‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 27 sur 32 · PIÈCES · texte numérisé non relu

PIÈCES

On peut consulter aussi à^ce siyel les OEuurêi politiques du eomU de Uertzberg, tom. I.

(B.) BuEG en allemand signifie castellum, fort, forteresse; et burggrave^ commandant ou chef d'un fort, ayant pleine juridiction, par ordre de rEai|>ercur.

« l^s hurg-graves commencèrent sous les OUions; ils étaient dans un fort et le district appartenant, ce que les comtes palatins étaient dans de grandes provinces. Ils devinrent héréditaires et indépendant! comme les autres, et les hurg-graves de llagdebourg et de Nuremberg siègent dans le collège des princes. Jadis leur destination était principalement de gouverner le temporel dans les évéchés, de condamner et d'ordonner aux jugements criminels, ainsi que de défendre l'évèché fmr les armes, contre les invasions des voisins.

« Mark, ancien mot allemand, signifie frontière ^ et mark-grave^ prœses provinciœ limitaneœ. Les mark-graves étaient des princes qui jugeaient des frontières, et qui surtout les défendaient. Quelques-uns d'entre eux devinrent indépendants, et aujourd'hui mark-grave signifie un prince qui est investi d'un margraviat. Ils sont tous souverains depuis qu'on connaît des fiefs en empire. Ils siègent tous au hanc des princes; ils sont tous de la plus illustre naissance. Un préjugé, que presque tous les historiens ont adopté, est de traduire niurk-grave par marquis : do là est venu le sot propos, en parlant du roi de Prusse, que le marquis de Brandeliourg a foudé une monarchie. Les princes do Huhciizollern, souverains aussi anciens que les archiducs d'Autriche, succédèrent aux mark-graves de Brandebourg» qui étaient, dans leur princiite, plus puissants que tous les marquis réunis : et, lorsque les ducs de Prusse devinrent rois et fondèrent leur puissance actuelle, ils étaient souverains de la Prusse, de la Puméranie, et électeurs de toutes les marches de Brandebourg. Le premier roi de Prusse battit Charles XII, et avait trente mille hommes de troupes.

« Comparer un prince aussi puissant à un marquis qui n'a que des fermes et un procureur fiscal dans son village, tandis que l'origiiie des marquis et des mark-graves, le mut lui-même, et leurs qualité» mmi totalement diiïércnts, ce st'rait comparer Théodure de NeuliolT, mi de Ciir^s à LnuisXV, roi de France.

« (Uunme il n'y a |ms de mot français |H)ur traduire mark-grave.

JtJSTiFiOAtiVES. 495

' on n*a qu'à consenrer le mol allemand, tout comme l'électeur imlatin conserYC le mol de marquis de Berg-op-Zoom dans ses litres, et ne le traduit pas par mark-grave; ce qui serait absurde.

« Il n'y a point non plus de mot français pour exprimer landgrave ; et Ton dit en français landgrave, comme l'on dirait mark-grave.

« Avant le onzième siècle, on ne connaissait pas la distinction de landgrave et de comte; ils étaient juges et administrateurs d'une province, et ils devinrent souverains. Ceux d'Alsace et de Leiiclilemberg entrèrent dans le collège des princes, ceux de Kleygau et de Slulingen dans le collège des comtes. Us sont éteints aigourd'hui. Les landgraves de Thuringe reçurent, par Tinvestilure de Lothaire II, en liSO, la pleine souveraineté. Ceux de Hesse sont aujourd'hui des princes puissants.

c II y avait jadis des nobles possédant la charge de Voigt ; ce mot allemand signiOe prœfectus en latin, président d'un district; et celle charge èlail une illustration. Quelques-uns d'entre eux ont été inveslii de districts dont ils étaient présidents ; et l'ancienne famille de Hunolstein oonserve encore ce liU*e. L'alnéde la famille s'intitule Voigt-von Hunolstein, quoiqu'il soit seigneur et gentilhomme immédlot des terres.dont ses ancêtres étaient présidents. • ( Abrégé du droit fmblie d^AUemagne^ par le comte de Schmetow de Holdorp ).

(C) Si Ton étudie attentivement la véritable étymologie du mot hanse, on demeurera convaincu qu'il faut écrire Kanséatique, et non anséaiique. Consultez-vous le haut allemand ? vous y trouvez hamely; le danois vous offre honise; le vieux français (Statuts de Paris), hanser; <et partout ce verbe exprime la contribution que l'on paye pour obtenir en retour la permission de vendre des marchandises dans une ville à ^quelle on est étranger, les premiers frais que coûte l'admission dans une corporation, etc. Employé dans plusieurs acceptions diverses, tel droit d'entrée ou de réception, par exemple, indication de la corporation de ceux qui avaient hanse^ etc., le substantif J/onse s'est naturellement appliqué à la fédération de plusieurs corporations pour maintenir mutuellement leurs monopoles, leur droit décrue.

Quelques auteurs insistent sur d'autres élymologiet, mais les savantes considérations que contient k ce sujet le Ghsiorimn de Dueange^ et l'opinion de Malle-Brun me semblent dissiper tous les doutes.

La Uan$e ieutonique ne prit pas naissance h une époque déterminée

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cl simultanément. Ce fut l'œuvre du temps et des cireonstances. Dès le milieu du dixième siècle, Il se forma probahlement, entre plusieurs villes de la liasse-Saxe, des ligues particulier. Dans le onxième siècle déjà, nous voyons Brunswick ei Magdebourg être chacune le centre d'une confédération de même nature.

De 1160 k 1170, Lubeck, redoutant le duc Jlenri le Lion, forma une confédération commerciale et défensive, et avec Hambourg une alliance intime, en 1241. De son côté, Brème préparait aussi la grande liatuê. Enfin, nous voyons, depuis le neuvième siècle, Cologne k la tèle d'une confédération que les incursions des Scandinaves et Normands par le Illiin avaient sans doute rendue nécessaire. Quelquefois celte confédération est appelée la Hanse occidentale, tandis qu'on nomme celle des villes sur l'Elbe et la Ikiltique, Hanse orientale^ et les habitants el com* mer^ants, osterlings, de ost, orient.

Les premières tentatives de réunion des deux corps eurent-^lles lieu de 1200 k 1210 ? Tel est l'avis de Bertius. Ce qui est très-probable, c'est que la Hanse en général ne se développa et ne s'aflermil que vers le milieu du treizième siècle. Au reste, c'est depuis lu grand interrègne d'Allemagne (de 1250 k 1273} que les villes hanséaliquet jouèrent un rôle dans toutes les grandes affaires publiques. 11 faut distinguer entre celles qui avaient droit de voter aux assemblées générales ordinaires, et les villes soit associéi'â, soit subordonnées. îjt nombre des premières fut de soixante-dix k quatre-vingts; celui des autres varia.

