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CHAPITRE IV

Coup-d'œil sur la quatrième époque.

Neuf ans se sont à peine écoulés depuis que Genève , en dépit du duc Charles III et de son évêque , a contracté le traité de combourgeoisie avec Berne et Fribourg , et déjà tout y est changé , tant sous le rapport matériel que sous le rapport moral. En effet cette ville , naguère entourée de riches faubourgs , les a rasés pour prendre l'aspect d'une place de guerre. Dans les temples, la chaire de l'Evangile a remplacé les fastueux autels de la foi romaine ; plus d'images , de statues , plus de moines, de prêtres, ni de religieuses; lévêque., jadis si respecté n'est plus qu'un étranger; le duc de Savoie, privé même du vidomnat, a cessé d'inspirer des craintes ; les Fribourgeois ont rompu l'alliance ^ les Bernois sont restés fidèles combourgeois ; la vie licencieuse n'est plus en honneur, et de nouveaux proscrits ont accepté l'odieux rôle des Mammelus , en se fortifiant dans le château de Peney pour porter l'incendie et la mort dans les

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alentours de la ville > dont ils ont mérité d'être chassés. Quel miracle subit s'est donc opéré pour bouleverser ainsi de fond en comble l'organisation sociale de Genève? Un seul événement s'est accompli, mais par un tel concours de circonstances , que l'instinct de la propre conservation , l'amour de la liberté, et l'esprit d'indépendance , sentimens profonds gravés dans le cœur des Genevois, prirent une part égale à sa réalisation et en reçurent un développement immense.

L'enchaînement des faits qui décidèrent du succès de la réformation , dans un si court espace de temps , est moins inexplicable que les causes morales qui y contribuèrent. En effet, on conçoit que les mêmes hommes qui avaient négocié le traité de i526 , sous les yeux de Pierre de la Baume, et malgré Charles III, très-redouté alors, auraient soutenu leur ouvrage ; mais que la population genevoise , constante dans ses affections , rompît avec les Fribourgeois ses premiers alliés, abjurât en trois ans la foi catholique , et portât son patriotisme à ce point, qu'elle ne craignit pas de braver des dangers aussi réels que prochains, c'est ce qui ne peut s'expliquer que par le discrédit du catholicisme , la politique des intérêts et la bonne foi des convictions.

Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que j'ai dit plus haut de la démoralisation du clergé de Ge-

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nève ; s'il fallait ajouter quelque chose au tableau que j'en ai tracé , il me suffirait de rappeler que les alentours des couvens ou des églises n'étaient presque peuplés que de femmes livrées à la prostitution. Près du prieuré de Saint- Victor, ces malheureuses et leurs complaisans étaient en si grand nombre,, qu'ils envahissaient les bâtimens dépendans de l'abbaye. Les abords du couvent de Rive offraient l'aspect scandaleux d'un vaste lieu de débauche. Dans les environs de l'évêché où résidait le chapitre , même voisinage , et les ecclésiastiques se glorifiaient de leur immoralité. N'étaientils pas, en quelque sorte, dispensés d'en rougir, lorsque naguère ils avaient eu pour chef et pour évêque le fruit impur du libertinage d'un autre prélat:?

Quant à la politique des intérêts , elle fut pour beaucoup dans la conversion du peuple , qui y fut conduit par une nécessité toute morale. En effet, Genève comptait pour ennemis les Mammelus , le duc et levêque ; pour amis Berne et Fribourg. La première de ces villes avait adopté la réforme , et se proposa de la faire prêcher à Genève. L'autre, restée fidèle à la foi romaine , eut recours à d'autres moyens; elle menaça, et prétendit imposer ses volontés au lieu de donner de simples conseils. Ce ton impérieux fut poussé à un nouvel excès après la mort du chanoine Verli ; mais on était

