‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 15 sur 21 · I 0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

I 0 HISTOIRE

17U gi*os onnon qiril fallait abandonner; et, dans la nuit du "i^i ail !2<> Novembre, il sortit de Prague. La garnisoo pnissit»imo dc^tilait encore par la porte Saint-Charles, i\\w déjà quatre cents Pandours s'étaient introduits, d'un autre cAté , dans la place.

Kinsird(*l ayant passé TEIbe à Buntzlau , se dirigea, par Lrypa et lleichstadt, sur Friedland. Arrivé à Heicboinbor^, et, sans doute trompé par ses guides, il tourna à gauche, et rencontra dans les montagnes, sur les frontières de la Lusace, un corps saxon commandé par le général Arning, qui le resserra d'un côté, tandis que, de Tautre, le chevalier de Saxe, qui l'avait pouF- Ruivi avec la meilleure partie de l'armée du duc de Weissenfels, Tenveloppait. Einsiedel se posta fièrement près de Howald, dans un terrain étroit où ses troupes tinrent ferme sous les armes et dans la neige jusqu'aux genoux, depuis le 11 jusqu'au 13 décembre. Enfin, le lieutenant-général comte de Nassau vint le dégager, à la tête de douze mille hommes. Gagnant alors promptemont Friodland, Einsiedel atteignit les frontières de Silésie avec cinq ou six mille hommes : le reste était mort do faim ou avait déserté *.

Telle fut Tissue de cette campagne de Silésie, si brillante à son début, et dont tout l'honneur resta au maréchal de Traun. Frédéric citait sa conduite Comme un modèle de perfection. « Quant au Roi, aucun gé-

* Frédéric, Histoire de mon temps, tome U; — Grimoard, Tableau de la vie et du règne de Frédéric le Graïkf ; — Jomini, Traité des grandes opérations militaires .

lierai, dit-il en parlant de lui-même avec une admirable modestie, ne commit plus de fautes dans cette campagne. » Il la regardait comme son école, et M. de Traun comme son maître.

La guerre offre aussi en Bohême plus de difficultés qu'ailleurs, la chaîne de montagnes, dont ce pays est environné, en rendant l'entrée et la sortie également dangereuses. Pom* les Prussiens, ces difficultés, ces périls s'aggravaient encore de tout le dévouement que la haute noblesse, le clergé, les baillis portaient à la Maison d'Autriche. Dans les campagnes, une population exaltée se levait en masse, avec fiu*eur, contre ces ennemis de rehgion différente, ou, à leur approche, s'enfonçait dans des forêts immenses, cachant le blé au sein de la terre, emmenant avec elle, égorgeant ses troupeaux. Marie-Thérèse, pour alimenter cet attachement sauvage, promettait de réparer tous les dégâts, d'indemniser de toutes les pertes. Au reste, Traun, par ses savantes manœuvres, n'avait pas mieux servi TAutriche que les généraux de Fi*ance par leur impéritie.

Fière d'une campagne si malheureuse pour les Prussiens, déjà la reine de Hongrie espère recouvrer les deux Silésies. Ses troupes envahissent la Haute; mais, chassées par le prince Léopold de Dessau, bientôt elles rentrent^en Bohême.

Tandis que des alternatives de bonne et de mauvaise fortune compliquaient, chaque jour davantage, la grande question qui agitait l'Allemagne, les prétentions de l'Espagne déchiraient Tltalie avec non inoiiiK

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i:n (le violence; TËurope offrait Faspect d un vaste champ (le bataille.

Rentrée en Bavière, sous les ordres de Seckendorf, Varniée impériale avait reconquis tout cet électoral, sauf Passau et Scharding. Charles VII retourna à Munich. Mais son perfide général prit de tels quartiers d'hiver qu'une portion considérable de ses troupes fut ))oussée jusque dans le pays de Sald>ourg, alors que la partie principale du cours de Flnn était au pouvoir des Autrichiens : c'était donner à Tennemi les moyens de passer cette lâvière en force, -de couper les Bavarois, (le les battre partiellement, sans leur laisser le temps de se rassembler. Dès la campagne suivante, il en arriva ainsi.

Vainement l'Empereur reçut de fidèles avis : il n'en tint compte, attendant l'arrivée à Munich du maréchal de Belle-Isie pour les discuter ensemble, et savoir enfin si Seckendorffétait un traître ou un ignorant ^

De Munich, BelIe-Isle devait se rendre à Berlin. Frédéric désirait concerter avec lui un plan capable de réparer les fautes récentes. Muni des pleins pouvoirs du roi de France et de l'Empereur, le maréchal, venant de Cassel par TEichsfeld^, voyageait, sans défiance, avec son frère et toute sa suite % lorsqu'il fut arrêté,

* Mémoires de Valori, tome I.

' Ce territoire, appartenant alors k l'électeur de Mayenee, est situé cuire la Thuringe, la Hesse et le pays de Brunswick.

' La suite nombreuse du maréchal, composée de vingt-cinq personnes, fit soupc^onner qu'il y avait parmi elles des ingénieurs ou officiers déguisés, chargés de reconnaître la route, et d'examiner si elle

le 20 décembre, par un bailli et des dragons hano* ^^^^ vriens, dans un bourg frontière appelé Ëlbingerode. Vainement, afin de suppléer aux passeports qui lui manquaient, le maréchal objecta son double caractère d'ambassadeur français et de prince de TEmpire : Georges voyait en lui l'auteur de la gueiTe d'Allemagne, l'homme qui l'avait contraint de donner sa voix à l'empereur Charles VII, et d'accepter, en 1741, la neutralité, tandis que le maréchal de Maillebois menaçait l'électorat d'Hanovre : c'était à ses yeux un ennemi personnel, comme il le dit plus tard au baron de Haslang, ministre de l'Empereur près la cour de Londres. Il saisit donc, avec empressement, cette occasion de vengeance. Considérés comme prisonniers d'État, les deux frères furent conduits en Angleterre, où le château de Windsor devint leur résidence. Au reste, l'accueil le plus distingua les y attendait. Ils ne recouvrèrent leur liberté (jîÊi'après la journée de Fontenoy.

Trop faible pour venger cet afiî'ont, Charles VII le dévora en silence.

Un seul événement pouvait empirer l'état des choses; cet événement eut lieu à Munich, le 20 janvier 1745, quand mourut le malheureux Charles VII, empereur de nom, chassé deux fois de sa capitale, deux fois déj)Ouillé de ses États, et non moins tourmenté par les

offrait un passage commode k l'armée. On trouvait étrange que, s'écarlant de la grande route de Cassel k Berlin, M. de Belle-Isie eût préféré un chemin de traverse dans les montagnes du Harlz. (Charles de Marlens, Causes célèbres du droit des qem^ lorae I.)

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1746 souffrances du corps que par les peines de Tâme. Le chagrin y que lui causa la défaite des Français et des Bavarois à Renueck, hâta sa fin. Tous ses organes étaient dans un état de dissolution : on trouva ses poumoDS, son foie et son estomac gangrenés^ des pierres dans ses reinSy un polype au cœur. Ce prince, estimable à plus d*un titre, mais qui poussa la bienfaisance jusqu'à la prodigalité, et dont le caractère n'était point à la hauteur de sa fortune, eût mérité sans doute un meilleur sort; son élévation même causa sa chute; il périt écFasé sous la couronne impériale.

Durant son apparition sur le trône, cet empereur éphémère n'avait pas même possédé une province : lors de ses funérailles, on porta devant lui le globe du monde; dans quelques rescrits, son nom fut chargé du titre d" invincible, et tout le magnifique cérémonial établi par Charles-Quint vint contraster avec les misères d'une vie qui n'avait trouvé de repos qu'en s'éteignant.

Dès lors, tout changea de face en Allemagne; la ligue de Francfort fut dissoute. En effet, le nom de l'Empereur avait légitime l'association des princes armés pour sa défense, et toute leur conduite s'était conformée aux lois de l'Empire. Mais, ce prince mort, que devenait l'olyet de leur union? Où était le but commun? l'identité d'intérêts ne les attachait plus aux intérêts de la Prusse.

Pour la reine de Hongrie, toujours impatiente de rendre à sa famille la couronne impériale, elle puisait une confiance nouvelle dans cette désunion, et dans l'âge môme du jeune électeur de Bavière, qui, selon les

règlements de la Bulle d'or, n'était point encore éli- i745 gible.

