‹ Histoire de GenèveChapitre 6 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Emmanuel Philibert, duc de Savoie, recouvre une partie de ses e'tats. — Mort de Calvin. — Procès de Spifame. — Révision des e'dits. (i55g à i568).

Emmanuel Philibert était monté sur le trône ducal , et avait trouvé les états de son père envahis par les princes étrangers. Il en avait recouvré une partie par le traité de Cateau-Cambrésis ; mais les Bernois n'en restaient pas moins en possession du pays de Vaud , du Châblais , du pays de Gex . de Ternier et de Gaillard , dans le voisinage de Genève , qu'ils avaient conquis en i536. Il se décida à entamer des négociations y car il ne fallait pas songer à faire la guerre aux Suisses : c'eût été les convier à l'envahissement de quelques nouvelles provinces. Pendant long- temps encore :es premières démarches restèrent sans résultat ; toutefois Genève trouva quelque profit dans ces négociations. Pendant plusieurs années le duc Emmanuel Philibert^ désireux d'arriver à un traité , cessa toute tentative contre la ville : il se bornait

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à solliciter auprès des Bernois que la rupture de l'alliance avec Genève fût une des clauses de leur transaction. D'un autre côté les Bernois étaient irrités contre les Genevois, parce qu'ils n'avaient jamais voulu pardonner aux Libertins leurs protégés, ni céder à leurs exigences^ relatives à des difficultés sur lesquelles il est bon de donner quelques détails.

Parmi les fugitifs se trouvait un nommé Pierre Savoie. Le hasard voulut que le procureur général Magistri et le syndic Michel Roset le rencontrassent sur le lac , dans le voisinage de Céligny , village dépendant de Genève. Us n'hésitèrent pas à l'arrêter et à le conduire à Céligny. Pour l'amener à la ville il fallait traverser les pays sujets de Berne , et comme on leur refusa le passage ils firent mettre à éxecution sur le lieu même la sentence de mort rendue contre tous les chefs de la faction des Libertins. Le bailli de Ternier, par ordre de ses supérieurs, manda devant son tribunal Roset et Magistri^ qui ne comparurent pas, mais il saisit leurs biens. De là d'assez graves différends entre les deux villes. On plaida à Moudon devant des arbitres qui ne purent s'accorder, et choisirent un tiers arbitre bàlois. Les Genevois obtinrent gain de cause , mais l'arrêt ne fut pas exécuté, de sorte que pour se dédommager de cette extorsion, les Conseils condamnèrent les fugitifs à des

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dommages-intérêts fort au-dessus du prix des propriétés qu'ils possédaient dans la ville ou sur son territoire ; ils les firent vendre, et le prix en fut appliqué à payer les dommages-intérêts prononcés. Tel avait été le sujet de la querelle, et rien de plus naturel que les appréhensions qu'avaient fait concevoir les transactions proposées par Emmanuel Philibert. Déjà les Bernois avaient fait échouer un arrangement qui tendait à arrondir la circonscription territoriale de la république ; cependant il faut dire à leur honneur que malgré ces dissentions ils firent prompte et sévère justice d'un des fugitifs qui avait assassiné un Genevois , et qu'ils refusèrent constamment de traiter avec le duc de Savoie tant qu'il ne renoncerait pas à la clause par laquelle il exigeait la rupture de l'alliance avec les Genevois, qui venait d'être solennellement renouvelée. Malgré ces précédens rassurans on ne cessa pas de prendre des mesures de défense ; on se remit aux fortifications , et l'on vit Calvin à la tête des ministres , et les magistrats à la tête des citoyens , venir prendre part à ces travaux. Ce noble élan de patriotisme attestait un premier progrès dans l'esprit public. Calvin n'y était pas étranger.

Pendant qu'il négociait avec MM. de Berne,, le duc de Savoie cherchait à attirer Genève sous sa protection, espérant que ce pourrait être un ache-

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minement à des droits plus importans que ceux d'un patronage bienveillant. Il chargea l'ëvêque deMondovi, Alardet, de faire quelques ouvertures à ce sujet. Celui-ci accepta un rôle vraiment indigne d'un ministre de la religion ; il se présenta au Conseil, et de son propre mouvement, disait-il, il fit remarquer combien il était inconvenant que Genève n'eût pas, à l'exemple de Venise et de Gênes, villes-républiques comme elle, envoyé con plimenter le duc sur le rétablissement de son pouvoir. Il présenta ensuite un tableau fantastique des biens et des honneurs qui adviendraient à la cité en échange d'une semblable démarche , sans que ses franchises et ses libertés en fussent nullement amoindries. Bien que les Genevois ne fussent pas rompus aux habiletés de la diplomatie, ils surent découvrir le piège ; la réponse des Conseils fut digne et quelque peu ironique. Genève, portaitelle^ est alliée à MM. de Berne, et ne fera rien sans leur participation; et d'ailleurs cette ville est trop bornée pour s ingérer à faire de telles ambassades1. Quelque temps après, le duc renouvela indirectement ses propositions. Ami Monathon, citoyen de

1 Alardet prétendait qu'une ville telle que Genève, enclave'e dans ses pays (du duc) , et remplie de gens savans , prudens et vertueux, et fortifie'e de manière à entretenir un bon voisinage, ne devait pas manquer à un devoir aussi essentiel que celui de le féliciter sur sa prospe'rité (26 de'cembre i55cj, registres des Conseils, de Grenus).