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loin d'en être satisfait > et bien que les Conseils eussent fait tomber à leur considération la tête de Comberet, on n'en était pas moins indigné de se voir chaque jour présenter l'offre de rompre le traité de i526. Berne avait prêté des sommes considérables à Genève , et tout en accompagnant de ses vœux les prédications de ses protégés , elle ne commandait pas en souveraine de se ranger à leurs doctrines; enfin, si l'on avait besoin des Bernois, ils étaient toujours prêts et toujours plus nombreux que MM. de Fribourg. Ces deux villes étant en guerre à cause de la religion , il était évident qu'il faudrait rompre avec l'une ou avec l'autre. Dans tous les cas, l'opinion était prononcée pour rester alliés aux Bernois, depuis que l'on avait découvert les fréquens rapports qui existaient entre le duc , l'évêque et les Fribourgeois. Ceux-ci prirent l'initiative ainsi qu'on l'a vu , et après bien des menaces, ils renoncèrent à la combourgeoisie. Dès ce moment l'influence de Berne devint d'autant plus grande , que cette alliée seule restait aux Genevois. Ils reportèrent donc leurs affections et leurs espérances de ce côté, et furent insensiblement amenés à resserrer l'ancienne alliance par l'adoption du même culte.

Un autre intérêt, presque aussi puissant, servait les réformateurs , c'était le désir général de s'isoler de Pierre de la Baume. On ne s'en rendait pas

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compte, mais l'aversion qu'on avait conçue pour lui , à cause de son dévouement pour le duc de Savoie, était au fond de tous les cœurs. On le fêta encore à son dernier voyage. A son départ, chacun se félicita intérieurement. Lui aussi prit à cette époque un ton fort insolent à l'égard des magistrats, qui ne l écoutèrent pas. Une seule chose resta , ce fut le souvenir de son impudence.

Jamais sol n'avait été mieux préparé que celui de Genève pour faire éclore et développer rapidement les germes de la réformation. Le chapitre jouissait de grands biens et de la franchise des impôts; les moines vivaient de dîmes et d'aumônes , et pas un d'eux ne voulait concourir aux charges accablantes dont la cité était écrasée. Pour veiller à sa défense, ils montraient tout aussi peu de zèle. Qu'on prétendit les faire contribuer au paiement des dettes communes : « Nous quitterons plutôt la ville,)) répondaient-ils. Fallait-il faire le guet, ils répliquaient tous comme le moine Pottu : Je vous laisserais plutôt crever tretous que de m y soumettre. Sous ces rapports encore , un culte qui devait faire disparaître le clergé , et réunir ses biens à l avoir commun, ne pouvait manquer de faire des prosélites.

Une différence remarquable qui distingue la réformation de Genève de celle des autres nations, c'est que , chez les peuples du nord , la philoso-

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phie, les profondes études et la diffusion des lumières, la firent surgir de l'esprit d'examen, tandis qu'à Genève les esprits se trouvèrent disposés à la recevoir, parce qu'ils étaient fatigués d'une religion dégénérée , qui ne leur offrait plus que des évêques sans foi, sans caractère, égoïstes,, intéressés ou cruels, des prêtres dissolus et des moines fainéans. Le peuple y était d'ailleurs peu instruit ; à peine si quelques livres y avaient révélé la découverte de l'imprimerie. Toutefois la ville avait joui de si peu d'instans de tranquillité qu'il eût été bien difficile que les lettres et les sciences y prissent le même essor qu'en Hollande, en France et en Italie. Aussi les Genevois n'apportèrent-ils à la discussion des deux cultes rivaux qu'un sens droit et un jugement sain. Leur conversion fut tout de sentiment et non de logique.

