russes. Par l'heureux choix de ses positions et l'habileté de ses marches, il les tient, pendant quelque temps, éloignés des frontières. Mais le manque de vivres, et la grande supériorité numérique de Tennemi le forcent à se replier dans l'intérieur des États prussiens ; le général lusse Fermer établit son camp à Babimost, sur les frontières de la Pologne, non loin deZullichau\

Cependant, contraint, par la supériorité des forces ennemies, à diviser les siennes pour faire face à tout, Frédéric se voit condamné à une guerre défensive; la moindre témérité ouvrirait aux invasions ses États naturellement dégarnis, faibles et pauvres, que chaque année épuise encore, et qui sont pouitant son unique ressource. Peut-être une gi*ande bataille le sauveraitelle; mais toute opération brillante lui est interdite.

* liùller, Tableau des guerres de Ftidiric le Grand.

W rede donc immobile daiis sa posittoii près de 1759 Laiidâhut; déiefttiiliàtion touté dattirëlle que Dttufi ne pénêtfe qii'asSéztafd; eieûtote l'Autrichien perd^l ôix semàljtiëS en edrfëdt^dtidânce àveô Yettnoi*, pour réglei* un tiotiVéati pUûd'OpéHtioh, que vbicii se pdf tant de iù pers^onné en Lusiicë> le maréchal envei*ra, pût France fort du Crô^sën^ uh grand t'enfort de cavalerie aui RUsâes, et tiendra le Roi en ëchëc^ tandis que les Russes écrasaut ramide du général Wedel^ successeur de Dôhna, pénétreront dans la Marche électorale.

Le 6 juillet^ Daun campe à Markllssà^ où confinent les frontières de la Bohême^ de la Lusace^ de la Silésie, et attire à lui leS troupes autrichienne^ réparties dans Tannée de l'Empire.

Frédéric Vient S^établir* éii face de lui, près du village de DUringéWOrWerck> aux environs de Lôwemberg : FouqUet couvre l'étroit défilé de Landshut*

Durant ceë opérations» le général autrichien Deville pénètre en Siiésie^ près dé Friedland ; mais Fouquet> au lieu de l'attaquer en plaine^ se poste dans les gorges éti*dites deë montagnes qUe Deville a traversées, et le force à faire sa retraite par des détdurs difïlciles^ et avec grande perte.

Cependant SoltikofTàpris le commandement de l'ar-^ mée russe, et Dohna, après avoir détaché le Comte Ilordt, pour ruiner ses magasins le long dé la Vistule, campe, vis-à^vis deë Russes^ près de ZuUlchaU; puis Wedel le remplace. Tournant la gauche dès Prussiens, le général russe se poste près de Palzig, sur ses deriières, pour établir ainsi, pat Crossen, sa communication avec

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i?&9 Daun, qui s'avance à la tête de trente mille hommes. Malheureusement, Wedel, qui ne connaît bien ni ses propres troupes, ni celles de l'ennemi, ni le pays où il doit combattre, se contente de canonner les Russes pendant leur marche, néglige de prévenir Soltikoff, et, parla, se voit coupé de Crossen et de Francfort; mais il avait reçu l'ordre d'attaquer les Russes, partout et à tout prix, plutôt que de permettre leur jonction avec les Autrichiens. Dès le lendemain donc de son arrivée à l'armée, le 25 juillet, Wedel se met en mouvement, et prend position le long d'un ruisseau marécageux et impraticable, qui coule de Kay vei's l'Oder. Son centre, néanmoins, tente le passage, près d'un moulin, sur un pont fort étroit; mais le feu des Russes, concentré sur ce seul point, l'arrôte. Alors, pour rétablir sa communication avec Crossen el Francfort, il dirige sa principale attaque contrôla droite des Russes; le général Manteufel, h la tôte de six bataillons, passe le ruisseau près de Kay, et culbute la droite de Soltikoff. Mais, faute de teirain el d'une disposition convenable, la ligne prussienne ne peut soutenir le beau mouvement de Manteufel; l'artillerie russe fait des ravages terribles dans ses bataillons. Le général Wobersdow est tué; Manteufel dangereusement blessé; l'attaque reste sans soutien, et, vers le soir, les Prussiens se retirent à Mohsau, sans être poursuivis. Là, leur aile droite se rallie; le lendemain, l'armée passe l'Oder près de Schicherzig. Soltikoffdescend la rive di*oite jusqu'à Francfort; Wedel, pour l'observer, la rive gauche jusqu'à Mubirose. Les Prussiens avaient perdu quatre mille sept cents hommes, tués ou blessés, quinze