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Genève, se trouvait à Chambéry; l'évêque de Mondovi chercha l'occasion de l'entretenir^ et lui laissa entrevoir qu'Emmanuel Philibert se montrerait fort accommodant si l'on voulait traiter avec lui. La religion ne serait pas un obstacle, il ne s'agirait même pas de rétablir l'épiscopat ni la charge de vidomne. Ami Monathon, séduit par ces belles promesses , ou peut-être acheté par le duc,, ne craignit pas de rendre compte aux conseils de ce qui s'était passé; peu s'en fallut que son imprudence ne lui coûtât la liberté ou la vie. La question de son incarcération fut agitée; toutefois on se borna à le tancer sévèrement pour s'être chargé d'un aussi honteux mandat, et on le menaça d'une punition exemplaire , s'il continuait , comme il l'avait fait jusque-là, malgré de précédentes admonestations, à entretenir des intelligences avec des nobles savoyards1. Le duc fit une troisième tentative, tout aussi malheureuse, mais plus directe que les autres; il écrivit au syndic Amblard Corne une lettre que celui-ci s'empressa de communiquer aux Conseils2. On resta convaincu que les premières intrigues n'étaient pas demeurées inconnues à Emmanuel Philibert; ni les unes ni les autres n'excitèrent autre chose que de

1 Délibération des i5 février i56o (registres des Conseils).

2 Délibération du 16 février i56o (registres des Conseils , de Grenus).

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la pitié dans lame des magistrats et des eitoyens.

Les ordonnances somptnaires et la discipline ecclésiastique commençaient a exercer une influence salutaire sur les mœurs ; cependant tous les citoyens n'étaient pas sobres et vertueux , tous les magistrats n'avaient pas cette humilité chrétienne, ni cette abnégation républicaine que Calvin et de Bèze ne cessaient de leur recommander. Mais si les mœurs étaient relâchées, si l'orgueil se glissait dans le cœur de quelques hommes, les peines étaient sévères, et les Conseils, dociles à la voix des réformateurs, ne craignaient pas de les appliquer. Ainsi, lorsque d'un côté le premier syndic Pernet-Desfosses expiait en prison les égaremens de sa morgue et de sa vanité1, on voyait un citoyen condamné au fouet par le petit Conseil, pour fait d'adultère, et qui avait cru devoir en appeler aux Deux-Cents , y être condamné à mort, et subir sa sentence. De pareilles exécutions se renouvelèrent assez souvent, sans exciter trop de résistance de la part du peuple, parce qu'il voyait avec plaisir que toutes les classes subissaient la même loi. Ni la richesse , ni les dignités, ni les titres ne fesaient échapper aux arrêts de la justice.

Pendant que Genève profitait de ce calme mo-

4 Délibération du 24 septembre i56o (registres des Conseils, Noël , de Grenus).

TOM. II. l5

2 2Ô HISTOIRE DE GENEVE. (l56o)

mentané pour réformer les habitudes traditionnelles des quatorzième et quinzième siècles , son église , dont le chef avait imprimé aux mœurs , aux lois et aux institutions , ce mouvement réformateur, était devenu le séminaire où l'Europe protestante venait chercher des ministres. Les persécutés y trouvaient un asile, et les sujets du duc de Savoie qui habitaient la vallée d'Angrogne, en recevaient d'abondans secours. De là de constans reproches adressés tantôt par les ministres du jeune roi Charles IX, tantôt par Emmanuel Philibert. Le premier se plaignait de ce que Genève, par l'envoi de ministres éloquens et zélés, soutenait le protestantisme en France et le propageait ; le duc persécutait ses sujets, et trouvait fort mauvais qu'on eût pour eux quelque pitié.