Si les prédicateurs réformistes virent triompher leurs doctrines, l'évêque et son clergé semblèrent prendre à tache d'y contribuer de leur mieux. Sans parler des premières fautes de Pierre de la Baume, qu'on examine seulement l'effet de son dernier séjour à Genève. La réforme n'y avait fait encore que peu de progrès ; avec de la douceur, de la franchise , en accordant quelque chose aux exigences du temps , en morigénant son chapitre et ses moines , en se jetant tout-à-fait hors des inspirations despotiques du duc de Savoie, il eût fa-

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cilement ramené à la foi catholique le peuple, qui eût aimé à retrouver en lui un Ardutius , un Nantelinus , un Adhémar Fabri. Loin de là , il est faible et il menace ; ses prêtres ont commis de scandaleux désordres , et ce sont les citoyens qu'il veut punir; on lui demande des droits plus larges, il veut restreindre ceux que la cité possède. Sa présence plus prolongée eût sans doute dessillé les yeux ; mais il fuit, et fulmine de loin une excommunication ridicule, tout en cherchant à disputer à Genève quelques lambeaux de la juridiction épiscopale, qu'on n'eût jamais songé à lui contester.

Les prêtres n'agissaient pas autrement. Au premier symptôme de la réformation , les voilà qui insultent et maltraitent les citoyens. Voyez ce bouillant Verli, excitant ses partisans au massacre des protestans dans vingt occasions différentes ! Voyez les chanoines de Saint-Pierre insulter et battre Farel en plein chapitre au lieu de lui répondre ! Voyez Hugonin d'Orsières , membre du chapitre, faire verser du poison à Farel, àViret et à Froment par une misérable servante 1 ! Ecoutez-les

1 Antoina , fille d'auberge , originaire de la Bresse , servait habituellement les trois re'formateurs. Huguonin d'Orsières engagea cette fille à leur verser du poison. Le hasard fit qu'un seul en but: il faillit en périr, et ne dut la vie qu'à de prompts secours. Antoina fut condamnée et exe'cutée trois mois après. Le chanoine d'Orsières eut des protections , et fut mis en liberté avec son va-

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dans les disputes solennelles où il s'agit de défendre leurs dogmes et leur morale ; ils s'absentent , se taisent, ou répondent que, hommes simples, ils professent de confiance la religion de leurs pères, sans oser en pénétrer les mystères. Qu'on leur parle de leurs désordres, ils y tiennent comme à la foi catholique, car ils sont résolus à défendre les abus comme des principes , les vices comme des vertus, et, pour comble d'aveuglement, ils iront jusqu'à vouloir ranimer le zèle des croyans par d'ignobles pratiques et par des miracles supposés , pour lesquels ils acceptent la complicité de femmes perdues ou de gens payés. Là c'est la conversation souterraine de trois saints qu'ils font entendre sous l'autel qui leur est consacré ; ici ce sont les visites nocturnes des ames du purgatoire ; au cimetière où reposent leurs dépouilles mortelles, à l'église de Notre-Dame-de-Grace , c'étaient des enfans ressuscités , dont toutefois le retour à la vie ne fut jamais constaté l. Voilà ce que firent les prêtres. Pas un mot de réconciliation ne sortit de

let (voir délibérations des i5, 16 et 23 avril i535 , registres des Conseils , et Mémoires manuscrits).

1 Ce fut dans les se'ances des 10 et 11 mai 1 555 qu'on s'occupa aux Conseils de ces faux miracles qui se pratiquaient à l'Eglise de jNotre-Dame-de-Grace , desservie par les Augustins. Comme la supercherie fut e'videmment prouvée, le Conseil ordonna aux Augustins de ne pas renouveler de pareilles sottises, à moins qu'ils ne prouvassent par L'Evangile qu'ils avaient le droit et le pouvoir cV opérer de tels miracles (registres des Conseils).

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leur bouche. Ils ne s'amendèrent pas; car ils aimaient mieux laisser se perdre la religion que de permettre qu'on la ramenât à la touchante simplicité de son institution. J'excepterai de ce nombre quelques cordeliers et plusieurs chanoines , qui , malgré les défenses du duc et de l'évêque , soutinrent d'éloquentes discussions, et, convaincus par les argumens des réformateurs, se rangèrent à leurs doctrines.

