‹ Histoire de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 3 sur 21 · A 66 HISTOIRE · texte numérisé non relu

A 66 HISTOIRE

infini et d'une probité reconnue, reçut l'ordre de mettre le scellr^ chez elle. La Reine se servit du ministère de son chapelain , nommé Boshart, pour faire savoir au maréchal Finquiétude où elle se trouvoit, et pour le conjurer de lui remettre le testament du Roi. Le chapelain lui détailla le danger que courroit cette princesse si Ton trouvoit cette pièce, et il s'acquitta si bien de sa commission , qu'il rengagea à satisfaire am désirs de la Reine; ce qui dérangea fort les desseins de Grumkow. On ne trouva rien de suspect parmi les papiers de madame de Blaspil, et Ton cessa de faire des poursuites ultérieures.

« J'ai appris toutes les particularités que je viens d'écrire de la Reine, ma mère ; elles ne sont connues que de très-peu de personnes. La Reine avoit pris beaucoup de soin de les cacher, et mon frère, depuis son avènement à la couronne, a fait brûler tous les actes du procès. ,

« Madame de Blaspil fut élargie au bout d'un an, et sa prison fut commuée en un exil au pays de Clèves. Le Roi la revit quelques années après, lui fit beaucoup de politesse et lui pardonna le passé. Après la mort de ce prince, le roi, mon frère, pour faire plaisir à la Reine, la plaça , comme gouvernante , auprès de mes deux sœui*s cadettes, et elle exerce cette charge encore actuellement *. »

Tous ces faits, on ne les trouve que dans les JlfAnoirei

* Mémoires de Frédérique-Sophic-Wilhelmine de Prusse, m^rgr^ve de Bareith, tome I.

de la margrave : nul vestige ailleurs. Comme ellemême les tenait de la Reine , ennemie personnelle de d'Anhalt et de Grumkow, peut-être ont-ils été exagérés, mais le fond doit être vrai.

Au reste, à peiné roi;^ Frédéric fit M. de Grumkow feld-maréchal et gouverneur de Berlin : or, quiconque a bien étudié le caractère de ce prince , y trouvera la preuve de la conjuration.

Frédéric avait atteint seize ans, quand son père^ non sans beaucoup de répugnance, l'emmena avec lui dans une visite au roi de Pologne, Auguste IL C'était au commencement de Tannée 1728.

Tout à coup un monde nouveau s'ouvrit devant cette jeune et ardente imagination. En effet, rien de plus opposé que les deux cours de Dresde et de Berlin. Dans l'une, un monarque sévère, desbommes sérieux comme la discipline qui les régissait, toujours occupés et rigidement économes; des femmes modestes, vouées aux vertus domestiques, à la vie intérieure. Dans l'autre, la plus brillante, la plus voluptueuse de l'Allemagne, peut-être même de l'Europe, le prince encourageait le vice et la galanterie par son exemple * ; autour de lui éclatait un luxe asiatique.

Quel contraste, aux yeux de Frédéric, avec l'âpre parcimonie de son père î A Berlin^ une seule préoccupation dominait les esprits, le service de l'État; à Di*esde, au contraire, où les soins du gouvernement

* De ses nombreuses maltresses» Auguste eut trois cent cinquantequatre enfants.

obtenaient à peine quelques heures sacrifiées à regret^ on ne songeait qu'à jouir, à dissiper gaiement la fortune publique. Une fête remplaçait une fête; les plaisirs se reproduisaient sous mille formes ingénieuses, car la satiété semblait le seul ennemi à craindre.

