CHAPITRE XXX
était aliénée depuis long-temps. Mais ce nouvel hospice n'a 1435 jamais été réellement organisé, et il n'a servi d'asile qu'à quelques indigents qui y demeuraient sans recevoir d'autres secours.
L'emplacement de cette maison, ainsi que le champ à soir qui en dépend, appartenaient encore, en 1748, au propriétaire de la maison construite par le prieur Chatard. Or, il parait que, peu d'années après , il céda cet immeuble aux religieux, et qu'il en obtint par échange le jardin de l'ancien hospice.
S 9. Outre l'hôpital fondé par le prieur Chatard, il parait que Gigny, comme beaucoup d'autres lieux, possédait pour les lépreux un de ces hospices connus, au moyen âge, sous les noms de Léproserie, MèseUerie, Maladière, Malatière, Ladrerie, Maladrerie, Maison des lépreux, etc..
Les croisades, qui avaient été pour l'Europe l'occasion d'importations très utiles, furent aussi, par une déplorable compensation, celle de l'introduction de la lèpre, ou de l'éléphantiasis, maladie de l'Orient, et surtout de la Palestine et de l'Egypte. Il semble bien, à la vérité, qu'elle n'était pas inconnue auparavant en France, puisque déjà, en 418, saint Amateur, évéque d'Auxerre, aurait guéri trois lépreux à Autun, avec de l'eau du Jourdain ; et puisqu'on parle aussi, en 874, d'une léproserie à Saint-Jean-des-Vignes , près Chalon-sur-Saône. Les légendes de saint Boni face et de saint Antonin signalent également, en 754 et en 830, cette maladie comme contagieuse. Cependant elle date principalement des croisades, et elle se répandit tellement en France que, sur la fin du douzième siècle, presque tous les bourgs ou gros villages furent obligés d'avoir un établissement, où les lépreux étaient séquestrés de la société. Le roi Louis VIII légua, par son testament, en 1226, cent sols à chacune des 2,000 léproseries de son royaume, qui ne comprenait cependant que le tiers de la France actuelle. Un
156 HISTOIRE DE G1CSY.
1435 historien, mort au milieu du treizième siècle, a aussi laissé par écrit qu'il y en avait 19,000 dans le monde chrétien de son temps. Dans notre voisinage, on a la preuve qu'il a existé de semblables asiles h Saint-Amour, Arbois , Bellevévre, Branges, Chatcau-Rcnaud , Clairvaux, Sainte-Croix, Cuiseaux , Frontenay, Grozon , Loysia , Malherey, Mervans, Montmorot, Nancuise , Passenans, Pierre, Poilte, Poligny, etc., etc., etc. (1 est à croire qu'il en a existé aussi à Champagna, à Morges, à Véria, h Saint-Vincent et à Saint- Marlin-eu-Bresse, où des champs portent encore les noms de Mé sellerie, Maladière, Malatièrc, Malt erre, etc.. (m>.
Quand une personne était jugée atteinte de la lèpre, on lui faisait un service religieux comme à une personne morte, puis on la menait a la Borde ou léproserie, située en plaine campagne , loin des habitations. En effet , elle était morte civilement et se trouvait privée de la faculté de succéder et de disposer. A leur entrée, les lépreux prêtaient serment 1.° d'obéir au maître de l'établissement; 2.° de n'entrer dans aucune maison, dans aucune église, ni dans les tribunaux, moulins, ou autres lieux de réunion; 3.° de ne point regarder dans les puits ni les fontaines communes, et de n'y point laver leurs pieds, leurs mains, ni leurs linges ou vêtements ; 4.° de pourchasser le bien , l'honneur et le profit de toute la commuuauté ; 5.° de partager les aumônes sans fraude entre tous les lépreux ; 6.° de ne point passer sur un pont sans avoir des gants aux mains ; 7.° de ne boire que dans leur tasse ou leur baril ; 8.° de cheminer par le milieu de la charrière et de ne parler à quiconque, comme encore de ne passer devant personne, si ce n'est au-
(109) L'historien de Poligny signale une plus grande proportion de léproseries daus le viguoble du Révéraient que dans la montagne. Cependant le dénombrement qui précède n'en constate que dix dans les psys de vignes, et quatorze dans la montagne ou la plaine sans vignes. D'un autre côté, s'il y avait deux léprosct ics à BeauQc, il y en avait aussi deux 1 Autun et deux à Auxonoe.