I. ti
1745- procès fût jugé dans le terme d'une année; cette ordonnance en assignait les moyens. Pour bien 8*assurer qu'on s*y conformait, tous les tribunaux eurent ordre d'adresser au gouvernement la liste des procès pendant devant eux, en indiquant l'origine et la marche de l'instance : cette formalité devait se répéter annuellement. Des règlements fixèrent les épices pour chaque province, d'après un tarif invariable et modéré.
Les tribunaux obéirent; les procès furent jugés au terme voulu. Malheureusement, comme certaines questions ne pouvaient s'instruire à fond dans un délai si court, on fut obligé de faire quelques exceptions pour ces sortes de causes. «La chicane, dit Mirabeau \ se servit de cette ouverture pour rentrer dans le sanctuaire de la justice, et peut-être pour en refermer les portes sur elle.» Appliquant ces exceptions à d'autres litiges, les avocats et procureurs surent, d'un procès jugé, en faire sortir presque toujours un autre, souvent môme plusieurs. Avec tant d'ordonnances, dont le nombre môme prouve son zèle, Frédéric ne put terrasser l'hydre aux mille tôtes.
Une des réformes sur lesquelles M. de Cocc^ii avait le plus insisté auprès de Frédéric, ce fut la suppression du droit d*en appeler des tribunaux à Frédéric lui^ môme. En effet, mille inconvénients pouvaient résulter de cette décision suprême et arbitraire. Déjà, en 1743, le département de la justice avait adressé au Roi un mémoire sur cet objet; mais ce prince s'y était refusé,
' Mirabejiii, àlonarchie prusiùnne, lomc I.
DB PRÉDÉRIG II. 574
donnant pour raison que s'il renonçait à une telle ré- tut»vision « les juges pourraient tourmenter à leur grë les pauvres gens des provinces^ »
Cédant enfin aux instances de son chancelier^ il abolit l'appel. Mais, entraîné bientôt par le besoin de tout faire par lui-même, Frédéric revint à l'examen des mé^ moires et réclamations qu'on lui adressait contre les décisions judiciaires. CerteSi ses intentions étaient parfaitement droites; mais, faute de renseignements po-^ sitifs, il devint plus d'une fois injuste par amour de la justice. On conçoit aussi combien cette manière de traiter les jugements et sentences, déconsidérait la magistrature aux yeux de la nation. ^
Malgré le non-succès d'une première expérience, ce grand homme^ dans l'âme duquel une pensée féconde et utile jetait toujours de profondes racines, ne renonça point à ses espérances. Vers la fin de son règne^ près de descendre au tombeau, il songeait encore à l'avenir de la patrie. En 1780, six années avant sa mort, le projet d'un nouveau code l'occupait.' Malheureusement, il cessa de vivre avant d'obtenir ce dernier triomphe. Chose remarquable ! la seule opération sur laquelle Frédéric soit revenu durant tout son règne^ c'est la réforme de la justice.
Mais, au milieu de ses occupations pacifiques, le jeune roi se rappelait qu'une armée invincible devait être la base de sa grandeur naissante. Consolidàntdonc l'œuvre de ses prédécesseurs, il perfectionna de jour eu jour cette puissante organisation militaire qui valut longtemps u la Prusse une si haute prépondérance.
372 UISTOIRB
n4s- Avant tout, Frëdëric ennoblit ses ti*oupes & leurs propres yeux, en leur donnant pour mobile Thonneur. Ainsi, depuis le feld-marëchal jusqu'au soldat, tout Prussien décoré de l'uniforme se savait appartenir au premier corps de l'État ! Ce sentiment lui inspirait uu juste orgueil. Tous étaient fiers des égards dont leur roi les comblait, fiers de leur renommée, et de cette discipline même qui semblait en faire des hommes à part. On vit des déserteurs prussiens, qui avaient passé à des services moins rigoureux, se fatiguer bientôt de cette douceur inaccoutumée; dédaignant une indul-gence si nouvelle pour eux, ils regrettaient les rigides habitudes de leur patrie * •
Frédéric crut devoir maintenir dans son armée Tusage des coups de canne. Cet odieux châtiment n'y était point, il est vrai, comme on l'a cra longtemps^ prodigué avec cette facilité barbare qui eût avili les âmes.
Stoïquement esclave d'une loi de fer, le soldat, hors des rangs, reprenait tous ses avantages ; la déférence que lui témoignaient les autres professions le relevait singulièrement à ses propres yeux *.
Un ministre d'État se serait bien gardé de refuser
* Mirabeau, Monarchie prumentu, lome I.
* A&Kislant, en 1838, à Berlin, à une repréfenlalion du drame de Schiller : le Camp de WalUnstein^ je m'étonnais, dans ce tableau ti animé, si pittorestiue, où figurent toutes les troupes allemandes de la guerre de Trente- Ans, de ne pas foir l'uniforme prussien : « C'est, me t répondit-on, que c<*t liabit national est trop noble pour être exposé c sur un tbéÂtre. •
DE rnÉDÉRiG 11. 375
une audience au moindre enseigne ou de le mal ac- 1745cueillir. Un jour, le comte de Schwerin, conseiller de lëgation, eut, dans une cérémonie publique, une dispute de préséance avec un enseignCi qui ne voulut pas céder. S'en étant plaint au Roi : « La chose est parraitement juste, lui répondit le prince ; tout enseigne devant avoir le pas sur un conseiller de légation. » Aussitôt le jeune comte, neveu de Fillustre général tué depuis à Prague, alla déclarer à son oncle qu'il voulait entrer dans Tarmée, puisque le Roi plaçait le militaire si fort au-dessus du civil. C'est par le père de Frédéric que cette prééminence de l'état militaire avait été consacrée. Quant à lui, il manifesta plusieurs fois le désir de trouver un juste milieu. Mais cet équilibre était impossible soUs un conquérant environné de trophées et de légions victorieuses. L'anecdote du domte de Schwerin le prouve.