DE PRÉDÉniC II. 'Hy

canons et six drapeaux; les Russes, cinq mille morts t75o ou blessés.

Pour avoir voulu imiter son roi à Rosbach, Wedel fut battu à Zullichau, et par les mêmes raisons qui firent perdre à Soubise la bataille, c'est-à-dire parce qu'il n'engagea que les bataillons isolds ou des tôtes de colonnes à distances, contreune masse de troupes formées. Son plan était bon, mais l'exécution en fut vicieuse.

Quant aux Russes, ils ne surent pas tirer un grand parti de leur victoire * .

Un tel échec, à la suite de tant d'autres subis par la Prusse, devenait bien grave.

Peu de jours après, conformément au plan concerté entre le maréchal Daun et le comte Fermer, Laudon rejoignit Soltikoff à Francfort-sur-l'Oder. Ayant laissé Haddick et douze mille hommes à Guben, il avait continué sa route avec dix-huit mille, presque tous cavaliers. Dès leur jonction, les deux armées se retranchent sur la rive droite de l'Oder, près de Kunersdorff.

Pour arrêter le torrent, Frédéric marchera en personne au-devant des Russes. Quittant, le 31 juillet, son camp de Lahn, il se dirigé sur Sagan ; au maréchal Daun toujours à Marclissa, où confinent les frontières de la Bohême, de la Silésie et de la Lusace, il oppose le prince Henri; défait le 2 août, près de Guben, l'arrière-garde de Haddick; le 5, rejoint Wedel près de Muhirose; apprend en route la victoire de Minden, remportée sur le maréchal de Contades parle prince Ferdinand; ramasse

* Jomini, Traité des grandes opérations miliiaireSf (urne Hl.

'Il 3 IIISTOIHB

|i^9 quelques reuforts que Finck lui amène de Saxe ; passe, dans la nuit du 10 au 11, TOder à Reitwen ui)-^essus de ^(istrini et s'9lTéte pr&3 de Qischo^sé^^

Pc »on côtë| quardqte-'huit rpiUe homIne^; du côtd dps Auslro-Ru83CS, qiiatrp-YJiigt-r^ei;^ wnUc, dpn» m poste formidable,

Çëtait le 1% (loût. Impatient d0 venger Thonneur dM drapppu prussipn, Frédéric di3p08e tout pppr rpttaqne.

P'abord, il avait voulu pratiquer rordrpobliqup3uivi à Leuthen, et attaquer l'aile gauche ennefpie iivec sa drpjtOi taudis qqe le gëudral Fîpck 1»^ prendi'uit à revers ; mais ses colonnes, après avoir Iqngtenqps marché par la gauchQi rencontrapt \TQk i^tAngBj furent forpées de revenir sur )eurs pas, pour pherp))pr de^ issues; oe fut très-fàcheiix, car la çhalpur était pxoaasive, les troupes, harasséps, pt Ton pei*dit {K^aupoup de tcmp^-