La France , comme chacun sait , avait éprouvé déjà tous les désastres que peuvent amener dans un grand état les guerres de religion. A plusieurs époques, des émigrations considérables lui avaient enlevé de nombreux citoyens, presque tous distingués par leurs connaissances. La réformation, malgré tant d'entraves de la part du gouvernement, avait fondé plus de deux mille églises; il fallait donc, si l'on voulait arrêter ses progrès, frapper un grand coup. La cour résolut de réunir une conférence générale, où devraient se réunir les réformateurs les plus célèbres et les prélats les

plus instruits. Ce n'était pas, comme dans les cantons suisses ou à Genève, pour attribuer la victoire à qui l'aurait en effet remportée , mais afin de convertir au catholicisme les apôtres de la Toi rivale, ou d'aviser aux moyens de détruire autrement le protestantisme. Calvin et Théodore de Bèze devenaient des hommes indispensables dans une pareille conférence. Il fut résolu qu'elle aurait lieu à Poissy dans le voisinage de Paris, et les Conseils reçurent de la cour de France des lettres dans lesquelles le roi sollicitait la prompte arrivée de Calvin ou de de Bèze. Après quelques négociations relatives aux otages de marque qu'on exigeait avant de laisser partir Calvin, on accorda seulement de Bèze, qu^ sur une nouvelle lettre du roi de France, partit pour Poissy l. Jamais homme n'avait été plus propre que lui à accomplir la haute mission qui lui était confiée. Calvin eût été trop sévère et trop exclusif, et il est probable qu'il eût excité de violens débats pendant ce célèbre colloque de Poissy. De Bèze y apporta son habileté connue et ce ton affectueux et bienveillant qui lui était Fa-

1 Le clergé français avait fait une première tentative pour obtenir de Bèze. Le roi de Navarre écrivit ensuite lui-même. Sa lettre a été conservée ; elle est datée de Saint-Germain-en-Laye, du 12 août i56i. De Bèze fut porteur de la réponse des syndics que Calvin avait rédigée. Il partit accompagné de Martyr, de Mariorat, de Merlin, de Des Gallars et de quelques autres ministres en réputation, dont plusieurs ne se résolurentà aller à Poissy que par condescendance pour lui.

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mi lier. Toutefois il soutint ses principes avec fermeté. La pensée qui avait présidé à la convocation du colloque en fesait présager le résultat. Il se termina sans que les réformés ni les catholiques eussent changé de croyance , en dépit de la volonté du roi. Cependant de Bèze avait fait l'admiration de la conférence. La cour, habituée aux paroles aigres et fanatiques du clergé catholique^ ne pouvait se lasser de l'entendre. C'était à qui le recevrait. La reine Catherine de Médicis, le roi de Navarre, le prince de Condé, l'amiral de Châtillon, se le disputaient et l'accablaient de prévenances. Aussi fut-il presque forcé à rester à Paris une année entière après la clôture du colloque. Il revint ensuite à Genève, où la haute direction de l'église allait bientôt reposer sur lui seul.

Il est des hommes dont le génie exerce tant d'influence sur les destinées d'un peuple, que, les jugeant supérieurs au reste des humains, on aime à se persuader que la mort ne les atteindra pas. Vainement le temps marche, vainement les infirmités exercent sur leur corps débile leurs ravages destructeurs; tout cela n'éclaire pas, et quand la mort a frappé la victime, la douleur est d'autant plus profonde que la catastrophe était moins prévue. Ainsi Genève pensait de Calvin. L'âge l'avait courbé, d'immenses travaux avaient hâté chez lui les progrès de la caducité; un asthme fatigant mi-

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nait insensiblement ses forces ; mais il tenait ferme contre la désorganisation physique, par les constans efforts de ses facultés intellectuelles; de sorte qu'on était loin de songer à le perdre, quand peu de temps avant sa mort il prêchait encore, sans laisser apercevoir les symptômes de sa fin prochaine1. Cependant ses forces ne secondaient plus sa volonté, et le peuple apprit avec effroi qu'il ne monterait plus dans cette chaire qu'il avait illustrée, et qu'il venait de paraître pour la dernière fois devant le Conseil , où deux personnes avaient été obligées de l'accompagner et de le soutenir. Dès lors on ne s'occupa plus que de la maladie de Calvin. Pour lui, dans la prévision de la mort qu'il envisageait sans crainte, il veilla à rendre sa perte moins dommageable à la cité.

Les paroles d'un grand homme au lit de mort ont quelque chose de religieux, de solennel, de sublime, qui n'excite plus chez les autres ni haine ni jalousie. On se plaît à les recueillir comme des oracles purs et désintéressés; car quelle peut être l'ambition de l'agonisant que le poids des ans et des infirmités incurables entraînent vers la tombe!

1 Calvin prêcha pour la dernière fois le 6 fe'vrier i564. Déjà il était tourmenté par un asthme qui ne lui laissait de repos ni le jour ni la nuit. Depuis lors il alla toujours en déclinant. Le 27 mars il présenta aux Conseils un nouveau recteur de l'Académie, et fit ses adieux aux magistrats d'une manière fort touchante. Ses forces étaient tellemeut affaiblies que deux personnes étaient obligées de le soutenir.