Un spectacle si nouveau devait Taire d'autant plus d'impression sur le jeune Frédéric, que le prince qui Toffiait était d'une merveilleuse amabilité. Auguste, à un esprit brillant, à des dehors chevaleresques^ à l'ab le plus noble, alliait des façons charmantes et le don d'enchanter tous ceux qui l'approchaient. Mais s'enivrer de volupté ne lui suffisait pas; il voulait qu'autour de lui tout suivît son exemple : des mœurs pures lui semblaient un ridicule préjugé ou même un reproche tacite. Triompher des scrupules de Guillaume, en guidant les premiers pas de son fils dans la route des plaisirs, eût donc été, aux yeux d'Auguste, une éclatante victoire. Pour y parvenir, et commencer utilement l'attaque auprès du père, Auguste eut d'abord recours au meilleur vin de Hongrie , et à toutes les séductions de la table : Frédéric-Guillaume ne se montra pas insensible; bientôt, sa rude humeur s'amollit le verre à la main; mais, dès qu'il entrevit le piège tendu à son fils, justement indigné, il menaça de quitter Dresde. Auguste paivint cependant à entraîner l'innocent prince. Celui-ci était devenu éperdument amoureux de la belle comtesse Orzelska, à la fois fille naturelle du roi de Pologne et sa maîtresse ! Auguste, qui aimait trop la comtesse pour s'en séparer, et qui avait déjà pour rival le comte Rodofski, son propre fils, frère

DE FRÉDÉRIC II. -i GO

même de la comtesse, céda, en échange, à Frédéric, une très-belle fille qui le suivit à Berlin, à Finsu de son père. Ce fut là son premier amour.

En lisant ces scandales donnés par un roi en cheveux blancs, la honte monte au front, et l'indignation au cœur. Mais le silence serait une faiblesse; car l'histoire doit peser, comme un châtiment, sur de tels attentats'à la pudeur publique.

" Cependant Frédéric-Guillaume, n'oubliant pas le but de son voyage , conclut avec Auguste un traité : il s'engageait à fournir à son allié un certain nombre de troupes pour forcer les Polonais à rendre la couronne héréditaire dans la Maison électorale de Saxe ; en outre, sa fille, la princesse Sophie-Frédérique-Wilhelmîne, apportait à ce prince, avec sa main, une dot considérable, et un prêt de quatre millions. De son côté, Auguste, entre autres conventions, donnait la Lusace en hypothèque des quatre millions. ^

Comme le roi de Pologne devait venir à Berlin pour assister à une grande revue, la signature du traité fut remise à cette époque, et n'eut pas lieu.

La sœur bien-aimée de Frédéric, cette margrave de Bareith, si remarquable par les qualités du cœur et de l'esprit, dit qu'à dater du séjour de Dresde, son frère se livra au plaisir avec passion, et que sa santé même en souffrit. Mais cette fougue du jeune âge, le prince royal sut bientôt la dompter; un tel homme ne pouvait rester longtemps l'esclave de ses sens *.

* Denktvurdigkeit&n meimr Zeit^ oder Beilrage zur Geschichte vom

Ce voyage en Saxe eut^ sur les destinées de Frédéric, une influence bien autrement digne d'attention. Dresde était alors TAthènes de rAllemagne; dans ce sanctuaire des lettres, des arts, de la philosophie, la lumière circulait à grands flots. Ce fîit là, an milieu de cette fermentation intellectuelle, que le jeune prince laissa éclater son esprit vif, pénétrant, avide de connaissances, ennemi de toute entrave.

Étonné d'abord, bientôt choqué de ce développement imprévu, le roi voulut Tarréter; mais le brutal despotisme de ses procédés produisit un effet tout contraire.

Ici commence la série des rudes épreuves qui attendaient le héros futur. Contrarié dans tous ses goûts, blessé dans ses affections, soumis aux traitements les plus cruels, aux caprices les plus injurieux^ il sentit bientôt que la force d'âme est le premier besoin des rcMs.

Passionné pour la musique, mais n'ayant autour de lui personne qui pût l'accompagner, le prince royal faisait quelquefois de petits concerts avec la fille d'un honnête bourgeois de Postdam, sous les yeux de ses parents. L'amour n'entrait pour rien dans ces relations; telle ne fut pourtant point l'opinion de Frédéric-Guillaume. A peine instruit de Femploi que son fils a fait de quelques soirées, une intrigue scandaleuse se déroule à ses yeux; les parents sont complices; la musique

leztm Viertel des achtzehrUen urul vom Anfang dm n^mnzehntêm Mr* hunderts, 1778 bis 1800, von Christian Wilhelm Yon Uohm. «Faits mémorables de mon Icnips, ou Supplément a rhistoire du dernier quart (lu rli\-liuili(>mc siècle et du comuiencemenl du dix-neuvième, de 1778 k 1806, par Christian-Guillmme de Dohm, 4« volume. »

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n*est qu'un prétexte ; il faut un châtiment sévère. Aussitôt, sans même chercher à vérifier ses injustes conjectures, le Roi fait enlever la jeune flUe, et, par ses ordres, le bourreau la flagelle, en plein jour, dans les rues de Postdam *.

