‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 12 sur 21 · C4 HISTOIRE · texte numérisé non relu

C4 HISTOIRE

IT4I Ic^sic et le comté de Glatz^ que l'Électeur lui vendait 400,000 écus, sans l'avoir jamais possédé.

Son camp oflrait l'image d'un congrès, car Molwitz venait de révéler la valeur d'une telle alliance.

En attendant les mouvements combinés des années françaises et bavaroises, qui ne pouvaient avoir lieu qu'à la fin d'août, Frédéric, se rapprochant de l'ennemi, vint camper à Grotkau. M. de Neuperg était à cinq lieues de là, derrière Neiss, dans une position trèsforte. Les Prussiens occupèrent alors les hauteurs de Strehlen, d'où, en s'approchant de Breslau, ils pouvaient tirer leurs vivres, et nourrir la cavalerie le reste de la campagne. Ce poste, à égale portée de Brieg et de Schweidnitz, couvrait toute la Basse-Silésie. Pendant les deux mois qui suivirent, on recruta l'infanterie, et la cavalerie fut remontée.

Mais M. de Neuperg ne s'endormait pas : s'étant avancé jusqu'à Baumgarten, il eut bientôt lié des intelligences avec les magistrats de Breslau, grâce à l'active entremise de quelques vieilles dames d'Autriche et de Bohême depuis longtemps établies en Silésie. Des moines, des prêtres catholiques, leur servaient d'émissaires; dans des réunions quotidiennes, que ces dames nommaient leurs assises, on avisait avec ferveur aux moyens d'anéantir l'armée hérétique.

Vaguement informé de l'existence de ces conventicules, Frédéric parvint à y introduire une fausse sœur; bientôt le fil mystérieux fut entre ses mains. M. de Neu-

* Frédéric, Histoire de mon temps, tome l.

perg, après avoir, par ses mouvements, éloigné de Bres- n4i lau le Roi, devait se rendre dans cette capitale à marches forcées, et s'en emparer ; c'était enlever aux Prussiens tous leurs magasins, et couper la communication que l'Oder leur assurait avec l'Électorat.

Schwerin fut chargé de prévenir cette violation de neutralité. Les syndics et échevins les plus dévoués à l'Autriche ayant été appelés au camp royal, ainsi cpie les ministres étrangers, pour ne point exposer leurs personnes aux désordres inséparables d'une surprise, le maréchal demande à la ville le passage d'un régiment. Pendant qu'il entrait par une porte, un chariot s'embarrassait par une autre ; à Taide du tumulte, trois bataillons et cinq escadronsi se glissent dans Breslau ; l'infanterie occupe les remp^i^^ la cavalerie nettoie les rues principales^ point de pillage, pas de meurtre; le lendemain les magistrats et la boui^eoisie prêtent serment de fidélité au roi de Prusse ^

Peu de jours auparavant, l'Anglais Robinson était aiTivé au camp de Strehlen, porteur de propositions d'accommodement. Marie-Thérèse, ne pouvant décider la Grande-Bretagne à entrer en guerre sans le concours des Provinces- Unies*, et voyant le danger croître de jour en jour, avait cédé aux instantes représentations du duc de Lorraine, aux prières des principaux ministres. Robinson fut chargé d'ofiTrîr la Gueldre autrichienne, le duché de Limbourg, et, comme ressource

* Frédéric, Histoire de mon tempSy tome I.

« yfiWigimCoxe, Histoire de la Maison d* Autriche ^ lome V;— Valory, Mémoires t etc., lome I.

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1)41 extrônie, le duché de Glogau. Enthousiaste des charmes de la reine de Hongrie; disant partout que, si Frédéric, une fois seulement, avait le bonhëiil* de la voir, il chercherait plutôt à augmenter qu'à diininuer le nombre de ses couronnes, ce galant enToyé négociait avec une emphase dont le monarque prtissién, naturellement fort enclin à saisir les ridicules, ne manqua pas de s*amuser.