Ver« d\^ lieqres du matip, te général Finçk |>arut, avec l'aile droite dp l'armée prMP^iennp sur lp§ hauteurs de Trettin, si^uée^ vis-à-tvip dplfl gftuchp di| pqifpp russe. Le but de cette maqœuvrp était d'aUirpr l'attention de Tennemi sur cp poiqt| (andis que le Roi, faisant fder son infan^rie par la gauchP» la ippttait pu ba(ajl|e dans les boia i de son e6té, le prince de \Vurtpmberg, gagnant ^n poste, par un détouri SP pré9eHtait tout à pQup> avec la cavalerie, eu face du cpntre de Teuneipi. Quoi- (}ue sous uu fpu terrjblp, cari à leur gauche aeule- Hîppt, les Russes avaient peut pièçeg de gros calihrPi raYftPJ-g^rde du Ilpi attaque, ^ la haïppuettp, îpa re-

» Cnn^Manl, T(iOlça^ d^ rèynp de Frédéric Ip Grm^

DE FIIÉOÉRIG II. ^'lO

trauchements et les batteries du Mulhberg ; Seckeudorff 1759 est à sa tête. Arrivés à cent cinquante pas des retranchements^ ces braves sont foudroyés par une mitraille épouvantable; mais rien ne les arrête : après avoir fourni une décharge, ils croisent la baïonnette, presseiit le pas à travers les monceaux de cadavres de leurs carnarades, s'élancent dans les fossés et sur les porapet^, chassent Tennemi ; en moins de dix minutes, ils ont pris soixante-dix pièces de canon.

Le Roi suit avec toute la ligne. La gauche des Russes est renversée ; elle se replie, par un rayin profond, jusque derrière Kunersdorff^

Le triomphe semblait assuré; malheureusement les premiers bataillons prussiens poui*suivent Fennemi avec trop d'ardeur : arrêtés par le canoq des Russes, ils sont à leur tour repoussés dans le ravin; ceux qui succèdent ne font qu'ougmepter la confusion- Le désordre devient universel.

Tandis que Finck, ayant franchi ce ravin fatal, suit le Roi jusque dans les retranchements russes; tandis que l'armée prussienne, faute de terrain, ne peut se déployer, et que ses bataillons n'atteignent la hauteur qu'en désordre, les Russes au contraire s'éteqdent, portent sur ce point l'artillerie de leur droite, et font un affreux carnage. Vainement l'intrépide Seidlitz s'élance avec sa cavalerie; il est blessé, et son attaque échoue. Le prince de Wurtemberg veut l'imiter, il subit le même sort, et Putkammer est tué à la tête de ses hussards;

* Mûller, Tableau des guerres de Frédéric h Grand.

A 20 nisToiRB

1769 cette boucherie dure six heures. Quel spectacle pour Frédéric^ que tant de braves recevant la mort aux cris de Vive le Roi! Vive notre Fritz/ sans pouvoir avancer d'un pas?

Ses habits étaient criblés de balles; plusieurs fois, il conduisit en personne ses troupes à la charge; il eut deux chevaux tués sous lui, et reçut une contusion à la poitrine. Presque tous ses généraux ou officiers sufiérieurs étaient hors de combat; ses aidcs-de-camp tombaient à ses côtés; rien cependant ne semblait désespéré, quand Laudon, sortant tout à coup d'un fond avec la cavalerie autrichienne^ qui n'avait point encore donné, tombe sur la droite du Roi. Culbutée, l'infanterie prussienne tente de regagner le poste qu'avait occupé Finck; elle s'encombre aux sorties étroites du retranchement ; le carnage recommence plus terrible.

Frémissant de se voir ainsi ravir la victoire, le Roi rassemble les débris de quelques bataillons, et veut arrêter les vainqueurs : la cavalerie ennemie l'enveloppe ; sans le dévouement du major Pritwitz, il perdait la vie ou la liberté : on l'arrache de la môlée, au désespoir, s'écriant :'« N'y a-t-il donc pas un boulet pour moi? »

Digne chef de ces vaillants hommes, Frédéric était resté le dernier de tous sur le champ de bataille.