Cette cruauté, si révoltante en elle^noéme, si contraire à la conduite que, dans la suite, il devait tenir sur le trône, causa à Frédéric un vif ressentiment.

Chaque jour croissaient son amour de Tétude et sou aversion pour la société, pour les habitudes de son père. En e£RBt^ quels attraits pouvaient lui ofirir une tabagie enfumée ', retraite favorite du vieux roi, et les insipides eutretiBns de quelques généraux illettrés?

* Roi à son toqr, Frédéric assura unç pension de 150 reisdallers à celle infortunée, qui avait, épousé un pauvre voiturier de Berlin.

» « C'était une salle isolée, placée à Berlin sur le bord de la Sprée, au fond du jardin qui est aujourd'hui la place d'armes, de même que la tabagie est devenue un atelier de sculpteur. Le roi s'y rendait ordi* nairement vers les sept, huit ou neuf heures du soir; il y trouvait ceux à qui il avait permis d'y venir, et y restait jusque vers onze heures ou minuit. On y fumait, on y buvait de la bière, on y causait familièrement de choaeca divertea. Les meubles te réduisaient à une longue tabje de sapin, i^ant de obaque c6té un b^^oc de même fabrique ; à un bout un fauteuil, aussi grossier que tout le reste, pour le roi, et à l'autre bout un autre fauteuil h peu près semblable, excepté que le dossier en était surmonté de deux grandes oreilles de lièvre, symbole accrédité chez les Allemands pour désigner la légèreté ou le peu de mérite des personnes. Ce dernier fauteuil était ainsi décoré, parce qu'il était réservé k un ancien serviteur admis dans cette société, où il servait de messager et de bouffon. C'est \h que Guillaume se faisait raconter les anecdotes du jour, que lui-même faisait part aux autres de ce qu'il avait remarqué de curieux, et qu'on cherchait h le disposer selon les intérêts ou les passions des assistants ou de leurs amis. » Thiébauil, Mes Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, etc.)

Vivant donc à 1 écarts sans peut-être ménager assez les préjuges du roi, il contribuait lui-mérae à se déshériter de Taffectiou paternelle. L*urbanité de ses manières, la hardiesse de ses opinions, son goût pour la parure, et, par-dessus tout, une extrême répugnance à porter Funiforme, indignaient Frédéric-Guillaume, cr Ce n'est, disait-il avec colère, qu'un petit-mattre, un bel esprit français qui gâtera toute ma besogne. »

Cependant MM. de Grumkow et de Seckendorff, qui craignaient toujours Talliance anglaise et le double mariage, redoublaient d'efforts pour attiser les dissensions de la famille royale; leur projet était, à force de mauvais traitements, de compromettre, sans retour, le prince royal, en l'entraînant à quelque détermination extrême. D'abord, sous prétexte que Frédéric, parvenu à sa dix-huitième année, n'avait plus besoin de gouverneur, ils éloignèrent de lui MM. de Hinckestein et de Kalstein, ajoutant que la retraite du premier priverait surtout la Reine de son principal agent. A leur place, on mit deux officiers, à titre de compagnons seulement ; l'un, le colonel de Rochau , très-honnéte homme, mais esprit médiocre; l'autre, le major deKayserling, homme d'honneur aussi, mais étourdi^ adonné au plaisir, « qui faisoit le bel esprit, et n'étoit qu'une bibliothèque renversée \ »

De son côté, il faut bien le dire, la Reine, par ses indiscrètes démarches pour arriver au mariage anglais,

* Mémoires de Frédérique-Sopliie-Wilhelmine de Prusse, margrave de Bareith, tome I.

démarches qui ressemblaient fort à des intrigues^ ne contribuait pas peu à fomenter l'irritation du Roi.