L'audience eut lieu le 5 août. Le comte de Podewitz, ministre de ce prince, et lord Ëyndford, ambassadeur d'Âiigleten'C à Berlin, étaient présents. Fidèle à ses instructions, Robiuson offrit d^abord la Gucidre autrichienne. (( Qu'avons-nous laissé dans la Gueldre?dit le Roi, sans répondre, en se tournant vers f^odewitz. — Presque rien. Sire. — Hé c(uoî ! s^écrîa Frédéric,, toujours des offres in^ùïtànteik! f^as uùé seule ville pour mes justes prétentions eu Silésîe! » A sa première offre alors Robinson ajouta celle du duché de Limbourg, déclarant que tel était Yultimatum de la cour de Vienne. Mais Frédéric, interrompant le tableau pompeux que le diplomate traçait de ce duché : (c Comment la reine de Hongrie, dit-il d'un ton ironique, ose-t-elle penser seulement à violer le traité de ta Barrière, ce traité solennel qui défend d'aligner un pouce dés Pays-Bas? D'ailleurs, je ne désire pas ce dont je n'ai pas besoin, et ne veux point me ruiner en fortifications. Ne suîs-je pas occupé à fortifier Glogau et Brieg? En voilà assez pour un prince qui veut vivre en paix avec tous ses voisins. Les Français, les Holkindais m'ont-îls offensé ? non ; je ne veux doue pas les offenser moi-même par

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des acquisitions illégales. Aa reste, qui me fes ^ann- n^i tii'ait? >'

RobinsoD ayant répondn qne la reine de Hmiçrie procurerait la garantie de F Angleterre, de la Rossîe, de la Saxe, celle même des États-Généranx : » Des garanties! reprit le monarque avec dédain, qui les respecte aujourd'hui? Voît-on voler la France et FAngleterre au secours de la Reine? Et pourtant, elles ont garanti la Pragmalique-Sanction. Vous axez parlé de deux millions d*écus ! continua-t-il d'un ton drâtnatique ; ah ! c'est à des princes sans honneur à vendre Icui*s droits pour de Târgefit. Oui, vos oflres me sont plus injurieuses que ne Fa été la méprisante hantéOr de la cour de Menne. Et mon invincible année lié me trouverait-elle pas indigne de la ôflmniander, éS je sacrifiais lâchement les fruits de sa valênf ? Sadiez de plus que je ne pourrais abandonner, sans la|ilus noire ingratitude, mes nouveaux sujets, tous ces Protestants dont les vœux m'ont appelé. Voulez-vous que je les livre à la tyrannie, aux vengeances de leurs persécuteurs? Ah! si j'étais capable d'une action aussi basse, je croirais voir sortir mes ancêtres de leurs tombeaux : a Non , me diraient-Os, tu n'es plus notre sang; tu K devais coihbatt^e pour les drdts qd6 tious t'avons « transmis, et tu \e^ vends! Indigne d'étferoi, tu n'es (( plus qu'un infâme agioteur préférant le gain à la « gloire. » Jamais, jamais je ne lûériterai de tels reproches; plutôt que de soufirir la moindre tache sur le nom prussien, mon armée et moi nous périrons sous les ruines de la Silésiê.

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1741 « La paix m'est-elle nécessaire? Que ceux qui en ont besoin me donnent ce que je leur demande , ou bien les hostilités continueront, et je les battrai. »

Après ce discours » Frédéric , se tournant vers Robinson, comme pour mettre un terme à la conférence, continua ainsi : « Je n'accepterai pas d*équiyalent dans les Pays-Bas, et, comme vous n'avez aucune partie de la Silésie à m'offrir, toute proposition devient inutile. Puisque la cour de Vienne a rejeté ma demande des quatre duchés, je la retire^ et j'exige toute la Basse- Silésie avec la ville de Breslau. Si, dans six semaines, la Reine ne m'a point satisfait, j'aurai quatre duchés de plus. »

Lord Uyndford ayant alors tenté d'offrir Glogau, la colère du Roi s'alluma de plus en plus : « Il me faut toute la Basse-Silésie, dit-il à Robinson, retournez à Vienne avec cette réponse. » Comme l'ambassadeur sollicitait de Frédéric Tautorisation d'ouvrir une négo- * dation avec son ministre : c< Je suis las des ultimatum, lui répondit ce prince ; je ne veux plus en entendre parler. Mou parti est pris, je veux toute la Basse-Silésie. Voilà ma réponse, je n'en donnerai pas d'autre. »

 ces mots, l'œil étincelant d'indignation^ il passa derrière un rideau au fond de sa tente, laissant l'envoyé de Marie-Thérèse stupéfait *.

