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Spandaw; ses domestiques furent chasses ou rois en prison. Du Han, son précepteur, fut relégué à Mémel, sur les confins de la Gourlande.
De Spam^ lieutenant aux gendarmes delà Garde, sans être aussi avant que Katt et Eeith dans Fintimité de Frédéric, avait facilité au prince des entrevues avec Katt, lorsqu'il était de garde à Postdam : arrêté ausatM après Fin ten'Ogatoire de Katt, Spam Ait, sans autre forme de procès, renvoyé de l'armée, et condamné, par le Bm, à un an de détention à Spandaw^
On espérait que le ressentiment de Guillaume se calmerait après cette première explosion; mais l'implacable despote, sourd au cri de la nature^ préparait sa vengeance; la mort lui semblait Funique châtiment dû à une faute qu'un autre monarque eût punie lie quelques joui*s d'arrêt, que tout autre père eût pardonnée. Toutefois, la condamnation de son fils Fembarrassait ; car ses ministres et ses plus intimes conseillers lui avaient représenté, avec toutes lès précautions convenables, que nul tribunal sur la terre n'avait k droit déjuger l'héritier du trône. Enfin, après avoir épuisé toutes les ressources de son esprit, ou plutôt de sa dureté d'âme, il résolut, laissant le prince royal
* Après sa peine, étant passé en Hollande, il y devint major-général. — En 1763, Frédrric, voyageant alors dans les Provinces-Unies, alla loger chez lui, à Clèves, et fut, pour M. de Spam, d'une amabilité parfaite. Mais, tout en se plaisant h lui rappeler mille souvenirs de jeunesse, le Roi garda sur révénomcnl de 1730 un absolu silence; aussi le gén^Tal disait-il gaiement : « Sa Majesté a une ménî^oire admirable jusqu'en 1730. »
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de côté, de ne plus vojr en pon fils que le colonel da ses gardes, comme si la tête de l'un n'était pas celle de Vautre. Un conseil de guerre fut donc assemblé le 1" novembre, mais non sans beaucoup de peine; car, chacun s'étapt excusé, il fiallut tirer les membres au sort dans toute l'^rméa. Le Conseil était composé de deux généraux, deux colonels, deux lieutenants-colonels, deux majors, deux capitaines, deux lieutenants. Katt fut condamné ^ pîoit*. Quant à Frédéric, au moment de recueillir les voix CQpmne présidenl, le prince d'Anhalt, déjà brouijlé avec M- de Grumkow, et réconcilié avec 1^ Beipej opipa pour l'innocence du prince; et, tirant i^on sabre, « quiconque, s'écria-t-il, ne votera pas çomrne mp), je lui abats les oreilles. » Frédéric fut acquitté à l'unanimité.
Furieu]|^ de ce jugement, le Roi Tannulle^ choisit un autre conseil, et goûte epfin la satisfaction de voir son fils condaipné à mprt. Seuls, parmi }es juges, les généraux Denhoff et Linger s'étaient prononcés pour l'acquitteipent.
Depuis 80|i malheur, toute la conduite de Katt avait été digne, poble, réisiguée : il entendit l'arrôt sans changer de couleur : « Je me soumets, dit-il, aux or*dres du Roi et de la Providence ; je vais mourir poflr une belle cause, et j'envisage le trçpa§ sans frayeur, n'ayant rien à me reprocher. »
Une fois seul» il appela M* Hartenfeld, de garde auprès de sa persojape et $on ami : (( Tenez, dit-il, en
* Voyez pièces justificatives ^ la fin du volume (H).
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lui donnant la boîte qui renfermait le portrait de Frédéric et de sa sœur, gardez-la, et souvenez-vous quelquefois du malheureux Katt; mais ne la montrez à personne; cela pourroit encore faire du tort, après ma mort, aux illustres personnes que j'y ai pemtes*. »
Il écrivit ensuite trois lettres, à son aïeul, à sod père, à son beau-frère.
Le soir, un ecclésiastique étant venu le visiter : « Je suis, lui dit Katt, un grand pécheur; ma trop grande ambition m'a fait commettre bien des fautes, dont je me repens de tout mon cœur. Je me suis reposé sur ma fortune; les bonnes grâces du prince royal m'ont aveuglé à tel point que je me suis méconnu moi-même. A présent, je reconnais que tout est vanité ; je sens un vif repentir de mes péchés, et je désire la mort, comme le seul chemin qui puisse me conduire à un bonheur stable et éternel. »
Toute cette journée et la suivante se passèrent en pieux entretiens.