2DO HISTOIRE DE GEfSEVE. ( 1 5C>4)

Calvin ne prétendit rien négliger de ce qui pouvait ajouter plus de poids à ses avis. Dans ce noble désir, il pria les Conseils et les ministres de lui donner audience successivement. Les membres de ces deux corps ne voulurent pas l'exposer à venir au lieu des séances , et tour à tour ils se rendirent auprès de lui l. Écoutez ces épanchemens du pasteur, qui a tout à la fois la conscience du bien qu'il a fait et de ses faiblesses : « Dieu a permis, dit-il « aux Conseils, que mon ministère ait été de quel- « que fruit dans cette église ; mais je vous prie, en « même temps, de m'excuser de ce que je n'ai pas « fait tout ce que j'aurais pu faire, de ne pas vous (( souvenir de mes défauts, et en particulier de la (( trop grande vivacité que j'ai eue en diverses oc- (( casions, de quoi j'espère que Dieu m'aura accordé <( le pardon. » Ecoutez le philosopbe profond, jugeant et fesant sentir aux magistrats l'état précaire de la cité, et l'influence des mœurs et de la religion sur le salut de la république : « Si vous êtes dans (( mes sentimens , ajoutait-il, vous devez espérer

' Les Conseils et les ministres s'empressèrent de se rendre auprès de lui , de peur que , maigre' ses souffrances , il ne vînt luimême à leurs se'ances , ainsi qu'il l'annonçait. — Calvin e'tait loin d'être riche. En évaluant tout ce qu'il laissait, et en y comprenant même ses meubles et sa bibliothèque , le tout ne s'élevait pas à plus de 12.5 écus.

Farel, bien que plus âgé que lui (il avait quatre-vingts ans et Calvin cinquante-quatre), partit de Neuchâtelpour venir lui faire ses adieux. Il passa une journée avec lui et repartit le lendemain. (Gautier, mémoires manuscrits.)

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u qu'encore qu'il n'y ait au monde aucun état qui h paraisse plus chancelant que le vôtre, et que sa « conservation tienne, par manière de dire, à un « filet, cependant Dieu continuera de vous proté- « ger à l'avenir comme il a fait par le passé. S'il « vous accorde par sa bonté une situation tran- « quille , il ne faut pas vous enorgueillir, comme « aussi vous ne devez pas laisser de vous confier en « lui, quand même vous vous verriez comme en-

« vironnés d'un déluge de maux Prenez garde

« que les sièges que vous occupez ne soient déshoa norés; pensez toujours qu'il est le seul souverain, « le roi des rois, afin que vous le serviez purement u et selon sa Parole. »

Est-il rien de plus frappant de vérité, de plus conforme aux grandes idées de justice et d'impartialité que ces leçons qu'il donnait aux magistrats en leur qualité de juges , en leur disant : « Je vous a conjure de vous acquitter les uns et les autres avec « fidélité, avec zèle et avec plaisir, des fonctions « qui vous ont été assignées dans le gouvernement « délai épublique; que,, dans lesjugemens des pro- « cès civils et criminels, on ne se détermine jamais « par des raisons de faveur ou de haine, mais que « chacun au contraire se pique de droiture, d'équi- (( té et d'impartialité, et quand vous vous sentirez « tentés de gauchir tant soit peu , rappelez-vous « aussitôt tout ce que vous pouvez avoir de cons-

HISTOIRE DE GENEVE. (^Zjj

« tance et de fermeté^ en élevant vos cœurs à celui « qui vous a placés dans les sièges que vous occu- « pez, et le priant de vous conduire par son bon este prit. Enfin , Magnifiques Seigneurs, après vous « avoir conjuré derechef de me pardonner les faite blesses etle s infirmités que vous avez remarquées « en moi; lesquelles je n'ai pas honte d'avouer de- « vaut les hommes , puisqu'elles sont connues de (( Dieu, prenez à gré mon petit travail. Je prie ce a grand Dieu qu'il soit toujours votre conducteur^ « et qu'il augmente sur vous ses plus précieuses « grâces, à votre salut et à celui du pauvre peuple « qu'il a confié à vos soins. » Qu'on se figure l'émotion des magistrats. Habitués dès long-temps à suivre ses inspirations, à vouloir de sa volonté, ils allaient être privés de son appui, dans un moment où les troubles religieux des états voisins menaçaient de compromettre l'avenir de la république. Ils ne devaient bientôt plus avoir qu'à se rappeler ses avis puissans de sagesse et de raison, mais dépourvus de la force et de l'autorité que leur prêtait la parole de l'apôtre.