Celui-ci retourna à Vienne, sentant, un peu tard, qu'on l'avait mystifié.

' Frédéric, Histoire de mon temps ^ tome I ; — Dépêche de M. RobinsoO) adressée de Breslau, le 9 août i74i, k lord Harrington.

Mais, tout en immolant sir Robinsoft :lMMrtdicule ^ i74i Frédéric continuait à flatter lord Hyndf6flpd : il voulait l'endormir dans une entière sécurité, le moment de se découvrir n'étant point encore venu.

Pour ménager les puissances maritimes, il leur communiqua les propositions de Marie-Thérèse, et fit expliquer les causes de son refus. « Sachant, disait-il, que le traité de la Barrière liait les mains à la reine de Hongrie, le roi de Prusse n'avait pas cru pouvoir accepter les cessions qu'elle voulait faire du Limbourg et de la Gueldre, »

Ce fut surtout en Hollande que ses agents insistèrent sur la déférence du Roi pour les intérêts de la République; déférence qu'il eût poussée, avait-on soin de faire sonner bien haut, jusqu'à refuser le Brabant même, si l'on eût tenté de le lui offiîr.

Dans ces circonstances, la Suède déclara la guerre à la Russie : c'était pour Frédéric un événement du plus haut intérêt, car les desseins du roi d'Angleterre, du roi de Pologne et du prince Antoine Ulric contre lui se trouvaient ainsi paralysés. Forcé de renoncer au doux espoir de partager les États prussiens, Auguste, faute de mieux, se ligua avec l'électeur de Bavière pour anéantir la Maison d'Autriche; la cour de Vienne, qui ne pouvait plus compter sur la diversion des Russes, renvoya dans le camp prussien son négociateur anglais. Celui-ci était porteur d'une carte de Silésie, sur laquelle on avait marqué d'un trait de plume la cession des quatre principautés. Mais le froid accueil qu'il reçut lui prouva qu'il était trop tard.

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i7«i Déjà, les aUié« étaient en pleine action : Télecteur de Bavière, créé, {Mir lettres-patentes, lieutenant-général de Louis XV, menaçait Vienne; une armée française à ses ordres appuyait ses opérations; déjà aussi , comnoe on vient de le voir, le faible Auguste III s*était déclaré pour Tempereur que voulait faire la France. Effrayé pour ses États de Hanovre, bientôt le monarque anglais, à la tête de ses vingt-cinq mille hommes, signa un traité de neutralité. En fait d'assistance, la reine de Hongrie ne recevait de lui que des conseils d accommodement.

Dans cette extrémité , au milieu de tant d'ennemiS; dépouillée de ses provinces, abandonnée de ses alliés^ quelle est l'attitude de Marie-Thérèse ? Aussi grande que son infortune , cette jeune princesse déploie tout ce qu'il y a d'héroïsme dans son âme; ce mâle courage durera autant que le danger. Chassée de sa capitale, ne sachant pas, comme elle l'écrivait à la duchesse de Lorraine, sa belle -mère, « s'il lui restera une ville pour faire ses couches, » elle va, le 13 septembre, demander asile et assistance à ces mêmes Hongrois si justement irrités contre son père, implacable ennemi de leurs franchises nationales.

Une telle démarche était magnanime; elle eut son effet. A la vue de l'illustre suppliante, vêtue de deuil, mais en habit hongrois, le front orné de l'antique couronne de Saint -Etienne, et ceinte de l'épée royale, s'avançant, avec confiance, au milieu des quatre Ordres réunis à Presbourg, les cœurs s'émurent, les torts de Charles VI furent oubliés.