Aussi, de jour en jour, ce prince redoublait-il de sévérité, tantôt en multipliant autour de son fils les exercices militaires, tantôt en Farrachant à ses occupations chéries. Toute sa tendresse semblait concentrée sur Auguste-Guillaume, son second fils, dont il voulait faire son successeur. Le prince royal, sans Fénergie de sa résistance, eût même été contraint de renoncer à ses droits *; mais il jurait de se laisser couper la tête plutôt que d'y consentir. Enfin, un jour, poussé à bout : « Eh bien! dit-il à son père, déclarez-moi publiquement bâtard, et je cède le trône à mon frère. »

Furieux de rencontrer une volonté plus forte que la sienne, le Roi, je n'ose plus dire le père, se plut à inventer de nouvelles persécutions.

• Enfin, peu de temps après son retour de Libnow, petite ville saxonne, la Reine reçut, en secret, la lettre suivante :

« Je suis dans le dernier désespoir. Ce que j'avois toujours appréhendé vient enfin de m'arriver. Le Roi a entièrement oublié que je suis son fils, et m'a traité comme le dernier de tous les hommes. J'entrois ce matin dans sa chambre, comme à mon ordinaire; dès qu'il m'a vu, il m'a sauté au collet en me frappant avec sa canne, de la façon du monde la plus cruelle. Je tâchois en vain de me défendre; il étoit dans un si terrible emportement qu'il ne se possédoit plus, et ce n'a été qu'à

* Ses deax frères aînés étaient morts au berceau.

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force de lassitude qu*il a fini ^ • Je suis pousse à bout ; j'ai trop d'honneur pour endurer de pareils traitemeats, et je suis résolu d'y mettre fin d une ou d'autre manière. »

Quoi de plus intolérable en effet que cette tyrannie de tous les moments} quoi de plus révoltant qu'un bourreau, dans un père? Frédérici avec deux de ses amis, avait donc formé le projet de fuir* Mais le séjour du Roi à Berlin rendait ce dessein inexécutable. Enfin, une occasion s'ofirit, Frédéric-Guillaume ayant ordonné à son fils de se tenir prêt à raccompagner dans le Midi de TAUemagne.

En partant, le prince royal donna à Eatt^ Tun de ses confidents, ses dernières instructions. On convint que celui-ci irait le rejoindre dès qu'il connaîtrait le lieu de sa retraite. Jusque-là, tout semblait sourire à Frédéric; mais bientôt Tindiscrétion de son ami changea l'état des choses : ce voyage, qui promettait indépendance et bonheur, se termina par une sanglante catastrophe.

Le plus profond mystère pouvait seul assurer le succès de Tentreprise : Katt eut l'imprudence de parler. Il annonça tout haut que Frédéric ne reviendrait pas) qu'il le savait positivement^ étant chargé par son ordre exprès de lui ex|)édier des fonds. Il montrait im portrait de la princesse Frédérique, ajoutant que c'était un pré* sent du prince.

Des bruits d'une nature aussi grave devaient arriver jusqu'au Roi, qui, en effet, les connut à Anspacfa. Aussi^

* Une autre fois, il voulut étrangler, de ses propres mains, son fils, avec un cordon de rideaux.

tôt, des surveillants actifs furent placés autour du prince, avec ordre d'épier ses moindres démarches.

Cependant, plein de sécurité, Frédéric croyait bientôt toucher au but. Un jour, dans un moment d'épanchement, il ouvrit son âme au margrave d'Anspaoh, et, le lendemain, sans réfléchir aux conséquences probablôg d'une telle demande après l'entretien de la veille, il lô pria de lui prêter un de ses meilleurs chevaux, sotis prétexte d'une promenade. Le Mai^rave. n'ayant garde de le satisfaire, imagina quelque obstadef ce contre^» temps imprévu contrariait les arrangements du jeune prince; mais, en dissimulant son dépit, et saluant déjà^ en espérance^ l'heureux instant où tomberaient seâ chaînes, il suivit le Roi d'assez bonne grâce.