Cependant, sentant sa fin sapprocher de plus près , Calvin conservait encore toute sa présence d'esprit ; il semblait fait d'avance à ce combat entre l'homme et la mort , dans lequel le premier succombe toujours. Aussi le vit-on adresser ses adieux aux Conseils, aux ministres, à Farel , et

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réunir ses collègues à un banquet auquel il voulut assister. Ce génie extraordinaire se confiait dans ses œuvres ; mais il était tellement pénétré de l'idée qu'il devait jusqu'à son dernier souffle à l'accomplissement de sa mission , qu'il s'y voua sans réserve , tant que le sang circula dans ses veines; et le jour où ses exhortations aux Conseils, ses communications avec les ministres vinrent à être interrompues, il avait cessé d'exister1. On n'éleva pas un brillant mausolée à Calvin , il ne l'avait pas voulu ; la place qu'occupa sa dépouille mortelle ne fut point choisie en un lieu séparé , mais dans le cimetière commun de Plainpalais. Toutefois son convoi réunit la cité presque tout entière. Chacun connaissait les services qu'il avait rendus au pays , en établissant le culte réformé sur les bases stables d'institutions nouvelles dans l'ordre politique , civil et moral. Ses emporte-

' Calvin mourut le samedi 27 mai i564- On s'étonnera sans doute avec ses contemporains de ce qu'il a conserve', jusqu'au dernier soupir, son sang-froid et sa présence d'esprit, et de ce qu'il a résisté aussi long-temps, quand on saura à quelles infirmités il e'tait en proie. Il avait à la fois la fièvre quarte, la migraine, la colique, la goutte et la pierre. Il ne perdit cependant la liberté' d'esprit qu'avec la vie. Je donnerai de nouveaux détails dans mes notices. On conserve une histoire de sa vie, parTh.de Bèze, imprimée avec son testament.

On ne mit sur la tombe de Calvin ni pierre ni épitaphe, parce qu'il l'avait ainsi ordonné. Le deuil général de la cité au moment de sa mort, et les institutions qu'il a laissées, sont un monument plus durable qu'un fastueux tombeau.

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mens, l'aigreur habituelle de son caractère, son ton impérieux et hautain , sa dure inexorabilité, lui étaient pardonnés, même pendant sa vie, et au moment où il venait d'être enlevé au pays , on les avait oubliés. En effet, doit-on tenir compte des imperfections qui tiennent à l'humanité, quand elles sont rachetées par tant de brillantes qualités? D'ailleurs elles périssaient avec lui , et ses œuvres devaient grandir et lui survivre pendant une longue suite de siècles.

La Providence semblait avoir pourvu d'avance au remplacement du grand homme qui venait de descendre dans la tombe , en lui donnant pour collègue et pour ami le vénérable Théodore de Bèze. Celui-ci, plus affectueux et plus conciliant, s'appliqua tout d'abord à maintenir dans le clergé cet esprit d'égalité et de désintéressement , qui seuls pouvaient lui attirer la confiance et le respect des citoyens. Il avait vu Calvin lutter péniblement contre les Libertins , et ne parvenir à les vaincre que par des échafauds; et il se disait que de nouveaux ennemis surgiraient du sein de la nation , si les ministres se montraient impérieux ou vains , ou s'ils établissaient parmi eux la hiérarchie , propre à la religion romaine. Calvin avait toujours présidé le Consistoire, dont il était le fondateur. Personne n'avait songé à lui contester ce droit, parce que, dans ces premiers temps.

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une direction forte et uniforme devait imprimer plus d'énergie , et assurer plus de succès aux efforts de l'Eglise naissante. De Bèze était loin de prétendre au fauteuil de Calvin; il voulut, au contraire profiter de la mort de celui-ci pour remplacer la présidence viagère du Consistoire et de la Compagnie , par la nomination d'un modérateur annuel. Ce projet fut adopté par les Conseils, et devint pour quelques années le règlement du clergé réformé ; il est presque inutile d'ajouter que de Bèze fut élu modérateur par ses collègues. Simon Goulard de Senîis remplaça Calvin dans son professorat.

L'attention publique fut à cette époque vivement préoccupée par le procès de Spifame , ancien évèque de Nevers , homme d'un mérite reconnu, d'une famille honorable, jouissant de beaux revenus , et qui depuis plusieurs années vivait à Genève d'une manière irréprochable. Il est peu d'hommes dont l'existence présente autant de chances diverses , de résolutions bizarres, d'événemens incompréhensibles , et une plus déplorable catastrophe. Spifame , né de parens en crédit , vit s'ouvrir devant lui la carrière des emplois publics, où ses talens remarquables lui firent faire un chemin rapide. 11 devint tour à tour, maître des requêtes, conseiller au Parlement de Paris, et conseiller d'état. Peu de temps après, son am-

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bition prit un autre cours , il abandonna la magistrature ^ pour entrer dans les ordres et courir les bénéfices. Le même succès l'attendait dans cette nouvelle voie ; ainsi, il devint chanoine de l'église de Paris , grand vicaire du cardinal de Lorraine , abbé de Saint-Paul de Sens , et enfin évêque de Nevers.