Quant aux enrôlements, ils se faisaient de deux manières : l"" par le mode cantonnai ou national, dont oii a parlé plus haut ^ ; tous les sujets prussiens étaient partagés en exempts et non exempta, eximirte und nichi eximirie. Dans les premiers figuraient tous les nobles, les hommes adonnés à certaines études, les professeurs des sciences et atts libéraux, les ministres de la parole de Dieu, les commerçants et industriels considérables; enfin, nombre d'individus utiles, qu'à l'aide de ce privilège on cherchait à attirer dans le pays. 2* Au moyen (les recruteurs envoyés dans les villes impériales, sur
* Voir rintroduclion.
I? J6- les ii*outiëi*es do TËmpire, de la Hollande, de la France,
et à Neufchâtcl ; mais ce dernier moyen, fort dispendieux en lui-môme, puisque chaque homme ainsi acquis ne i*evenaitpas à moins de six. cents livres, avait on outre le grave inconvénient de jeter dans Tarmée une foule de déserteurs, de vagabonds, de mauvais sujets : de là, la nécessité d'une discipline dont la sévérité dépassait toute croyance.
Jamais, au reste, le nombre de ces étrangers ne devait excéder, dans les régiments, le tiers des nationaux.
Quant aux permissions de mariage, elles s'accordaient très-facilement, le soldat devenant ainsi plus rangé, plus attaché h ses devoii*s et plus heureux.
Frédéric ne tolérait qu'avec peine, dans ses troupes, des ofllciers qui ne fussent point nobles, et n'admettait guère le roturier aux honneurs de l'épaulette que dans les régiments d'artillerie, de génie et de garnison. Ces derniers corps, les régiments de garnison ', étaient les moins estimés de l'armée prussienne. Quant à l'artillerie et au génie, le Roi craignait de ne point trouver assez de sujets instruits, s'il choisissait seulement parmi' les nobles.
En agissant ainsi, Frédéric u'obéissait-il qu'à un aveugle préjugé? Non, sans doute. Entouré d'une noblesse nornbreuse, surtout dans les provinces, et peu éclairée encore, il sentit que, pour ne point écraser le pays, on devait utiliser tous les bras. Or, le point d'hon-
* Ces régiineiUs étaient diiïéremincnl composés, les uns n'ajraut f|iriin Imtaillon, craiilres en ayanl qualru.
DE FRÉDÉniG 11. 375
neur n'ouvrant aux nobles que la carrière des armes, nisceux-ci ne pouvaient, sans déroger, àervîr autrement leur pays; tandis qu'il était permis aux roturiers de se rendre utiles de toutes les manières* Repoussant donc les uns vers les professions civiieSi Frédéric s'efforçait d'attirer les autres vers la seule qu'ils ftissent aptes à remplir ; et l'on ne peut qu'admirer l'esprit de corps qu'il sut créer ainsi parmi les officiers. Ce qui prouve combien ce prinCë était embarrassé de ses nobles, c'est qu'il en créa peu de nouveaux ; il éprouvait knéme une sorte de répugnance à reconnaître pour tels ceux qui venaient s'établir dans ses États.
En campagne, il n'exigeait de ses officiers que du dévouement ; mais la paix avait des dangers pour tous ceux dont la noblesse n'était pas bien constatée S Après la guerre de Sepi-^Am, dû braves militaires, coupables du seul délit de roture, furent renvoyés sans égards pour leurs longs services. Aux yeux de Frédéric, toute considération, même la reconnaissance, devait fléchir devant un principe de gouvernement.
Au reste, si la naissance était un titre d'admission au rang d'officier, elle ne dispensait pas d'un rigoureux apprentissage. Dans la guerre de 1778, le fils atné du duc de Saxe-^bourg, capitaine au service de Prusse, s'ennuyant de ce grade subalterne, sollicita de l'avancement : « Prince, lui répondit le Roi, j'ai oru vous faire beaucoup d'honneur en vous nommant capitaine
1 Thiébaull, J/es souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, elc.
!?«&- les irautièi^es do TËmpire. de la Hollande, de la France.
et à Neufcliâtel ; mais ce dernier moyen, fort dispendieux en lui-même, puisque chaque homme ainsi acquis ne i^evenaitpas à moins de six. cents livres, avait on outre le grave inconvénient de jeter dans Tarmée une foule de déserteurs, de vagabonds, de mauvais sujets : de là, la nécessité d'une discipline dont la sévérité dépassait toute croyance.
Jamais, au reste, le nombre de ces étrangers ne devait excéder, dans les régiments, le tiei*s des nationaux.
Quant aux permissions de mariage, elles s*accordaient très-facilement, le soldat devenant ainsi plus rangé, plus attaché h ses devoii'S et plus heureux.
Frédéric ne tolérait qu'avec peine, dans ses troupes, dos ofliciers qui ne fussent point nobles, et n'admettait guère le roturier aux honneurs de Tépaulette que dans les régiments d'artillerie, de génie et de garnison. Ces derniers corps, les régiments de garnison *, étaient les moins estimés de l'armée prussienne. Quant à l'artiU lerie et au génie, le Roi craignait de ne point trouver assez de sujets instruits, s'il choisissait seulement parmi' los nobles.
En agissant ainsi, Frédéric n'obéissait-il qu'à un aveugle préjugé? Non, sans doute. Entouré d'une noblesse nombreuse, surtout dans les provinces, et peu éclairée encore, il sentit que, pour ne point écraser le pays, on devait utiliser tous les bras. Or, le point d'hon-
> Ces régimcnls étaienl (lilTôrcmmcnt composés, les uns n'ayant qiriiii iMilaillon, (l'uiilres en ayant qiiulre.
neui* n'ouvrant aux nobles que la carrière des armes^ nisceux-ci ne pouvaient, sans déroger^ àervir autrement leur pays; tandis qu'il était permis aux roturiers de se rendre utiles de toutes les manières. Repoussant donc les uns vers les professions civiles, Frédéric s'efforçait d'attirer les autres vers la seule qu'ils ftissent aptes à remplir ; et l'on ne peut qu'admirer l'esprit de corps qu'il sut créer ainsi parmi les officiers. Ce qui prouve combien ce prin(ie était embarrassé de ses nobles, c'est qu'il en créa peu de nouveaux ; il éprouvait même une sorte de répugnance à reconnaître pour tels ceux qui venaient s'établir dans ses États.