D'autres circonstances paraissaient aussi devoir faire pencher la balance en sa faveur : d'abord, l'Angleterre tenait à ses gages le tiers des électeurs; de plus, l'électeur de Mayence, qui exerçait sur les délibérations de l'Empire beaucoup d'influence, était dévoué à la reine de Hongrie. Du côté de la Saxe, nulle prétention à craindre, l'Électeur semblant exclu d'avance, puisque le trône impérial était regardé comme incompatible avec celui de Pologne. Tout souriait donc au grand-duc de Toscane, époux de Marie-Thérèse.

Tels n'étaient cependant point les projets du cabinet de Versailles, toujours jaloux d'imposer un empereur à l'Allemagne. Contre toute attente, son choix tomba sur Auguste III, prince enrichi, sur le trône de Pologne, des dépouilles de Stanislas, beau-père de Louis XV, traité naguère d'usurpateur, et récemment infidèle à ses engagements envei*s la France.

M. d'Argenson, qui avait déclaré qu'on emploierait jusqu'au dernier soldat pour empêcher l'époux de Marie- Thérèse d'être élu, espérait brouiller ainsi ce prince avec la reine de Hongrie, et ne rencontrer d'obstacles à l'exécution de ce dessein que de la part du roi de Prusse. Frédéric, en efTet, avait plus d'un grief contre Auguste, qui, en diverses occasions, s'était plu à provoquer son ressentiment. Voilà le candidat à l'élection duquel la France lui proposait de concourir, donnant ainsi l'exclusion au Grand-Duc; comme si elle avait le droit de contraindre les suffrages du corps germa-

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\:\h nique, comme si partout elle avait les moyens d'y parvenir.

Dans cette délicate conjoncture, Frédéric évita prudemment tout éclat nuisible à ses intérêts ; le plan de h France devait amener une rupture entre Auguste et Marie-Thérèse : il l'accueillit.

Prévoyant toutefois que le Grand-Duc deviendrait empereur, que l'armée des alliés ne serait point heureuse en Bavière, et que la campagne de Flandre absorberait toute l'attention des Français, il voulut se ménager un solide appui : des négociations furent donc entamées avec l'Angleterre. Le changement de ministère lui donnait quelque espérance de succès. Georges s'était vu forcé de sacrifier à l'opinion publique MD ministre Carteret, que le traité de Worms avait entièrement dépopularisé.

Toutefois, comme ce prince voulait continuer la guerre, les démarches pacifiques du roi de Prusse restaient sans effet, bien qu'il eût attaché les nouveaux ministres à ses intérêts. Aussi Frédéric, sans interrompi'e ses négociations, se tenait-il prêt pour la campagne prochaine. On tira six millions du trésor, et les États avancèrent, à titre d'emprunt, quinze cent mille écus. De gros magasins furent formés en Silésie; jamais les troupes prussiennes n'avaient été mieux équipées ; la cavalerie était au grand complet , Vartillerie pourvue ^ d'un matériel considérable, toute l'armée pleine d'ardeur.

Frédéric sut toujoui*s faire marcher de front la politique et la guerre.

DE FRÉDÉRrC If. 517

i)éjà le Roi avait quitté Berlin, et se rendait en Silé- i746 sie, lorsqu'il reçut Te'trange nouvelle d'un traité de paix entre la reine de Hongrie et le jeune électeur de Bavière, signé, le 22 avril, à^uessendans Tévêché d'Augsbourg, sur les frontières du Tyrol. Forcé, comme son père et son gi*and-père, de quitter sa capitale, menacé de toutes parts, Maximilien* Joseph renonçait, pour lui et sa postérité , à toutes prétentions sur les États de la Maison d'Autriche.

En même temps, le landgrave de Hesse retirait ses troupes, et l'électeur palatin invoquait la neutralité, sa dernière ressource.

Ainsi fut consommée l'entière dissolution de la ligue de Francfort; ainsi se vérifièrent les trop justes soupçons qui, depuis quelque temps, planaient sur Seckendorf. La voix publique l'accusa de s'être vendu à l'Autriche. Frédéric lui reproche même d'avoir supposé des lettres, et produit de fausses pièces, pour arracher au jeune ^lecteur la signature tant désirée *.

Plus qu'aucune autre puissance, le gouvernement français aurait eu droit de se plaindre % si les difficultés de sa position n'eussent été son propre ouvrage.

* Frédéric, Histoire de mon temps, tome H ; -—Mémoires de Valori, tomel.

* Ce n'était cependant pas, ainsi que l'appelle M. de Flassan (Histoire de la diplomatie française), une honteuse défection. « Voici, dit-il (tome V, p. 285), la cause, mais non l'excuse de celte honteuse défeclion. L'Électeur avait été élevé par des gouverneurs qui, attachés par inclination ou par intérêt k la cour de Vienne, disaient continuel-

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n4& A ces graves embarras venaient se jwidre les vices de l'administration intérieure, ce La situation du Foyanme est plus déplorable qu'elle ne l'était, en 1704, après la bataille de Hochstett, disait le maréchal de Noailks» dans son Mémoire au Roi, le 29 avril 1745. U a fallu continuer la guerre depuis 1704 jusqu'en 1714, et Von n'a pu la soutenir que par des moyens forcés. Depuis la paix , ou n a pris aucunes mesures pour diminuer le fardeau des dettes; on n'a eu aucune prévoyance pour se préparer des fonds en cas d'une guerre nouvelle.

(c La guerre présente a déjà coûté des sommes exorbitantes, dont une partie très -considérable a passé dans le pays étranger, et ne pourra de longtemps rentrer dans TÉtat. Enfin, Sire, on supporte encore aujourd'hui le poids de la dernière guerre; il s'est augmenté par la guerre actuelle ; et, malheureusement, loin que l'on puisse espérer d'en voir bientôt la fin ,

Icmeiil au jeuiu- prince que les liaisons de son père avec la France lui avaient toujours (Hé fatales, ainsi qu'à son aïeul, et qu'il lui en coûterait ses Élats; qu'au contraire, la Maison d'Autriche avait érigé la Bavière en Ëiectorat, et avait accru son territoire; et qu'enfin les princes étaient toujours en sûreté à l'abri de son alliance. »

Pourquoi ne pas reconnaître que la plupart de ces observations étaient fondées ? L'exemple seul de son père eût été, k défaut d'autres, une assez terrible leçon pour le jeune électeur, qui sentait que le repos de toute une vie payerait trop cher quelques lambeaux du manteau imprrial.

Que le ministère français ait vu avec humeur lui échapper l'instrument sur la docilité duquel il avait compté, on le conçoit; mais l'histoire devrait être moins prodigue de ce grand mot de défection, qui finit par ne plus exprimer que le désappointement d'un calcul.

DE nÈBÈUC ■. SI9

elle ne fait , en quelque nuioièm, que eonHuenoer pv r» rapport à la France. «

Ce désordre était peo de chose eneora, si od le eofl^ pare aux scandaleuses prodigalités qui souiU^vnt la tin de ce règne- Mais ^ comme à d'autres éfoqacR de llnsIcMre de France , Tépée des généraux effaça, pour un uMmieofty les taches de la politique ; bientôt, la gloire de Footenoy devait couvrir d'un voile brillant des plaies honteuses. C'est aloi-s en effet que le maréchal de Saxe, qui, selon la belle expression de Frédéric, semblait s'être arraché des bras de la mort pour vainore les ennemis de la France, vengeait, en Flandre, sa patrie adoptive ^;

^ Lettre du rai de Prusse au maréchol de Saxe.

De Chuiottemboorg^ i mnrtmbn 414$.

a Monsieur le maréchal, la lettre que tous me fiutes le plaisir de m'écrire m'a été très-agréable; je crois qu'elle peut servir d'instruction pour tout homme qui se chaire de la conduite d'une armée.

a Vous donnez des préceptes que vous soutenez par tos exemples, et je puis vous assurer que je n'ai pas été des derniers à applaudir aux manœuvres que vous avez faites.

a Dans les premiers bouillons de la jeunesse , lorsqu'on ne suit que la vivacité d'une imagination qui n'est pas réglée par Texpérience, on sacrifie tout aux actions brillantes et aux choses singulières qui ont de Téclat. A vingt ans, Boileau estimait Voiture; à trente, il lui préférait Horace.

a Dans les premières années que j'ai pris le commandement de mes troupes, j'étais pour les pointes; mais tant d'événements que j'ai vus arriver, et auxquels j'ai eu ma part, m'en ont désabusé. Ce sont les pointes qui m'ont fait manquer ma campagne de i74i; et c'est pour avoir mal assuré la position de leurs quarlicrs, que les Français et les Espagnols ont entin été réduits k abandonner l'Italie.

u J'ai suivi pas à pas votre campagne de Flandre, et, sans que j'aie

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le 1 1 mai, Louis XV triomphait aux plaines de Fontenoy, comme en Italie. Cette mémorable journée, où la victoire fut d'autant plus glorieuse qu'elle avait été plus disputée, ouvrit à Louis les portes de Toumay, et prépara la conquête des Pays-Bas. Gand, Oudenarde, Bruges, Dendermonde, Ostende furent bientôt au pouvoir des Français.