Spifame avait plutôt consulté son ambition capricieuse que ses habitudes et ses goûts, dans le choix de son dernier état. Cet homme avait l'imagination vive et les passions violentes. Pendant qu'il était magistrat , il était parvenu à séduire Catherine du Gasperne, femme du procureur Legresle ; un enfant était né de ce commerce adultérin. Legresle mourut; Spifame devint évêque, mais sa liaison avec Catherine ne cessa pas pour cela ; au contraire il vécut désormais publiquement avec elle , et en eut un autre enfant. La réformation lui offrit une occasion favorable de légitimer et ses enfans et son union ; il la saisit avec empressement, et vint à Genève, refuge ordinaire des religionnaires fugitifs. A ce titre il y fut accueilli, et ne tarda pas à jouir d'une certaine considération , à cause de son esprit et de ses talens. Il ne cacha point ses rapports avec Catherine du Gasperne, que toutefois il prétendit avoir secrètement épousée. Jl se pourvut ensuite devant le magistrat pour se marier avec elle dans les

formes voulues par les lois. Il paraît, qu'afm d'obtenir plus facilement l'assentiment des syndics et des ministres , il produisit un précédent contrat , qu'il avait fabriqué lui-même dans ce but. Son mariage fut célébré, et pendant longtemps il résida à Genève, où il continua à se faire remarquer par des connaissances étendues., et par une conduite irréprochable. Un pareil homme ne pouvait rester long-temps sans jouer un rôle actif dans le monde. Il se fit recevoir ministre par Calvin et ses confrères , occupa la chaire d lssoudun, et revint à Genève , après avoir parcouru l'Allemagne, dans les intérêts de la religion protestante.

Les succès obtenus par Spifame dans des carrières si différentes , le fesaient vivement rechercher par tous ceux qui avaient besoin d'un homme habile et lettré. Jeanne d'Àlbret, plus célèbre dans l'histoire comme mère d'Henri IV que par sa qualité de reine de Navarre , désira se l'attacher pour remettre de l'ordre dans ses finances. Elle le demanda à la république, à laquelle elle le renvoya peu de temps après , se plaignant beaucoup de lui. La reine de Navarre avait conçu contre lui une haine mortelle ; aussi prit-elle tous les moyens possibles pour le perdre et tirer vengeance de lui, au sujet d'une injure dont l'histoire ne nous a pas transmis le véritable secret. Il paraît qu'ayant appris que Spifame intriguait à Paris pour obte-

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nir la charge de surintendant des finances ou révêché de Toul , où il prétendait introduire le protestantisme , et ayant d'ailleurs pénétré le mystère de sa position avec Catherine du Gasperne, Jeanne d'Albret révéla tous ces détails à son neveu , et le poussa à contester devant le Parlement de Paris la légitimité des deux enfans issus de cette union. Un tel éclat ébranla fortement son crédit. Jeanne ne s'en tint pas là : elle envoya son intendant qui vint se porter son accusateur pour fait d'injures^ et demander à être mis en prison avec lui aux termes des édits. Elle écrivit de plus contre lui à Théodore de Bèze , aux syndics et au Conseil , et sous le frivole prétexte de quelques phrases impertinentes qu'il aurait publiées au sujet de sa maison, elle appelait la sévérité de la justice sur les désordres de sa vie privée et les phases ambitieuses de sa vie politique. On instruisit son procès, non sur le motif apparent de son incarcération (la plainte en injure de Claude Servin), mais sur les chefs contenus dans les dénonciations officieuses de Jeanne d'Albret. Des recherches minutieuses furent faites dans ses papiers, et l'on y trouva le contrat de mariage sur la foi duquel il avait sollicité l'autorisation d'épouser Catherine du Gasperne à Genève. Cet acte était évidemment faux , et les révélations de cette femme elle-même ne permirent pas à Spifame d'en soutenir la sincérité.

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L'ancien évêque de Nevers avait assez de portée pour entrevoir la fâcheuse tournure que les sollicitations de Jeanne d'Albret lésaient prendre à son affaire. Il espéra toutefois détourner le coup qui menaçait sa téte^ en implorant la clémence des magistrats. Tout cela ne lui servit de rien; il fût condamné à mort et exécuté, Spifame portait beaucoup d'affection aux Genevois; il leur légua une partie de ses biens malgré l'arrêt de mort qui allait le frapper. Ses enfans y avaient acquis la bourgeoisie l. La sévérité dont les juges usèrent à son égard ne peut guère s'expliquer que par les précédens dont j'ai eu occasion de parler. Calvin avait fait admettre cette atroce pénalité, afin de réformer plus promptement les mœurs ; il avait atteint le but, mais non sans faire tomber la tête de plusieurs citoyens qu'une autre peine eût suffisamment punis. Nul doute que la mort de Spifame ne fût due à ces traditions mises en œuvre par la vengeance de Jeanne d'Albret.