En campagne, il n'exigeait de ses officiers que du dévouement; mais la paix avait des dangers pour tous ceux dont la noblesse n'était pas bien constatée?. Après la guerre de Sepl^-Anê, dé braves militaires, coupables du seul délit de roture, furent renvoyés sans égards pour leurs longs services. Aux yeux de Frédéric, toute considération, même la reconnaissance, devait fléchir devant un principe de gouvernement.
Au reste, si la naissance était un titre d'admission au rang d'officier, elle ne dispensait pas d'un rigoureux apprentissage. Dans la guerre de 1778, le fils atné du duc de Saxe-Gobourg, capitaine au service de Prusse, s'ennuyant de ce grade subalterne, soUidta de l'avancement : ce Prince, lui répondit le Roi, j'ai cru vous faire beaucoup d*honneur en vous nommant capitaine
1 ThiébauU, Ules souvenirs de vingt ans de séjour à BerUn, etc.
1745. cluus mou armée; si vous u'en jugez pi)8 uiusi, vous
•^^ êtes libre de vous retirer. »
Quel que fût rëclat du nom ou de la fortune^ on devait passer par tous les grades, à partir de celui de sous-officier. Un comte lianovrioa ayant demandé pour son fils un grade d'officier, en considération de sa * naissance : « J'ai vu, par votre lettre du 22 mai, lui répondit le Roi, la demande que vous me faites au sujet de votre fils. Mais il faut que je vous dise que j*ai défendu, depuis longtemps, de recevoir aucun comte dans mon armée ; car, quand ils ont servi un an ou deux, ils quittent le service, et leur carrière militaire n'a été qu'une fanfaronnade de vanité. Si votre fils veut servir, le titre de comte ne lui sera bon à rien ; mais il sera avancé s'il apprend bien sou métier. »
Post-scriptum de la propre main du Roi :
« Les jeunes comtes qui ne savent rien sont des ignorants en tout pays. En Angleterre, le fils du Roi commence par être matelot sur un vaisseau pour apprendre la manœuvre de ce service. Si, par miracle, un comte ignorant pouvait être bon à quelque chose, il faudrait qu'il ne s'en fit pas accroire sur ses titres et sa naissance; car ce ne sont que des sottises : tout dépend du mérite personnel. »
lloi^s de son armée, Frédéric ne tint aucun compte des distinctions nobiliaires.
Une famille considérable, possédant de vastes domaines en Prusse, sVtait éteinte; il ne restait pour boritiors collatéraux qiriine autre tige établie en France.
DE PRÉDÉniG 11. 377
Frédéric écrivit aux chefs de cette nouvelle famille que, i^^ss'ils voulaient envoyer des représentants sur les lieux, avec une cession en bonne forme de tous les intéressés, et que ces délégués voulussent s'établir dans ses États, il renoncerait, en leur faveur, au droit d'aubaine, et les ferait mettre en possession de la succession vacante. Deux jeunes frères vinrent. Voulant les connaître, ' le Roi les fit appeler, leur adressa diverses questions, et, le soir même, il disait à Thiébault : « Il n'y a donc plus d'éducation en France, monsieur? ou bien la noblesse en abandonne tous les avantages à la roture ? Est-ce que vos écoles, vos collèges et vos universités sont fermés ! ou vos nobles n'y envoient-^ils plus leurs enfants ? car j'observe depuis quelque temps que tout ce que je vois de nobles français est d'une ignorance honteuse et inconcevable. Jugez-en par ce qui m'est arrivé ce matin : deux frères, jeunes, nobles et français, qui vont s'établir en telle province, se trouvent ici : j'ai voulu les voir, causer avec eux, et les juger. Eh bien, monsieur, ils ne connaissent pas même leur propre maison. Après m'étre assuré qu'ils ne savaient absolument rien sous tous les autres rapports, je me suis avisé de leur demander si le fameux grand-mattre de Malte, qui n'est connu dans l'histoire que sous leur nom, était de leur famille. C'était une malice de ma part, car je savais bien qu'il n'en était pas. L'atné des deux, le seul qui m'ait fait quelques réponses, n'a pas su ce qu'il en était : je lui dois pourtant la justice d'avouer qu'il a au moins été honnête. Il n'a pas osé se Uu'gucr d'une alliailce aussi glorieuse, et il s'est borné
174S- ù me dire qu'il n'en savait rien. Ainsi, voilà deux gentilshommes, nds et dlevés chez vous, qui n'en savent et n'en sauront prohablement jamais plus que nos anciens chevaliers preux, leurs ancêtres I Mais, monsieur, vos nobles d'autrefois, qui se glorifiaient de ne pas savoir écrire, n'étaient ignorants que comme leur siècle ; ils n'étaient pas corrompus. Je vois avec peine que vous n'avez plus de noblesse en France : car qu'est-ce que la noblesse ? en quoi consiste-t-elle ? Croyez-vous que ce soit dans une filiation si souvent fautive, et toujours si douteuse, ou dans des parchemins que l'on peut si aisément altérer ou fabriquer? Si la noblesse ne tenait qu'à de semblables niaiseries, elle ne mériterait aucune sorte de considération : les nobles ne seraient qu'une classe de charlatans privilégiés. La vraie noblesse, monsieur, a un caractère tout autrement respectable ; caractère essentiel, et qui tient à l'énergie et à l'élévation des sentiments. Je tiens donc que partout où ceux qui se disent nobles n'ont pas les sentiments généreux et mAles, il n'y a plus de noblesse ; et c'est ce qu'en général je suis porté à juger de la France. Mais, pouvez-vous me dire comment et pourquoi votre noblesse, autrefois si renommée, a ainsi dégénéré? Pour moi, je vous avoue que j'en ai recherché la cause, et je vais vous soumettre celle qui m'a paiu, sinon la seule, au moins la plus décisive. Je crois que ce qui a perdu la noblesse française, c'est le système de Law. En effet, à la suite du bouleversement que ce système a produit dans presque toutes les grandes fortunes, on a vu des hommes nouveaux et inconnus jusqu'alors ëclip-
