‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 2)Chapitre 9 sur 22 · H18T01EE · texte numérisé non relu

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1762 gor, SU vent du moins s'y soustraii*e : Pierre n'eut pas même le courage de la fuite. Au lieu de se sauver à cheval, seul et déguisé, vers les frontières de la Pologne, comme il en avait eu la pensée, ce prince fait démanteler sa petite forteresse d*Oraniembaum, et, dans les termes les plus humiliants, implore de nouveau la miséricorde de la Tzarine. Ne réclamant qu'une pension, avec la liberté de retourner dans sa patrie, il lui cède entièrement la couronne.

Cette lettre n'obtint pas plus de réponse que la première i mais Catherine détermina, sans peine, le chambellan qui l'avait portée à livrer son matli*e. De l'etour à Oraniembaum , lsm«iîloir (c'était le nom du traître) exhorte Pierre à abandonner ses troupes, et à se rendre aupi*ès de la Tzarine ; il lui promet le plus favorable accueil, ajoutant que, s'il tarde, ses joui's sont en danger. Cette dernière considération l'emporte; le Tzar monte aussitôt en voiture avec IsmaîlofT, la comtesse de Woronzoff et Ghoudowitsch.

L'illusion fut de courte durée. Après avoir traversé l'armée aux cris mille fois répétés de Vive Catherine I après s'être vu arracher sa maîtresse et son fidèle Ghoudowistsch, qui, calme au milieu des insultes, reprochait fièrement aux rebelles leur insolente trahison, le malheureux prince fut traîné au haut du grand escalier de Pétershoff. Là, dépouillé de son cordon et de ses habits, on l'abandonna, pieds nus et en chemise, aux outrages de la soldatesque.

Ce n'était point encore assez pour Catherine : elle envoie Panin dans la chambre où Ton avait renfermé

DE I^ÊDÉtllO 11. Idt>

Pien^e^ et| toujours victime de lu peur, touj6ui*s dupe noi de promesses qu*on ue voulait poiut tenir, le Tzcir signe une renonciation formelle à TEmpire *. c'était s'en déclarer indigne.

S'atteUdant à revoir bientôt rAUemagnëi le crédule Pierre fit demander à Catherine son nègre, son chien, son violon, des roniads et une Bible; tnais d'autres présents lui étaient destinés»

Pour toute réponse, elle le fit transporter secrètement à Mopsa, maison de campagne appartenant à rhetman Razumofisk)'.

Pierre était là depuis six jours, lorsque Alexis OrlofT, suivi d un officier nommé Téplofi^, vient lui demander à diner, en annonçant sa prochaine délivrance. On apporte de Feau-^e-vie ; Orloff remplit les verres, et verse, dans celui du prince, un poison préparé par le médecin do la* cour. A peine Pieri*e a-t^il bu, qu'il éprouve d'horribles douleurs, et demande du lait, à gi*and8 cris. Un valet de chambre français accourt, implorant la grâce de son malheureux maître, qui s'est précipité dans ses bras; les assassins le forcent de sortir \ et présentent au Tzar un second verre de poison. Déjà Orlofl*, l'ayant renversé, lui écrasait la poitrine avec ses genoux, tandis que, d'une main robustCi il le tenait à la gorge, et de Tautre lui pressait violemment le crâne ; alors entra le plus jeune des princes Baratinsky. Ce dernier, secondé de Téploff, forme, avec une serviette, un nœud coulant

I On le conduisit à Saint-Pétersbourg, où un pope lui Cl jurer sur un crucilitde ne jamais révéler ce qu'il avait vu. (Vie de Catherine //, tome I.)

la.

i:({2 autour du cou de la victime, qui, en se débattant, fait une large égratignure au visage de Baratinsky. Bientôt ses forces sont épuisées; les assassins achèvent de Tétranglcr * .

Tandis que ce drame horrible s'accomplissait, Catherine dînait, en public, comme à l'ordinaire; le soir, elle tint sa cour avec une inaltérable gatté. Le lendemain encore, elle semblait ignorer la fin de l'Empereur; quand on la lui annonça à table, elle donna des marques de la plus vive douleur. Une déclaration officielle annonça que Pierre était mort d'une colique hémor^ rhdidale.

Pendant trois jours, le corps de l'Empereur, qu'on avait eu soin de revôtir de son uniforme prussien, fut exposé aux regards du peuple, à Saint-Alexandre- Newsky. Son visage était devenu très-noir ; à travers l'épiderme suintait un sang extravasé, qui pénétra môme les gants dont on avait recouvert ses mains. Tous ceux qui eurent le courage de lui rendre les derniers devoirs, et d'approcher leur bouche de la sienne, s'en retournèrent les lèvres enflées.

Ainsi, le crime heureux ne daigna pas môme voiler son triomphe; il semblait défier l'indignation publique, comptant, pour FétouOer, sur la terreur.