Théodore de Bèze , obéissant aux inspirations bienveillantes de son caractère, s'occupait sans relâche de porter remède au désordre qui régnait encore dans les rapports habituels des citoyens , tout en s'appliquant à maintenir la discipline mo-

1 La sentence fut exécutée le 20 mars 1 566. Il paraît qu'il avait fort bien distingué la main qui le frappait. Jl légua une portion de son bien à l'Hôpital. Voy. la séance du petit Conseil du 25 mars i566 (reg. des Conseils).

2^0 HISTOIRE DE GENEVE. (l566)

raie établie par son célèbre prédécesseur. Il fit prononcer la peine du fouet contre les adultères1, appela l'attention de la Vénérable Compagnie sur l'intérêt de l'argent 2, fit régler les émolumens des membres du Consistoire et des Conseils3, et trouva outre cela le temps de prêcher, de professer et d'aller en ambassade à Berne avec l'ancien syndic Colladon pour les affaires de la république4. Tant de dévouement ne pouvait rester sans récompense ; aussi obtint-il celle qu'il ambitionnait le plus, l'affection et la reconnaissance de la nation, qu'on voit avec attendrissement refuser à de Bèze la permission d'aller à son tour consoler les pestiférés, à cause du besoin quont de ses services V académie, ï église et la cité5.

Depuis quelques années Genève n'avait pas eu d'alarmes sérieuses ; tout s'était borné à des dangers intérieurs. Tout d'un coup elle se crut menacée d'une double attaque , à laquelle il lui eût été bien difficile de résister. L'héritier dégénéré de Charles-Quint, Philippe H, roi d'Espagne et souverain des Provinces-Unies, prétendait ramener par les armes à la foi romaine ses sujets des

1 Délibération du 12 juin 1 564 (reg« des Conseils, de Grenus). a De'libe'ration du 12 de'cembre i565 (reg. des Conseils).

3 De'libe'ration du 8 juillet i565 (reg. des Conseils).

4 Voy. le procès-verbal de la se'ance du petit Conseil du 25 fe'vrier 1066 (reg. des Conseils).

5 Ce sont les termes mêmes de l'arrête' du petit Conseil, en date du 18 juillet i564 (reg. des Conseils).

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Pays-bas, qui avaient adopté le protestantisme; à cet effet il avait fait lever une armée en Italie. Il en donna le commandement au duc d'Albe, et lui donna l'ordre de se mettre en marche par la Savoie , la Franche-Comté et la Lorraine. Le nom de ce général , déjà connu par sa dureté inexorable et par son habileté militaire , et le peu de confiance qu'inspiraient les promesses de Philippe II , firent craindre aux Bernois , aux Fribourgeois et à Genève, qu'il existât une alliance offensive entre ce souverain et Emmanuel Philibert, duc de Savoie. Plus d'une raison portait à le faire supposer. Un traité avait été conclu entre Fribourg et la Savoie, en octobre i564- H était resté inexécuté, et les premiers étaient demeurés en possession des conquêtes qu'ils avaient faites sur Charles III. Il était donc naturel qu'Emmanuel- Philibert cherchât à se faire prêter main forte par l'armée d'un prince catholique. On savait d'ailleurs que le duc armait de son côté, ce qui porta les inquiétudes de la cité à leur comble.

Si Genève éprouvait des appréhensions sur le passage des troupes du duc d'Albe, et sur les arméniens d'Emmanuel Philibert, elle puisait des motifs de consolation et de sécurité dans l'empressement que mirent les Suisses et les Français à lui envoyer des secours et à lui en offrir de plus grands encore. Les Bernois concevaient de leur côté de

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2^2 HISTOIRE DE GENEVE. (l567)

grandes inquiétudes sur le sort de leurs conquêtes ; aussi ne tardèrent-ils pas à faire partir des députés pour offrir à Genève des hommes et de l'argent1. Le parti protestant de France, à la tête duquel se trouvaient l'amiral Châtillon et Dandelot, joignit les effets aux promesses. De nombreuses compagnies auxiliaires arrivèrent, et avec elles M. de Mouvans, et quelques hommes expérimentés dans l'art de la défense des places 2. La ville s'organisa militairement , trois compagnies de soixante et quinze hommes furent levées, l'ancien syndic Amblard Corne, le même que le duc de Savoie avait vainement tenté de corrompre , fut nommé colonel de toutes les compagnies françaices, et le syndic Bernard devint colonel général de toute l'armée nationale 3. L'électeur palatin ne prétendit pas montrer moins de bonne volonté; il témoigna le désir de concourir de son mieux à la défense de la ville 4. Elle avait donc pris une place

1 Dans la séance du 3i janvier i56y, les Bernois firent représenter en Conseil toute l'importance de bien de'fendre la ville. Ils offraient des secours, et demandaient combien on voulait de compagnies , quels capitaines on de'sirait avoir, etc. (registres des Conseils.)

a Voir les délibérations des Conseils sur les offres de secours et d'argent faites par Châtillon et Dandelot , et sur les services de M. de Mouvans, sous la date des 2,6, i4 avril et i4 juillet 1667 (registres des Conseils).