DE FRÉDÉniG II. 579
ser par leur faste, et bientôt par leur crédit, les fa- 1745milles qui prëcédemment avaient obtenu le plus d'ëgards et de considération. Peu à peu, ces nouveaux parvenus ont possédé les terres, les titres, les honneurs et les charges. Les nobles, devenus pauvres, écartés, humiliés, et presque oubliés, ont compris que les richesses étaient tout ; et il en est arrivé que les sentiments n'ont plus eu aucune valeur, et qu'on a cessé de les porter en ligne de compte : on a troqué ces titres contre de Tor, tout a été vénal. Les mésalliances se sont multipliées à l'infini ; les financiers surtout et les gens d'afiaires, les entrepreneurs, les fournisseurs publicSy n'ont songé qu'à piller davantage pour acheter de plus illustres alliances ; tous les rangs ont été confondus : il n'y a donc plus eu de sentiments distinctifs pour ïiucune classe. IjB premier itiobile partout et pour tous a été l'argent, c'est-à-dire la chose qui est la plus opposée à l'élévation de l'âme, et qui ne devient point un objet de cupidité chez les hommes qui tiennent au gouvernement,^ qu'elle ne produise en peu de temps la dégradation la plus générale, la corruption la plus complète, et la ruine enfin de toute une nation. Voilà, monsieur, les obligations que vous avez, selon moi, au système de Law, et la chaîne des événements qui me semblent justifier ce que j'ai dit d'abord, que vous n'avez plus de noblesse en France. »
Durant ce long règne, il est sans exeinple qu'un homme ait obtenu le titre d'officier, sans en exercer les fonctions. 11 fallait même une permission expresse du
1145- prince pour porter l'uniforme après avoir quitté le service.
Connaissant assez les hommes pour savoir que l'entliousiasme les exalte un moment, mais que l'intërôt seul les attache, le roi de Prusse intéressa ses jeunes officiers à attendre patiemment l'ëpaulette de capitainecommandant, par la certitude des avantages qu'elle procurait. Une fois arrivés à ce poste, les mêmes considérations les y retenaient, ce grade, en temps de paix, valant de douze à quinze mille francs par an. Non que l'État leur allouât cette somme ; loin de là, chaque capitaine ne coûtait au trésor royal que quinze cents francs; le surplus provenait de profits autorisés, tels que l'épargne d'une demi-aune de drap sur chaque uniforme, celle des boutons, dont l'entretien est à la charge du soldat, et surtout de la paye des Frcy-Wechter *, que touchait le capitaine durant leurs dix mois do congé; il en revenait bien une part au Roi, mais c'était la plus faible. Un tiei*s de la compagnie au moins, quelquefois même la moitié, était en congé*. Cet usage si avantageux au capitaine, convenait également au soUhit qui, rentré dans ses foyers, pouvait s'enrichir par son travail; c'était un adoucissement aux rigoureuses exigences de la conscription.
De plus, un ordre formel défendant de faire monter
> On appelait Ftey-Wechter les liommcs renvoyés chez eux, pea- (iunl dix mois de Tannée, en temps do |mûx.
* Les capitaines du génie, n'ayant point de compagnie, ne lou< rhaient guère que quinze cents francs; injuste difTércncc qui n'eAl |M)int lïCi exister.
la garde plus d'un jour sur trois^ le soldat trouvait du 1745travail dans les fabriques royales. Une fois réforme, ^^^ c'était autre chose. Tous, en effet, ne pouvaient être admis dans les hôtels ouverts aux invalides; et, bien que les places de commis aux barrières, ou autrer. do cette nature, leur fussent presque exclusivement réservées, le nombre des aspirants, surtout après la guerre de Sepl-'AnSy excédait de beaucoup celui des emplois ; aussi une multitude de malheureux se voyaient-ils réduits à mendier leur pain, triste spectacle, qu'à tout prix le gouvernement eût dû épargner aux regards du public.
C'est ici le lieu de remarquer que la France, relativement à son importance politique, est un des pays d'Europe où le service militaire est le plus mal rétribué : ingrate parcimonie, qui semble jeter, à regret, une aumône aux défenseurs de la patrie! L'honneur, diton, les dédommage Gonmie si l'honneur voulait
que l'homme dont la vie n'est qu'un, sacrifice de tous les jours, une perpétuelle abnégation de soi-même, ne fût pas même assuré d'avoir du pain au terme de sa carrière 1
En Prusse, où l'excessif développement des forces militaires faisait de l'économie une vertu de premier ordre, un général avait son régiment, comme chaque officier supérieur sa compagnie ; et l'on opérait une réduction proportionnelle sur les appointements de leur grade le plus élevé. Pour ces compagnies des officiers sii[)orieurs, les plus jeunes capitaines, appelés eapùaine$ en second, avec la simple paye de lieutenant, lescomman-
582 1II8T0IRB
1745- daient. Un lieutenant-général^ dont le traitement était d'environ T^OOOécus (^,000 francs), en recevait ^^UOO du Trésor Royal, et S^OUO de sa compagnie. Quant aux feld-maréchauxy leur rang élevé ne permettant pas de leur donner un régiment, Frédéric n'en lit plus de nou* veaux ; il épargnait ainsi 12,000 écus de Prusse ' •
Frédéric avait donné à Voltaire et à quelques personnes étrangères à l'armée la croix de son ordre du Mérite; dans la suite, il ne l'accorda plus qu'à ses officiers, voulant flatter leur amour-propre par une dis« tinction toute particulière.
De vieux commandants, dont l'expérience éclairait le courage, furent placés à la tôte des bataillons et escadrons; le corps important des capitaines devint aussi un corps d'élite; le môme soin présida au choix des sous-ofliciors. Quant aux généraux, l'usage, si funeste lorsqu'il est absolu, de subordonner l'avancement à l'ordre du tableau, nuisit quelquefois au bien du service.