Dans la soirée du lendemain, le major Pcfaenck vint l'avertir que le supplice aurait lieu à Kustrin^ et qu'à deux reprises le Roi lui avait ordonné d'y assister. Comme cet officier, en lui exprimant ses regrets d'une pareille mission, appelait aussi de tous ses vœux la clémence royale : « Vous avez trop de bonté, lui répondit Katt, mais je suis content de mon sort. Je meurs pour un maître que j'aime, et j'ai la consolation de lui donner, par mon trépas, la plus forte
* Mémoires de la margrave de Bareilh, tome I.
preuve d'attachement qu'on puisse exiger. Je no regrette point le monde : je vais jouir d'une félicité sans fin. »
Puis il se mit en route, le front calme, à pied, par une sombre matinée de novembre, vêtu d'un simple sarrau de soldat, les mains garrottées derrière le dos. L'infortuné touchait à peine à sa vingt-deuxième année. Son âge seul eût mérité quelque indulgence; mais ses qualités privées lui donnaient d'autres droits à la commisération. Tous furent méconnus; ni les glorieux services de son père, lieutenant-général, ni ceux du feld-maréchal de Wartensleben, son aïeul, ni les larmes de ses amis ne purent désarmer le monarque; Frédéric-Guillaume ordonna l'exécution.
Un échafaud avait été élevé sur la place même de la citadelle, de plain-pied avec la chambre du prince, pour qu'on pût y arriver parla fenêtre; ce triste passage était tendu de noir. Chaque coup du marteau des ouvriers retentissait à l'oreille de Frédéric, qui luimême attendait la mort. Dans ces lugubres préparatifs tout était calculé avec un art ingénieusement féroce.
Le jour suivant, Lœpel, commandant de la citadelle, entra dans la chambre du prisonnier. La tristesse répandue sur son front annonçait un message sinistre. Frédéric avoua depuis qu'alors il avait cru toucher à son heure dernière; mais un sort plus cruel lui était réservé. Le commandant lui annonça qu'il fallait assister au supplice de Katt; tel était l'ordre formel du Roi.
A cette nouvelle, le prince qui, jusqu'alors, avait
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ignoré la condamnation de son ami^ 8*ëlaiice yen la fenêtre, et aperçoit Katt, conduit lentement ail lieu fa* tal. A cette vue, s'adressant aux gardes, il les supplié dans les termes les plus touchants de suspendre Feiécution : w Permettez-moi, demande-t-îl en fondant en larmes, pcrmeltez-moî d'écrire un mot, nn seul moti mon père ; oui, je le déclare à la face du ciel, je renonce à tous mes droits à la couronne, mais que Katt, qoe mon cher Katt soit sauvé. » Tous les cœur^ sont attendri», mais qui oserait croire seulement possible le moindre retard dans Taccomplissement des volontësde Guillaume. Le cortège funèbre continue sa marche en silence. « 0 mon ami, s'écrie Frédéric, lorsque Eattesi assez près de lui pour l'entendre, jamais je ne me conso» lerai de ta mort; hélas! j'en suis la seule cause! Cher Katt, me pardonnes-tu? Dis-moî que tu me pardonnes! Ah ! que ne suîs-je à ta place ! » Et il lui tend les bras avec désespoir.
Vivement ému par ces paroles, le malheureux ofl9cîer envoie au prince de tendres adieux : « Ah! Monseigneur, si j'avais mille vies, je les donnerais pour vous. » En achevant ces paroles, Katt se met à genoux. Un de ses domestiques veut lui bander les yeux : wNon, dit-il, ce n'est pas nécessaire. » Puis il ajoute en regardant le ciel : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains ^ » présente sa tête au bourreau, et, en tombant, l'infortuné dirige encore ses bras vers son ami. Frédéric roule à terre sans connaissance.
On le porta sur son lit, où il ne reprit ses sens qu'avec beaucoup de peine. En proie à une fièvre brûlante et à
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(le violentes convulsions, il voulait se tuer. On ne le calma qu'en lui parlant de sa mère et de sa sœur Frédérique. Enfin, après une forte crise de larmes et un long évanouissement, il sembla moins agité et ne chercha plus à attenter à ses jours. Mais une profonde mélancolie s'empara de lui. Comme si l'épreuve qu'il venait de subir n'eût point été assez forte, on laissa, un jour entier, sur l'échafaud, devant sa fenêtre, le corps sanglant de son ami, qui fut ensuite enterré dans un des bastions de la forteresse. Le lendemain, digne complément de toutes ces horreurs, le bourreau alla demander au maréchal de Wartenslebeo, parent de Katt, le salaire de cette exécution.