La Hanse se composait de villes contributiomudres, participant h toutes les dépenses communes, et de villes annuisUs, ne payant qu'une rétribution annuelle et invariable. Les premières votaient seules dans les assemblées générales et ordinaires qui revenaient tous les Imis ans, et où l'on prononçait sur des intérêts communs; les secondes n'avaient de voix immédiate que dans les assemblées de fudrlttr» ou bien dans les assemblées générales extraordinaires, lorsqu'on avait k reoouvêler le pacte de fédération. On comptait quatre quartiers : I* Lubeck, comprenant Hambourg, Brème, Luneliourg, Wismar, Roslock, Stralsujul et quelques autres citées appelées vamtaiitiues:^ Brunswick, comprenant Magdelxmrg , Brandebourg, Hildesheim, Hanovre, Eiinbeck, (iaatiiig et autres villes que leur situation, par rapport k Lubeck, faisait nommer trans-vandaliques; 3* A Dantiick se raUachaient les côtes orientales de la mer Baltique, et les villes de Thom, Elbingt

JUSTtFICAttVRS. 49ti

Kfcnigsbcrg, Higà, Hctâl, NatVft; aûlérièufemenl Wisby sur nie dé Gotlande, etc. 4* Danà lo qUalrièiito ^[uartièr étaietil renfermées toutes les villes de Tancienne Hanse oeeidêfUale^ comme If unster, Osnabruck» Dorlmund, Nimègue, Detenier, Grœnih^, Caiâpen, Dordredit, et plusieurs cités westphaliennes et hollandaises^ à la tète desquelles figurait Cologne» la seconde en rang parmi les (fuatre métropoles.

De plus, la Hansê atait gnoirs grandi tùnipMrë : i« Nowogorod, pour la Russie t S» Berghen, en Norwége ; d^ Londres ; 4P Anvers. D'autres comptoirs furent établis à Stockholm, h, Cadit, à Bordeaux/ etc. ; c'étaient de vraies colonies.

Lubeck était k la tète de Ce vaste eorps, asset puissant pour équiper des flottes et des armées. Presque tout le commerce du monde lui appartenait. Son influence dans le Nord était plus grande que celle des Empereurs. Après avoir aidé Gustave l^asa k soulever la Suède contre Christian II, ces rois-marchands soutinrent ensuite en Danemarck la cause de ce tjrran. Leur politique, d'abord purement défensive et généreuse; he résista point k l'épreuve de la prospérité ; un esprit vénal oppressif et punique la flétrit.

Charles-Quint ne voyait f^as la Bénse sans ombrage s pour lui porter dés coups mortels, il protégea de tous ses efforts le commerce des Pays-Bas.

Vers la fin du seizième siècle, tout annonçait la ruine prochaine et lotale de la Hanse. Le mal alla toigours en empirant. Aqjonrd'hui, il ne reste plus qu'un nom et trois ombres, Hambourg, Lubeck et Brème.

Voyez Alberti Krantzii iSdccom'o, lib. i2, cap. i ; — - Werdenhagen, De rebuspfêhHcis hanseat.i part. 3, cap. i2; — -Lambecius, Orig. Hamhurg,, lib. i; — Berlius, Comn. réf. German,, part. 3; — Malte- Brun, Giùgraph, math., etc., tomeV. Pour plus dé détails encore, le lecteur pourra consulter, Pontanus, Histor. Dame, lib. 8 ; — et Chylrœus (dont le véritable nom, si l'on en croit Grénius, était RocKhaff),

(D) Dans le triste inventaire du règne de Charles IV, on s'étonne de rencontrer la BuUe d^or, acte mémorable qui, jusqu'k nos jours, a été la loi fondamentale et comme la constitution de l'Empire germanique. Sans la connaissance de ses principales dispositions, il ne serait même pas possible de bien comprendre l'histoire des cinq derniers siècles.

La BuUe â^or fut publiée, eu i35S, k la Diète de Nuremberg. On «Il

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ttUriliue le préambule à Bartkole : ce lerail pour la mémuin: de ce célèbre jurisconsuUe ua assez pauvre titre d'iionncur. N'esl-il paa curieux do trouver là un sermon pathétiquement ridicule contre les sept |>écliés mortels? « Charles, par la grâce de Dieu, empereur des liomuiiis, toujours auguste, et roi de Bohême, à la mémoire perpétucllu de lu chose. Tout royaume divisé eu soi -méuiu sera désolé; ul. parce que les princes se sont faits compagnons de voleurs, Dieu a répandu parmi eux un esprit d'étourdissemcnt et de vertige, afin qu'ils marchent comme à tâtons en plein midi, de même que s'ils étoient au milieu des ténèbres; il a ôté leurs chandeliers du lieu où ils étoient, afin qu'ils soient aveugles et conducteurs d'aveugles. Et, en eflet, ceux qui marchent dans l'obscurité se heurtent, et c'est dans la division que les aveugles d'entendement commettent des méchancetés. Dis, Orgueil, comment aurois-tu régné en Lucifer, si tu n'avois appelé la dissension h ton secours ? Dis, Satan envieux, comment aurois- tu cliassé Adam du paradis, si tu ne l'avois détourné de l'obéissance qu'il devoit à soo Créateur ? Dis, CoI^re, comment aurois-tu détruit la république romaine, si tu ne t'étois servi de la division pour animer Pompée et Jules à une guerre intestine l'un contre l'autre? Dis, Luxure, comment aurois-tu ruiné les Troyens, si tu n'avuis séfiaré Hélène d'avec son mari? Mais toi, Knvie, combien de fdis l'os -lu eflbrcée de ruiner par la divisioo l'empire chnHien que Dieu a fondé sur les trois vertus théologales, U Foi, rEs|>éraiice et la Charité, comme sur une sainte et indivisible trinilé, vomissant le vieux venin de la dissension |Mirmi les si*pt électeurs, qui sont les cohinni^s et les sept principaux membres du Sjiinl- Empire, et iMir l'éclul desquels le Sainl-Kuipire duil être éclairé comme par sept llanibeuux, dont la lumière est fortifiée pur les sept dons du Suint-Esprit? C'est iNiurquoi, etc., etc.» (Ilistuire de V Empire^ par lleist, tome 3.)

Voilà un échantillon de l'éloquence du temps.

Il y eut donc sept Électeurs, en l'honneur des sept dons du Saint- Esprit et des sept chandeliers de l'Apocalypse. Sur les sept, trois de^ valent être ecclésiustiques et quatre séculiers. Les électeurs palatins furent investis du droit déjuger les causes personnelles des Empereurs. On drelarail les Ëleiieurs égaux aux rois et leurs privilèges inviolables. Ils rendaient la justice souverainement, et prononçaient en dernier russort. Défense était faite aux sujets de guerroyer entre eux, de piller ou de se conf(*drrer, muis le ronsi^nteuiont de leurs souverains.

JUSTIFICATIVBS. 497

Qiianl nu cérémonial prescrit pour le couronnemeiil do l'Empereur, ce code bizarre porte Tempreiale du siècle : on j voit des souverainsdomestiques gouverner li la fois des peuples et descendre aux fonctions serviles d'échanson, d'écuyer-tranchant, etc.