Telle est l'esquisse de cette sanglante bataille de Kuncrsdorflf, où le génie d'un grand capitaine et l'intrépidité d'une armée héroïque furent écrasés par la fortune. Les Prussiens y peitlirent la moitié des hommes pi*ésents, c'est-à-dire vingt mille, dont dix-huit mille lioi*8 de combat, et presque tous leurs canons. La [lerte des

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Russes fut d'environ seize mille hommes. Trois mille 1759 Autrichiens furent tués ou blessés*. « Si je remporte encore une victoire semblable, écrivit Soltikoff à la Tzarine, j'irai en porter la nouvelle à pied, un bâton à la main. Votre Majesté n'en sera pas surprise, ajoutait-il; Elle sait que le roi de Prusse vend toujours fort cher ses défaites. »

Alors l'Allemagne vit tomber, criblé d'héroïques blessures, un de ses poètes les plus distingués, Tauteur du Prttuemp*, ce Kleist, amant passionné des beautés de la nature, et dont la muse naïve s'inspirait à la fois, par un singulier contraste, des émotions de la gIoii*e guerrière et des rêveries de la solitude. N'avait-il pas prédit son sort dans l'ode où il disait : « Et moi aussi peut-être serai-je appelé à mourir pour ma patrie. »

Atteint déjà de douze contusions, blessé à la main droite, et tenant son épée de la gauche, le major Kleist s'avançait pour remplacer son colonel, mis hors de combat, quand une balle lui perça le bras gauche. Ayant repris son épée de sa main droite mutilée, il allait, suivi du régiment, enlever une quatrième batterie; mais un biscayen lui cassa la jambe droite. « Mes enfants, cria-t-il à ses soldats, n'abandonnez pas votre roi! » Deux fois Kleist voulut être remis à cheval, et deux fois il s'évanouit. Un chirurgien, qui venait pour le panser, fut tué à ses côtés. Dépouillé ensuite et jeté dans un fossé par des Cosaques, secouru par des hussards russes,

* Frédéric, Histoire de la guerre de Sepi-AnSf lome il; — llûllcr,— ArclienhollZy — Grimoard, — Jomini.

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n&9 et de nouveau dépouillé par des Cosqques, Kleist, grâce à rinimanité d'un ollicier, fut transporté à Francfortsur-rOder. On l'y eptoura de3 soins )es plus affectueux; des militaires russeSi plusieurs savants, Raumgartoii surtout, frère du théologien, s'eflor^aieut de calmer ses souffrances; enfui, aprè3 onze jours de cruelles douleurs, Kleist mourut. Des honqeqrs publics furent rendus à sa mémoire. Uz, Clptz, Moïse M^ndelssohn, Toni chanté ; Thomas Abbt, en }760^ dut saqs doute h la noble fm de Kleist Tidée de ranifpcr l'ardeur de ses concitoyens par l'éloquent ouvrage intitulé ; De la Mort pour la Pairie,

Au commencement de Tactiouy Frédéric avait annoncé à la Reine son triomphe ; mais, bientôt, un second . courrier manda à cette princesse de quitter Berlin avec la famille royale, et de faire conduire les archives à Magdebourg.

Le soir de cette funeste journée, Frédéric avait à peine rallié dix mille hommes. Si les Russes, profitant de leur succès, eussent poursuivi à outrance ces débris, c'en était fait de la monarchie prussienne; car, de Taveu môme du Roi, ses ennemis i|*avaient plus qu'à donner le coup de grâce ^ .

Mais ils laissèrent respirer le lion.

Cette imprudence leur coûta cher. Par leur mésintelligence, ils ne servirent pas n^oins bien Frédéric.

La veille de la bataillci un adjudant du prince Ferdinand était venu annoncer au Roi la victoii-e de Min-

* Friuli^ric, llisioire de la guerre de Sept-Am^ loqiu U.

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den : après sa défaite, Frédéric le renvoya avec ces pa- tiôo rôles, où se peint toute son ârqe. « )e wis fâché de ne pas donner une meilleure réponse k UP message aussi agréable; mais, si vous trouvez )es passages libres, et que vous puissiez arriver jusqu'au duc; si Paun n'est pas à Berlin, et Contades a Magdebourg, assurea^-le de ma part que nous n'avqns pas perdu graqd'cbose. »

Cette inflexible énergie pe se dém^Ptit jamais.

