‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 13 sur 21 · C HISTOIRE · texte numérisé non relu

C HISTOIRE

1741 Enfin, après onze mois, cette prOTince tant désirée était conquise.

Avant de retourner à Berlin, le Roi reçut dans Breslau l'hommage de ses nouveaux sujets, qu'une puissante sympathie religieuse tendait depuis longtemps à rapprocher de la Prusse. L'àme profondément blessée des persécutions dont plus d'un intolérant ancêtre de Marie-Thérèse les avait accablés, ils accueillirent Frédéric et son armée comme des libérateurs envoyés du ciel. L'Autriche ne comptait de partisans que parmi les Catholiques , dont quelques-uns en revanche allaient partout affirmant que le roi de Prusse était l'Antéchrist.

Mais, tandis que la reine de Hongrie défendait l'héritage paternel , son heureux compétiteur lui en arrachait, chaque jour, quelque portion. Soutenu de l'armée française et de Maurice de Saxe, il entra en vainqueur à Prague, le 19 novembre, s'y fit couronner roi de Bohême ; et, bientôt, fut salué empereur à Francfort, sous le nom de Charles Vil, le 4 janvier. Une autre armée française, commandée pai» le maréchal de Maillebois, était entrée en Westphalie.

Belle-Isle voyait ses vœux comblés : les hommages d'une partie de l'Allemagne l'environnaient. Il reçut du nouveau monarque, jaloux de s'acquitter dignement envers l'auteur de sa fortune, la dignité de prince. La France lui devait sa haute prépondérance dans l'Empire : tout souriait à son ambition.

Ce même personnage n'était point resté étranger à la révolution qui venait de renverser le jeune Iwan du trône des Tzars. Quelques mois auparavant, à la suite

d'une conversation fort animée dans laquelle il s'était mi plaint amèrement du prince Antoine de Brunswick et de la régente Anne, son épouse, Belle-Isle avait deroandé au roi de Prusse s'il verrait avec peine la couronne destinée à Iwan passer sur la tête d'Elisabeth, seconde fille de Pierre le Grand. «Je ne connais de parents que parmi mes amis ; » telle avait été la réponse du monarque, qui, en effet, ne prit aucune part à cet événement.

Tout fut consommé dans la nuit du 6 décembre. Cent gardes Préobajenski, vieux compagnons de Pierre le Grand, conduisent Elisabeth au palais ; on arrête le père du jeune empereur, sa mère, la princesse de Mecklembourg ; Iwan va être égorgé dans son berceau ; mais son sourire, ses tendres caresses, le cri dehuzza que le pauvre enfant répète avec ses bouiTcaux désarment Elisabeth; on épargne ses jours. Les troupes assemblées proclament la nouvelle souveraine. Anne et son époux, qu'Elisabeth avait promis d'abord de renvoyer en Allemagne, sont déportés dans une île de la Dwina, près de la mer Blanche ; Iwan est enseveli dans le château de Schlusselbourg ; innocente victime que sa destinée tient en réserve pour une mort afireuse.

D'atroces vengeances succédèrent aux vengeances non moins atroces du règne précédent. Le vainqueur d'Oczakow, le héros de la Russie , Munich , condamné d'abord à être écartelé, pour mieux faire ressortir ensuite l'hypocrite clémence d'Elisabeth , alla remplacer, en Sibérie, le féroce Biren dans une prison dont luimême avait tracé le plan poiu* son ennemi.

l'nc fois maîtresse du trône, la fille de Pierre le

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1741 Grand ne réalisa point les espérances du cabinet de Versailles. La proscription étendue sur les étrangers empêcha le chirurgien Lestocq, Hanovrien d'origine française, principal auteur de cette révolution S d'obtenir une grande influence dans le gouvernement. Bientôt même sa disgrâce ftit complète.

Une belle occasion s'offittit à la Suède : profitant de ces troubles en Russie, elle pouvait frapper un grand coup : son apathie lui coûta la Finlande.

Ce fut alors qu'obligé de fiiir, pour dérober sa tête aux persécutions pi*ovoquées par la foreur du peuple et par la jalousie des nobles contre tout ce qui n'était pas russe, Keith, frère cadet du célèbre lordr'manfàal^ vint o£Mr son épée à Frédéric. A dater de ce jour^ l'armée prussienne compta un habile général de plus, et Frédéric un ami dont le dévouement» dans la vie privée, comme sur les champs de bataille» ne se démentit jamais. Un trépas glorieux l'attendait dans les rangs de ses nouveaux frères d'armes.

En consentant à une trêve avec TAutriche, le roi de Prusse avait espéré que Maiîe-Thérèse finirait par signer l'entier abandon de la Silésie ; mais il n'en fut

^ La Régente, ayant eu quelque connaissance de la coi^uration, interrogea Elisabeth, qui sut la tromper par ses larmes, et arrêter ainsi toute recherclie. Averti de cette entrevue, en redoutant les conséquences, Lestocq accourt le lendemain matin chet Elisabeth, et la trouve k sa toilette. Une carte était sur la table ; il la prend, y dessine celte princesse la tête rasée, lui sur une roue. Au dos de la carte, il la place sur un trône, et lui-même sur les marches, décoré d'un grand cordon : « Ce soir l'un, ou demain l'autre, » dit-il en montrant les deux côtés. Elisabeth n'hésita plus : on sait le reste.

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rien. Quelques avantages sur les troupes alliées avaient 1741rendu à cette princesse toute sa fieité; Frédéric craignit même qu'elle ne voulût bientôt recouvrer une province dont la perte lui était si sensible. En même temps^ il acquit la preuve que le secret de la trêve n'avait été nullement gardé : un certain Koch y émissaire autrichien, l'avait révélé au maréchal de Belle- Isle, furieux de cette découverte. Dresde était inondée de billets, avertissant les Saxons de suspendre leur marche vei's la Bohême, parce que le roi de Prusse^ réconcilié avec la reine de Hongrie, se préparait à faire une invasion en Saxe. L'électeur de Bavière avait aussi communiqué au Roi une lettre de l'impératrice Amélie, qui l'exhortait à traiter avec la reine de Hongrie avant le mois de décembre; sinon, cette princesse serait obligée de ratifier les préliminaires convenus avec les Prussiens. Frédéric se crut quitte de tous ses engagements, et la cour de Vienne paya cher son indiscrétion.

Pendant cet hiver, Berlin fut le centre des négociations. La France pressait le Roi de faire agir son armée ; l'Angleterre l'exhortait à la paix avec l'Autriche \ l'Espagne sollicitait son alliance, la Suède son secours, la Russie ses bons offices à Stockholm, le Danemarck ses avis pour changer de parti ; l'Empire germanique appelait, de tous ses vœux, la fin de la guerre ^

Frédéric se fut bientôt décidé : mécontent de ses alliés , n'aspirant qu'à sortir d'une ligue affaiblie par des divisions intestines, et qui, chaque jour, commet-

' Frédéric, Histoire de mon temps, loine l.

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