Le traité de Fuessen avait été précédé de la quadruple alliance *, conclue, à Varsovie, le 8 janvier, entre le roi d'Angleterre, Marie-Thérèse, l'électeur de Saxe et la Hollande ; alliance qui devait fomenter la guerre, quoique son but apparent fût le rétablissement de la paix. Le roi de Pologne s'engageait à diriger trente

assez de présomption pour me fier à mon jugement, je crois que la critique la plus sévère ne peut y trouver prise.

« Le grand art de la guerre est de prévoir tous les événements, et le grand art du général est d'avoir préparé d'avance toutes les ressources, pour n'être point embarrassé de son parti, lorsque le moment décisif d'en prendre est venu. Plus les troupes sont bonnes, bien compos^'cs et bien disciplinées, moins il y a d'art à les conduire; et, comme c'est à surmonter les difficultés que s'acquiert la gloire, il est sûr que celui qui en a le plus à vaincre doit avoir aussi une plus grande part à l'honneur. On fera toujours de Fabius un Annibal ; mais je ne crois pas qu'un Annibal soit capable de suivre la conduite d'un Fabius.

« Je vous félicite de tout mon cœur sur la belle campagne que vous venez de finir. Je ne doute pas que le succès de votre campagne prochaine ne soit digne des deux précédentes. Vous préparez les événements avec trop de prudence, pour que les suites ne doivent pas y répondre. Le chapitre des événements est vaste; mais la prévoyance el l'habileté peuvent corriger la fortune.

« Je suis, avec bien de l'estime, votre affectionné ami,

Fédéric. »

* Kocli, Abrégé de l'histoire des traités de paix, tome H.

mille défenseurs sur la Bohême; Georges , à founiir 1745 annuellement cent mille livres sterling pour Tentretieii de cette armée; et les États-Généraux, cinquante mille. De plus, si rélecteur de Saxe était attaqué, chacune des puissances alliées devait le soutenir de toutes ses forces '. On eût dit que les négociateurs qui rédigèrent ce dernier article avaient prévu quels embarras il devait susciter à Frédéric.

Bientôt la Pologne et la Russie accédèrent à la quadruple alliance.

De la France seule, le cabinet de Berlin pouvait attendre quelques secours. Frédéric fit représenter à Versailles l'impossibilité où il se trouvait de soutenir longtemps une guerre, dont tout le fardeau pesait sur lui; ce prince adjurait Louis XV de remplir ses traités à la lettre; réclamant, comme l'ennemi se préparait à faire une invasion dans ses États, l'assistance qu'il lui devait dans ce cas, ou une diversion réelle qui lui procurât du soulagement.

Le ministère finançais parut peu touché de ces représentations; il les traita à la légère, voulant que la prise de quelques places en Flandre passât pour une diversion considérable.

Le Roi, s' adressant encore directement à Louis XV, lui exprima le peu de satisfaction que lui causait la froideur des ministres français, et combien sa situation devenait pénible; il croyait que ce prince lui devait quelque retour pour l'avoir secondé dans un moment

^ Koclî, Ahr^fjé de Vhistoire défi traités de paix, tome ÎT. I 21

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1746 OÙ les Autrichiens commençaient à faire des progrès en Alsace; la bataille de Fontenoy et la prise de Tourpai étaient à la vérité das évéqemants gbrieux pour la personne du Roi^ et avantageux k la France; mais, quant à Tintérét direct de h PHl^se^ ime bataille gagnée aux bords du Scamandre ou la juim de Pékin eussent été des diversions égales. Le Roi ajouta que les Français occupaient à peine six mille Autricbiens en Flandre, et qu^, le péril où il se trouvait TempôchaDt de pe eontenter de belles paroles, il réclamait iqs^antment de plus solides résultats,

La comparaison du Scamandre et d» Pékin déplut à Louis; son humeur perça dans sa réponse au roi de Prusse ; çeluir-ci se piqua à soo tour du ton froid et hautain de cette réponse. Une telle alliance devait être courte*.

Entouré d'ennemis formidables, Frédéric ne pouvait encore leur opposer les ressources lointaines que préparait sa prudence. La politique ne lui présentait que des abtmes; la guerre , que des hasai-ds; les finances, qu'uu épuisement de ressources presque total.

Mais tel était cet homme extraordinaire qu^ , grandissant avec le danger^ il semblait réserver toute son énergie morale pour ces moments de crise où tant de courages vont s'éteindre. Le célèbre lord ChesterfieM, alors ministre d'Angletwi*e à La Haye , et très-favorable au monarque prussien, avait dit à Podewils, en-

* « Ce prélude confirmait la cour de Berlin dans l'opinion que le Grand-Duc deviendrait empereur, que Tarmée des alliés serait mal-

VE FlÉSfËSIC II. ^iSTi

voyé de BeriÎD auprès des EÊMÈ^-GéoémoL : u Voire m: maître ne réussira dans ses né^ociatioiis qaesï les 4q»puyaut d^actes énergiqnes. » Un tel conseO allait hkm à cette puissante nature : aussi la campagne prâte à s'ouvrir sera-lr-elle un endiainooent de Tictoires.

Les Autrichiens ont tenté une nourene irruption dans la Haute-Sîlésie. La trahison firre au générai-Hsqor de Bucco la forteresse de Kosdl, et Wallis p&iètre dans le comté de Glatz. Le prinee Ghailes et le due de Saxe- \yeissenfels , ayant rass^nidé, fitès de Konigs^rats, r armée alliée forte de quatre-^ingl-dauEe nulle hommes ^ se mettent en mourement; le prince d'Esterhazi; avec raTant-garde, marche à Landehut, le 27 mai; le prince Charles pânètre en Slësie josqu^fc Bolkenhain.

Frédéric avait rassemblé cinquante mille hommes près de Frankenstein; le 29 mai, Farmée prussienne alla occuper le camp de Reicfaenbadi, d'on elle n'avait qu'une petite marche jusqu'à Sdiweidnitz. Le 1' juin, elle passa cette forteresse ; les corps de Du Moulin et de Winterfeld firent son arant-garde, et occupèrent la hauteur de Strîgau, en deçà de la rivière de Strigauer-Wasser. M. de Nassau, avec son corps, garnit le Nonen-Busch, et l'armée campa entre Jauemick et Schweiduitz, de sorte qu'un terrain de deux milles, qui sépare Strigau de Schweidnitz, se trouvait occupé

heureuse eu Bavière, que les François n'auraient k cœur que leur campagne de Flandre, et que leurs alliés feraient sagement de penser à eux-mêmes. » (Frédéric, Histoire de mon temps, lome II.)

174S par une ligne presque continue de troupes prussiennes. Cette position permettait au Roi d'engager une bataille avec d'immenses avantages.

Le général Wallis, commandant l'avant-^arde ennemie, et Nadasti parurent les premiers sur les hauteurs de Fribourg. Le prince Charles de Lorraine , qui avait pénétré en Silésie par Landshut, et, de là, poursuivi sa marche sur Reichenau, se transporta à Hohen-Hennersdorff. De ce camp, il pouvait descendre dans la plaine par quatre chemins, Fribourg, Hohen-Friedberg, Schwinahaus, Kauder.

Pour bien examiner la nature des lieux où il pourrait disposer son armée, Frédéric alla reconnaître ces environs en personne; trois jours furent employés à préparer les chemins; il fallait que rien n'arrêtât les troupes, et qu'elles pussent tomber sur l'ennemi, dès qu'il paraîtrait dans la plaine. C'était ôter au hasard tout ce que la prudence lui pouvait dérober.

Le 2 juin, les généraux autrichiens et saxons tinrent un conseil de guerre sur une hauteur, près de Hohen- Friedberg. Bien que, de ce lieu, la vue plongeât sur toute la plaine, ils n'aperçurent que de petits corps de l'armée prussienne; le gros était couvert par le Nonnen- Busch et par des ravins, derrière lesquels on s'était placé exprès pour dissimuler à l'ennemi les forces prussiennes, et le bien confirmer dans l'opinion que le pays où il entrait ne lui opposerait aucune résistance.