Avant et pendant la guerre de Sept-Ans^ l'armée pnissienne complaît quati*e feld-mai*écbaux, grade répondant à celui de maréchal de France ; Frédéric, procédant par extinclion, n'en nomma plus : le cadre des officiers-généraux fut aussi de beaucoup réduit. Ces économies lui permirent d'importantes améliorations.
En pou de tenq)s, l'infanterie prussienne devint la mieux armée de TËuropo, comme la plus prompte à chai*ger, la plus habile au tir.
* Tliirliuiill, Mof souvenirs de viugi ans de séjour à BêiUn, elc.
DE PHÉDÉRIC II. 585
Diverses innovatious coutribuèreut à ce résultat : ^1^ riutroduction des baguettes cylindriques, ce qui épargna au soldat la peine de tourner la baguette pour bourrer; Tadoption.des lumières coniques; celle du cuir lié autour du canon, pour préserver la main d'un contact brûlant et intolérable après un certain nombre de coups; enfin, l'enveloppe de cuir épais, tendu sur quelques côtes de fer, en forme de botte ouverte d'un côté : ou recouvrait de cet appareil la batterie, en laissant l'ouverture du côté où la liiain se plaçait pour presser la détente, et, malgré les plus fortes pluies, le feu pouvait ainsi continuer.
Tous les ans, Frédéric rassemblait ses troupes pour les grandes manœuvres d'été et d'autonme. L'ii;ifanterie s'y exerçait aux différents déploiements, aux formations, aux attaques de plaine, aux attaques de postes, aux défenses de villages et de retranchements, aux passages de rivières, aux marches couvertes, à colonnes renversées, aux retraites, etc., etc. ^; sans parler ici de ces exercices partiels et quotidiens qui consistaient à charger par pelotons, par bataillons, de pied ferme, à front droit et à front renversé, en avançant, en se retirant, à marcher de diverses manières, etc. Assidûment répétés, ces exercices produisaient des l'ésultats merveilleux. Ainsi, des lignes de vingt bataillons, occupant à peu près deux mille toises, avançaient, en bataille, l'espace de douze cents pas, et même plus, sans que leur ordre souffrit le moindre dérangement; et l'on
• Histoire de la guerre de Sept- Ans, tome I.
584 IIISTOIRB
|]^ voyait, en dix minutes, e^tte longue ligne exécuter une conversion sur le centre pour se mettre en oblique sur le premier front*. Dans ces grandes manœuvres annuelles; la cavalerie s'exerçait aux différentes attaques serrées et à intervalles, aux reconnaissances, aux fourrages secs et verts, aux formations de toute espèce, à prendre des points de vue sur des alignements prescrits'. Le Roi iit plus encore pour cette arme que pour rinfanterie; car tout y était à créer. Ayant senti, dans la guerre de 1740 à 1745, combien une lourde cavalerie était embarrassante, il commença dès lors l'éducation de la sienne. Un homme du plus rare mérite, Seidlilz, seconda puissamment ses eflTorts.
Sous un rapport, bien essentiel, il est vi*ai, l'armement de la cavalerie laissait à désirer. De tous les sabres, le moins approprié à sa destination était celui des cuirassiers et dragons; car, pour frapper de taille, un sabre à deux tranchants ne convient pas : mieux vaudrait le sabre droit à un seul tranchant. De plus, une gi'nnde plaque recouvrait la poignée, et, pour la saisir, la main devait passer par un trou fort étroit, ce qui retardait son mouvement. Une simple branche de fer eût sufli.
« Ce n'est qu'en Prusse, écrivait Guibert • en 1787, que les cavaliers et leui*s odiciei^s ont cc'tte assunuice, celte hardiesse h manier leurs chevaux qui , en sem-
* Mirubcaii, Monarchie prussienne,
* Histoire de la guerre de Sept- Ans ^ loine I.
* Éloge du roi de Prune.
DB PRÉJDÉBtC II. 585
blaiit les confoudre avec ëu)t; rappelle Yiù6e des ceii-^ ithu^ taures de la fable; ce ii'est que là que le nombre des ^^^ évolutions' est sagement restreint à' ce qu'on fait, et h * ce qu'on peut faire devant renuemi; Ainsi, se niettre ' en colonne, parcourir de grandes distances à différentes allures, se former en bataille, et abQutir au mouvement de charge qu'elle reConiimencé/ et auquel elle 80 familiarise sans cesse/ voilà à quoi toutes les ma-^ nteuvres de cette cavalerie se' bornent; ce n'est que là qu'on voit des rassemblements dé soixante ou quatrevingts escadrons de cent trente ou cent quarante chevaux effectifs, ayant des surnuméraires derrière eux, donner la représentation de ce qu'une aile de cavalerie, bien commandée, peut exécuter à' la guerre; ce n'est que là qu'on voit huit ou dix mille chevaux faire des charges générales de plusieurs centaines de pas, s'ar- , rôter en ordre après les avoir faites, et, quelquefois, les recommencer d'un second mouvement contre mie nouvelle ligne ennemie/ qui est supposée se présenter.
« Dans tous les camps, à ses revues, toutes les fois que Frédéric voit sa Cavalerie, c'est à ces charges importantes qu'il met le plus d'attention et de prix. Il va se placer au-devant d'elles et sur leur flanc, en faisant figurer par quelques cavaliers la pointe de l'aile ennemie. Au signal, la lice s'ouvre, tout s'ébranle, le mouvement s'accélère par degrés, la terré retentit au loin ; bientôt, on ne voit plus qu'un nuage de poussière, au milieu duquel on entend comme l'approche d'un torrent; la ligne va toucher à l'ennemi, elle baisse la main, s'élève sur ses étriers/ et présente le fer avec de I. ^
}74s- grands cris; le but est atteint : tout à coup elle s'arrête^ on n'entend plus que la voix des commandants qui raccordent leurs escadrons, et, à travers les éclairas de la poussière qui commence à s*élever, on aperçoit la ligue entière et dans un parfait alignement. Quel beau spectacle que de pareilles charges de cavalerie! on ne les voit pas sans un frémissement mêlé d'admiration; on 80 rappelle celte belle expression de l'Écriture, quand elle compare les nuages portés par les vents à un ouragan de cavalerie : Sicut proeellam equ€$îrem. Qu'il y a loin de là à l'inutile et petite pompe de nos anciens tournois! »
Dans ses premières guerres, Frédéric, presque entièrement dépourvu de troupes légères, se trouvait toujours gépé pour ses subsistances, ses convois, ses fourrages, et ne se soutenait qu'avec beaucoup de peine contre des ennemis sans cesse battus; sans ses Croates et ses hussards, peut-être la Maison d'Autriche eût-elle succouibé en 1740, et même dans la guerre de 5€p/-ilfii. Frédéric se hâta de pourvoir largement à ce besoin.