S'il fallait aujourd'hui apprécier, avec les idées de notre siècle , la conduite et les résolutions des Conseils de Genève, à l'égard de la réformation, assurément nous les trouverions bien éloignées de cette morale pure et de cette politique libérale et tolérante dont les progrès de la civilisation et des lumières ont fait une nécessité de notre époque. Mais il ne faut pas demander à un siècle des pensées qui ne pouvaient naître qu'après les événemens et les révolutions sociales et religieuses qu'il vit accomplir. De nos jours, les peuples réclament avec raison la plus entière liberté des cultes; alors on fesait de la religion une loi obligatoire pour tous, de telle sorte que les Conseils , au sortir de la séance où ils résolurent d'adopter la foi nouvelle, s'arrogèrent le droit d'interdire la célébration des cérémonies du culte catholique. Convaincu ou non par les préceptes de l'évangélisine, chacun dut se soumettre, et pendant que

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François Ier élevait des bûchers pour les réformateurs , les mêmes Conseils , qui trois ans auparavant exilaient Saunier, Farel et Froment , chassèrent, le catholicisme de ses temples , les prêtres de leurs autels, les religieux de leurs couvens , comme si Faction gouvernementale devait exercer le moindre empire sur ce qui tient aux convictions et à la foi.

Les nouveaux religionnaires , irrités par les résistances qu'ils avaient éprouvées, s'emparèrent dès lors de la direction des affaires de la république avec cette âpreté exclusive , injuste et intolérante, qui caractérise cette époque. On oublia trop promptement les services éminens rendus par les Besançon Hugues, les Girard, les Porral, les Vandel. Leurs moindres torts étaient considérés comme des crimes. Cependant le traité de i52Ô était leur ouvrage, et certes il y avait eu de leur part une constance et un courage prodigieux à mener à bien cette noble entreprise , quand chacun désespérait à Genève du salut de la cité. Cette disposition soupçonneuse et peu chrétienne eut plus de part qu'on ne pense aux bannissemens successifs qui réduisirent périodiquement la population et suscitèrent à la ville des ennemis acharnés. Nous verrons par combien de troubles elle dut passer avant d'arriver à quelque stabilité , et de voir disparaître l esprit de proscription , héritage

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traditionnel de l'esprit théologique. Après les mammelus viennent les Peneysans , viendront ensuite les Articlous ou Artichauds , les Libertins , etc.

Si nous jetons un coup-d'œil sur les lois qui régissaient le pays , nous voyons qu'elles reposaient toutes sur l'antique base des franchises d'Adhémar Fabri. La nécessité, le meilleur des maîtres, avait fait adopter quelques modifications , telles que la juridiction civile attribuée aux syndics , le vidomne remplacé par le lieutenant et des assesseurs, l'établissement du sautier, des guets , des excharguets et du prévôt , en remplacement du châtelain de Gaillard et de ses officiers , et beaucoup d'autres d'administration intérieure. Un autre changement s'était opéré , et celui-là présentait une plus haute importance , c'était l'omnipotence du Conseil des Deux-Cents. Par lui le Conseil général était dépouillé de ses prérogatives. En effet, toutes les affaires graves étaient d'abord portées devant les Deux-Cents ; quelquefois il décidait à lui seul. Mais s'il n'en était pas ainsi, quelle influence ne devait-il pas exercer dans le Conseil général , puisqu'il y apportait une majorité toute faite et l'autorité attachée à la position sociale de ses membres. A trois ou quatre exceptions près dans une période de deux siècles , le Conseil général ne réunit jamais plus de trois à quatre cents

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votans. Dans les derniers événemens, le Deux- Cents avait seul décidé du sort de la religion , et certes, si jamais acte de souveraineté fut patent, c'est sans doute celui qui rangeait la cité tout entière sous les lois des réformateurs. Cependant son autorité ne fut pas contestée, et cela parce que le peuple considéra le grand Conseil non comme un pouvoir politique, mais comme un tribunal d'équité , composé d'hommes probes et éclairés. Toutefois il eût été plus rationnel, dans l'esprit des institutions genevoises , que la cité vit proclamer, par la réunion de tous ses membres , le dieu qu'elle devait servir.