Le prince Charles résolut de prendre position, le lendemain, près du village de Langenœls. Wenzel-AVallis eut ordre de s'emparer en même temps du magasin de

DE FRÉBÉRIG 11. 525

Schweidnitz, avec son avant-garde, et de poursuivre n4& ensuite les Prussiens sur Br^slau. Le duc de Weissenfels, avec ses Saxons, devait enlever Strigau, et de là se porter sur Glogau, pour en faire le siège. Trompé par un de ses propres espions, dupe lui-même d'une ruse de Fre'déric, le prince Charles ne se doutait pas que soixante-dix mille hommes allaient déranger ses plans.

Chaque jour, Frédéric visitait ses postes avancés; le 2 juin, il était depuis assez longtemps déjà sur une éminence devant le camp de Du Moulin, d'où Ton découvrait toute la campagne, les hauteurs de Furstenstein, et même un bout du camp autrichien' près de Reichenau, lorsqu'il vit un énorme nuage de poussière, s'élevant des montagnes, descendre dans la plaine, et serpenter de Kauder à Fregebeutel et Ronstock. Bientôt la poussière, en tombant, laissa paraître l'armée autrichienne sortie des montagnes sur huit grandes colonnes. Sa droite, appuyée au rocher de Strigau, tirait de là vers Ronstock et HausdorflF; sa gauche, c'est-à-dire les Saxons, s'étendait jusqu'à Pilgramshain : dispositions bien entendues, si le roi de Prusse eût en eflTet opéré le mouvement qu'il avait faussement fait révéler au prince Charles.

Aussitôt Du Moulin reçut ordre de lever le camp, à huit heures du soir, de passer le ruisseau de Strigau et de se poster sur le mont Topaze, devant la ville. A la même heure, l'armée se mit en mouvement, filant par la droite sujp deux lignes, et dans le plus grand silence : il était même défendu au soldat de ftimer. Vers minuit.

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la tête des colonnes anîva près des ponts de Strigau, où l'on attendit que tous les corps fussent bien serrés ensemble. Le 4 juin, à deux heures du matin, le Roi, ayant rassemblé ses principaux officiers, leur communiqua la disposition du combat ^

Dès que chacun fut à son poste, Tannée s'ébranla. La tête commençait à peine à passer le ruisseau, que Du Moulin fit avertir qu'ayant aperçu de l'infanterie sur une éminence en face de lui, il avait rectifié sa position; qu'il venait de prendre par sa droite pour se former sur une hauteur opposée à l'autre, et par laquelle il débordait même la gauche de l'ennemi. Cette infanterie, c'étaient des Saxons chargés de prendre Stiîgau, et qui ne furent pas peu surpris de trouver les Prussiens devant eux. Frédéric se hâta d'établir, sur le mont Topaze, une batterie de six pièces de vingt-quatre : le désordre qu'elle porta dans les rangs ennemis fut d'un grand secours.

^ La voici : a L'armée se mettra incessamment en marche par la droite, sur deux lignes; elle passera le Strigau; la cavalerie se mettra en bataille vis-à-vis la gauche de Tennemi, du côté de Pilgramsbain. Le corps de Du Moulin couvrira sa droite; la droite de rinfanterie se formera à la gauche de la cavalerie, tis-k-Tis des taillis de Ronstock; la cavalerie de la gauche s'appuiera au ruisseau de Strigau, bien en avant de la ville de ce nom. Les dix escadrons de dragons et vingt de hussards qui composent la réserve se porteront derrière le centre de la seconde ligne, pour être employés où il sera besoin. Un régiment de hussards se formera, eu troisième ligne, à chaque aile de cavalerif , pour eu couvrir le flanc ou pour servir à la poursuite. La cavalerie chargera impétueusement l'ennemi, Tépée à la main; elle ne fera point de prisonniers dans la chaleur de Taction; elle poftera ses coups au visage. Après avoir renversé et dispersé la cavalerie contre laquelle

En effet, le duc deWeissenfels, s'avançant, avectontes t745 les forces saxonnes^ poui* soutenir rayant-garde qui devait prendre Strigau, reçut cette canonnade. En même temps, Taile droite de la cayalerie prussienne se forma sous la batterie, les gardes du corps se liant à droite avec la division Du Moulin, et la gauche des escadrons appuyant aux bouquets de bois de Ronstock. Après deux charges consécutives, les Prussiens culbutèrent là cavalerie saxonne qui s'enfuit à vau-de-route ; et les deux bataillons d'infanterie qui, au commencement de l'acrtion, s'étaient présentés devant Du Moulin, furent taillés en pièces par les gardes du corps.

Alors les grenadiers puissions^ avec le régiment d'Anhalt, attaquèrent l'infanterie saxonne dans ces bouquets de bois, où elle commençait à se former^ et, rayant poussée et délogée d'une digue où elle cherchait à se reformer> ils ti*ayer6èrent un étang pofir attaquer la seconde ligne sur un terrain marécageux : Ce combat, plus meurtrier que le premier, ne ftit pas plus long. Nouvelle ftiite des Saxons : yainement leurs généraux

elle aura choqué, elle retournera sut l'infanterie ennemie, et la prendra en flanc ou h dos, selon que l'occasiDn s'^ présentera. L'infanterie prussienne marchera à grands pas à Tennemi. Pour peu que les circonstances le permettent, elle fondra sur Lui à la baïonnette; s'il faut charger, elle ne tirera qu'à cent cinquante pas. Si les généraux trouvent sur les ailes ou devant le front de l'ennemi quelques villages qu'il n'ait pas garnis, ils les occuperont et les borderont extérieurement iriufanterie, pour s'en servir à le prendre en flanc ; mais ils ne placeront de troupes ni dans les maisons ni dans les jardins, pour que rien ne les gêne et ne les empêche de poursuivre ceux qu'ils auront vaincus. »

t74f rallient quelques bataillons, en forme de triangle, sur une hauteur, pour couvrir leur retraite; la cayalerie prussienne de la droite, déjà yictorieuse, se présente sur leur flanc, en même temps que l'infanterie débouche du bois pour les assaillir. Kalckstein, arrivant avec quelques troupes de la seconde ligne, déborde de beaucoup les Saxons, qui, sans attendre l'attaque, s'enfuient. Tout le corps saxon était donc battu avant que la gauche de l'armée Mt entièrement formée.

On n'avait pas manqué d'avertir le prince Charles, à Hausdorf, du feu d'artillerie et de mousqueterie qu'on entendait; préoccupé de l'idée que c'étaient les Saxons qui attaquaient Strigau, il n'en tint aucun compte. Mais bientôt il apprit leur déroute. Alors, s'habillant à la hâte, il ordonna à l'armée d'avancer.

Les Autrichiens marchaient donc, à pas comptés, entre le ruisseau de Strigau et les bouquets de Ronstock, dans une vaste plaine coupée seulement par des fossés qui séparent les propriétés.

Mais le margrave Charles et le prince de Prusse observaient l'ennemi : dès qu'ils furent à portée, ils le chargèrent vivement et le firent plier. Dans cet instant critique, les grenadiers autrichiens surent th*er bon parti des fossés : peut-être même eussent -ils pu mettre de l'ordre dans leur retraite, si deux fois le régiment des gardes ne les eût chassés à coups de baïonnettes.

Comme il n'y avait plus d'ennemis devant la droite, Frédéric lui fit faire un quart de conversion pour se porter sur le flanc gauche et derrière les Autrichiens.

Ce mouvement fut un peu embarrassé, les troupes ayant tus eu quelque peine à traverser les bois et les marais de Ronstock; lorsqu'elles en sortirent pour attaquer l'ennemi, la gauche des Pnissiens avait déjà gagné un terrain considérable. Mais la cavalerie de cette gauche venait d'éprouver un contre-temps : à peine le général Kiau, avec sa brigade de dix escadrons, avait-il passé le pont du ruisseau de Strigau, que ce pont se rompit ; sans hésiter, Kiau attaque la cavalerie ennemie ; bientôt le général de Ziéthen le joint avec la réserve, culbute tout ce qui veut résister, et donne à M. de Nassau, qui commandait cette gauche^ le temps de la faire passer à gué.

Dès que Nassau eut formé son aile, il se précipita impétueusement sur ce qu'il y avait encore de cavalerie ennemie devant lui, et la mit en déroute. Le général Polenz contribua beauiËoup à ce succès; avec son infanterie, il s'était glissé dans le village de Fregebeutel, d'où il enfilait la cavalerie autrichienne. Quelques décharges, reçues en flanc, la troublèrent et préparèrent sa défaite. M. de Gésier, qui commandait la seconde ligne, voyant qu'il ne restait plus là rien de bien glorieux à faire, se retourna vers l'infanterie prussienne; les bataillons autrichiens étaient en désordre : passant à travers les intervalles de l'infanterie, et se formant sur trois colonnes, il fondit sur eux et les tailla en pièces; les dragons de Bareith se couvrirent de gloire.