Jamais les régiments ne changeaient de garnison, rarement de chefs; système économique à la fois et très-propre à resserrer, la confiance entre le soldat et ses supérieurs.
Au lieu de disséminer les troupes, comme en d'autres pays, on les concentrait presque toutes en fortes garnisons : de là, l'immense avantage de les exercer, sans interruption, aux grandes manœuvi*es.
Frédéric se montra toujours aussi sévère pour loilicier que i>our le soldat; les elTets ont prouvé l'excel-
DE mibÈMc II. 88t
Iciicè de M mëlhodë. Atbsi' uul ofBctei*^ dejiuis te ((c- l 'binerai jusqu'à rehseigde/ ne pbuvâit> soud uh préteyite quelcotiqtiei tnàtiquel* k l^exelt^ice; on* ne (^oïliltiissait d'autre dispense que la maladie; encore, 1 -individu ëôtt^ vent malade eût-il été bientôt i*éfbrmé. Un officier n'obtëhàit que trèè^rdretnélit la perMiÀsion* de quittée sa garnison : un congé détHôidiflOièitOM'lërqdatrefi cinqàns, teUëéthit runiqtiëfatëûr dbèordééà sèë'gtots on à ses dffections; Toute li vie du militaire se passait prèâ de sod drtfpeiau; lërégimeilt'dë^éiiait sa famillei
A l'exercice, dans une marche, l'officiéf était' acr-^ treint au méttië degré d'atténtiodqUë lë'soldaty et la moindre faute punie.
Voilà pour le morsd, l'instruction et' la discipliné de ses troupesi .-• .' ^^hr-'' i«'j'-trr:" ••••• : • • • •: -, »
MaifiT* Frédéric sentait quef' tant' d'avantages seraient en partie perdud, M..>oli ài^méë' il'éÛ^^^^ prête à se rassembler, et à agir :, chaque régiment eut donc, en tout temps; son éqtiipage de campagne ;> et ràrtillèrie, sontraid, ses cheVdUi, Àëà mUtaitidilà. Leà vivres étaient assurés 4^aVance, d^jînmenses quantités de grains déposées dans lès forteresses. . . : * ^
L'artillerie prassienne était' divisée en artillerie de campagne et artillerie de garnison ; là forcé totale de U première s'élevait à . quarante-trois compagnies, .d'à peu près deux cents hommes chacune *.
I L'cxlrait suivant donne une idée du système d'artillerie jirtirtfén'tfic!
€ Outre les pièces dé rôgitHenl, qui sont attachées k chaque bàtAillèn, on compte une batterie dé dix pièces poo^ chiqua brigade (il suppose la brigade de cinq bataillons); ces pièces sôtit dé 'diflerènls
nu- Remarquons ici que le roi de Prusse ne poss^a jamais très-bien cette partie de l'art de la guerre, si importante, si décisive aujourd'hui, l'artillerie ; il affectait même pour elle et pour le génie une sorte de dédain, qui n'exerça que trop d'influence sur la considération attachée à ces deux corps, et sur le succès de quelquesunes de ses opérations militaires.
Malgré cette défaveur, on doit à l'artillerie prussienne deux innovations notables : d'abord, l'usage beaucoup plus fréquent des obusiers ; ensuite, l'artillerie à cheval.
Outre l'artillerie de campagne, Frédéric avait Tar-
calibres. Il y a des pièces de douze et de six livres de balle, pesantes et légères. De cette manière, on partage l'artillerie sur tout le front de l'infanterie, pour qu'il soit flanqué du feu des pièces, si le terrain est égal partout, de façon qu'il n'offre ni avantages ni désavantages. On place les pièces de douze pesantes sur les ailes; les légères au centre de l'infanterie, et les pièces de six entre deux. On prend, pour chaque batterie, des pièces d'un calibre égal, c'est-à-dire ou des pièces de douze pesantes, ou des pièces de douze légères, etc. Outre les canons, une armée a aussi des obusiers. Il y en a de sept, de dix, de vingt-cinq livres : on ne se sert de mortiers que pour les sièges. Le nombre des soldats de l'artillerie qu'il faut à une armée résulte du nombre des batteries.
€ Une pièce de régiment exige huit hommes, dont quatre pour la servir et quatre pour la traîner ; à diaque pièce de ce genre, il faut qu'il y ait un bas-ofQcier.
« Les pièces de trois livres exigent trois chevaux. Les pièces légères de six en demandent six, parce qu'elles ont leurs munitions dans la caisse placée sur l'avant-train. Quatre pièces de régiment ont un chariot, où il y a des cartoudies pour leur service, et seize mille cartouches à fusil.
« Une pièce de six pesante demande huit hommes pour la servît. Il y a un chariot pour chaque pièce de oe genre, qui voiture cent vingt cartoudies.
tillerie de garnison ..Chaque forteresse avait sa coiiipà- i74& gnîe d'artillerie.
Quant au génie, si Frédéric s'était formé une idée exacte de l'usage qu'on en jpeut tirer/ certes il aurait eu des ingénieurs. Loin de là/ il éprouvait pour eux une véritable antipathie; sa rigide écoiiomie ne pouvait se résigner aux frais énormes de leurs constructions. Quoique détestant cordialement 1^* forteresses/ ce prince, ne se méprenant pas sur l'utilité deA places pour défendre la longue lisière de ses forts, en construisit beaucoup en Silésie et ailleurs. Faible en matière do
« A une batterie de dix pièces de sit pesantes, sont attachés un capilaitie» trois lieutenants^ dix bas-officiers, quatre-vingts artilleurs, un oflicier de train, trois Yaguemestres, un charron, soixante-cinq Yalets et cent trente-neuf chevaux, sans ceux des officiers du train. ' « Une pièce de douze demande douxe hommes pour la senrir ; et une ballerie de dix pièces a un capitaine, quatre lieutenants, dix bas-officiers, cent vingt artilleurs, un officier de train, quatre vaguemestres, un charron, cent dix valets, deux cent vingt-six chevaux.