Un nouveau revers éclate; pour arrêter les progrès de l'armée de l'Empire et sauver Dresde, Frédéric dé^ tache le général Wûnsch, qui, ramassant les garuisops sorties de licipsick, Torgap et Wiftemberg, reprepd ces deux dernières villes, s'avance h marçhea forcées, et arrive devant Presde, le â septembre, piais trop tard. L'intrépide Schmettau, qui y pompiapde pncore, et qui, l'année précédepte, s'était iUpstré par Ppe belle défense, vient de capituler, s'estimapt heureux de conserver à spu roi trois millions d'écus avec sa garnison.

M. de Saint-André tente de reprendre Torgau en l'absence de Wûnsch ; mais celui-ci, revenant précipitamment sur ses pas, attaque, près de Torgau, avec quatre mille hommes, l'epnemj fort de quatorze piiHe, le bat et s'empare de Leipsick, où il fait prisonnier le prince de Uohenltfhe et toute la garnison,

Le manque de vivres et les dispppitions des troupes prussiennes avaient empêché Daun de se réunir à Soltikoff; le maréchal lui envoie un second repfort de douze nulle hommes, et se replie sur Uudissin.

De son côté, pour recourir Wùnsçb, Frédéric détache Fiuck en Saxe; réunis, les deux généraux piarçhpnt

17S9 à Meissen, où, le 21 septembre » bien qu'inférieurs en nombre, ils battent, près de Corbitz, les forces réunies de l'Empire et de l'Autriche.

Craignant alors que Finck n'arrive à Dresde, Daun s'y porte rapidement, et, en côtoyant toujours la rive droite de l'Elbe, marche à sa rencontre jusqu'à Kesselsdorff. Le prince Henri vole au secours de Finck^ sur^ prend le général autrichien Yehla près de Henerswerda, taille en pièces cinq cents hommes, le fait prisonnier avec cinq cents des siens, passe par Torgau, et se réunit à Finck, près de Strehlen.

Ou était au mois d'octobre. Soltikoff et Laudon songent à envahir la Silésie.

Pour leur fermer cette province, Frédéric la côtoie jusqu'à Benthen, et les force à repasser l'Oder. Alors les deux généraux, eu longeant la rive droite de ce fleuve, marchent vers Glogau. Suivant toujours la rive gauche, le Roi les empêche de rien entreprendre contre cette forteresse, passe TOder près de Kôl)en, et, campant non loin de Sophiental, les arrête ainsi derrière la rivière de Bartsch, qu'ils tentent vainement de passer h la hauteur de llermstadt. Là, Tinfatigable Frédéric les prévient encore. Alors, faute de subsistances, les Russes se i*eplient sur les frontières de la Pologne, et Laudon se retire dans les États autrichiens par la Haute-Silésie.

Atteint d*un violent accès de goutte, le Roi va se faire soigner à Torgau, mais, pour renforcer le prince Henri, menacé par toutes les forces de Daun et de l'Empire, il envoie le général llulsen en Saxe, avec la plus grande partie de ses troupes.

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Le prince, qui veut y attendre le renfort envoyé de ns9 Silësie parle Roi, se i*eplie sur Torgau, où sont ses magasins. Daun le sait, et détache le prince d^Aremberg à Domilsch, aGn de déborder sa droite, et de le prendre en queue. Ainsi coupé de Wittemberg , Henri détache Wunsch et Rebentisch, qui serrent de si près le prince d'Aremberg vers Pretsch,qu'il est obligé de se retirer avec perte de douze cents prisonniers. Enfin Hulsen arrive avec le renfort. Le Roi lui-même parait en personne.