1 Paul l<^, ayant ordonné, dès son avènement au tr6ne, rexhumation des restes de Pierre Ul, pour leur rendre les honneurs dont ils avaient été privés, lit tenir, lui présent, le drap funéraire par Orlofl* a Baratinsky, vivants encore. La lugubre cérémonie dura trois heures. Cette vengeance a quelque cliose de sublime; toutefois on so demande si h; cœur d'un fils devait s'en contenter.

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Le jour des fîinërailles fut, pour la capitale, un jour i762 (le deuil. La multitude suivit le couvoi, en reprochant aux soldats de la garde d'avoir lâchement assassiné le dernier rejeton de Pierre le Grand. C'était aussi un triste spectacle que celui des braves Holsteinois accom« pagnant, sans armes et accablés de douleur, le corps de leur mattre. Le lendemain, ces fidèles serviteurs furent embarqués sur un vaisseau qui s'enfonça, par ordre^ en sortant de Cronstadt ; quelques-uns d'entre eux étaient parvenus à se réfugier sur des rochers à fleur d'eau : Talytzin les y laissa inhumainement périr ^

En annonçant au Roi cette catastrophe, M., de Czeruischefl^ lui montra l'ordre qu'il avait reçu de se séparer immédiatement des troupes prussiennes, et de conduire les siennes en Pologne.

C'était un coup de foudre *. Frédéric savait que l'Impératrice ne partageait nullement les dispositions bienveillantes du Tzar. En efiet, les premiers actes de Catherine furent menaçants. « Pierre, disait un manifeste, a blessé l'honneur de l'Empire en faisant la paix avec le plus grand ennemi de la Russie. » Déjà même, les commissaires russes s'étaient emparés de nouveau des revenus de la Prusse royale, et les généraux de l'Impératrice étaient prêts à recommencer les hostilités. Cette princesse craignait que Frédéric, en apprenant la détention de Pierre, ne forçât le corps d'armée russe à se déclarer pour l'Empereur, ou ne le désarmât en cas de refus.

< Vie de Catherine 11^ tome I.

' Frédéric, Histoire de la guerre de Stipl-Ans^ lomc 11.

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1702 Ces craintes étaient sans fondement; le Roi pria seulement M, de CzernischefT de différer fiop départ de trois jours. Ce général y consentit de bonne grâce, en sa réservant toutefois d'observer une neutralité absolue» Mais que ces trois jours deviennent précieux I Frédéric en proflte audacieusement; le 21 juillet, ses deux attaques obtiennent le plus brillant succès. Après avoir repoussé quatre fois les Prussiens, les généraux Brentano et Okelli sont forcés dans leurs retranche** ments, qu'ils croyaient inexpugnables, avec perte de quatorze canons, et de deux mille hommes tués, blessés ou prisonniers, Daun , lui-même , ne jugeant plus sa position tenable, quitte sou camp, h dix heures du soir, pour se retirer derrière Tanhausen, à Giersdorff, sur les frontières de Bohême \ Le 22, Czernischeff se met en marche vers la Pologne; Schweidnitz est investi, le 5 août \

Cependant Catherine commençait à revenir de ses préventions contre le roi de Prusse. Quelques lettres du plus grand ennemi de la Ruuie, trouvées parmi les papiers du Tzar, produisirent cet heureux changement: Frédéric y exhortait Pierre à ne point sévir contre la Tzarine. Catherine fut aussi très^sensible à l'envoi de rOrdre de TAigle-Noir, que le Roi la priait, dans les

* Grimoard, Tableau du règne de Frédério le Gramd, ^ •Le eiégt de ScltweidmU, que le roi de Prusse osa entreprendre dcYanl une armée plus forte que la sienne et tout entière, est une des plus lielles opérations de guerre qu'ait faites ce prince, quoique le siése ait été dirigé sans art, par défaut d'ingénieurs, «(il^ma^res pour lervtrd l'histoire de France eoue Napoléon, écriU à Sainle^UHène, etc., tome V.)

termes )es plus flatteurs^ de vouloir bien accepter. Cette iî63 attention semblait la légitimer aux yeux de ses sujets, en prouvant la considération dont elle Jouissait dans les cours étrangères; du moins, la Tsarine put le croire. Ne voulant pourtant pas tourner ses armes contre Marie-Thérèse, elle rappela son armée en Russie, et se déclara neutre. Si ce n'était pas un ami de plus, c'était un ennemi de moins.

Frédéric avait encore à combattre les Autrichiens, les Français, les Saxons, les troupes de l'Empire.