« Chaque obusier est accompagné d'un cliariot à grenades, attelé de six chevaux. L'obusier d'une livre est traîné par quatre, celui de dix livres par six, et celui de dix-huit et de vingt-cinq par douxe chevaux.
« Les obusiers de sept, de dix ei de dix-huit livres, ont dix hommes pour les servir, et, par conséquent, il faut k une brigade de dix obusiers un capitaine, trois lieutenants, dix artificiers, cent bombardiers, un officier de train, un vaguemesti^e, trois sous- vaguemestres, un charron, soixante-cinq valets $ k celle de dix livres, quatre-vingt-huit valets, cent trente-neuf chevaux, et k celle de dix-huit livres, cent quatre-vingt-deux chevaux.
« L'obusier de vingt-cinq livres exige douze hommes pour son service; et une brigade de dix obusiers, un capitaine, trois lieutenants, dix artificiers, cent vingt bombardiers, un officier de train, trois vaguemestres, un charron, quatre-vingt-huit valets, cent quatre-vingt-deux rlievaux. » (Mirabeau, lfoniirc/^t> prtiMtentie ; —Feuquières, clc, etc.)
S&tt' Pi^nstmcti^n et de siëge^, le génie prpssjen a produit des hommes éminents dans la fortification de camppgnOi témoin le fiqineiix pamp de Bundz, où Frédéric s*enferma, avec trentQ-/3|x à quarante mille hommes au plus, dans pn contour d'ouvrages détachés entre les iirmées autrich)9nQ9 4t njsse, formant cent vingt mille hommes-.
En. géqér^ly tout ce qui tenait à l'administration de l'prmée résidait aux mains du monarque; le ministre de 1^ gUQrrp n'était lui-môme qu'une espj^pe d'intendant, chargé des détaiils pelptifs .aux vâ|çmenls, approvisionnements, etc., et sans influence directe sur l'avancement.
Frédéric a toujours été envers son armée, même pendant la poix, dans la relation de général en chef. 11 connaissait tous les oi]Sciers, et faisait personnellement la revue générale de toutes ses troupes. Ainsi, le Roi passait devant les régiments rangés en parade, les rqcrijçs de chaque division pls^cées devant chaque compagnie. Le capitpine le suivait, rendant coippte de tout.
Jamais Frédéric ne quitta Funiforme, ni les insignes de l'officier. Son dernier soupir, il l'exhala en habit de guerre.
Mais, laissant l'armée prussienne et son chef se préparer aux brillantes destinées qui les attendent, jetons un coup d'œil rapide sur les principaux événements dont TEurope fyt le thé^tr^ à cette époque.
Le traité de Dresde n'étant point commun a toutes
1 MiriilK'au, Monarchie prussienne.
DE FRÉDÉRIC If. $94
les puissances belligérantes, les hostilités continuèrent, lî^sentre la Maison d'Autriche et l'Angleterre, d'une part, la France et l'Espagne, de l'autre. Mais la France, l'Espagne, l'Angleterre, ne pouvaient s'ébranler, sans que la secousse donnée à l'Europe n'arrivât aux extrémités du monde : la guerre ravageait aussi les deux Indes.
Mais la France, après avoir manqué le grand objet de la guerre, qui était d'arracher le trône impérial à la Maison d'Autriche, la France espérait contraindre Marie-Thérèse, par ses pertes en Flandre /à céder enfin ce qu'elle disputait en Italie, et les États-Généraux à rentrer dans leur habile indifférence.
De son côté, la reine de Hongrie comptait bien s'indemniser, aux dépens de la France, des pertes que Frédéric lui avait fait subira
En Flandre, le génie du maréchal de Saxe enchaînait la victoire aux drapeaux de Louis XV. Bruxelles, le 21 février 1746, Anvers, le 15 mars, Mons, le 10 juillet, Saint-Guillain, le 24 du même mois, Gharleroi, lo 2 août, Namur, le 10 septembre, étaient tombés au pouvoir des Français. Le 11 octobre de la inéme année, Maurice gagna, près de Liège, la bataille de Rocoux. On en attribua la perte, en partie au prince de Waldeck qui s'était mal posté, en partie aux Autrichiens qui ne soutinrent pas les Hollandais. Cet exploit, glorieux pour le vainqueur, mais sans résultats importants, termina la campagne.
* Vollaire, Siècle de Lotus XV,
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n^ L'année suivante, Louis XV, dont les propositions pacifiques étaient toujours repoussdes, parce qu'on ne croyait point à leur sincérité, et que les invasions de Louis XIV préoccupaient encore touslesesprits,LouisXV marchait sur la Flandre hollandaise, quand une révo* lution éclata dans les Provinces-Unies. Est-41 vrai qu*à son entrée sur le territoire de la République, Lowendahl, suivi de vingt mille Français, ait déclaré à deux officiers hollandais que tout se faisait d'accord avec le gouvernement? On Ta dit; mais la preuve historique manque. Ce qui est certain, c'est que la prompte reddition de l'Écluse, du Sas-de-Gand, de Ilulst, sembla confirmer cette déclaration; et les partisans de la Maison d'Orange surent mettre à profit la consternation générale pour accréditer un tel bruit ^
Convaincu qu'il était trahi, le peuple demanda^ à grands cris, le rétablissement d une constitution qui avait si longtemps assuré l'indépendance et la gloire de la République. Ce fut à Tervère, dans l'tle de Zélande, que commença le soulèvement. Rassemblés en tumulte, les bourgeois invitèrent impérieusement leurs magistrats à pi*oclamcr un stathoudcr : c'était Guillaume- Charles-Henri-Frison, de cette noble Maison d'Oi*ange, qui fit trembler sur son trône le terrible fils de Charles- Quint; et dont les fastes offrent de si éclatants modèles d'Iiéroïsfne, de vertus patriotiques.