Évitant la bataille, le prudent Daun se retire dans un camp inattaquable , derrière le grand ravin de Plauen, position qui assure Dresde. Parvenu à Wilsdiiifi*, Frédéric détache Ziethen en avant, jusqu'à Kesselsdorfi*. En même temps, le général Kleist, traversant, avec mille chevaux, Dux, en Bohême, y ruine les magasins autrichiens. Daun n'en reste pas moins immobile dans son camp de Plauen ; seulement, il envoie Tarmée de TEmpire à Pirna, et, en Bohême, ses malades, avec le superflu des bagages.

Considérant ces arrangements comme des préparatifs de départ, Frédéric, pour prévenir Daun avec un corps nombreux, et lui disputer sa retraite, expédie à Finck Tordre de gagner immédiatement, avec quatorze mille hommes, Dippoldiswalde, sur les derrières de Daun. C'était le 17 novembre; Tordre fut remis à trois heures. Aussitôt, Finck se rendit chez le Roi, qui lui demanda s'il n'avait pas reçu sa dépêche. Le général ayant répondu aflirmntivemcnt, et ajouté quelques observations : «Marchez sur-le-champ à M axen, lui dit Frédéric; vous savez que je n'aime pas les diflicultés; partez. »

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11:^1) Fliick ]iaiilt| et, àliii de coiiscrVcl* uhd commuiiicution avec Freybei'g, il iit occuper pai* le général Lindstaedt, avec trois mille hdhitiîes, le pasâage de Dippoldiswalde. Mécontent de cette disposition, le Roi lui écrivit de rappeler le détachement de Dippoldiswalde, et de concentrer toutes des forces. Finck obéit, ne laissant dans ce poste que trois escadrons de hussards, pour éclairer sur la direction du camp autrichien ; mais, en même temps, il expliqua au Roi sa position, et lui annonça qu'on pouvait arriver sur lui de tous côtés. Malheureusement, cette lettre et toutes celles qui suivirent furent interceptées par les Autrichiens.

La situation des Prussieils devenait fort critique, car Finck était sans soutien, et la première ligne de Daun suffisait à tenir le Roi en échec près de Wilsdrufl^ et Kesselsdorfl^; avec la seconde, le maréchal se porta sur Dippoldiswalde, pour attaquer, le lendemain, Finck en queue, tandis qu'un corps de Croates tomberait sur sa gauche, près de LungwitaS, Farmée de l'Empire venant de PIrna sur sd droite. D'un autre côté, Brentano devait l'attaquer en face.

Certes, Finck aurait pu sortir de ce danger en se repliant, par un détour, sur Glashutte, derrière la Mulde, à Freylxirg ; ou, en battant les Impériaux près de Dohna, pour s'ouvrir le passage de Gishubel, en Bohême, et se retirer par Elnsiedel ou Basberg, en Saxe. Mais, loin de là, il prend riiéroïquc, la périlleuse résolution d'atteildre à Maxen les ennemis, cinq fois plus forts que lui.

Pour disputer h l'armée de l'Enqiire le passage du

t)B FtYÉbKtltC 11. ^2^

profolid f avili de Dohna, 11 lui oppose le général Waiiscli, ii&o et poste Platen près de Rheinharlsgrimmà, pour en défendre les déÛléâ étroite contre DaUn, qui néanmoins les paâse en quatre endroits différente, et prend Platen en queue. Celui-ci, afin de n^étre pas coupé, se retire et se porte de nouveau prèâ de Hansdorff. Établie sur les hauteurs, derrière Hausdorff et près de Schlane, rartilleHe autrichienne bât les deux flancs de Platen, qui se replie entièrement ôur AlàleU, où Finck place sou corps, en forfne de croissant^ autour du village.

Cependant^ par rordré du maréchal Daun, les hauteurs se 60ut héHsséeiS dé canons ; Brentano et larmée de TËmpirë d'avâuceut; durant deux heures, les pièces nourrissent un feu des plus Vifs. Bien moins nombreuse, Fartillerle prussienne ne peut produire qu'un bien faible effet sur tous ces divers corps, occupant une si vaste étendue de terrain * bientôt môme, elle est démontre par l'artillerie enneuiie, dont toute l'action se concentre à MaXen^ Le village est en feU) les obusiei*s ravagent le parc de chariots; le désordre se communique à rlnfantérie^ et les grenadiers de Daun chassent enfin les Prussiens des hauteurs de Maxen.