On conserve à Francfort Voriginal de laBuUdcTor. C'est une espèce de registre formé de plusieurs caliiers de parchemin, sans reliure ni couverture, traversé, par le milieu, d'un cordon d'or dont un sceau d'or rattache les deux bouts. Ce sceau est creux ; d'un côté il porte la figure de Charles IV, avec l'exergue : Carolus IV, Rom. Imp. semper AugusiuSf Rex Bohemiœ; de l'autre, une forme de porte de ville, avec ces mots au milieu : Aurea Roma. Les cak'actères sont assez lisibles, mais peu corrects. La BuUê dPor^ ainsi appelée à cause du sceau et du cordon d'or, est renfermée dans une botte de bois carrée.

(E) « Frédéric-Guillaume avait toutes les qualités qui font les grands hommes, et la Providence lui fournit toutes les occasions pour les déployer. 11 donna des marques de prudence dans un âge où la jeunesse n'en donne que de ses égarements; il n'abusa jamais de ses vertus héroïques, et n'employa sa valeur qu'à défendre ses États et secourir ses alliés ; il était prévoyant et sage, ce qui le rendait grand politique ; il était laborieux et humain, ce qui le rendait bon prince ; insensible aux séductions dangereuses de l'amour, il n'eut de faiblesse que pour sa propre épouse ; s'il aimait le vin et la société, c'était cependant sans s'abandonner h une débaudie outrée; son tempérament vif et colère le rendait sujet aux emportements; mais, s'il n'était pas maître du premier mouvement, il l'était toujours du second, et son cœur réparait avec abondance les fautes qu'un sang trop facile à émouvoir lui faisait commettre. Son âme était le siège de U vertu; la prospérité n'avait pu l'enfler, ni les revers l'abattre. Magnanime, débonnaire, généreux, humain, il ne démentit jamais son caractère; il devint le restaurateur et le défenseur de sa patrie, le fondateur de la puissance de Brandebourg, l'arbitre de ses égaux, l'honneur de la nation, et, pour le dire en un mot, sa vie fait son éloge. » (Frédéric 11, Mémoires fiour servir à Ihistoire de la Maison de Brandebourg,)

(F) Quand les électeurs de Brandebourg prirent le titre de rois de Prusse, et que toutes les puissances de l'Europe, hormis la France pendant quelque temps, et l'Espagne, leur reconnurent cette qualité»

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le pape Clément XI s'eflbrr« d'«rnier lous les princes conire r« tion du fnarquis de Brandebourg. « Etti nobi9 pmuamm Ht, inandailil au roi de France, dans son bref du J 6 avril 1701, Majesiatêm TWori nuUo modo probare contilium, deterrimo in chriiiiima repMica exfflij^, a Friderico marchione Branddmrgienêi miceptum, dum regium noinai [niblice usurpare prœëumpxil^..., faclwn Aujuitiux/i apoêioUc^ rum sanctionwn dispositioni conlrarium, et hujm saneim têdù owclaritati injuriosum :.... «r quo icilicet sacra regalis dignitoi ah homim acatholico, non sine Ecclesiœ conlemptu^ assumitur; et quidem marckio se regem dicere non dubilat ejus partis Prussim qum ad militarem Teutonicorum Orditiem antiquo jure pertinet ; nos rem silentio prœiêrire nonpossumus, ne muneri nostro déesse tideamur,,,, Expeiimm, nt videlicet regios honores iUi tbibuas qui illorum numéro nimis incauiê se junxit^ quos increpat simul et reprobat sermo ilU divinus : Ipsi regnaverunt^ et non ex me ; principes exsiiterunt, et non cognovi,... >

Inlerrogez-vous les Orationes consistor. démentis XI? yous enlradez ce ponlife, rendant compte de cet événement au collège des cardinaux, dire «que le margrave Frédéric s'est arrogé le litre de Roi d'une manière impie et jusqu'à présent inouïe chez des Chrétiens, étant aaseï notoire qu'aux termes des lois pontificales, un prince hérétique devail bien plutôt |)erdrescs anciennes dignités qu'en acquérir une nouvelle.*

Durant toute sa vie, le grand Frédéric ne fut, sur l'almanacli pontifical, que le marquis de Brandebourg, et le prince Henri, que In frère du marquis. (Voyez Charles Villcrs, Essai sur l'esprit et Cinfluence ée la ré formation de Luther.)

« On trouve dans les Archives un mémoire raisonné qu'on attribue au P. Vota, jésuite; il roule sur le choix des titres de roi des Vandales ou de roi de Prusse, et sur les avaulages que la Maison de Brandebourg retirera de sa niyauté : on crut même que c'était ce jésuite qui avait inspiré à Frédéric III l'idée de celle nouvelle dignité. On s'abuse d'autant plus que sa société ne pouvait prendre aucun intérêt à l'agrandissement d'un prince protestant. Il est plus naturel de croire que l'élévation du prince d'Orange et les espérani-es d'Auguste de Seie avaient donné de la jalousie k Frédéric 111, et excité en lui l'émulation de se placer sur un trône, à leur exemple : ou se trompe loi^ours si l'on dicrclie hors des passions et du cœur humain les principes des actions des homnits.

JUSTIPIGÀTIVES. 409

« Gc projet était fi difficile} dans son exéculioD, quMl parut chiniérique au conseil de rÉIecteur. Ses ministres Danckelmann et Fuchs se récriaient suf la frivolité de l'objet, sur les obstacles insurmontables qu'ils prévoyaient à le faire réussir, sur le peu d'utilité qu'on devait s'en promettre, et sur la pesanteur du fardeau dont on se chargeait par uqe dignité onéreuse à soutenir, qui, dans le fond, ne rapporterait que de vain^ honneurs : mais toutes ces raisons ne purent rien sur l'esprit d'un prince amoureux de tes idées,' jaloux de ses voisins, et avide de grandeur et de magnificence.

ç Danckelmann data sa disgrâce de ce jour ; il fut envoyé à Spandaw dans la suite du temps, pour avoir montré la vérité avec trop peu d'adoucissement à uAe cour corrompue par la flatterie, et contredit un prince vain dans l^s projets de sa grandeur. Heureux sont les princes dont les oreilles moins délicates aiment la vérité, lors même qu'dle est prodiguée par des bouches indiscrètes ! mais c'est un effort de ver^u dont peu d'hommes sont capables.

ff A la faveur de Daockelmann succéda un jeune courtisan, qui n'avait de inérite qu'une connaissance parfaite des goûts de son maître; c*était le baron de Golbe, depif is comte de Wartemberg. Sans avoir ces qualités brillantes qui enlèvent les suffrages, il possédait l'art de la cour, qui est celui de l'assiduité, de la flatterie, et en un mot de la bassesse : il entra aveuglément dans les vues de son maître, persuadé que servir ses passions, c'était affermir sa fortune particulière. » (Frédéric, Mémoires pour servir à l'histoire de la Maison de BranddHmrg.)