« La situation déplorable de nos affaires, leur dît- 1711 elle en latin*, selon l'iisage national, nous a portée à rappeler à nos chers et fidèles États de Hongrie l'invasion récente de TAutriçhe, et les dangers auxquels ce royaume est exposé. Nous les invitons à chercher iip remède à de si grands malheurs, ^'existence mêmedij royaume de Hongrie, celle de notre personne, de nos enfants, de notre couronne sont menacées. Abandonnée de tous nos alliés, ppus plaçons ijotre çoq|iai:|pe upiquement en la fidélité, en la valeur si longtemps éprouvées des Hongrois. Dans ce péril extrême, nous vpps exhortons, vous, les États et Ordres du royaume, à délibérer, sans délai, sur les pioyens les plus propres à pourvoir à la sûreté de notre personne, et à y recourir sur-le-cb^ipp. Quant à nous, les fidèles États et Ordres de Hongrie peuvent compter sur notre entière coopération en tout ce qui pourra contribuer au rétablisseiQent de la félicité publique, et rendre à ce royaunae son ancien éclat*. »

* yoyez,ce discours, pièces justificatives (L). Presque tous les historiens qui l'ont cité le dénalurent; il devient, sous leur plume, une véritable amplification ^e rhétorique. Voltaire (Précis du siècle de Louis XV) dit que Marie-Thérèse, lors dé son avènement, prêta le serment d'André H, y compris même le trente-unième article, ainsi conçu : « Si moi ou quelqu'un de mes successeurs, en quelque temps que ce soit, veut enfreindre vos privilèges, qu'il vous soit permis, en vertu de cette promesse, à vous et k vos descendants, de vous défendre sans pouvoir être traités de rebelles. » C'est une erreur que plusieurs écrivains ont reproduite. L'article en question fut au contraire formellement excepté. On trouve dans Sacy, Histoire de Hongrie, tome U, p. 448 et 506, la vraie formule du serment prquoiiçé par li!|arie-Thérèse, et le fameux arlicle XXXI« (Histoire de Joseph //, page 199 et suivantes )

* William Coxe, Histoire de la Maison d'Autriche, lomeV.

1741 1^ beauté de Marie-Thérèse, sa grAce toudiaiite, tout, jusqu'à la mélancolique expreBskm de sa noUe figure, prêtait à ces paroles une éloquence inésistiMe : Tas* semblée tomba à ses genoux : Mcriamwr fn rege nosfro Maria Tkereia, s'écrièrent tous les magnats en agitant leurs sabres ; ce cri d'amour, la Hongrie entière le répéta. Attendrie par tant de dévouement, la Reine, jusqu'alors calme et majestueuse, fondit en larmes. A cette vue, Fenthousiasme n'eut plus de bornes; les Ordres divers s'étant immédiatement retirés dans leurs chambres, on vota de grands secours en hommes et en argent \

Cet exemple eut des imitateurs : la nation anglaise admira, plaignit et voulut assister la fille de Charles M. Dans cette contrée, ainsi qu'en Allemagne et en Hollande, on regardait généralement la Maison d'Autriche comme Tunique rempart de Findépendance européenne, comme le seul contrepoids qu'on pût opposer à la Maison de Bourbon. Cette opinion, qui s'étendait dans le Danemarck et jusqu'en Russie, devint pour Marie-Thérèse une puissante alliée.

Fières de voir leur sexe aussi noblement représenté, les femmes anglaises prirent une part active à ce mouvement de commisération générale; la veuve de Marlborough offrit, en son nom privé, quarante mille livres sterling. Vivement touchée d'un tel présent, Marie- Thérèse crut néanmoins devoir ne pas l'accepter : c'était du Parlement seul qu'elle voulait recevoir aide et

* William Coxe, Ibidem.

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secoui*s. Od oe peut qa'appbndir à ee wékm : la fierté ^^* sied si bien au malheur, el surtooià mmialliear demi. Bientôt les vœux de Marie-Th»ese fomt nawfw. Le fougueux Caiterel ayant remidacé Bobett Wa^oie au ministère, George II pat, saDsdbstade Tenu da P^n*lement, se livrer à sou ardeur goerriere, sous le Toile d'une assistance magnanime; e^était, pour la piditiqoe anglaise, une occasion de fira^ier an oeor la marine et les colonies françaises et e^agnoks.

Cependant M. de Neup^ig veillait toiqoim attentirement sur Neiss; sa droite appuyait à Frankensteiii, n gauche sur de redoutables hanteors près de Siibezberg; deux ruisseaux coovraient son fimot* Ffédérie r^ofart de le chasser; mais, an lien de Tattaqner, itmanomna de manière seulemoit à moiaoer les eoammnicatioiis du général autridiioi avec la MoraTie.