Les autres villes ayant suivi cet exemple, le prince fut installé, le 15 mai; parles États-GénérauX| comme rapilaine-général et amiral de ï Union.
I William Cuxe, Uûioire de la i/oûon d Autriche.
DK FBÉPÉRIC 11. 595
Louis XIV en 1672, Louis- XV en 1747, créèrent it4&deux stalhouderB par la terreur, et, deux fois, le peuple releva ce stathoudérat que la magistrature voulait détruire. La dernière de ces révolutions convertit les Provinces-Unies en une sorte de monarchie moins limitée, à beaucoup d'égards, que celles d'Angleterre, dé Suède etdePologne^ : . î •' • ' ?'- • '
On crut d'abord que* cet événetnent arrêterait les hostilités, et qu'un prince nouvellement élu, sans finances, sans armée, ? puisque trente mille de ses meilleurs soldats étaient prisonniers en France, s'empresserait d'accepter la paix.
Des conférences furent donc ouvertes à Bréda : le marquis de Puysieux y représentait le parti de la modération, du désintéresseïnent : aussi échoua-t-il.
A la haine nationale se joignait l'espérance du prochain secours des Russes: De plus, Marie-Thérèse et l'Angleterre s'efforçaient d'entraver un accommodement contraire à leurs vues. Aussi, pour rendre les puissances maritimes plus traitablés, le cabinet de Versailles résolut-il dès lors de porter la guerre au sein même des Provinces-Unies; et, le 2 juillet, l'armée française rem-
' Mais le prince, en se faisant donner la même autorité qa*ayait eue le roi Guillaume^ sut mieux l'assurer k sa famille; car le Stathou* dérat devint l'héritage non-seulement de ses enfants mâles, mais même de ses filles et de leur postérité. Une loi statua bientôt qu'au défaut de la race masculine, une fille serait Çtathouder et capitainegénéral, pourru qu'elle fit exercer ces charges par son mari. En cas do minorité, la veuTC d'un stathouder devait prendre le titre de gouvcriianle, et nommer un prince pour exercer les fonctions du Stathoudéral. (Voltaire, Siècle de Louis JCV,)
1^^ portait sur les alliés, non loin de Saint-Trôn, la victoire do Lawfcid. Après ce nouveau triomphe, plus sanglant que celui de Fontenoy, le maréchal de Saxe fit, au général John Ligonier, son prisonnier, des ouvertures de paix franches et cordiales : les bases en étaient, la restitution réciproque de toutes les conquêtes, et un établissement pour don Philippe, en Italie.
A ces propositions transmises au cabinet britannique, et, par lui, à ses alliés, on répondit en préparant, avec plus d'ardeur encore, les opérations de la campagne suivante.
De telles obstinations avaient besoin des leçons du champ de bataille. Bientôt Berg-op-Zoom, malgré les avantages de sa position et les merveilleux ouvrages de Cœhorn, tomba au pouvoir de l'ennemi, le 17 septembre, après trois semaines de tranchée ouverte ^ cet exploit valut au comte de Lowendahl le bAton de maréchal ' . Frédéric passait à Stettin la revue de ses troupes, quand on lui annonça la journée de Lawfeld. Transporté de joie : « Vive le roi de France! il vient de remporter une grande victoire, » s'écria-t*il'. Enfin, le 11 octobre, à Raucoux, Maurice de Saxe bat le prince Charles de Lorraine. C'était là négocier avec des triomphes.
Mais,de si éclatants avantages n'étaient suivis d'aucun
< La Fr&nce dut cet habile ^néral k la même révolution qui atait forcé KciUi el Lascy de quiUer la Russie ; l'un, pomme nous l'avcot déjà vu, s*élail allach^ k Frédéric ; l'aulre suivil les dmpeaui aulri* chiens.
* Mémoires du marquis de Valori.
DE PfU&OÉRIG II. 695
résultat décisif ; et le maréchal «de .Saxe répétait sou- 1745. vent : ce La paix est danp l^s)çsf.richt. ' » Au mois d'à- ^^^ vrily Maëstrlchtffut prii|e sous ïeç.yeux d|i,duc de Gumberlapd* . '- î /*.,//*.; ..
Msi'îe-Thérèjse était plu^/hçyreitse .en Italie, .où le sort des arxnes avait hiep changé; car 4e dél)ut4.eJl'année 1745 sembla quelque temps promettre apjx l'rfmçais et aux Espagnols, çpwhmés une brillante .campagne : .c'était l'époque où >Fi;é,déidc fajsait son u^ile diversion vers la Saxe/ eqctiainant ainsi un^ partie des forces au|richieuné8| tapdis que, de 90U côtéi le prince de Conti les qccupait vejçs 4p Rhin. Dans cette guerre, dont l'objet ^taitrjacpnquôtfid^rPai'me, de Plaisance et dp Milanais pou^ rjétabl)S8€|mentfde. don Philippe, la France n'était.qu'^uxiliaire. tCont dix piillehonimes appuyaient les prétentions de l'Espagne sur ces prpvinces.
Mais, lorsque la paix de Presde eut délivi*é une seconde fois Marie^^^hérèse du redoutable Frédéric, cette princesse fit passer de nouvelles .troupes en Italie; et, après plusieurs avi^iitages partiels, le prince de Lichtensteiù gagiia^ Je 16 juin 1746, sur le maréchal de Mailleboisetf^sui^ le .comte de Gages, la mémorable bataille de PJiaisance. Ici, comme plus tard à Rosbach^ pn engagea l'affaûre contre l'avis des deux générau^L français^ ^
C'est ainsi que l'inconstante fortune faisait expier à T^uis XV ses succès de Flandre. Dans le même temps, les Anglais descendaient j^n Bretagne; leurs escadres menaçaient à la fois Toulon, Marseille, les possessions françaises d'Amérique et d'Asie.