(H) Voici ce qu^on lit relativement à ce jugement dans les i4re^tt;«f patriotiques de Moser, tome II, pages 161 et suiv.

« Il çer^it k souhaiter que, jpour l'hooneyr de rh,un)[anité ,el des ju^ef , on rendu public le rapport adressé au )Roi sgr fielf^ affaire par IfSf membres de la çomn^ission. Quçj^t à prénent nouf saTpjjis seulemeat qu'ils condamnèi;ept le jeune homme aux galères (Pestfângs f>au). liais celte décision ne contenta pa^ la fureijgr du lloi, qyif mentant f ue d^ KaU lui survivrait et se yejrraii ç^tjiA^ amplcgni^nt fé^p^ffipaé de fçs souffrances, changea ainfi i'iir^t :

« Sentence du lieutenant de Ratt.

a Sur le procès du lieutenant de Katt, un conseil de guerre, nommé

liOi) PIÈCES

« par le Hoi, l'a condamné aux galères, quoiqu'il soii «on/btna fl con- « viclu»^ coupable de son propre aveu. Sa Majesté ne conçoit |»as coui* « inenl on a pu |)orlcr une sentence si extrêmement douce pour un crime « si terrible , cl elle voit par là qu'elle a peu de fonds à faire à l'ave- « nir sur la lidélilé > de ses ofliciers et de ses conseillers. Sa Majetlé « a aussi fuit ses classes et appris le proverbe : Fiai justitia^ ei ptrmU « mundus! Mais, aiin que personne n'ait à l'avenir un9 audace pn- « reille, et qu'il ne puisse pas dire que, puisque celui-ci en a été quille tf pour si peu, il en devrait tMre de mémepuur lui. Sa Majesté se trouve « obligée de prononcer elle-même la sentence, et de faire un exemple « de justice. Et, quoiqu'un pareil criminel de lèse-m^esté, comme « celui-ci, étant surtout des ofliciers de l'armée, qui devraient loua « être ûdèles à Sa Majesté, et en particulier du corps des gendarmes» a auquel la garde de la vie de Sa Majesté et de la Camille royale est « confiée, n'eût que ce qu'il mérite, si on le faisait tenailler avec des « tenailles ardentes, et ensuite pendre ; Sa Migesté a mitigé une jia* « reille sentence, par égard pour sa famille, et prononcé de droit qu'il « sera décapité. Berlin, le deux novembre mil sept cent trente.

« FaÉD^ai(>Cuii.i.AuiiK. •

{Ij Première lettre du Roi à Millier :

« Ué\érend umé et féal,

« Jr îw vous connais point, mais on m'a dit beaucoup de bien île Vdus. (hi m'a assuré «lue vous étiex un ecclésiastique pieux, liounèle, et un bon minislre de la fiarole de Dieu. Comme donc vous allei à Knslrin, à roccasioade l'exécution du lieutenant de Katt, je vous ordonne, après celte exéculion, d'aller trouver le prince rojral, de raisonner avec lui, et de lui représenter que quiconque abandonne Dieu (*sl aussi abandonné de Dieu; et que, lorsque Dieu a abandonné uo lioMinie el lui a relire sa grAce, cet homme est incapable de faire le birn ft ne i>eul plus faire que le mal. Vous l'exhorterez à rentrer en luiméiiii*. et à demander pardon à Dieu des grands péchés qu'il a commis cl (huis li*s<|iiels il en a entraîné d'autres, un desi|uels vient d'être iHiui

I Ttiiis h's iltf4|hiios nummenl liJtfliiv ruU'iMtnet aveugle à laura

( iVo/f Jm rMocfrtir aUemtuné. )

par la perte de sa TÎe. Si alors vous troufez le prioce royal coolril et humilié, tous rengagerez k tomber à genoux avec vous, ainsi que les officiers qui sont auprès de lui, et à demander pardon à Dieu avec des larmes de repentir. Mais il faut agir avec prudence et circonspection, car le prince est rusé, et vous aurez soin d'observer attentivement si ce qu'il fera part d'un repentir sincère et d'un cœur vraiment contrit. Vous lui représenterez aussi, d'une manière convenable, quelle est son erreur de croire que les uns sont prédestinés k une chose, et les autres à une autre, et qu'ainsi celui qui est prédestiné au mal ne peut faire que du mal, comme celui qui est prédestiné au bien que du bien; et que par conséquent on ne peut rien changer aux événements qui doivent arriver : erreur funeste, surtout en ce qui concerne notre salut. Or, comme j'espère que la circonstance actuelle et l'exécution qui vient de se faire sous ses yeux lui toucheront et attendriront le cœur, et le conduiront à de meilleurs sentiments, je vous charge, sur votre conscience, de faire tout ce qui est humainement possible pour représenter au prince toutes CCS choses, et particulièrement ce qui a rapport k la prédestination, pour le convaincre par des passages de la Sainte-Écriture qui prouveront clairement ce que vous avancerez. Et, comme il a l'esprit subtil, vous aurez soin de faire à ses objections des réponses courtes et laconiques, mais solides et décisives. Il faudra aussi l'amener k cette discussion, insensiblement, et d'une manière convenable, comme j'ai dit plus haut. Si vous trouvez que le prince soit content de votre conversation, qu'il écoute vos bonnes instructions et qu'elles passent jusqu'à son cœur, vous resterez k Rustrin et vous vous rendrez régulièrement lous les jours auprès du prince royal, pour travailler k réveiller sa conscience, et opérer en lui une conversion sincère. Mais, si vous voyez qu'il vous est impossible de gagner sa confiance, vous partirez après m'en avoir informé par écrit, et vous me rendrez compte de vive voix de ce qui se sera passé quand vous serez de retour à Berlin. Mais, si son cœur est toudié et repentant, vous me l'écrirez aussi, et vous resterez avec lui.

« Je suis votre affectionné Roi,

Fri^déric-Guillaumb. »

VoanterhaasoD, le I noTembre 1780.