Parmi les droits dont jouissait Pierre de la Baume comme chef de l'église , beaucoup lui étaient encore restés ; aussi devenait-il urgent d'arriver à une nouvelle organisation intérieure. Le principe de la souveraineté avait fait retour au peuple, si toutefois il avait pu lui échapper l. H fallait donc réformer aussi bien les lois et l'administration que la religion ; car il n'était pas possible que le mécanisme du pouvoir fonctionnât ^ si Ton ne

1 J'ai fait remarquer en son lieu que la souveraineté' re'elle, ou du moins une bonne partie des droits qu'elle comporte, n'avaient pas cesse depuis plusieurs siècles de résider dans les Conseils populaires. Assez de faits l'e'tablissent pour n'avoir pas besoin de re'futer se'rieusement l'opinion contraire professe'e par Bonnivard dans ses Clironiques et dans son livre de Y Ancienne et de la nouvelle Police de Genève.

remplaçait une de ses principales pièces, brisée par le choc. Ces temps de transition sont toujours dangereux, parce que, comme tout se fait par voie d'essai , il règne une espèce de confusion ou d'anarchie, jusqu'à ce que chacun ait pris dans l'état la position que lui assigne l'intérêt de la république. A Genève, par exemple, ces troubles inséparables de l'accomplissement de la révolution religieuse qui venait de s'opérer, devaient nécessairement se prolonger fort long-temps ; car la réforme y était adoptée en principe , mais le culte n'y avait pas encore été fondé d'une manière stable et nettement déterminée. Il n'y avait d'ailleurs aucun des prédicans qui eût assez de portée, assez de génie, pour imprimer à l'organisation politique, comme aux affaires de la religion, une direction forte et homogène , et exercer une sorte de dictature temporaire , dont la force serait puisée dans le principe religieux triomphant alors. Les mœurs aussi appelaient une réforme qui ne pouvait manquer de se rattacher à celle des institutions et de la foi1. En effet la simplicité du culte

1 Bonnivard , dans son livre intitule de Y Ancienne et de la nouvelle Police de Genève, donne une peinture assez vraie de cet espèce d'interrègne. Je vais en citer quelques phrases prises dans la copie qu'en a faite avec soin le savant Gautier, et qui appartient à la Bibliothèque de M. de Grenus.

« Plusieurs se'ditions s'en sont ensuivies; niais Dieu ha for-

« tifie' toujours les siens, leur donnant victoire, combien qu'ils

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réformé , s'alliant à la position nouvelle de Genève, fesait prévoir l'établissement d'une démocratie pure sur les débris du siège épiscopal , si quelque apôtre, puissant de génie, pouvait rendre les mœurs du pays à cette austérité qu'exige le gouvernement républicain. Cet apôtre se présentera, car les grandes nécessités enfantent les grands hommes.

« soient été toujours en plus petit nombre , sans comparaison que « les autres ; car la plus part estoit nourrie aux délices , telles « comme avons dict cy-devant, et ceux qui n'estoient nourris en « plaisirs, festoient pour profit particulier, tendants tous à ava- « rice, sans sçavoir que c'estoit de bien publique. Bref ils estoient « tous nourris en siècle , lettres et mœurs barbares. Peu en y ha a maintenant; mais depuis que l'Evangile , et quant l'Evangile les « bonnes lettres sont venues, ceste lumière a chassé les ténèbres

« de leur entendement, et rectifié leur intention Mais alors

« chascun vouloit commander, nul obéir. Si (que pis étoit) que « paravant que tirannie régnoit, car de tirannie nous umbismes « en vice contraire et pire qu'est anarchie, ou ha autant de tirans « qu'il y ha de testes, d'où est engendré le règne de confusion. « Chascun vouloit faire de la chose publique son plaisir ou son « profiit particulier.» (Bonnivard , Copie de Gautier, pag. OÇK et 33).

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