Ces affreuses scènes ne contribuèrent pas peu à inspirer à Frédéric l'aversion profonde qu'il eut toute sa vie pour la peine capitale.
Cependant la famille royale et la nation étaient dans l'effroi. Guillaume avait déclaré que le prisonnier (il ne donnait plus d'autre nom au prince depuis son aiTCstation) périrait comme son complice \
La Reine, qui chérissait son fils, s'était vainement jetée de nouveau, avec tous ses autres enfants, aux genoux du monarque. Le cri de la nature avait été im* puissant, mais les froids calculs de la politique triomphèrent. Ce fut une réclamation de l'Empereur qui obtint la grâce du prince royal, obstinément refusée aux sollicitations des autres cours étrangères. Seçken-
^ On ne lira peut-être pas sans intérêt le portrait que Thistorien-roi a tracé d'un père dont il avait eu tant à se plaindre. Voyez pièces justificatives (1). /
(loriï, son nmbassadeur à Berlin, dont les intrigues avaient empoché le mariage de Frédéric avec une princesse d Angleterre, pensa que c'était le moment de rendre à son maître un autre service non moins important, et qu'en sauvant le futur roi de Prusse, il l'attachait sans retour à la Maison d'Autriche. Supposant donc des ordres qu'il n'avait plus le temps d'attendre, le diplomate demanda au Roi, au nom et de la part de l'Empereur, une audience particulière. Là, il déclara que le prince royal, appartenant à l'Empire, ne pouvait être légalement jugé qu'à la Diète deTEmpire; que c'était à ce tribunal seul que Sa Majesté devait remettre l'accusé et les pièces du procès, et que le prince Frédéric était sous la sauvegarde de la constitution germanique. La justesse de cette observation était incontestable; tout autre prince eût saisi avec empressement une voie ouvei-te à l'équité, à la clémence. Guillaume, au contraire, s'en trouvant offensé, déclara qu'il iraitr faire exécuter l'arrôt en Prusse, où il était indépendant. Ce trait seul peindrait son caractère.
Mais la première fougue calmée, le Roi sentit combien il pourrait être dangereux d'offenser l'Empire, et enfin le mot de pardon fut prononcé, sous la condition que Frédéric écrirait à son père pour implorer respectueusement sa grâce.
Ce fut M. de Grumkovsr qu'on chargea de la notifier. Entrant donc chez Frédéric, d'un air soumis et respectueux : « Je ne viens, lui dit-il, quepourdemander pardon à Votre Altesse Royale du peu de ménagement que j'ai eu jusqu'à présent pour elle. J'y ai été obligé pour obéir
aux ordres du Roi ; je les ai même exécujés ponctuellement, pour être plus à portée, Monseigneur, de vous rendre service; le chagrin qu'on vient de vous causer, par la mort de Katt, nous a fait une peine infinie, à Seckendorfi^et à moi. Nous avons employé tous nos efforts pour le sauver, mais inutilement. Nous allons les redoubler pour faire votre paix avec le Roi ; mais il faut que Votre Altesse Royale y travaille elle-même , et qu'elle me charge d'une lettre remplie de soumissions, que je présenterai au Roi et que j'appuierai de tout mon pouvoir*. »
L'âme du prince avait reçu une profonde blessure, et le choix du négociateur était peu propre à la guérir; aussi hësîta-t-il avant de se résigner au rôle de suppliant. Enfin il prit la plume. Guillaume lui répondit qu'il voulait bien oublier son crime.
Néanmoins le temps des épreuves n'était point passé pour le jeune prince; car, avec ciette promesse d'oubli miséricordieux, il reçut l'ordre de rester àKustrin, d'y vivre en simple particulier, et de s'adonner exclusivement à l'étude de l'administration des domaines. Astreint aussi à suivre toutes les séances de cette chambre, son rang était marqué après le plus jeune conseiller.
De plus, l'usage de la langue française et l'uniforme militaire lui furent interdits; il prêta aussi serment de ne jamais persécuter aucun de ses juges. Ce serment, Frédéric l'a tenu, sans efibrt, avec une religieuse fidé-
* Mémoires de la margrave de Bareith, tome I.