Héponses de Millier :

«* Je remeriie très-humblement Votre Mi^estéde la confiance qu'elle

daigne avoir en moii et j'ai Thoaneur de l'informer que leprineen^al a été Irès-afleclé de l'exéculion qui s'est faite ai^ourd'hui, au point de tomber en faiblesse, et que, pendant tout le reste du jour, il n'a pu •• remettre de TeiTroi et de la terreur qu'il a ressentis. A deux heures de Taprès-midi, je me suis rendu auprès de lui, et j'ai été obligé d'y rester jusqu'à cinq heures. A sept heures, il m'a fait encore appeler. Gomme le lieutenant de Katt, qui s'est préparé k la mort d'une manière exemplaire, m'avait chargé, quelques instants avant son exécution, de mettre quelques notes manuscrites sous les yeux du prince, ce dernier a reconnu la vérité de tout ce qu'elles contenaient, protestant qu'il avail été touché, dès le commencement, d*un repentir sincère, et disant qu'il pensait que Voire Majesté n'en avait pas été informée, puisqu'elle avail ordonné qu'on le fil assister h cette cruelle ekécution, quoiqu'il se fût reconnu fils coupable et quoiqu'il fût soumis k la volonté et êux ordres de Votre Migeslé. En conséquence, je resterai encore ici selon lee intentions gracieuses de Votre Ui^esté et j'y attendrai ses ordres. •

KttiUiD, le 7 novembre 17 M.

t Par la grâce de Dieu, les desseins de Votre Mijesté sur le prince royal ont réussi, au poinl qu'il reconnaît maintenant que ses pécliés soûl beaucoup plus grands qu'il ne l'avait cru auparavant, et qu'il prie humblement le Seigneur Dieu de ne ]io1nt entrer en jugement avec lui. Il reconnaît que sa conduite a été fort répréhensible lors de l'intctrogaloire que lui a fail subir la commission nommée à cet effet, cl il pense que si, au commencemeni, on lui avail fait parler par un seul homme, d'une manière plus douce et sans employer les duretés eC lee menaces, il n'en sérail pas venu aux extrémités dont il se repent maintenant. Il remercie aussi Dieu et Voire Majesté de l'humiliation saintaire qu'on lui a fait éprouver, et il est prél à se soumettre aux ordreà et il lu volonté paternelle et royale de Votre Migesté, si ses humbica prières ne sunl pas suffisantes. Or, comme notre divin Sauveur a dit : « Tu seras jugé par les propres |»aroles, • je supplie très-humblemeni Vulru Majesté d'ouvrir son cœur paternel k la bonté et à la miséricorde à l'égard du prince noul, et de le lui faire biculAt savoir, de peur que la grande tristesse dans laifuelle il est plongé ne le fasse périr à la liu. Ntisentrelieiib roulent maintenant sur des points de religion, et, puisque Dieu a incliné vers moi le oeur du prince royal, j'espère qu'il éoo«Aera

en tous points mes inslrucltons. Dans l'espérance que Votre Mi^esté daignera exaucer ma prière, je suis, etc. •

Le 8 novembre, dans U matinée.

« Depuis le rapport que j'ai eu Thonneur d'enroyer hier à Votre Majesté, voici ce qui s'est passé de nouveau.

« Hier matin, le prince royal a commencé de lui-même à faire tomber la conversation sur la prédestination absolue et sur le fanatisme, et après dîner il m'a exposé ses sentiments aGn que j'y répondisse. J'ai tâché de les réfuter entièrement, et de lui donner, par les Saintes-Écritures, des preuves claires de l^ordre et des conditions de la prédestination, ainsi que de la grâce générale. Il a été singulièrement frappé, entre autres, du passage delà seconde épitre de saint Pierre (chap. ii, V. 7), où 11 est dit que « Dieu a aussi racheté ceux qui sont condamnés. » Il n'Svait jamais lu ce passage. Il prouve clairement que rintention de Dieu est que même les plus méchants d'entre les hommes soient sauvés, et que, s'ils se damnent, eux seuls sont la cause de leur damnation, et non pas Dieu. Après cela, je lui citai le passage de l'épitre de saint Paul à Timothée (chap. xi, v. 1,6), et je développai toute la force de l'argument qu'il contient; Il ne m'a répondu que par quelques comparaisons. Il me dit, par exemple, que, lorsque les roues d'une montre étaient arrangées, elles ne pouvaient aller autrement que l'arrangement ne le comportait. Â quoi je lui répondis, en peu de mots, que cette comparaison ne prouvait rien, parce que, les roues d'une montre n'ayant ni intelligence ni volonté, ne peuvent par conséquent s'opposer h rien. Il tira ensuite une autre comparaison du feu, qui a nécessairement le même efTel sur tout le bois de la même espèce. Je lui répondis: « Mai^ si auparavant t>n trempait un morceau de ce bois dans «l'eau, la force du fèu n^aurait plus le même effet surlui.» Jelui opposai moi-même une comparaison de la même espèce, pour lui montrer clairement comment on fait son salut. «Supposons, lui dis-je, que deux « hommes soient tombés danslesTossés du clhàteau, et qu'on leur jetât « k l'un 'etlt fautre une corde, «n leur disant de la prendre, et les as- « surant qu'on les sauverait par ce moyen. ¥)i Ton voulait saisir cette « corde, et que l'autre refusât de le faire, n^est-il pas clair quc'ce'denrier « seraK lui-même la cause de sa perte?» Le prince répliqua : « Luther « lui-même a cru au décret absolu; pourquoi <id>andonnes-vous ladoc- « Inné deLulherf » 9e répondis d'abord que Luther n'est pas la règle

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de notre foi, mais bieo la parole de IHeu; ensuile que ce i réconnu à la fin les principes que nous enseignons, qu'il y a aussi dans l'église réformée un nombre considérable de docteurs qui rejettent le décret absolu, comme une erreur grossière M dangereuse, et qui admettent la grâce générale ; pourquoi Votre Altesse Royale veut-elle s'écarter de ces sages docteurs? t C'est vrai, répon- « dit-il, et cela mérite réflexion; je sais, entre autres, que Noltéuîua « admet la doctrine de la grâce générale. •

t Après cela, il me dit qu'il était trop faible pour pouvoir continuer, tant il se ressentait encore de l'altération violente qu'il avait éprouvée. - Lorsqu'il fut remis, il me dit : « Je n'aurais jamais cru que les LutliA* « riens eussent enseigné une telle doctrine. Gela me fait voir encore que « ce n'est pas la fatalité, mais moi seul qui suis cause de la mort de KaU « et de mon propre malheur. • Je lui répondis qu'il était dans le droil chemin, puisqu'il reconnaissait sa faute et qu'il en sentait toute la gravité; mais qu'il fallait qu'il se mit dans les dispositions nécessairee l>our que Dieu le conduisit k un vrai repentir ut au changement complet de son cœur et de ses actions; que pour cela il devait implorer la bonté de Dieu par de ferventes prières, en lui demandant pardon de ses grands péchés; invoquer ardemment le Saint-lùtprit pour qu'il daiguàt changer son cœur; et que par là s'accompliraient en lui les desseins de Dieu et de Sa Migesté. Il répondit : « J'y consens de tout moa « cœur, pourvu que je puisse encore espérer d'obtenir miséricorde, el « que Dieu veuille encore entrer en compte avec moi dans cette vie. » Je répondis que Dieu lui faisait ressentir sa colère afin de le porter à implorer ses grâces. Il répondit: t Je le crois aussi, mais je crains de t ne pouvoir jamais rentrer en grâce auprès du Roi; car il ne me par- « donnera jamais mes fautes, ou du moins jamais entièrement, eC il t en conservera toujours le souvenir, parce que je l'ai trop irrité.— Ne « croyez pas cela, lui répliquai-je, car Dieu a porté le cœur du Roi à « faire cette justice, afin de vous conduire k de justes sentiments, el à « un changement de vie constant et sincère. On n'a pas dessein de « faire pi^rir un arbre de l>ellu espérance lursqu'on en coupe unebraat che, et qu'on en retranche tout ce qui pourrait s'opposer à son ae- « croissement et à sa fécondité; de même aussi, le Roi ne veut poini « vous |>erdre. — J'ai bien de la p<*ine li le croire, répondit le prinee, « rar il ne me donne aucune marque de ses bontés, quoique je les m- « plure cl les ailendc depuis longtemps. » Je tâchai de le tranquilliser