Vainement^ les généraux prussiens s'efforcent de prendre une nouvelle position à Schmosdorff, Daun, en avançant^ se réunit à Brentano, coupe quelques bataillons prussiens^ s'empare de presque toute l'artillerie, qu'ils avaient abandonnée, et> vers la nuit> le reste est repoussé jusqu'à Falkeuheim, où Wunsch se maintenait encore contre l'armée de TEmpire.

Pendant la nuit, Finck, pour se tirer de celte ter-

i 28 HISTOIRE

n59 rible situatioiii cherche des issues; mais, enveloppé de toutes parts, il se résigne, après avoir tenu un conseil de guerre, à capituler. De ses quatorze mille hommes, trois mille au plus n'étaient pas blessés : tout fut prisonnier, sauf quelques hussards, qui portèrent la nouvelle à Frédéric. Certes, c'était un grand mal que de perdre d'excellents cadres de régiments et des corps bien organisés; mais de tous les maux, le plus grand c'était l'affront fait au drapeau ^

Peu de jours après, un autre revers suivit la catastrophe de Maxen. Le Roi avait établi le général Dierke, avec six bataillons et mille chevaux, sur la rive droite de l'Elbe, à Koln, vis-à-vis de Meissen, pour empêcher les Autrichiens de fourrager tout le pays. Encouragé par son récent succès, Dauu i*ésolut d'enlever ce corps. Altirant donc ù lui la division de Beck, il la renforça de cinq bataillons. Le 5 décembre, ce corps se présenta devant Dierke, mais sans oser l'attaquer dans sa bonne position. Le général prussien, voyant la supériorité des forces ennemies, et ne pouvant i-établir le pont à cause des glaçons énormes que l'Elbe charriait, profita de la nuit pour faire passer, avec des peines infinies, la plus grande partie de son monde sur des barques. Chaudement attaqués le lendemain , Dierke et quinze cents hommes, malgré une opiniâtre résistance, furent pris. De son cAté, le prince Henri, coupé de toute communication avec Fi*édéric par deux grandes armées, et

* Traduil devant un conseil de guerre, Finck fut privé de ses dignités militaires, et condamné, ainsi que les généraux Hebcntisch vi Gersdorf, à deux ans de dôlenlion.

DR PHÉDÉRIC II. 429

n*ayant que vingt-cinq mille hommes à opposer à plus nbd de quatre-vingt mille, s'était vu privé de ressources immenses par la perte de Dresde, et par celle de la Saxo, qui semblait devoir bientôt tomber tout entière au pouvoir de Tennemi '. La position était critique; le prince s'en tire en homme supérieur. Calculant toutes ses opérations d'après le caractère de Daun . il ne voit qu'un moyen de sauver les armées prussiennes : c'est de se lier de nouveau avec le corps du Roi, de marcher à cet effet par la Haute-Lusace, sur les derrières du maréchal^ de lui couper ses magasins, se réservant au besoin sa direction sur la Saxe, pour rejoindre Frédéric, et mettre à couvert les provinces les plus importantes. La conception de ce projet était parfaite; l'exécution en fut irréprochable.

Bientôt Frédéric, par une marche savante sur Sagan, protège Glogau contre les Russes ; le prince Henri est h Gorlitz : les communications entre les deux frères sont rétablies.

Mais, à peine la situation du roi de Prusse semblet-elle un peu s'améliorer, qu'il apprend le terrible échec de Maxen.

Ce fut la dernière infortune que les Prussiens essuyèrent cette année. Frédéric la soutint avec son courage accoutumé ; loin de fuir Daun, il se rapprocha de lui, le harcelant même par d'audacieuses provocations.

Malgré tant de revers, la situation du Roi restait à peu près'la même. Fort de son génie et de l'extrême

• Vifi du prifice Henri.

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