Dans le même moment, la droite des Prussiens se portait sur le flanc du prince Charles ; alors, dans ses

iiii troupes, le désordre devint complet; tout se débanda, tout fuit vers les montagnes. Les Saxons se Bauyèrent par Seyffersdorff ; le corps de bataille des Autrichiens, par Kauder, et leur ailé par Hohen-Friedberg, où, fort heureusement pour eux, Wallis et Nadasti étaient venus couvrir leur retraite. L'armée prusirienne les poui*suivlt jusque sur les hauteurs de Kaudet, où, pour prendre quelque repos, elle s'arrêta.

Sept mille prisonniers, dont quatre généraux et deux cents officiers; soixante-seize drapeaux, sept étendards, huit paires de timbales, soixante cations, tels furent les trophées de la victoire. Quatre itiille Autrichiens tués, et cinq mille blessés gisaient sur le champ de bataille. Les Prussiens eurent deux mille trois cents hommes tués ou blessés ^ Frédéric fit donner aux blessés ennemis les mêmes soins qu'aux i^iens*.

Ce fut, dit 6uibert% une de des batailles de grand maître, où le génie fait tout plier devant lui> qui sont gagnées, dès le début, et presque sans contestation, parce qu'il ne reste pas à l'ennemi déconcerté la possibilitéde rétablir le désordre *.

^ Frédéric, Histoire de mon temps^ tome H ; — MùUer, Tableau des guerres de Frédéric le Grand; — Grimoard, Tableau de la vie et du règne de Frédéric ; — Jomini, Traité des grandes opérations militaires.

* Mémoires du matquis de Valori, tome I.

• Éloge du roi de Prusse.

^ a Les combinaisons de Frédéric pour la bataille de Hoben-Friedberg appartiennent, sans contredit, à ses plus belles opérations. On lui doit les plus grands éloges pour Thabilelé avec laquelle il sut choisir sa position, afin d'attendre l'armée ennemie au débouché des gorges. On \oit par la relation que Taile gauche des ennemis, formée de Saxons,

Dans cette brillante journée, le prince Henri, à peine m* âgé de dix-neuf ans, et qui remplissait les fonctions d'aide de camp près du Roi, son frère, annonça œ qu'il devait être un jour sur les champs de bataiilei.

Le prince de Prusse ne s'y distingua pas moins. Comme il marchait, au milieu du feu, à la tête de sa brigade, le marquis de Valori, envoyé de France, qui se trouvait auprès du Roi, ne put cacher son étonnement du poste périlleux choisi par le Prince : « Ah! répondit Frédéric, où pourrait-on être mieux qu'avec de tels camarades? Et ne faut-il pas leur montrer qu'on est digne d'eux? »

Envoyé par Louis XV à Frédéric, poul» lui annoncer la victoire de Fontenoy, M. La Tour était arrité au camp prussien, à l'heure même de la bataille. « Ainsi donc, lui dit le Roi avant l'action, vous êtes venu voir à qui restera la Silésie? — Non, Sire, avait répondu l'officier, je veux seulement juger de qtielle manière Votre Majesté punit ses ennemis et défend ses États. »

Après l'action, Frédéric écrivit au roi de France : « Je viens d'acquitter en Silésie la lettre de change que Votre Majesté a tirée sur moi à Fontenoy. »

était déjà accablée avant (Jue rien ne fût disposé k là Miiteni^. Lorsqu'elle fut hors de combat, le centre se trouva alors attaqué de front et sur son extrême gauche par une masse de forces imposantes ; et il était difficile qu'il ne fût pas battu et culbuté, dans une position k laquelle Tallaque bien combinée dé la cavalerie prussienne, commandée par iiesler, vint bientôt mettre le cotiiplétnèni. Jamais Teinplol dfes trdttpes ne présenta une application plus exacte des principes. » (Joraini, Traité des grandes opérations militaires.)

tu^ La victoire d'Hoheu-Friedberg sauva la Silésie. -

On ne poursuivit pas les Autrichiens avec beaucoup d'ardeur, et ce fut fort sage. En effet, la bataille, quoique courte, avait été une suite d'efforts continuels; les munitions de guerre étaient épuisées; rarrière-garde du prince de Lorraine, composée des corps de WâUis et de Nadasti, n'avait pas combattu; ces corps occupaient les hauteurs de Hohen-Friedberg, et certes il eût été téméraire de vouloir les en déloger. Les Prussiens tenaient les hauteurs de Kauder, mais celles de Hohen-Friedbei^ se trouvaient à leur gauche. Pourquoi donc s'exposer, par une fougue imprudente, à perdre l'avantage obtenu par la sagesse ^ ?

C'était pour la troisième fois que le sang humain coulait dans cette querelle ; ce ne fut malheureusement pas la dernière. Quand les souverains jouent des provinces, les hommes sont les jetons qui les payent. Ce mot est d'un des grands maîtres de ce jeu terrible.

Le 6 juin, l'armée se porta sur Landshut. Frédéric y était à peine arrivé, que deux mille paysans, exaspérés par la persécution , vinrent le trouver, lui demandant l'autorisation de massacrer tous les Catholiques du pays. Bien éloigné de leur accorder une permission aussi barbare : « Conformez-vous plutôt aux préceptes de rÉcriture, leur dit ce prince; bénissez ceux qui vous offensent, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'hériter le royaume des cîeux. « Les paysans lui répondirent qu'il avait raison , et se retirèrent. Sage-

' Jomini, ibid.

iffi FRÉDÉRIC u. 5X;

ment dirigé^ le peuple ne s'écarte point de» aeliimts iï4» naturels à Ihomme, ou ne tarde gu»eà y rerenir; des insinuations perfides , une extrême ign<Mranee peurcnl seules TeutraÎDer aux excès. Telle était Fintmie emviction de Frédéric : de là, durant ce règne de près d'un deminsiècle , son zèle à détraire le fanatisme , quelle que fiiit sa nature , sans exercer de violences contre les fanatiques ; de là, ses efforts pour dissiper les ténèbres encore répandues sur quelques parties de ses États.

De Landshuty le Roi^ mardiant toujours, pénètre ^i Bohême, et campe, le 90 juillet, pès de Oilum. Le prince Charles reste imnudMle dans le poste inattaquable de Eonigsgratz.

Celles, Frédéric aurait farîlementtranqMMrté la guerre en Saxe; mais c'eût. été liyrer la l^lésie aux Autrichiens ; il ne s'écarta donc pœnt de son premiar plan, qui était d'affamer les frontières de la Bohême pour empêcher l'ennani d'y prendre ses quartiers d'hiver. La trahison d'un officier arait livré , conmie on Ta tu plus haut, Eosel aux Hongrois; Nassau, détaché sur la Haute-Silésie , reprend cette place, le 5 septembre, y fait prisonnier Flandrini avec deux mille cinq cents Autrichiens, et chasse les Hongrois.

Rappeler de Dresde son ministre Cagnoni fut un des premiers soins du vainqueur, et l'envoyé du roi de Pologne à Berlin reçut l'ordre de partir; l'invasion des Saxons en Silésie n'était-elle pas une rupture ouverte?

Dans le même temps, Frédéric, attentif à ses négo-

354 HfSTOIME . "^

174& dations avee la Grande-Bretagoe, envoyait à HanoTre le jeune comte de Podewils aujMièa de Geoi^ea, que k miubtre anglais Hamngton avait accompagné dans soo électorat. Plus aes relations avec la France se rràrddissaient^ plus le Roi sentait le bescun d'un allie poissant, capable au besdn de faciliter la paix avec la reine de Hongrie.

11 reprochait au ministère français d'avoir constamment violé le traité de Versailles, et de lui refuser toute assistance, ajoutant que la retraite du prince de Cmti livrait le trône impérial au premier occupant, et que les Français avaient ainsi rompu tous les liens qui les unissaient aux princes d'Allemagne. A ces griefs venait sa joindre une impérieuse considération, Fépuisemfflt total des finances.

Déterminé par de si graves motifs, et sans se prévar loir de son récent triomphe, Frédéric fit au cabinet de Vienne, par l'entremise du roi d'Angleterre, les mêmes propositions de paix qu'auparavant. Georges II, qui sentait la nécessité d'arracher le roi de Prusse à l'alliance française, les appuya des plus énergiques représentations. Mais, malgré le désastre de Hohen-Friedberg, Marie-Thérèse ne renonçait point à l'espoir de recouvrer sa chère Silésie. La trouvant inflexible, Georges signa, à Hanovre, avec le roi de Prusse une convention secrète, basée sur la paix de Breslau. Il s'engageait à 1^ faire garantir, lors de la paix générale, par toutes les puissances de l'Europe. De son côté, le roi de Prusse promettait de reconnaître empereur le grand-duc de Toscane.