en lui disanl : « Une preuve que le Roi oe f eut point votre perte, mais ff seulement votre conversion et votre amendement, c'est que, pre- « mièrement, il a fait exécuter de Ratt sous vos yeux, afin de vous « porter à des réflexions sérieuses; secondement, qu'il vous a soustrait « au tribunal séculier, et qu'il m'a permis, k moi, ministre de la pa- « rôle de Dieu, de vous entretenir de cette parole, et de vous remettre « dans le bon chemin, preuves certaines des bontés du Roi pour vous, ff et de rintérêt qu'il prend au salut de votre âme. • Après un moment de silence, le prince répondit : « Pourvu que le but de vos visites ne « soit pas aussi de me préparer à la mort! • J'eus beaucoup de peine k le tranquilliser sur ce point. Je l'assurai que, lorsque le Roi serait sûr de son changement, il verrait qu'il a un père miséricordieux, et un père plein de clémence et de bonté pour lui ; qu'ainsi il devait prendre courage et chasser toutes ces idées affligeantes; et j'ajoutai que le temps de mon service près de sa personne dépendait de lui. Lk-dcssus, je me mis en prière avec lui ; et, après cet acte de piété, il parut un peu tranquille et me pria de rester encore auprès de lui, si je le pouvais, et de coucher au chàleau, s'il était possible, afin que je fusse plus près de lui, et qu'il pût avoir avec moi des entretiens plus fréquents pour son édification ; et c'est ce que j'ai fait.

« Or, comme je puis assurer, devant Dieu, à Votre Migesté, d'après les marques diverses de repentir et de componction qu'il a données, que je n'ai pu apercevoir dans le prince royal la moindre trace de dissimulation, je vous supplie très-humblement d'user de miséricorde, k l'exemple du seigneur notre Dieu, et de faire briller bientôt sur le prince un rayon de votre clémence royale ; car j'appréhende toujours que la crainte et l'idée des malheurs qui pourraient encore tomber sur lui, ainsi que sa mélancolie qui augmente de jour en jour, ne produisent sur son esprit une maladie funeste, dont il ne serait plus possible de le guérir. Que Dieu, le père des miséricordes, ouvre le cœur paternel et royal de Votre Majesté, afin qu'elle exauce ma trèshumble prière! Amen. »

Kastrin, le • noTembre dans la matinée.

Après ce rapport de l'aumônier, seconde lettre du Roi :

ff Révérend amé et féal,

« J\'u re<;u vos deux rap|K)rts du 6 et du 7 de ce mois. Je vous urdonnc, en ré|K)nse, de rester encore k Kustrin, jusqu'à nouvel ordre,

îiOG piteEft

et d'aller régulièrement cliei le prince royal pour continuer à le con* vaincre cl k rexhortor, par la parole de Dieu, à rentrer en lui-ménie, à confesser du fond de son cœur tous lea péchés qu'il a commis» suit conlre Dieu, suit contre moi qui suis son père et son roi, soit contre lui-m(>mc et contre son honneur, et k en faire pénitence. Car, emprunter d(! l'urgent s^ins |H>uvoir le rendra, et vouloir di'serter, no sont pus d'un honnéle homme ; de telles actions ne peuvent venir quede l'enfer et des enfants du démon, vX jamais des enfants de Dieu. Vous me mundez aussi, sur votre conscience et au nom du ciel, que le prince se converlil k Dieu, qu'il demande mille fois pardon à son lloi, son seigneur et s(in père, de tous ses égarements et de tous ses crimes, et qu'il se rc|H*nl de tout son cu>ur de ne pas s'être toqjourssoumb à la volonté pttl(*i'nc*llc.Si vuus tnmvczloujours lu prince royal dans ces dispositions, s'il promet si^ricusement toutes ces choses, devant Dieu, s'il se repeni de tout son cœur des péchés qu'il a commis, et s'il est dans la ferma rcsululiou de se corriger, comme il le promet et do la manière que vous me le marquez, vous lui déclarerez en mon nom que je ne puis à la vérité lui pardonner entièrement, mais qu'ayant pour lui plus debuntés qu'il ne mérite, j'adoucirai la rigueur de sa prison, et je mettrai auprès de lui des gens qui veilleront sur sa conduite, il aura toute la ville pour prison, et il ne lui sera pas pcnnis d'en sortir. Je lui donnerai des occupations depuis le matin jusqu'au soir à la cliambre dos guerres et domaines, et k la régence. Il travaillera aux affaires des finances, lira des actes et en fera des extraits, liais, avant que de lui accorder celle grâce, j'exigerai de lui un serment solennel de se conformer exactement et avec soumission k lous mes ordres et à toutes mes volontés, et de fuire, sans exception, tout ce qui convient à un serviteur cl sujet lidèle, k un iils soumis et obéissant. Mais, s'il retombe dans ses fautes, el qu'il recommence ses anciennes incartades, il sera privé de la succession au IrAne et k la diguité électorale, et même condamné k mort, selun la nature de ses fautes.

u Vous lui direz dune qu'il prenne patience, jusqu'k ce que toulaoîi pnM iM)ur ce nouvel arrangement; qu'alors je lui enverrai les lieulenaiits-généraux de Grumkow, ilorck et de Hoedcr, le major-générai de Huddcnbrock, les colonels de ^Voldow et de Derschau, et le conseiller |)rivé de Tiilnieier, |Hiur recevoir son serment. Je vous recommande, k cette occasion, de repiésenter au prince, eu mon nom, que je le connais bien ; ou que, s'il omit que je ne l'ai pas bien connu» il

jusTirtGÀttvEs. 507

doit être maintenant bien containCu lui-ibènie qiië Je tottiiAtë lA méclianccté de son cœur. Qu'ainsi^ s'il h'eël pas Sbûhiis ei changé^ tatlaié qu'il soit toujoUiv dans les mètHes disposilibnl, il rtiSïdtk t>eul-èlré faire le susdit serment d'une voix basse et |)eii distincte. A ite bUJèt^ TOUS lui direz^ de ma part, que je lui oottseillé» en aiUi, de prononcée ce serment haut et distinôtement) et dé troire qu'il sera tehu devânl Dieu de Tobsenrer k la lettre; dile»-lui bien qde ttdus n'adiiieltorts iel aucune reslrictioh mentale, et qUè noui nous en tenons à ce i|ui sera écrit. Qu'ainsi donc, s'il rompt ce serment, %i s'e6 éi^rté en la Joindre chose, on ne recevra ni he pourra plus rêcefoir aucune excuse i qu'il doit y faire bien attention, et tHivtilter sérieusement k vainctis et surknonter, atec le secodré de bieû*, les fnclikiatiotté perverséé é» «ôtf txÈUT) parce qu'il s'agit ici d'une Chose de la dernière impoHailcc.

