‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 2 sur 32 · I. JO · texte numérisé non relu

I. JO

soin de l^amener, et se pi*^4senta seul, à pied, a la poile. ciQui Ôtes-Yous? lui demanda 1 oflicier. — Botuscuàfter de V Empereur, >i répondit le ministre en autrichien. Or, 1 officier était Poméranien, et, dans la langue de son pays, un boihe est un messager. Il prit donc M. de Bentenrieder pour tel, et, bien convaincu qu'un messager de TEmpereur ne pouvait qu*étre fort honoré d'endosser ruiiiforme de soldat prussien, il Temmena. M. de Ben* tenrieder, s*apercevant du quiproquo, se laissa pourtant conduire chez le commandant du régiment, qui, charmé d'une telle conquête, se réjouissait déjà de pouvoir l'envoyer au Roi. Mais les équipages de M. de Bentenrieder étant arrivés, et ses domestiques le qualifiant d*Excellence, le commandant et l'oificier de garde furent très-honteux de leur l)évue. Ils en fu*ent leurs excuses à l'envoyé, (|ui rit beaucoup, en leur conseillant toutefois, à l'avenir, si pareille occasion se présentait, de modérer leur zèle * .

Les prêtres eux-mêmes notaient pas à l'abri de semblables mésaventures ; témoin l'abbé Bastiani, enlevé, tandis qu'il célébrait la messe, dans un village de ritalie septentrionale, et que, par la suite, Frédéric admit dans son hitimité.

Comme l'infanterie , la cavalerie était composée d'hommes très-grands; ils avaient d'énormes chevaux : inhabiles au combat et à la manœuvre, on eiH dit des géants montés sur des éléphants. Dans cette partie de l'armce, Frédéric II trouva tout à refaii*e.

I Aiétituires du baron de l\Blluilz, lomi* II.

INTRODUCTION. i47

Secondé du prince d'Anhalt, tacticien linbile, le Uoi ploya ses troupes à une discipline de fer. Les manœuvres acquirent une étonnante précision; l'uniforme, lourd et incommode jusqu'alors, fut modifié, la paye du soldat augmentée. En 1720, Frédéric-Guillaume échangea douze pots du Japon contre un régiment de dragons que le roi de Pologne voulait licencier. Depuis, on appela ce corps le régiment de Porcelaine : de là bien des duels.

Longtemps la principale force du gouvernement avait résidé dans les États, et, jusqu'au règne de Joachim- Frédéric, les Electeurs n'eurent point d'autre conseil. C'étaient les États qui accordaient les subsides, réglaient les impôts, déterminaient le nombre des troupes (on n'en levait que dans les dangers extrêmes), et les payaient. Toujours ils étaient consultés sur les mesures à prendre pour la défense du pays, comme pour les lois et la police. On les voit, sous Joachim II, dégager plusieurs bailliages sur lesquels ce prince avait contracté des dettes, et stipuler formellement que ni lui ni ses successeurs ne pourraient désormais les hypothéquer ou aliéner. Charles-Quint désirait que Joachim se rendit à la Dicte de l'Empire ; les États entrèrent en correspondance directe avec ce monarque, lui mandèrent que ce voyage leur semblait inutile, et le voyage n'eut pas lieu.

En 1628, Jean-Sigismond et George-Guillaume conférèrent avec eux : c'était relativement à la succession si litigieuse de Juliersetde Berg. Les États nommèrent alors quatre députés, qui suivirent la cour, tant pour

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lui servir de conseil que i)Our être employés à des négociations*.

George-Guillaume consulta encore les États en 1631, pour savoir s*ils trouvaient l>on que TÉlecteur flt alliance avec les SuddoiSi en leur remettant ses places, ou s*il devait suivre les drapeaux de l'Empereur.

Mais Schwartzemberg concentra en lui seul la double autorité du souverain et des États. La position de ce ministre, si la comparaison est permise, ressemblait à celle des maires du palais sous les rois de France de la première race. Depuis, les États, ne s'assemblant plus que pour régler la perception des contributions et la gestion des caisses de crédit possédées par plusieurs provinces, n'ont conservé aucune influence sur les affaires du gouvernement. A cet égard, la Silésie garda, même depuis la conquête, une partie de son ancienne constitution féodale'.