En effet, la cour de \iaiDe ccmmieiiçant à sentir la nécessité de gagner le monarque prossieD, lord ^mdford négociait une trêve ^itre Frédérie et Marie-Thérèse ; le Roi a|^rit m^ne par Ini que M. de Neoperg était tout prêt à quitter la Silesie, pourvu que ce prince lui déclarât verbalement qu'il n'entrepraidrait rien contre les États de sa souva^ne, inondés akvs d^un déluge d'euneinis. Une conférence fut indiquée : Frédéric, accompagne du seul colonel de Goltz, se rendit à Oberschnellendorff, où se trouvaient le feld-maréehal de Neuperg, le général Lentnlus et lord Hyndford. Voici les motifs de cette démarche inexj^eaUe au premier aqiect. Conquérir la Silësie était le seul but du monarque prussien; mais la France nourrissait des

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lY^i Yuesbien différentes. Convaincue que c'en était fait de la puissance autrichienne, elle voulait élever sur les ruines de cet empire quatre souverains dont les forces pourraient se balancer réciproquement : la reine de Hongrie, avec ce royaume, TAutridie, la Styrie, la Carinthie, la Camiole ; Félecteur de Bavière, avec la Bohème, le Tyrol, le Brisgau ; la Prusse, avec la Basse- Silésie; enfin la Saxe, joignant la Haute-Silésie et la Moravie à ses autres possessions. Comme entre ces quatre voisins la bonne intelligence n'aurait point été de longue durée, le cabinet de Versailles se réservait le rôle d'arbitre et de dominateur suprême. A ce danger il n'y avait qu'un remède : c'était de maintenir une sorte d'équilibre entre les Maisons d'Autriche et de Bourbon.

Une autre puissante considération décida Frédéric : ce prince venait de découvrir les liaisons secrètes du cardinal de Fleury avec M. de Stainville> ministre du grand-duc de Toscane à Vienne, et savait le cardinal tout disposé à sacrifier les alliés de la France, si la cour de Vienne lui ofirait le Luxemboui^ avec une partie du Brabant.

II arrêta donc Marie-Thérèse au bord du précipice.

Mais, pensant bien qu'elle ne se prétait à un arrangement avec lui que pour semer la méfiance parmi les alliés en l'ébruitant, le Roi exigea des Autrichiens une condition sine quà non : c'était qu'à la moindre indiscrétion de leur part tout serait annulé. On verra si la précaution était sage.

La convention dressée et signée par lord Hyndford,

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à laquelle pourtant Frédéric ne donna qu'un assentiment 174 1 verbal, contenait la cession de toute la Basse-Silésie avec les villes de Breslau et de Neiss; les limites y étaient fixées comme dans VuUimatum, rédigé par Frédéric lui-même avec un remarquable laconisme. « Toute la Silésie^ jusqu'à la rivière de Neiss ; la ville de ce nom et Glatz ; au delà de l'Oder, les anciennes limites entre les duchés de Brieg et d'Oppellen subsisteront; Breslau m'appartiendra; la religion demeurera dans l'état où elle se trouve ; point de dépendance de la Bohême, une cession à perpétuité. En retour, nous n'irons pas plus loin, nous assiégerons Neiss pour la forme, lecomman-^ dant rendra la place et se retirera ; nous prendrons tranquillement nos quartiers d'hiver, et l'armée autrichienne se portera où elle voudra. Que tout soit terminé dans douze jours. »

Peu après, M • de Neuperç fit prendre à son armée le chemin de la Moravie; aussitôt commença, mais pour la forme seulement, le siège de Neiss. La ville ne tînt que douze jours; la garnison autrichienne n'en était même pas encore sortie, que déjà les îngéniéuhs prussiens y traçaient les nouveaux ouvragés qui en firent une des bonnes places de l'Europe. Ensuite l'armée du Roi s'étant divisée, une partie marcha, en Bohême, sous les ordres du prince Léopold d'Anhalt; quelques régiments furent employés au blocus de Glatz ; le reste des troupes, aux ordres du maréchal de Schwerin, s'établît dans la Haute-Silésie • .

1 Frédéric, Histoire de mon temps, tome I; — Jomini, Traité des grandes opérations militaires^ tome I.

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