‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 18 sur 21 · DS PRÉDÉHIC II. AA · texte numérisé non relu

DS PRÉDÉHIC II. AA

;at les vertus privées ëgalaieut le vaste savoir^ et qui \]^ [imrut à Paris, le 10 avril 1813, comblé d*honneui«s, jants tous devant sa gloire; Lambert S singulier îmblage de génie et d'habitudes bizarres ; Mekel ou Ifekelius, médecin célèbre, plus célèbre encore comme aoatomiste; Maupertuîs, Pott, Margraff, EUer, Lieberkulm, etc.

La philosophie et les belles-lettres furent représentées avec moins d'éclat dans l'Académie ; cependant on

la plus grande confiance, Sire, est M. de F^a Grange, académicien h Tarin; il est encore bien jeune, car il n'a pas trente ans, et néanmoins fl est déjà au moins mou égal dans la haute géométrie. Ce langage l'est de ma part ni une vaine modestie ni un compliment que je veuille faire k M. de La Grange ; c'est une justice que je lui dois, et je ne crains pas de prédire que, par la suite, il ira beaucoup plus loin qae ses devanciers. »

^ Profond mathématicien, également versé dans les études philosophiques, Lambert rebuta d'abord Frédéric par la singularité de ses manières, a Veuillez, monsieur, lui dit ce prince dans leur première entrevue, me dire quelle science vous avez plus particulièrement étudiée. — Toutes, Sire. — Vous êtes donc aussi savant mathématicien ?

— Oui, Sire. — Et quel est le professeur qui vous a enseigné les mathématiques ? — Moi-même, Sire. — Vous êtes donc un second Pascal ?

— Oui, Sire. »

Une autre fois, ayant besoin d'une grande glace pour vérifier quelques expériences sur la réflexion de la lumière, il entra dans le premier café de la ville, salua k sa manière les personnes qui s'y trouvaient, c'est-k-dire en jetant diagonalement sa tète de gauche k droite, tira son épée, et s'escrima pendant une demi-heure devant la glace, ne s'arrétant quelquefois que pour méditer profondément. Déjk les témoins de cette singulière scène, le prenant pour un fou, allaient le désarmer, lorsque Lambert se retira froidement^ et sans accorder plus d'attention aux personnes qui l'environnaient. La vie de Lambert alionde en traits pareils. (Thiébaull, Mps sonrenirs^ etc.)

17U- y comptait plusieurs hommes distingués. Ua seul bien^ mais de tous le plus précieux, manqua à cette compagnie, rindépendance. C'était là le vice de sa constitution. U faut sans doute attribuer à ce motif le singulier jugement qu'elle porta dans une circonstance mémorable : chaque classe proposait successivement un sujet de prix ; le tour de la classe de Philosophie spéculative étant venu, deux de ses membres, Sulzer etBeguelin firent adopter une question purement métaphysique, et sans application possible. D'Alembert eut le courage de dire à Frédéric que son Académie suivait une mauvaise route; qu'au lieu d'encourager un travers na-* tional, il fallait substituer à cette stérile polémique des discussions sérieuses et profitables. Pour donner un exemple de C'CS questions telles qu*il les concevait, d'Alembert proposa de demander, « s'il peut jamais être permis de tromper le peuple, ou s'il vaut mieux lui découvrir en tout la vérité. »

Enchanté d'une observation dont la justesse rayait frappé d'abord, Frédéric accéda au vœu du philosoplie; TAcadémie reçut ordre de mettre au concours le nouveau sujet.

Mais, lorsqu'au terme fixé pour adjuger ce prix les Académiciens eurent à prononcer entre les divers concurrents, ces messieurs prouvèrent du moins pour cette fois, dît un membre de la même compagnie*, qu'ils se connaissaient en politique pratique, aussi bien que d'Alembert en politique morale. Après avoir déclaré que les

* ThiébauU, Mes souvenirs, etc

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académies^ en couronnant des discoure ou des mé- n&3moires^ ne récompensent que les recherches et les ta-^ lents, sans adopter pour cela les opinions des auteui*s^ ils partagèrent le prix entre les deux ouyrages qui démontraient le mieuX; l'un qu'on pouvait quelquefois tromper lepeuple^ l'autre qu'on ne le pouvait jamais. C'était singulièrement répondre au noble appel du Roi. Quelques personnes se sont vivement élevées contre l'obligation imposée par ce prince à l'Académie^ d'em-' ployer exclusivement dans la rédaction de ses travaux la langue française. Aujourd'hui une telle mesure ne serait qu'un acte vexatoire, une odieuse affectation de mépris pour Tidiome national; mais, quand Frédéric monta sur le trône, il en était bien autrement; toutes les écoles retentissaient encore de vaines subtilités métaphysiques, qui, en arrêtant le développement des esprits, opposaient aux progrès du goût d'inexpugnables barrières. A la même époque, au contraire, la littérature française, riche des trophées du grand siècle, avait droit de cité dans l'Europe entière ; des chefs-d'œuvre en tout gçnre assuraient sa suprématie. Frédéric pensa que la communauté de langage, associant l'Académie à cette considération immense, répandrait au loin ses travaux. De plus, en famiUarisant ses compatriotes avec une foule d'ouvrages remarquables, soit dans les sciences, soit dans les lettres, il ouvrait aux lumières de la France une route assurée vers la Prusse. Son attente ne fut point déçue. Les mémoires de l'Académie de Berlin trouvèrent des lecteurs parmi les hommes instruits de tous les pays. Plus tard, Frédéric-Guillaume II voulut

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iT-Sî- toucher à lYdifice élevé par son oncle, mais il n'était pas temps encore; aussi T Académie fut-elle réduite à des relations beaucx)up moins étendues.