Quant au Conseil, ses attributions étaient considérables. Il se composait des ministres de la justice et des linances, de celui qui avait le département des afl*aires de l'Empire, et du Maréclial de la cour, sous la présidence d'un Stadhalter. De ce conseil émanaient toutes les sentences en dernier ressort, les ordonnances concernant le civil et le militaire, les règlements de police, les instructions des ministres employés dans les cours étrangères. L'Électeur était-il absent? Le Conseil deve-

I Frédéric, Mémoires pour servir d rhisioire de la Maison de Brandebourg.

* Malle- Briiii, (U'ograihie mathàmalique, physique et poiiiique^ loiiie IV.

Utf

unit son représentant. Il gouvernait comme un régent gouverne pendant la minorité du prince.

Dès son avènement, le Grand-Électeur, débarrassé de Schwartzemberg, ordonna la dissolution du Conseil, en affectant à chacun de ses ministres des départements particuliers. La création de deux conseillers par province, pour en régler toutes les affaires , ne fit que concentrer entre les mains de TÉlecteur un pouvoir plus absolu.

Frédéric-Guillaume, trouvant ce régime trop libéral encore, restreignit les attributions des conseillers et des ministres. Déplus, il soumit à son influence immédiate le Consistoire, où se traitaient les intérêts religieux , en lui dotinant pour président le Maréchal de la cour. Le même prince organisa un Grand Directoire divisé en quatre départements; chacun de ces départements était subordonné à un ministre d'État. La Prusse , la Poméranie et la Nouvelle-Marche, avec les Postes, formaient le premier département; l'électorat de Brandebourg, le duché de Magdebourg, le comté de Rupin et le commissariat de guerre, le second; les États du Rhin et du Wcscr, ainsi que les salines, constituaient le troisième, et le quatrième se composait de la principauté d'Ilalberstadt, du comté de Mansfeldt, des manufactures , du papier timbré, des monnaies. Sous ces départements principaux, un collège de justice et un de finances, par provinces, recevaient les instructions de leurs ministres respectifs, qui , maîtres sous son père , n'étaient plus , sous Guillaume, que des commis. Chaque jour, les ministres des affaires étrangères, de la justice el des finances,

faisaient leur rapport au Roi, qui décidait en dernier ressort. Pendant tout le règne de Frédéric^uillaume » il ne parut pas une ordonnance qui n'eût été signée de sa main, pas une instruction dont il ne fût Fauteur * : ainsi tout émanait du Roi ; une signature gouvernait le royaume.

Moyennant une redevance annuelle que les propriétaires payèrent à YÉIslI, ce prince déclara tous les fiefs allodiaux. Ce fut lui qui, voulant porter son armée au complet de soixante-dix mille hommes, organisa le système de recrutement cantonnai. Tout le pays fut divisé en cantons , et chaque régiment en eut un où il recrutait annuellement son contingent d*hommes. Le canton d'un régiment d'infanterie était de cinq mille feux; de dix-huit cents, celui d'un régiment de aiva- Icrie. En temps de paix, le régiment d'infanterie recru- Uiit trente hommes par an ; en temps de guerre , cent. S'il en fallait davantage, on prenait des étrangers. Le district ou canton était partagé en plusieurs lots , et le lot se rap|)ortait à une compagnie ; en sorte que chaque maison du pays appartenait à une compagnie. Tous les garçons, une fois Tâge et la taille atteints, devaient servir tant que l'on avait besoin d'eux. Étaient exemptés : 1* les jeunes nobles que l'on supi>osait s'adonner volontairement au métier des armes dans les grades supérieurs ; 2* les fils des ministres de la religion, et des étrangers établis dans le royaume sous la promesse de

> Frédéric II , Mémoim jtour seroir à l'hvtioire tie la J/aiiuM Je firatulebourg.

INTnOIUîCTION. ^51

cette exemption ; 3" les fils de veuves ou de l'abricatits^ et les fils uniques.

Mais ce régime avait enfanté une foule d'abus révoltants, d'odieuses vexations ; dans les campagnes surtout, le despotisme militaire s'exerçait tout à l'aise; là, point de recours, nul appel possible ^

Avec ses goûts et ses préjugés, Guillaume devait être un obstacle aux progrès de l'esprit humain» Sous son règne, les universités dégénérèrent sensiblement. Tout ce qui tenait à la cour affichait le plus profond mépris pour l'Académie des Sciences, où néanmoins Pott, Margrafl*, EUer, protestaient, par de lumineuses découvertes, contre ces dédains sauvages. Toute vouée aux armes, la jeune noblesse regardait l'ignorance comme un brevet d'honneur, et le savoir comme une pédanterie plébéienne. L'Académie de peinture cessa d'exister; les arts et leurs applications tombèrent en décadence. Vers cette époque, un chimiste, nommé Bottcher, ayant quitté Berlin pour Dresde, livra au roi de Pologne le