Au moment de se remettre en route, il avait écrit à son ami pour le tranquilliser : cette lettre devint l'arrêt de mort, de Katt. Trop pressé pour la rehre, Frédéric, en l'envoyant à la poste, ne d'était point aperçu que l'adresse était incomplète. Il avait mis dessus : par Nuremberg ; s'il eût ajouté ces mots : d Berlin^ la tête de Katt ne fût point tombée.

Par une déplorable fatalité, un officier du même nom se trouvait alors dans cette ville; ce fut à lui que le commis de la poste, croyant bien faire, adressa l'estafette du prince. Cet autre Katt, effrayé du projet de Frédéric, renvoya aussitôt l'estafette au Roi.

Cependant le monarque et sa suite s'étaient arrêtés dans un village à quelques lieues de Francfort. Là, vers minuit, tandis que tout le monde reposait, le prince, croyant ses gardiens endormis , s'habille sans

bruit, et parvient à sortir. La nuit était sombre; déjà il avait gagné le milieu du village, quand ses su^ veillants le rejoignirent. Quelques minutes de plus, Frédéric était libre; car les chevaux arrivèrent en même temps que MM. de Bodenbrok, de Waldaa et Derschau. Le voilà prisonnier de nouveau. Des menaces n'eussent rien obtenu de lui; on eut recours aux prières, et, à force d'instances, on le détermina à regagner sa chambre, en lui promettant le plus absolu silence sur cette aventure. luutîle serment! Le Roi reçut le lendemain à Francfort la terrible lettre où le fugitif mandait à son ami qu'il s'ensevelirait dans un couvent plutôt que de retomber sous le joug. Nulle expression ne peindrait sa fureur. Guillaume fit conduire sur-le-champ le prince au yacht dans lequel il devait descendre jusqu'à Wesel; lui-même ne s'embarqua que le lendemain.

A l'aspect de son fils, toute la violence de son caractère éclata. Mêlant aux plus efiroyables imprécations des menaces qu'il n'était que trop enclin à réaliser, il se jeta sur le prince, qu'on eut beaucoup de peine à tirer de ses mains, les cheveux arrachés, la figure ensanglantée par un violent coup de canne. « Ah! jamais, s'écria Frédéric au désespoir, jamais visage de Brandebourg subit-il un pareil affront? »

Efirayés des suites de ces emportements, Waldau et Rochau obtinrent, après mille supplications, que Frédéric achèverait le voyage dans un autre bateau : mais, avant de sortir du yacht, le Roi le fit désarmer. Fort heureusement pour le prince royal qu'un dômes-

tique de confiance avait eu soin de brûler tous ses papiers.

En deux jours on arriva à Wesel. Une forte garde lui fut donnée, avec défense^ sous peine de la vie, de le laisser parler à personne. Le lendemain, Frédéric- Guillaume s'étant fait amener le prisonnier par le général Mosel, commandant de la place : « Pourquoi, lui demanda-t-il d'un ton menaçant, avez-vous voulu déserter ? — Parce que vous m'avez traité jusqu'ici non comme votre tils, mais comme un esclave, répondit le prince avec assurance. — Vous êtes un lâche déserteur, reprît le monarque ; tous n'avez ni cœur ni lionneùr. — Sire, j'en ai autant que vous, répliqii^rédiérîc; et je n'ai voulu faire que ce que vous m'avez dit Souvent que vous feriez, si vous étiez à ma place. » A ces paroles, le Roi, hors de lui, tira son épée. « Tuez-moi, Sire, s'écria Mosel en se précipitant entre Guillaume et le prince, mais épargnez votre fils. »

Sur les instances des généraux qui l'accompagnaient, le Roi consentit à ne plus interroger luimême le prince royal, qu'il confia à la garde de MM. de Dossau et de Waldau, majors-généraux, et du colonel de Rochau. Ces militaires avaient ordre de ne le laisser parler à personne. Malgré leur surveillance, le prisonnier pourtant fut sur le point d'échapper : déjà, grâce au dévouement du colonel Grœbnitz et de plusieurs autres officiers, un habit de paysan et une échelle de corde étaient en son pouvoir; mais, au moment de se laisser glisser, pendant la nuit, par une

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