‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 3 sur 32 · LIVRE PREHIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREHIER

Naissance de Frédéric II. — Son éducation. — Influence d'un yoyage à Dresde sur le jeune prince. — Despotisme de son père. — Tenta- Uto d'évasion découTerle; éTénements qui en sont la suite. — Séjour de Frédéric au château de Rheiusberg; sa passion pour l'étude; commerce épistolaire ayec plusieurs hommes célèbres. — Indignation que causent au Roi ces goûts littéraires. — Mariage du prince royal. — Campagne du Rhin; retour k Rheinsberg. — Le vieux roi apprécie mieux son flls ; près d'abdiquer en sa faveur, il cesse de vifre.

Frédéric-Guillaume n'était encore que prince royal , quand Marie-Dorothée de Hanovre, son épouse, donna à la Prusse, le 24 janvier 1712, Charles-Frédéric, si fameux depuis sous le nom de Frédéric II. Le Roi, son aïeul, mourut treize mois après.

A cette époque, malgré la haine de Frédéric-Guillaume pour le faste , pour les beaux-arts , pour les modes du dehors et surtout celles de France, Berlin possédait un nombre considérable d'étrangers instiiiits. Parmi eux , beaucoup avaient cédé aux pressantes invitations du feu roi; jaloux de répandre sur son trône

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l'éclat des talents; d*autres élaient des réfugiés fran* çais, victimes de leur roi, mais témoins et peintres enthousiastes de la gloire littéraire de leur patrie.

Parmi ces derniers , plusieurs furent employés à réducation du jeune prince. D*al)ord, il eut pour gouvernante madame du Val de Rocoules. Cette dame, d*un éminent mérite, avait déjà exercé la môme charge, mais sans succès, auprès de Frédéric-Guillaume, dans un temps où Frédéric I*' s'efforçait de repi-oduire Versailles sur les bords de la Sprée. Elle déposa dans Tesprit de son jeune élève le germe d'une vive et constante prédilection pour les chefs-d'œuvre de la France. Frédéric voua à cette dame la plus affectueuse, la plus fidèle reconnaissance. Chaque semaine, il allait passer une soirée chez elle, dans la compagnie d'hommes instruits, choisis^ ordhiairement par lui-môme et appartenant presque tous à la colonie française ; cette habitude , il la conserva sur le trône, tant que vécut son institutrice. Madame de Rocoules, qui ne mourut qu'en 1741, eut la joie d'assister au début de ce règne glorieux.

Le fait suivant prouve combien son souvenir fut toujours cher à Frédéric : accablé d'infirmités, et près de mourir, ayant appris qu'une ancienne amie de sa gouvernante vivait encore, il lui écrivit une lettre remplie de bienveillance, en y joignant un présent*.

Parvenu à sa septième année , Frédéric reçut pour

> DenkwurdigkHUn wuitur Zêit, oàn Btitragê sur Gê$€kickiê vom UUen Viertel de$ aehzeknten umà twm Anfimg dêi nêumieknUn Jarkrkunderii, 1778 bii 1806, von GirUliau WiUlcIm von MiMin. • FaiU

gouverneur le comte Albert Conrad de Finckenstein, et pour sous-gouverneur le colonel de Kalckstein. Le premier avait honorablement commandé le contingent prussien aux batailles de Blenheim et de Malplaquet ; c'était un probe et brave militaire , mais sans une grande portée d'esprit. L'autre, si Ton en croit la margrave de Bareith , s'adonnait particulièrement à l'intrigue : w II affecte beaucoup de dévotion et môme de bigoterie; il ne parle que d'être honnête homme, et a su éblouir bien des gens qui l'ont cru tel. Son esprit est souple et insinuant; mais il cache, sous tous ces beaux dehors , l'âme la plus noire. Par des rapports sinistres, qu'il faisoit journellement des actions les plus innocentes de mon frère, il aigrissoit l'esprit du Roi et l'animoit contre lui ^ »

Fort heureusement, ces deux mentors n'eurent pas seuls à diriger l'éducaljon du jeune prince : un réfugié français champenois. Du Han, remplit auprès de lui l'office de précepteur. Il avait servi quelque temps dans les troupes prussiennes; cette considération détermina principalement le choix de Frédéric-Guillaume. Du Han aimait beaucoup à contredire; on a voulu voir là l'origine de cet esprit de dispute et de scepticisme si fortement caractérisé chez Frédéric '.

mémorables de mon temps, ou Supplément à Thistoire du dernier quart du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuyièmc, de 1778 à 1806, par Christian-Guillaume Do/im, 4« yolume. »

* Mémoires de Frédérique-Sopliie-Williclmine de Prusse, roargave du Dnrciili.

• Denina, Essai sur la vie et le règne de Frédéric IL

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