DE nÉDteic n. SSS

A cette nouvelle, Marie-Thâ-èse risseslit on Tieiaot if» dépit; mais, peu de jours styirès, elle goàta k double satisfaction de ùàre fUMeoir près d elle, mr le titee impérial, un épou:ipcliâi, et de porta* aifin eette couronne qui, depuis trois «ècles, n'était pM sortie de m famille. L'élection du nouyeao dief de rEmfMre, sons le nom de François 1^, eut lieu à Franefinl, le 13 9eptembre.

Bien qu'il eut jHrote^, ainsi que FAielenr pablio, conti-e la Diète impériale de Franefort, Frédéric emt devoir gard^ le silence après Fâecdoo de Françoia, par deux raisons : d'abord, annuler ce qu'op raiait de £»ire n était pas pos»ble; ^ de plus, ep ne reeooiMHasant l'Empereur qu'à la paix gjùiénie, 3 s'en fènàt m mérite bien grand aliHrs, et d<mt on ne fan eét tenu aucun compte dans le moment.

Impératrice, Marie-Thérèse fat jim Mo que jamais d'accéder à la convention de Hanovre* Le loi de Pologiie s'y refusait égalonent; ee prinee, qui voyait une eammunication oHBmode de la Saxe en Pologne par la Silésie, tournait des regards d'envie Ters le docbé de Glogau; <Nr, la guerre seule pouvait lui donner cette proie. Néanmoins, comme le roi d'Angleterre ratait sans cesse à Frédéric qu'A parvioidrait à c^ianger les dispositions du monarque polonais, Fespédition de Saxe fiit suspendue. Quant k Flropântriee-Rcdne; Fréd^ic résolut de la foreer une seconde fins à la paix par des triomphes.

Cependant, le manque de vivres et la saison avancée le contraignent de se rapproelier de la Silésie; d'un

53(> HlftTOlBE

.174& camp à lautre, il se replie jusqu'à Staudenz. Les grands détachements, nécessaires pour couvrir les convois de la Siiésie, ont diminué son année, réduite à vingt-six mille hommes. Le prince Charles, qui en a soixante mille, veut profiter de sa supériorité, et forme le projet de Fattaquer. Quittant son camp de Jaromirtz, il avance vers Eonigshofi^, et couvre sa marche par une nuée de troupes légères qui enveloppent le camp prussien. Frédéric, averti du mouvement des Autrichiens, envoie, pour les reconnaître, le général Katzler, qui revient, pendant la nuit, sans avoir rien découvert que de simples partis.

Les troupes reçurent l'ordre de se mettre en mouvement, le lendemain, 30 septembre, à dix heures. Yers quatre heures du matin, tandis que le Roi avait auprès de lui les généraux du jour pour leur dicter les dispositions de la marche, un officier vint l'avertir que les grands-gardes de la droite du camp découvraient une longue ligne de cavalerie, et, qu'à en juger par l'étendue de la poussière, ce devait être toute l'armée ennemie.

Un moment après, quelques officiers rapportèrent que plusieurs corps autrichiens commençaient à se déployer vers la droite du camp.

Sur ces nouvelles, après avoir ordonné aux troupes de prendre incessamment les armes, Frédéric alla aux grands-gardes, voulant juger, par ses propres yeux, de Tétat des choses et du parti à prendre.

Maintenant, pour avoir une juste idée de la bataille de Sorr, il faut se représenter exactement le terrain

sur lequel elle se donna. Dans la position où se trou- \t\s vait Tarmée avant la bataille, sa droite s'appuyait à un petit bois gardé par un bataillon de grenadiers, et le village de BurckersdorflF était sur le flanc droit, s'étendant de Prusenitz au chemin de Trautenau; Burckersdorff n'était point occupé parce qu'il est situé dans un bas-fond, et que les maisons en sont isolées : ce ravin, se prolongeant jusqu'à l'extrémité de la droite, séparait le camp d'une hauteur assez élevée qui s'étendait du chemin de BurckersdorflF à Prusenitz, et sur laquelle on avait placé les hussards et les gardes du camp. Le front de l'armée était couvert par le village de Standentz, au delà duqtrel régnaient des montagnes et des bois reliés à la grande forêt de Kœnigs-Sylva. La gauche de la petite armée prussienne s'appuyait à un ravin impraticable. Deux chemins menaient à Trautenau; l'un, laissant BurckersdorflF à gauche, suivait un petit défilé, et traversait ensuite une plaine; l'autre, partant de la gauche de l'armée, passait par une vallée sillonnée de défilés et par le village de Rudersdorfl^, et conduisait à Trautenau plutôt par des sentiers que par une route battue.

Quand le Roi arriva à ses gi'ands-gardes, il vit que les Autrichiens commençaient à se former^ et jugea plus téméraire de se retirer, à travers des défilés, devant une armée si près de lui, que de l'attaquer malgré l'extrême infériorité du nombre. Par une appréciation contraire, le prince de Lorraine avait bien compté que Frédéric se déciderait à la retraite; faisant sa disposition en conséquence, il voulait engager

558 MiSTOiiii

1745 une affaire d'arrière-garde ^ sûr d*avaniie da succès. Mais, sans balancer^ Frédéric résolut de Pattaquer : ne valait-il pas mieux être éontôé en Tendant chèrement sa vie, que de succombsi^ dans une retraite sans gloire, ou plutôt dans une IFuite honteuse?

Quelque danger qu'il y ait à manœuvrer en présence d'un ennemi déjà rangé en batnlle, les Prussiens, pour opposer un front parallèle^ font un quart de conversion à droite > opération délicate exécutée avec autant d'ordre que de célérité. Maid Frédéric ne peut présenter qu'une seule ligne aux AutricbietlÉi qui, eux, sont sur trois de profondeur} encore a-t^l fallu exécuter ce déploiement sous le feu de 28 pièces de canon, disposées en deut batteries, et d'un bon nombre de grenades lancées parmi la catàlerie. Mais rien ne déconcerte les Prussiens; nul soldat n'est aceMirible à la craiute, nul ne quitte son rang.

Cependant, quelle que soit la promptitude k se former ainsi, la droite reste eiposée, près d'une demiheure, au canon de l'ennemi^ avant que la gauche soit entièrement sortie du camp. Une fois le mouvement termine, le maréchal de Buddenlnt)ck, sur l'ordre qu'il en reçoit, attaque vivement aveC la cavalerie. Les Autrichiens avaient mal choisi leur em|)lacement; la cavalerie, avec une espèce de précipice derrière elle, était sur trois lignes qui, faute de terrain, ittanquaient de la distance convenable^ à peine comptait-on, entre chaque ligne, vingt pas d'iiitei'valle.

Selon leur usage, ils tirent de la carabine; mais, n'ayant pas le temps de mettre Tépée à la maiii> ils

sont culbutés, partie dam la ranrÎB ^Ib aaft duiiiii crâz

eux, partie sur leur j

était inévitable^ car k ]

nécessairem^il se jeter sur la

la troisième; point d'e^aœ, en

drons pussent se reformer.

Animée par ce âncoèa, la premiève brigade d1 terie de la droite des Pniasieos se bâte trop d'atta^ier les batteries autridûeniies agnalées plus liaitt; eo un moment y 28 canons diargés à mitraille les rangs des assaillants, et les font plia ment que cinq bataillons, formant tonte la réserre, arrivent : ceux qui avaient été repoaaaéa ae refonnent auprès d eux» et» d'un eonnnnn effm, ces dix bataillons emportent la batttenr i^ la batterie; aetion d^édat due en grande partie à MM. de Booin, Kpiitmantgénéral^ ^ de Grist» eolonel.

Alors appdrot une grosse colonne d'amemis; Tenant de leuf droite, eUe descendait des hanteors poor s'emparer de Burdceradorff. Le Soi la prévint, en bordant ce viUage d'un bataillon de KaldLstein; et, poor ouvrir ce bataillon^ on mit le feu aux maisons les plus éloignées vers la gauche, pendant que l'infanterie de la gaudie se formait derrière. Ce bataiUon fit un feu de peloton contre Tentiemi, comme il l'eàt fait sur un champ d'«x€l*eice; la cobxme se retira en fuyant.