k Que lé Seigneur tout-puissant hous doMtte sa sainte bénédlUioit ! Et, comme il emploie sodvent dés mbytebà éxltÉOrdinàireé el &ts Voies de douleur pour ramener lies hommes dans le MyaUitoe dé Jésus^llhrist, puisse ce divin SanveUr nousaideir \ rap^M^e^ Ce fils égaré au nétnbfe de ses serviteurs! PUisse-l-il bri^et AtieftdiiV dé Coeur ehdUVci^ el Tarracher des grifles de Satan ! Puisse DIeU, te Pété lOttt-pui^SAnt, ttoUs accorder cette grâce aè noiu de FféM Sél^éU^ J)fiiUS-ChHst^ Hé sa passion et de to mort ! Âmen; le luis votre affecUoiitté rdl.

WinèàlG-ËDILLÀUME. »

VoaBterhauseD, ce t noTembre I7S0.

Réponse de Millier :

« J*ai reçu, par le gouverneur de cette ville» l'ordre gracieux de Votre Majesté du 9 de ce mois. Anssitét je ine suis i^endn chet le priâfcé royal, et, en entrant chet lui, je l'ai trouvé lisant la fiible et inédftani sur les versels 2, 14 et 15 de l'épttre aux Ëphésiehs. fe le priai de me communiquer ses réflexions; il lé Gt^ èl parla de la manière la fitus édiGante sur les mérites que Notre Sauvent vous a procurés pat sa mort, et sur nos devoirs à cet égard. Je saisis teCte ticcasion ponr faire tomber le discours sur la vraie conversion et le changement sincère du cœur, que je lui représentai comme des moyens nécessàireii pour participer aux mérites de Jéstuh€hrist. Lui kyant demandé enters unéi fois s'il persistait dans le repisntir, dans la Terme détermination de changer de conduite, et de donner des preuves de sa conver^on pair

508 PiÈciis

une soumission profonde et une obéissance aveugle aui ordres du Hoi son père, il répondit : t De tout mon cœur, pounru que le Kui me « croie et se lie k mes promesses. Mais je crains qu'il ne Teuille ja- « mais me rendre ses bontés. » IJi-dessus, je l'assurai que Votre Majesté l'en croirait sur sa parole, ajoutant qu'il songeât aussi s'il voulait coiilirnicr |>ar un serment lu promesse de changer de conduite; cl qu'alors il serait certain que Votre Majcslé n'aurait plus aucune défiance. Le prince me répondit : « Êles-vous donc sûr que le Itoi ma « rendra ses bontés? — Il ne vous les rendra pas tout d'un coup, ré- « |K)ndis-je, mais je suis sûr qu'il vous les rendra peu à peu, et à me- •f sure qu'il apprendra les effets de vos promesses. • Là-dessus, je l'informai de ce que Votre Majesté m'a ordonné de lui dire de sa part. Dès qu'il apprit ces dispositions, il fut si louché de cette bouté palemelle et royale que les larmes lui vinrent aui yeui, et qu'il me dit : « Est-il « bien possible ? Ne vous a-t-on point engagé à me tenir ce langage?» A ces niuls, je tirai de ma podie l'ordre de Vulre Majesté, et je le lui mis enlrc les mains pour le lire. Après l'avoir lu, il me dit qu'il était huniblemcnl touché des bontés de Votre Migesté, et qu'il se conformerait entièrement à ses ordres. Il ajoula que, par rap|iort au serment, il connaissait toute l'importance d'une action de celle nature, qu'il savait qu'il ne pouvait faire aucune restriction menUile, qu'il fallait jurer et pmmetlre selon le sens et l'inlenlion de ceux qui prescrivaient le serment, el l'enlendre de la manière qu'ils voulaient qu'il fût entendu. « Je suis donc résolu, dit-il, k ne jamais le rompre et à le pnmoncer a dislini'temcnt et k haute voix. Mais aussi je suis dans la ferme con* « fiance que, dans la funnule que Sa Majesté me prescrira, il n'y aurm « rien que de paternel et qu'il ne me soit possible d'exécuter. Et comme, t dans une chose de celte importance, je voudrais n'agir que d'afirès « les réHexions les plus sérieuses, je désirerais que Sa M^esté, avant « que de m'envoyer les commissaires, daignât mt faire monUrer ladila « formule el les articles qu'elle contient, afin que je ne fasse rien avec « précifiilation, et qu'après de mûres réflexions, et que je puisse me « préparer aviic d'autant plus de sincérité à promettre et remplir tout u ccsarlicles. »

« Afin donc que je puisse aussi, k cet égard, remplir mes fonctiona auprès du prince ni) al, et l'aflcrinir de plus en plus dans set desseina, je hupplie humblement Votre Majesté de lui envoyer d'avance cette formule el ces articles. Je suis. rtr. »

(K) Dispositions de Frédéric-GuiUaume rekUivemerU à ses fwièrailUs,

« Mon cher fils, j'ai jugé à propos de tous donoer les inslruclions BUivanles, afin que vous sachiez de quelle maoière je Yeux que vous en usiez avec mon corps, lorsqu'il aura plu k Dieu de me retirer de ce monde. Ma volonté est donc :

ff I. Que, aussitôt que je serai décédé, on lave mon corps, qu'on me mette du linge blanc, et qu'on m'étende sur une table de bois; qu'apW*s m'avoir rasé et bien nettoyé, on me couvre d'un drap, et qu'on me Inisse environ quatre heures dans cette situation : au bout de ce temps-lU, on ouvrira mon corps, en présence du lieutenant général Bodembrock, du colonel Derschau, du cèlonel Einsiedel, du major Brcdow, des capitaines Printz et Uacke, de l'aide-major de mon régiment et de mon valet de chambre ; qu'on examine soigneusement ce qui aura été la cause de ma mort, et en quel état se trouvent les parties de mon corps; mais je défends absolument d'en rien tirer, excepté l'eau et les flegmes qui peuvent y être. Après cela, l'on me lavera de nouveau aTCc toute la propreté possible, et l'on me revêtira de mon meilleur uniforme. On me couchera dans celui des cercueils qui n'est point garni. Après quoi, l'on me laissera là toute la nuit.

c II. On donnera aux soldats de mon régiment l'uniforme neuf, le chapeau et tout ce qui en dépend. Le capitaine Laug el les autres officiers des soldats surnuméraires, de même^que six subalternes des deuxième et troisième bataillons, et tous les surnuméraires, feront la garde ce jour-là dans la ville.