* Frédéric H s'elTorça d'adoucir le mode de recrutement : les hommes de haute stature ne furent plus tourmentés, et les châtiments se mitigèrent. Sous Guillaume, on n'avait tu que trop de soldats, réduits au désespoir, déserter ou mettre un terme à leur existence. Forcé, comme toutes les puissances rapidement agrandies, d'entretenir une nombreuse armée, Frédéric ne put malheureusement pas soulager beaucoup le peuple sous ce rapport. Néanmoins, une amélioration notable eut lieu après la guerre de Sept-Ans, Alors, en effet, les autorités civiles concoururent, avec les autorités militaires, aux opérations du recrutemenf. Rien ne put plus se faire sans leur appnihation; tous les ans tics oflicicrs venaient dans les cantons pour s'entendre avec les officJcrs civils. (Voyez Dolim, Denkwurdigkeiten meiner Zeitj elc. , Fails mémorables de mon temps ^ elc.)

secret de cette belle porcelaine dont la Saxe devint depuis si fière. Quant au commeixe, né à peine, ou de la veille, le gouvernement rëtouffait en suivant des principes funestes; car il cherchait moins à Tétendre qu*à réprimer les dépenses inutiles. c< Ce gouvernement tout militaire influa dans les mœurs, et régla même les modes : le public avait pris par affectation un air aigrefin ; personne, dans tous les États prussiens, n'avait plus de trois aunes de drap dans son habit, ni moins de deux aunes d'épée pendues à son côté. Le^ femmes fuyaient la société des hommes, et ceux-ci s'en dédommageaient entre le vin, le tabac et les bouffons; enfin, nos mœurs ne ressemblaient plus ni à celles de nos ancêtres, ni à celles de nos voisins; nous étions originaux, et nous avions l'honneur d*ôtre copiés de ti'avers par quelques petils princes d'Allemagne*. »

Mais ce même roi qui n'eut point de grandes vues eut des vues utiles; la Prusse lui doit l)eaucoup. Son excessive économie était une vertu nécessaire dans les circonstances où il se trouva. Ignorant, brutal, sévère quel(|uefois jusqu'à la barbarie ', mais sensé, lal>orieux,

> Frédéric, Mém. pour servir à thùt. de la Moùon de Brandebourg, * Un de ses receTeurs , éUbli à Kœnigsberg , avaii en caisse une somme considérable sans emploi actuel ; il en lira deux mille écus |)Our quelques affaires personnelles, et mil à leur place un billet o«i il reconnaissait devoir cette somme, avec l'engagement d'un Irèa-prompl remboursement. Cet homme, fort riclie propriétaire, jouissait d'ailleurs d'une excellente réputation. Guillaume arrive à l'improviste dans celte capitale, visite la caisse, voit le billet, constate le vide, el fait pendns le receveur comme dépositaire inlidèle. (Thiébaull, Mêi Sammun de vingt ans de séjour à Berlin, cic.)

Iioniiôtc homme, il mérita, sinon ramour, du moins Testime de ses sujets.

Au reste, on peut remarquer chez les premiers monarques prussiens, comme chez les premiers rois de Rome, un caractère, des principes, une politique parfaitement appropriés aux besoins de Fépoque où ils régnèrent; leurs défauts mômes tournèrent à Tavantage du pays. Ainsi, après le vigoureux gouvernement du Grand-Électeur, la vanité de Frédéric I"*, son fils, parvient à introduire la couronne royale dans sa famille ; et le caractère inflexible, l'humeur sauvage du second roi, posent les bases de la discipline militaire, en même temps que son industrieuse parcimonie, restaurant les finances, épuisées par les prodigalités du règne précédent, amasse le trésor qui permettra au grand Frédéric de prendre, dès son début, une attitude si imposante.

De bien petites causes produisent souvent de graves résultats : un jour, au siège de Tournai, dans la campagne do Flandre, Frédéric-Guillaume, qui n'était encore que prince royal, surprit deux généraux anglais se disputant; Fun soutenait que le roi de Prusse ne pourrait, sans subsides, entretenir quinze mille hommes; l'autre, qu'à lui seul il pouvait en solder vingt mille. (fhe roi de Prusse, leur dit le jeune prince, avec chaleur, en entretiendra trente mille, quand il voudra. » Et dès lors il résolut de le prouver.

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