Dès lors, la cavalerie de la droite des Prusâens devient inutile sur le point qu'elle occupe à cau6e du précipice où elle a jeté les Autrichiens. On laisse donc les cuirassiers de Buddenbrock et quelques hussards

1746 pour suivre Tinfanterie de cette aile en seconde ligne. Les gendarmes, les régiments prince de Prusse, Rottembourg et Kiau, formant 20 escadrons, sont portés à la gauche de Tarmée, afin d'y renforcer cette aile, tandis que l'infanterie de la droite prend celle de l'ennemi en flanc, et la mène devant elle, tambour battant, en la faisant replier sur l'extrémité opposée (la droite des Autrichiens). Les gardes qui sont au centre de la ligne, conduites par le prince Ferdinand de Brunswick, attaquent une hauteur escarpée et boisée que les ennemis tenaient encore, et l'emportent. Circonstance singulière ! le prince Louis de Brunswick la défendait contre son frère Ferdinand.

Cependant, comme le terrain n'offrait alternativement que ravins et hauteurs ^ de nouveaux combats s'engageaient sans cesse, car les Autrichiens tâchaient bravement de se rallier dans toutes les positions ; mais, repoussés à plusieurs reprises, la confusion devint générale, et à la retraite succéda la fuite. La campagne était couverte de soldats débandés, cavaliers et fantassins, pêle-mêle.

Tandis que l'armée pi'ussienne >îctorieuse poursuivait, à grands pas, les vaincus, les cuirassiers de Bomstedt, qui combattaient à la gauche, enveloppèrent le régiment de Ramnitz et un bataillon de Collowrath, prirent dix drapeaux, et firent 1,700 prisonniers. Quant au reste de la cavalerie de la gauche, il ne put atteindre la cavalerie autrichienne qui, évitant de s'engager, se retira, en assez bon ordre, dans la forêt de Sylva.

Frédéric arrêta la poursuite au village de Soor, en

arrière duquel se trouve cette forêt. S'y engager, c'eût iuh été compromettre mal à propos tous les avantages qu'on venait d'obtenir. N'était-ce pas assez qu'un corps de 18,000 hommes en eût battu plus de 40,000? Les Prussiens perdirent 3,000 hommes hors de combat; parmi les morts, le prince Albert de Brunswick, le général Blanckensie; les colonels Bredow, Blanckembourg, Bolina, Ledebour; les lieutenants-colonels Lange et Wedel des gardes. La perte des Autrichiens fut de vingt-deux canons, dix drapeaux, deux étendards, 2,000 et quelques prisonniers, 6,000 tués ou blessés.

Au premier bruit du canon, le lieutenant-général Lehwald, posté avec un corps détaché près de Trautenau, avait volé au secours du Roi, se dirigeant de manière à renforcer son aile droite; mais il arriva trop tard : tout était fini.

Moins de zèle, moins de dévouement animait les officiers du prince Charles. En effet, les généraux Nadasti et Desoffi, soutenus des colonels Trenck et Franquini, avaient reçu ordre d'assaillir, avec leurs troupes légères, le camp prussien en face, en queue et sur l'aile gauche, tandis que le prince l'attaquerait sur l'aile droite. Mais, au lieu d'obéir, ils s'amusèrent à piller les bagages que le major-général prussien Schichting couvrait seulement avec cinq bataillons. Cette perte fut d'autant moins sensible au vainqueur, qu'il s'était vu ainsi débarrassé d'une masse redoutable d'ennemis. « Tant mieux, s'était écrié Frédéric en apprenant ce pillage pendant la bataille, ils ne viendront pas nous interrompre ! »

542 HisToni

1741^ Rentré au câmp, il ne trouva même plus de plumes ni d'encre, et ce fut au crayon qu'il ëerivit ce peu de mots à son ministare à ftreslau : a J'ai battu les Autri*cbiens; j'ai fait des prisonniers. Qu'on diante un Te Deum. »

Toujours malheureux, le prince Charles regagna son camp de Konigshoff. Le plan de bataille conçu par loi, ou par Franquini, auquel d'autres l'attribuent, était sage; mais Texécution en fiit vicieuse ^

Soor est une des plus glorieuses batailles de Frédéric.

Après avoir campé, par htmnmur^y cinq joura aur le champ de bataille, il r^maoa sas troupes à Xrftutenau. A la vue d'une armée deux fois victorieuse, se retirant devant l'armée vaincue, sans recueillir immédiatemeot aucun fruit de ses triomphés, on s'étonnera peut-être. Mais Frédéric songeait aux montagnes dont la Bohème est entourée, aux gorges qui la séparent de la Silésie, à la difficulté des vivres, à la supériorité des ennemis en troupes légères, à l'affaiblissement de son armée, à la saison déjà avancée; ces moti& le décidèrent.

Quittant donc la Bohème, il alla prendre ses quartiers d'hiver en Silésie, non sans avoir éprouvé quelques pertes en repassant les montagnes, là, le Roi remit le commandement des troupes au prince Léopold d' Anhalt^ Dessau, en lui enjoignant de ne les point séparer avant d'avoir reçu de nouveaux ordres. Cette précaution devenait nécessaire; car le prince Charles avsit

* Jomini, Traité des grandes opérations miUtairfs^ tome I. 2 Frédéric, Histoire de mon temps, tome II.

DE FlÉDÉaiC 11. 543

divisé son armée en tmis corps. FrëdériCy loi sopposant tta l'intention de les étendre plus tard, dès que la saison des opérations militaires le permettrait , disposa tout de manière à rassembler^ au besoin , ses forces en un moment, et, le 28 octobre, il arriva à Berlin.

En Italie, la campagne avait bien commencé pour les armées combinées de France, d'Espagne et de Napies : au Midi, le général espagnol, comte de Gages, remporta plusieurs avantages; au Nord, le maréchal de Maillebois et Tinfant don Philippe, après avoir pénétré dans les États du roi de Sardaigne, par Gènes qui se déclara en leur faveur, opèrent leur jonction avec de Gages, commandant l'armée hispano-napolitaine, et livrèrent bataille, près de Rossignago, aux Autrichiens et aux Sardes, commandés par le comte de Schulembourg et le roi Charles-EmmaQuel en personne. Vainqueurs, les Français et les Espagnols eurent bient4&t soumis Casai, Asti, Lodi, Milan. A la fin de la campagne, grâce à l'habile de Gages, les Espagnols occupaient la plus grande pailie de la Lombardie et du Piémont.

En Flandre, les alliés de Frédéric n'avaient pas été moins heureux qu'en Italie, et Louis XV était rentré à Paris couvert des lauriers que le maréchal de Saxe venait de lui moissonner.

Vers l'ouest de TAllemagne, les armées françaises n'eurent ni le mâme bonheur ni la même gloire.

Deux mois ^vant le retour du Roi à Berlin, le 86 août^ le cabinet prussien avait conclu avec l'Angleterre la eoovenlion da Haqovre.

54i HISTOIRE

[i^h 11 était temps que Frédéric vint imprimer à ses négociations une énergie nouvelle; des circonstances, compliquées non moins qu'imprévues, allaient rembrunir encore Thorizon politique. Tout semblait condamner ce monarque à la guerre. A peine tranquille du côté de la Grande-Bretagne, il songeait aux heureuses conséquences du traité de Hanovre, quand l'aventureuse expédition du prince Edouard en Ecosse rappela Georges dans son royaume; c'était Fouvrage de la France, armant ainsi l'Angleterre contre l'Angleterre. Louis XV lui dut une partie de ses avantages en Flandre et en Brabant, la nécessité ayant contraint Georges à retirer ses troupes de ces deux pays. Nous reviendrons bientôt sur ce dernier épisode de la vie politique des Stuarts.

Mais une autre inquiétude préoccupait Frédéric : il craignait que la convention de Hanovre n'irritât la France, son unique alliée, la France déjà mal disposée à son égard. En effet, ce traité, tenu secret jusqu'aloi*s, n'était plus un mystère ; les Autrichiens et les Saxons avaient pris soin de le divulguer.

L'avenir ne se présentait donc à ses yeux que sous de tristes couleurs, lorsqu'il découvrit un danger plus menaçant encore : c'était le projet de le surprendre, cet hiver môme, au sein de sa capitale. Voici comment il en fut informé : le mariage de la princesse Ulrique avec le prince de Suède avait favorablement disposé la cour de Stockholm pour les Prussiens, et MM. de Rudenschild et Wolfenstirna, ministres suédois, l'un à Berlin, l'autre à Dresde, portaient au monarque prus-

sien un altachement sincère. Un jour que Wolfenstima \i\s faisait, au jeu de la cour, là partie du comte de Brulh, ce premier ministre, dépositaire des secrets de son maître, manqua de discrétion; Wolfenstirna découvrit, sans peine, le plan des cours de Vienne et de Dresde. Aussitôt il en avertit Rudenschild, qui s'empressa de tout révéler au Roi; c'était le 8 novembre, joup où Ton suspendait dans les églises, au milieu des pompes religieuses et des acclamations de la multitude, les trophées de Friedberg et de Soor. Marie-Thérèse espérait frapper ainsi un coup décisif. Voilà pourquoi les cours de Vienne et de Dresde refusaient si obstinément toute adhésion aux intentions pacifiques du roi d'Angleterre. Quant aux moyens d'exécution, trois armées devaient s'avancer, l'une par la Lusace, dans la Marche de Brandebourg, sous les ordres du prince Charles de Lorraine; l'autre, sur la Silésie; la dernière, réunie aux Saxons, sur Berlin. Déjà le lieutenant-général comte de Grun amenait, des bords du Rhin en Saxe, dix mille Autrichiens*.