Avec un corps d'observation, il campe près de Péterswald ; le duc de Bevern, qui arrive de la Haute- Silésie, se poste non loin de Reichenbach : les deux corps couvrent conjointement le siège ; Tauenzien le dirige avec un troisième corps d'armée. Dans la place, est l'intrépide commandant comte deGuasco, avec douze mille hommes d'élite, et Gribeauval, un des premiers ingénieurs de l'Europe.

Des deux côlés, l'attaque et la défense luttent d'opiniâtreté. Daun, essayant un dernier effort pour sauver Schweidnitz, se porte vers Reichenbach ; il veut écraser le duc de Bevern. Par ses ordres, le 16 août, Lascy marche à HabendorfT, et le général Beck à Kleitsch; pour affaiblir, dans la journée, le duc de tous côtés, Lascy s'avance jusqu'à Nider-Peile, et l'attaque de front; le lieutenant-général O'Donnel, avec la cavalerie, traverse le Peilbach ; il tombera sur sa droite ; le comte de Saint-Ignon, qui s'est porté sur la gauche, le foudroie de son artillerie ; BecK le prend a dos.

Cependant, pour renforcer su droite contre O'Donnel,

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1762 le duc de Bevern a détaché la cavalerie de sa gauche ; et, comme sou infanterie ne s*est formée que sur une ligne, il fait faire volte-face à quelques divisions contre l'attaque de Beck. Mais sa position devient des plus graves : peut^ôlre, les tristes journées de Maxon et de Landshut vont-elles reparaître; peut-être, ce faible corps sera-t-il anéanti par les Autrichiens, dix foisphis nombreux, quand, tout à coup, le duc de Wuitemberg amène, bride abattue, la cavalerie du Roi, qui tombe d\ibord sur O'Donnel et le culbute; d'Anhalt soutient de son artillerie volante cette impétueuse charge : Frédéric, en personne, accourt.

Trompés dans leur attente, Bock et Lascy regagnent leurs camps, défendus par la position de Daun. Mais, deux jours après, le maréchal, désespérant de secourir Schweidnitz, se dirige sur le comté de Glatz, et va camper à Scharfeneck, près des frontières de Bohême \ Il s'y tiendra jusqu'à la fin de la campagne, sans donner signe de vie.

Tous ces mouvements de troupes nuisaient au siège. Néanmoins, le comte de Guasco, augurant mal de la défense, depuis Téchec et le départ de Daun, tenta d'obtenir une capitulation avantageuse et la libre sortie de sa garnison. Laudon secondait la négociation, en faisant adroitement tomber, entre les mains des Prussiens, des lettres toutes remplies des grands pi*ojets de l'armée impériale pour la délivrance de Schweidnitz. Mais, fa-

• Miillcrr, Tableau des guerres i!e FrMétic te Craml; — Grinioard, Tableau de la vie et du règne de Frédéric.

miliarisé avec les ruses de guerre, le Roi n'en était pas t76î dupe. Malgré toute son envie d'occuper la place, il rejeta donc les propositions du commandant', et, pour activer les opérations du siège, transporta son quartier de Péterswald à BogendoriT. L'attaque était dirigée contre le fort de Jauernick : M. de Gribeauval, qui s'était aperçu que le meilleur moyen de le défendre serait la contre-mine, l'employait avec une grande habileté. /

Jusqu'au 22 août, les travaux de la sape furent assez activement poussés. Les parallèles et les batteries avaient été conduites à cent cinquante pas du chemin couvert, au débouché des contre-mines. Alors il fallut recourir à la guerre souterraine : elle dura six semaines, la gar-

* c Deux raisons Tempèchaient de consentir à la capitulation que M. de Guasco lui offrait. La première se fondait sur ce que M. Laudon avait écrit l'année précédente, en termes positifs, au margrave Charles, chargé de la correspondance de l'armée, touchant Texéculion du car- . tel, que sa cour se croyait dispensée de tenir sa parole et de remplir ses engagements vis-à-vis du roi de Prusse, tant pour l'échange des prisonniers que pour quelque objet que ce fût. On fit valoir cette réponse à M. de Guasco, et on lui répondit que la parole qu'il offrait pour lui et pour sa garnison, de ne point servir d'une année contre les troupes du Hoi, ne pouvait point être acceptée après la déclaration formelle de la cour de Vienne, contenue dans la lettre de M. Laudon. c La raison la plus. solide, et qu'on dissimulait, était que c'aurait été commettre une faute capitale que de laisser sortir dix mille hommes d'une place qu'on allait prendre en se donnant un peu de patience; parce que, si l'on rendait cette garnison aux Impériaux, leur armée se trouverait do dix mille hommes plus forte, et celle du Roi aflaihlio nu moins de quatre mille, qu'il rnllnit mettre en garnison dnns cette place; ce qui rendait en tout l'armée prussienne de quatorze mille hommes inférieure à celle de l'ennemi. » (Frédéric, Histoire de la guerre deSept-AnSy tome U.)

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