‹ Histoire de GignyChapitre 123 sur 356 · CHAPITRE XXXYH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYH

JULIEN de la ROVÈRE, prieur.

Église prieurale.

S 1. Le prieur Julien, le plus célèbre de ceux de Gigny, 1492 n'était pas français, étant né en 1M3, a Savone en Piémont, "g *• d'une famille dont on a contesté la noblesse. II existait bien à Turin une très ancienne maison noble du nom de la Roeère. Mais , on pense que celle de Savone , qui portait la même dénomination , était de bas lieu , et qu'elle se fit aggrégcr par la suite à celle de Turin. François de la Rovère, oncle paternel de Julien, qui, de cordelier, devint pape sous le nom de Sixte IV, était, dit-on , (ils d'un pécheur. Et, en effet, dans la prophétie de saint Malachie, fabriquée probablement en 1590, il est désigné sous les qualifications de pécheur et de cordelier, Pucator mmorita. On parle aussi d'un ambassadeur de Venise qui, en le haranguant au commencement de son pontifieat, ne craignit pas de dire qu'il ne fallait pas considérer la naissance de Sixte, mais son grand mérite qui l'avait élevé au trône de saint Pierre.

Les religieux de Gigny eurent donc, une seconde fois, l'humiliation de se voir imposer pour chef un ecclésiastique qui était loin d'avoir seize quartiers de noblesse. Mais cet ecclésiastique était évéque, archevêque, doyen des cardinaux, légat, protégé du roi de France, neveu d'un pape célèbre, etc.!... D'ailleurs, depuis Sixte IV, cette famille de la Rovère devint illustre et considérée, et elle fournit deux papes, deux chevaliers de la Toison d'or, et neuf cardinaux, dont deux du nom de Riario alliés des Rovères. Ces derniers finirent même par avoir des armoiries, dans lesquelles figurait un chêne arraché et englanté, où chargé de glands, fat-

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1 V92 sant allusion au nom de leur famille (Rovere, Rouvre, Robur), l ig g. et qui se trouve sculpté sur le frontispice de l'église de G igny. La prophétie précitée de saint Malachie fait aussi allusion à ce chône et à ces armoiries, en appliquant à notre prieur devenu pape la phrase Fructus Jovis juval'u.

$2. Julien de la Rovere fut d'abord pourvu de l'évéché de Carpcntras, dépendant des états pontificaux en France; mais Sixte IV, son oncle, qui était devenu pape en 1471, et qui ne manqua pas d'avoir soin de ses parents, le nomma, en cette année niénie, cardinal-pré tre du titre de Saint-Pierrcès-Licns. Il devint ensuite évéque d'Albano, de Bologne et d'Oslie, doyen des cardinaux à cause de ce dernier évéché, puis archevêque d'Avignon, grand-pénitencier, etc.

Eu l'année 1480, il fut envoyé en France, en qualité de légat du Saint~$iége. Or, comme le rusé Louis XI le connaissait excessivement sensible aux honneurs, et désirait se l'attacher, il le fit recevoir dans toutes les villes avec grande magnificence et cérémonial pompeux. Il le reçut lui-même a Plcssis-lez-Tours, avec toutes les apparences d'un profond respect et tous les dehors de l'amitié. Il lui accorda aussi l'élargissement et la liberté du misérable cardinal La Baluè et des évêques de Coutances et de Verdun ses complices , enfermés depuis onze ans dans des cages de fer. Ces bons procédés le rendirent, pendant bien des années, l'ami de la France et des Français, non-seulement sous le règne de Louis XI , mais encore sous ceux de Charles VIII et même de Louis XII.

S 3. On peut présumer avec raison que Julien de la Rovere fut nommé prieur commendataire de G igny en 1491 ou 1492, avant la mort du pape Innocent VIII, sous lequel il eut beaucoup de crédit et d'autorité en cour de Rome. En effet , il n'aurait pas obtenu cette nomination de son successeur Alexandre VI , son ennemi personnel ; car la promotion de ce dernier a la chaire de saint Pierre l'obli-

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