Un prince dévoué à la prospérité nationale, loin de redouter Finstruction publique et le développement des lumières, y voit les plus fermes appuis de sa puissance, comme ses plus beaux titres de gloire. Pénétré de cette conviction, Frédéric encouragea, dans toutes les classes de ses sujets, l'émancipation tles esprits ^ C'est en 1750 que fut créé le grand Consistoire luthérien dont il rédigea lui-même les statuts et les attributions. Ce tribunal ecclésiastique, exerçant tous les droits épiscopaux au nom du souverain entre les mains duquel réside la suprême puissance épiscopale, cura circà sacra, était chargé de veiller aussi sur Finstruction publique, et d'en accélérer les progrès.

Même mission fut confiée à M. de Zeidlitz, ministre d'État, qui réunissait déjà plusieurs autres attributions, comme les cultes, la mendicité, etc. Mais, aux yeux du Roi, dételles précautions ne suffisaient pas ; il faisait concourir d'autres personnes encore à la prospé-

* « On donna les mêmes soins à la réforme de tous les collèges fondés pour l'inslruclion de la jeunesse ; les pédagogues ne s'appliquaient qu'à remplir la mémoire de leurs élèves, et ne travaillaient point à former et à perfectionner leur jugement. Cet usage, qui élail une continuation de Tancienne pédanterie tudesque, fut corrigé; el, sans négliger ce qui est du département de la mémoire, les instituteurs furent chargés de familiariser, dès la jeunesse, leurs élèves avec la Mialeclique, afin qu'ils apprissent à raisonner, en tirant des conséquences jusies des principes qu'ils avaient établis et prouvés. (Œuvres dv Fréd('ric„ Mémoires de 1763 à i77f).)

rite des écoles publiques ; c'était surtout des membres n&sde l'Académie. Ainsi Sulzer inspecta plusieurs provinces, et fut nommé directeur du collège de Joachim, à Berlin ; plus tard, Mérian, qui le remplaça dans cette direction, remplit aussi l'office d'inspecteur du collège français. Or, ce n'était point là de vains titres honorifiques : sous Frédéric, il n'y eut jamais de sinécures.

Tel était le zèle du Roi pour l'éducation de la jeunesse , que, durant la guerre de 1763, au milieu du tumulte des armes et des plus graves préoccupations, il écrivit au chef du grand Consistoire qu'il venait d'engager huit maîtres d'école en Saxe, contrée où l'on trouve fort peu de paysans qui ne sachent lire. Plus tard, il rédigea, de sa propre main, dans le plus grand détail, une méthode élémentaire à l'usage des enfants.

Ce fut surtout après la guerre de Sept- Ans que Frédéric put donner un libre cours à son zèle. Chaque année on mettait sous ses yeux les noms des villages sans écoles primaires, et, autant que possible, il y pourvoyait. Dans certaines années, ce prince a fondé jusqu'à soixante écoles.

Les catholiques de Berlin ayant fait entre eux une souscription pour ajouter un établissement de ce genre à leur église, le Roi leur témoigna tout le plaisir que lui causait cette louable intention, mais en ajoutant : « Pourvu qu'on ne fasse pas de prosélytes, car je ne le soufirirais pas. »

Dans un royaume où la tolérance' était assise sur le trône, chaque religion avait, outre les gymnases et collèges, ses écoles particulières. Il existait aussi à Ber-

nu- lin un institut appelé V École réelle, parce que renseignement y reposait sur la présentation même des objets. Cette méthode obtint en Allemagne, surtout à DessatT, un plein succès. En effet, des notions qui arrivent à l'esprit par le tact et les yeux s'y gravant en caractères inefiaçables, les enfants apprennent ainsi, non des mots, mais des choses.

L'exemple du Roi forçait les gentilshommes à le suivre, et l'exemple des gentilshommes entraînait une foule d'autres imitateurs. Obligés de concourir à l'entretien des écoles de village, tous, pour plaire au monarque, faisaient plus encore qu'il n'exigeait d'eux. Ailleurs, la rivalité des courtisans tarit les sources de la vie sociale ; en Prusse, elle tournait à l'avantage de la patrie.

Quelques années plus tard, voulant foimer des hommes propres à la guerre et à la politique, Frédéric créa V Académie Civile et Militaire des jeunes gentilshommes ; luimême en rédigea tous les statuts. L'extrait suivant de cette Instruetionindique comment il concevait les études historiques :

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