Dans ces conjonctures, on reçut l'offi'e d'une médiation singulière. Le Grand-Visir écrivit à toutes les cours chrétiennes qui étaient en guerre, les exhortant, au nom de l'humanité, à déposer les armes, leur proposant même l'intervention de son maître, Mahomet V, « le trésor de Dieu, et le modèle de la majesté d'Alexandre le Grand. » Cette louable démarche n'obtint d'autre résultat que la remarque de l'abbé de Ville, ministre

> Millier, Tableau des ffuerres de Frédéric le Grand

346 uisToiu

174S français à La Haye : ce Avoues, dit-41 au pensionnaire Fagel, que le Grand-Turc n de» awtiaients vraiment chivtiens. — Oui, répondit Fagel, mais il y a des pays où, en voulant passer pour Nf-ehrétien, on ne cesse d^agir comme des Turcs. »

L'orage s'amoncelait sur la Pnissa; la moindre hésitation eût été funeste : Frédério nomme le vieux prince d'Ânhalt m conmiaiidement de Farmée qui s'assemblait à Halle ^ il fait annonce aux cours étrangères, par le comte de PodewUs, les actifs complots de ses ennemisi sa ferme volonté de les prévenir.

Malheureusement, le trésor ét^it épuisé; les revenus de la Silésie ne s'étant pas perçus conune en temps de paix, les deux tiers avaient manqué; 1« gouvernement ne savait où trouver des fonds pour continuer la guern».

A tant de périls yiept bientôt s'en jmndre un nou^ veau. L'envoyé russe déclara que, ^i la Prusse attaque Félectomt de Saxe, l'Impératrice sera obligée, aux teiv mes de son alliance avec le roi (l^ Pologne, d'envoyer à ce prince un contingent de troupes. Il fallait à cette notification une réponse énergique et ntfusurée. Protestant donc d^ ses intentions pacifiques h l'égard de tous ses voisins, i< si quelqu'un d'eux, ajoute FiPé4#ic, couve des desseins pernicieux contre mes États, nulle puissance de l'Europe ne m'empêchera de me défendre et de le confondre. Je ne veux ri^n du pçii (}p Pplogne que le châtier dans son électorat, et, lui f^Pd signer un acte de repentir d^ps sa capitale. »

L'alarme s'était répandue dans Berlin ; on eût dît que les bataillons ennen)is l'envahissaient d^à. Les prépa-

DE FRÉDÉRIC il. 547

patifs de défense, môme les mieux combinés, sont tou- tT4» jours eflPrayants pour ces grandes majBsea d'individus presque tous étrangers au métier des ^rmes, et qui, n'ayant jamais vu de près le danger, l'aggravent par la peur. A plus forte raison, dans les eirconstonces acrtuelles, cette fâcheuse influença était^elle puissante i car on savait que le général de Haake, dans l'impair sibilité de défendre, avec M garnison da cinq mille hommes, une telle circonfé^encç, n'attendrit point l'ennemi, mais marcherait au-devant de lui, et tente-^ rait les chances d'un combat K

En faisant tout pour It yi(Aoif&9 il feUdit aussi prë-r voir la défaite; Frédéric ordonna las dispositions éventuellement nécessairas pour k tmialalion da la &mille royale, des archives et des conseils siq^mes à Stattin. En même temps, il rappelait à Louis XV la tanaur des traités, pressant Tanvoi de a^QOwm plus indispansablas que jamais.

Déterminé k agir qffensivamant, le Roi partit pour la Siliésie, le 10 novembre; Beriin â^iit dans la canstemartion, sas ennemis dans la joie, toute l'Europe attentive aux résultats de cette aanipagne d'hiver.

Forte de trente miUa viwx soldats d'élite, l'arméa du {Nrince Léopold cantonnait la long du Bober, ^tre BuntzlauetLoëwemberg; sentant tout le prix du temps, Frédéric se mat, le 22, en mouveniaiit; le 23, il est à Naumbourg sur la Qûeiss.

Passer la Queiss, pénétrer en Sax«, trcmiper le prince

« Frérférk, Histoire 4^ mm^ impè, U^m H.

1*45 Charles, en lui faisant croire, pai* d'habiles manœuvres, qu'il se retirait en Sîlésie pour couvrnr la Moravie; mettre en déroute , près de Gros-Hennersderff , trois régiments de cuirassiers saxons et un régiment d'infanterie de Saxe-Gotha; s'emparer de la garnison, des magasins et de la place de Gœrlitst, y établir son quartier-général, cinq jours suffirent à tout. Après cet échec, le prince Charles rentra en Bohême, sans magasins, sans bagages, affaibli par la perte de cinq mille hommes.

Effrayé de l'approche des Prussiens, le roi de Pologne abandonne Dresde, et se réfugie à Prague.

De son côté, Nassau ayant quitté la Haute-Silésie, marcha vers Landshut pour s'opposer à l'invasion de Hohenems. Secondé de Winterfeld, il termina si heureusement cette expédition, qu'en moins de vingtquatre heures il ne restait plus un Autrichien en Silésie. Mais le prince Charles, rentré en Bohême, le 27 novembre, par Gabel, ne renonce pas à son projet : il veut revenir dans la Saxe par Aussîg et Péterwald; Frédéric écrit au prince d'Anhalt : « J'ai frappé mon coup en Lusace, frappez le vôtre à Leipsick, nous nous reverrons à Dresde. » C'est le style de César.

Quand ces nouvelles arrivèrent à Dresde, la consternation y fut extrême ; loin de songer encore à marcher sur Berlin, on ne pensa plus qu'à se défendre.

Frédéric, qui voulait arrêter l'eilusion du sang, et terminer cette guerre avant l'intervention armée de la Russie, offrit la paix au roi de Pologne, avec l'oubli

du passé, et la conventÏQB de Hanovre pour base de tub cette réconciliation*. '

M. de Villiers*, ministre d'Angleterre près la cour de Saxe, fut chargé de faire entendre ces propositions à Auguste; il y joignit les instances les plus pressantes. Maïs, selon l'habitude des hommes faibles, ce monarque répondit avec hauteur, et refusa.

Cependant, le prince d'Anhalt allait changer ces dispositions superbes. Ce vieux guerrier, qui passait pour le meilleur général d'infanterie de son temps, voulut répondre par une victoire à l'héroïque billet de son roi.

Pour empêcher la jonction de la grande armée du prince Charles, déjà campée entre Pima et Plauen, avec le corps saxon de Rutowski, il devenait urgent d'agir.

^ Quels motifs le déterminèrent k déployer ce caractère de modération ? les voici ; il les explique lui-même : « Premièrement, il soutenait les principes de désintéressement qu'il avait annoncés dans des manifestes de l'année 1744 et 1745; s'il avait extorqué quelque cession au roi de Pologne, il aurait confondu les intérêts de ce prince avec ceux des Autrichiens, et serait devenu l'artisan d'une union que la bonne politique exigeait qu'il tâchât de dissoudre. Ensuite, l'Europe n'était que trop jalouse de l'acquisition que le Roi avait faite de la Silésie ; il fallait effacer ces impressions, et non les renouveler. Ajoutez encore que le moyen le plus court de parvenir k la paix était de rétablir Tordre des possessions sur le pied où elles étaient avant la dernière guerre. Comme les conditions proposées n'étaient ni dures ni onéreuses, elles pouvaient procurer une paix d'autant plus stable, qu'elle ne laissait aucune semence ni d'animosité ni de jalousie. Ces principes servirent de loi ; et Ton verra dans la suite que, malgré les succès qui couronnèrent les entreprises de ce prince, .il ne s'en départit jamais. » (Frédéric, HiHoire de mon temps, tome H.)

* L'un des fils cadets de Guillaume, deuxième comte de Jersey ; il fut fuit, dans la suite, lord Hyde, de Hindon, et comte de Glarendon.

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