3 Délibérations des 22 et 3o avril i56j (reg. des Conseils).

4 Le 3o mars i56j, on avait accordé des lettres d'habitation au

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bien élevée parmi les villes libres, celle que chacun se glorifiait de protéger, alors même qu'on la voyait menacée par des ennemis puissans !

Pendant que chacun contribuait aux préparatifs guerriers, que les citoyens de toutes les classes venaient à leur tour prendre part au travail des fortifications l, le danger parut s'éloigner. On apprit que le duc d' Albe passait sans songer le moins du monde à attaquer ni les Suisses ni les Genevois y et qu'Emmanuel-Philibert n'avait armé que dans la crainte d'être lui-même assailli par le général des troupes de Philippe IL Toutefois cette alerte ne fut pas sans résultat; désormais Genève put se dire que la haute influence que , grâce au génie de ses réformateurs , elle avait prise sur les pays protestans , lui assurait l'appui de plusieurs millions d'auxiliaires si jamais elle se voyait menacée. Il resta en avantages matériels un arsenal nouveau et des fortifications réparées.

Depuis environ quatre années, les Suisses avaient contracté avec le duc de Savoie un traité, aux termes duquel ils devaient lui restituer une partie des possessions qu'ils avaient conquises sur Charles III,

princeChristophe,filsderélecteurpalatin, el cedernier, le 3o juin suivant, offrit ses services à la cite' (reg. des Conseils).

1 II fut ordonné le 10 mai 1667 que cinq dizaines travailleraient chaque jour aux fortifications, les hommes de 4 à 5 heures et de 5 à 7, et les servantes dans l'intervalle (registres des Conseils, de Grenus).

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son père, au moment de l'établissement de la réformation. Cet acte était resté sans exécution, parce que les Bernois répugnaient beaucoup à cette restitution, qui allait leur enlever des pays très-productifs. Cependant l'empereur d'occident s étant déclaré le protecteur du duc de Savoie , ils lui rendirent les bailliages de Gex, de Gaillard et de Ternier, plus le Châblais, sous la condition que les habitans de ces pays ne seraient pas inquiétés dans l'exercice du protestantisme. Le duc le promit ; mais trente ans après , Ternier, Gaillard et le Cbâblais rentrèrent sous les lois spirituelles de Rome ; le pays de Gex ne revint à la foi catholique qu'à la révocation de l'Edit de Nantes, et par les suites de cet événement politique.

Le meilleur moment à choisir pour améliorer les lois est sans doute celui où l'état est tranquille. Alors les institutions se ressentent du calme qui préside à leur établissement, les passions voient s'éteindre leur empire, et les règles que les législateurs imposent au peuple ne sont plus que l'expression de ses intérêts, formulées en lois par ses représentans. A Genève on était pénétré de cette vérité, et dès que le duc d'Albe eut franchi la frontière des Provinces-Unies , où il allait installer le saint office et le tribunal de sang , les magistrats proposèrent au peuple l'adoption d'un code complet d'édits politiques et civils. Déjà, en \5/fî,

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on avait approuvé et publié des édits concernant le gouvernement ; mais les rapports des citoyens entre eux , dans leurs intérêts non politiques , étaient restés sous l'empire des lois romaines, objet de tant de controverses, surtout depuis que la marche du temps avait fait surgir une foule de questions auxquelles elles ne pouvaient s'appliquer que par induction1.

Tel fut le fruit des efforts de Calvin , qui , pendant son existence, ne cessa d'être l'ame des Conseils, et dont l'influence continua à se faire sentir long-temps après sa mort. Il avait eu le sort de beaucoup d'autres grands hommes , qui moururent sans avoir vu s'accomplir le bien qu'ils avaient médité. Cependant il eut la satisfaction d'entendre appeler Genève la métropole du protestantisme, et de laisser son nom au culte le plus généralement suivi, double triomphe, d'autant plus précieux pour lui qu'il avait été le but de tous ses efforts.

1 Germain Colladon, religionnaire français réfugié à Genève, fut chargé de ce travail. Quand il eut terminé le projet, il le soumit d* abord au petit et au grand Conseil , ensuite il le présenta au Conseil général qui le sanctionna le 29 janvier x568.

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