« lil. On fera le lendemain assembler mon régiment, qui formera ses bataillons de la manière suivante : Le premier bataillon fera front devant le chÀteau ; l'aile droite ira aboutir à la rivière k l'endroit où commencent les murailles. Le second sera k celé sur la gauche ; et le troisième derrière celui-ci. Ils seront tous complets, et chaque grenadier aura trois cartouches. On attachera un crêpe à chaque drapeau , et les tambours seront couverts de noir. On garnira aussi de crêpes les fifres et les hautbois. Les officiers auront chacun im crêpe au chapeau, un autre au bras, et couvriront de crêpe l'écharpe et la dragonne.

« IV. Le carrosse de deuil, qu'on tirera de mes écuries de Berlin, sera conduit au pied de l'escalier vert. Les chevaux auront la tête tournée du côté de la rivière, et huit capitaines de mon régiment me poseront dans le carrosse ; après quoi, ils iront se mettre K leur poste. Ces mêmes

raiiilajnos i^e cle4cei)(lroi)t fl|i CQrm^, qn^ifil |p ÇD^yoj lori |fr{)é (lovant l'église ; et lorsqu'on partira pour s'y rendre, les solilals de moa régiment tiendront le fusil renversé sous le bras gauclie, les tambours battront la marche funèbre, et les fifres joueront l'air du cantique 01 haupt voU Alal und WundenI te carrosse de deuil, ajrant passé devanl le régiment, s'arrêtera près de la porte de fer; e( alors le régimenldér filera devant le carrosse, M pr^t^^r )Ni|aillon 'm se ranger droi( devanl l'église, le secojid se rangera près du premier, le troisième, près du second. La marclie commencera U, et mon régiment précédera le carrosse, qui suivra |n)fDé4)iatemeiit aprè|. Mes fils Guillaume el Henri m quitteront point le régiment» et vous, mou fils atné, et le petit Ferdinand, revêtus de yos upjforpies, i»u^vrez le parrosse, 4» même que les généraux et officiers qui ne sopt pas de mon régiment» mais qui pourront toutefois se trpuver ici, s'ils le Y^u)j?nl bien- Lm 4^iï% aum6nien de mon régiment, jCocliius et Oe^fel.d, suivront aussi )e carrosse.

t V. Les liu|l jc^pitaines dont je viens de parler porteront mon eorpf dans l'église par la porte par où j'^>4iis cqnlvn)i,e 4'entrer. Je veux qu'04 mette sur mon cercueil la meilleure djç n^es épées de munition, mf meilleure écharpe, ma meillen.re dr^g^nne» des éperons dorés M uo cas(iue de môme. On en trouvera dans l'arsenal de ttarUn* Après qu0 les capiluines ni'auront posé d^ l'égljfe % pftlé de mon Jlnmbcau, Ici hautbois se feront efïien^Wf et Ludovic ^ pffin Polira de cb|ipelle, jouera de l'prgne. jEn attenjifiin^ ^f^ ^Pikl^^^ Retourneront dan# leun ran(;s. PannI les çflicier? généravi( , i\ s'çn (/omr/e^f bien quelquesuns qui me viendront rendre les derniers dexoirv» et qui me poseroal dans mpn icavfi^y.

« VI. On aura soin .de faire mener de fi^lin vingt-quatre pièces lie campagne de si^ l;vres de balle <4l^acuQe, lesquelles bfWi douze décharges cgnsécutiy.es. Ensuite les bataillons feront Xew l'im nprèsl'Mi- Ire, et l'artijl/erie commencer^ k tirer.

« VII. Je défenvl^^qn'on fasse la lu^fnguefvuQièM.^mJiîlwe quVMl a coutume de faine fiux troupes dans c^es sp^tes d'^Qcminnt. Après im décharges, les bataillon^ se sépareront, et un d(ét4C^men^ tfe grenadiers choisis reportera les drapeaux où yous l'ordpnnere^. Qiaque cnppagnie sera reconvluîle devant le logis de son capitaine» fll.cbêquei|rdnudier recevra la douceur accoutumée , comme il se pratique dans 1« tem|>s des exercices.

« Ylll. On donnera ce soir-lk k souper aux généraux, k tous les of-

ficiers de mon régiment, et «ux «uiret qui auront assitl^ 1^ la cérémonie, et Ton serf ira le repas dans la grande salle, le feux qu'ils soient bien traités, et qu'on mette en perce le tncllleur tonneau de fin du Rhin que j'aie dans mes cafés, et qu'en général il ne se boife cesoirïk que du bon fin.

« IX. J'ordonne que, quinze Jours après, on fissse dans toutes les églises de mes Ëtats des oraisons funèbres sur ces paroles : « J'ai combattu le bon combat. J'ai achefé ma course, j'ai été Adèle jusqu'à la fm. • On ne parlera ni en bien ni en mal do mes actions, de ma conduite, ni de rien de ce qui me regarde) mais on se contentera de dire à l'assemblée que je l'ai expressément défendu ) en i^outant que je suis mort en me reconnaissant pécheur, et ayant recours à la miséricorde de Dieu et de mon Sauf eur.

c X. Mes domestiques n'auront point d'habit de deuil , mais seulement leur habit de lif rée, et un crêpe noir au chapeau. En un mot, je prétends qu'on ne cherche point tant de façons af ec moi.

« Je ne doute point, mon cher flls, que tous n'obseniex très-exactement mes f olontés. Je suis jusqu'au tombeau f Qtre affectionné père. >

Portrait de Frédérie-GMlaume /« par Frédériû II.

c La politique du Roi fut toujours inséparable de sa justice. Moins « occupé k étendre qu'à eonsenrer ce qu'il possédait; toiyours armé « pour sa défense^ et jamais pour le malheur de TËorope, il préférait « en tout l'ulile k l'agréable ( bàJissant afec profusion pour ses si\jets, « ne dépensant pas la somme hi plus modique pour se loger lui-même, « circonspect dans ses engagements, frai dans ses promesses, austère « dans se$ mœurs, rigoureux sur oelles des autres, séf èro obserf ateur a de la discipline militaire, gouvernant son Êlat par la même loi que « son acmée, il présumait si bien [de l'humanité qu'il prétendait que « tous ses sujets fussent aussi stricts que lui. Frédério*Guillaume laissa « en mourant soixante-dix mille hommes entretenus par sa boiuie éco- « nomie, les fmances augmentées, le Irésor public rempli, «t un ordre c menreilleux dans toutes ses affaires. S'il est frai de dire qu'on doit ff l'ombre du chêne qui nous coufre k la veriu du gland qui l'a proff duit, toute la terre conf iendra qu'on troufe dans «la vie laborieuse de « ce prince et dans les mesures qu'il prit afec sagesse les principes de « la prospérité dont la maison royale a joui après sa mort. » (Mémoirei pour servira Vfiist, delà maison de Brandebourg,)

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